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Samedi 8 septembre 2007
Dimanche matin, je me suis levé vers sept heures, laissant Cai Li profiter d'une grasse matinée bien méritée. Le menton hirsute, les cheveux révoltés et l'oeil hagard, je rentre dans la cuisine, tout nébuleux, pour me servir un café.
 
Nous habitons au sixième étage.
J'ai fais un bond : il y avait un chinois en lévitation à la fenêtre.
 
La surprise s'est avérée mutuelle : la présence des occidentaux en Chine est modérée, et le tartempion jaune ne s'attendait pas à voir un être à la peau si blanche en caleçon.
  
 
Après m'être frotté les orbites, j'ai réalisé qu'il était assis sur une planche en bois reliée au toit de l'immeuble par une vieille corde usée. De chaque côté de la planche étaient disposés des pots de peinture. Et comme la sécurité est à mourir de rire dans l'Empire du Milieu, il n'était tenu par aucun harnais. Seul ce piètre siège de balançoire artisanale le séparait du sol, six étages plus bas. Et ils étaient quelques uns, ainsi suspendus à leurs balançoires de fortune, à différents endroits de la façade, le rouleau à la main.
   
                            
                          
Personne ne nous avait informé que le batiment allait être repeint. Et seuls les immeubles visibles depuis l'extérieur de la résidence ont bénéficié de ce rafraîchisement. Les autres ont conservé leur couleur vieille de deux décennies. C'est typiquement chinois : l'apparence est essentielle, mais aller jusqu'au bout de la démarche, avec un travail léché, est complètement accessoire.
 
  
Maintenant, depuis les deux artères qui bordent notre résidence, le quartier parait tout neuf. Mais il suffit d'y rentrer pour deviser des immeubles presqu'insalubres. La façade de carton-pâte est rutilante, mais les coulisses dévoilent la supercherie. Les apparences sont sauves : priorité chinois oblige, le quartier n'a pas perdu la face.
 
 
 
Au-delà de cette amusante façon typiquement chinoise de gérer la restauration de batiments en fonction de ce qui est seulement visible, et de cette sécurité inexistante pour les peintres (qui, eux-mêmes, ne réalisent pas le danger), voir leur méthode de travail avait de quoi étonner.
 
 
 
 
Du fait de la chaleur et des odeurs de graisse, nous n'avions pas fermé la fenêtre de la cuisine. Et ce matin-là, des tâches de peinture constellaient le carrelage. La démarche des peintres s'est avérée la même partout : ils ont repeint le batiment sans couvrir la moindre fenêtre. Depuis les rues, on ne remarque que des façades superbes. Mais au pied de l'immeuble, on sourit de voir toutes les vitres piquées de tâches de peinture.
 
 
 
Comme les chinois aiment faire le travail deux fois, le lendemain, ils sont revenus avec des raclettes pour décaper les plus grosses trainées, uniquement sur les fenêtres communes de la cage d'escalier.
 
 
Evidemment, ils ont cassé des carreaux.
 
 
Le résultat, c'est que les fenêtres des appartements étaient couvertes de peinture, et que certaines vitres de la cage d'escalier étaient brisées : made in China.
 
A l'entrée du batiment, dans un rayon de trois mètres, le sol et la végétation sont recouverts de petites tâches blanches, comme si il avait neigé. Et là, par contre, aucun ouvrier n'est repassé pour nettoyer les arbustes feuille par feuille. C'est tout aussi amusant à voir en plongée depuis le sixième étage, que depuis le pied de l'immeuble, où on a l'impression que quelqu'un a fait sauter un pêtard dans un pot de peinture.
 
 
Vu de loin, donc, notre appartement a pris de la valeur.
 
 
J'espère que la propriétaire n'aura pas le culot d'augmenter le loyer.
 
par Christophe Pavillon publié dans : Exotisme au quotidien.
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Mercredi 29 août 2007

Julie, c'est ma nièce de dix-sept ans. Il y a quatre ans, alors que celà ne faisait que quelques mois que je vivais à Suzhou, je l'avais invitée à passer une dizaine de jours en Chine, près de son tonton.
 
 
A l'époque, elle n'avait que treize ans, et m'avait impressionné : elle avait pris l'avion seule, pour la première fois de sa vie, avait réglé toute la paperasse liée à l'immigration, et avait récupéré ses bagages pour me rejoindre fraîchement à la sortie du terminal. Au même âge, je me serais senti perdu dans ce pays si différent. Elle, pas du tout. Et elle avait passé ces quelques jours à explorer l'atmosphère chinoise, en allant naturellement vers les gens, alors qu'elle ne parlait pas un mot de mandarin.
 
  
Dès son retour, elle a développé une fascination pour l'Extrême Orient, particulièrement le Japon, en partie via les mangas, qui restent son intense centre d'intérêt. A travers ses lectures ou tout autre media, elle s'est informée régulièrement sur l'Asie... Jusqu'à souhaiter y vivre une expérience au sortir du lycée. Elle me disait très justement que si elle ne le faisait pas dès à présent, elle n'allait pas le faire après être rentrée dans la vie active. C'était un peu maintenant ou jamais.
 
Elle s'est mise au chinois en autodidacte, et l'an dernier, quand Cai Li et moi-même sommes passés en France, elle lui avait rédigé une lettre en mandarin. J'en avais été d'autant plus estomaqué que, même si je me débrouille pour lire le chinois, je suis incapable d'en écrire un mot. Cai Li avait été particulièrement sensible à cet effort.
 
 
Cette année, alors qu'elle démarrait les révisions de son bac, elle m'a envoyé plusieurs messages pour avoir mon avis sur un séjour d'un an en Chine, afin d'étudier. Le Japon reste sa destination de rêve, mais tant le coût de la vie, que ma présence ici, rendaient la Chine plus accessible.
 
 
 
Tout s'est décidé très rapidement. Nous en avons discuté pendant quelques semaines, durant lesquelles elle a continué de bûcher pour son bac. Et, à l'obtention du diplôme, elle m'a recontacté avec tout un lot d'informations qu'elle avait pris auprès de l'université de Suzhou... Pour pouvoir finaliser le projet.
 
 
 
Le 26 août, Cai Li et moi-même nous sommes rendus à Shanghai pour la récupérer au pied de son vol. Immédiatement, elle s'est réappropriée le territoire, comme si il ne s'était pas écoulé quatre ans. Et égoïstement, je me dis que je suis un sacré veinard d'avoir un membre de la famille à mes côtés pendant un an. Pour un expatrié, c'est le plus gros luxe qui puisse s'offrir : ça n'a tout simplement pas de prix.
 
 
  
Julie et moi, nous avons un humble projet, sur lequel, hélas, nous n'avons guère planché pour l'instant, car il a fallu gérer toute l'intendance liée à son arrivée, et la cumuler à un agenda professionnel déjà copieux pour Cai Li comme pour moi. L'idée est de bénéficier de ce fabuleux joujou qu'est la vidéo numérique pour faire un reportage qui s'étalerait sur un an, et qui dévoilerait par le menu, l'expérience d'une adolescente française venant vivre en Chine pendant un an.
 
 
Si le film voit le jour, il est évident que nous en offrirons la primeur au lectorat du blog de l'expat, sauf, bien sûr, si Steven Spielberg nous fait une offre avant. Vous vous doutez bien que j'essaye de le contacter quotidiennement, mais pour une raison qui me dépasse, il ne donne pas suite.
 
par Christophe Pavillon publié dans : Société contemporaine.
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