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Parlez de VOUS

Samedi 17 mars 2007

Quand je suis arrivé en Chine, je me suis pris ma différence en pleine face. Naïf, je m'étais dis que j'intégrerais les attitudes des autochtones après un certain laps. Cela s'est avéré partiellement vrai : je m'en suis approprié certaines, les reproduisant même lors de courts séjours en France, à la grande stupéfaction de mon entourage, qui se demande bien quel plaisir me procure la copie d'habitudes chinoises qui ne me ressemblent pas. Et puis, il y en a d'autres aux quelles je ne me suis jamais fais.

Je souhaitais partager avec vous certains de ces comportements, qui me tapent sur le système, et que vous aurez peu de chance de trouver énumérés dans un guide touristique vantant la culture plurimillénaire de l'Empire du Milieu, plutôt que sa goujaterie. Il n'y a aucune méchanceté, mais une volonté de montrer que la différence n'est pas obligatoirement synonyme de tolérance. Et puis, qui aime bien châtie bien. Les expatriés me comprendront.

1- Le regard des autres : circulez, y a rien à voir !

En Chine, les étrangers sont constamment dévisagés. Il n'y a aucun racisme dans ce comportement, mais une curiosité naïve, et un prétexte à s'amuser gentiement... Les blancs et les noirs étant rares. Pourtant, en le subissant au quotidien, on finit par le vivre comme un viol. Tout le monde se retourne sur le passage des occidentaux, les étudiant longuement d'un regard voyeur, générant un malaise, comme si avoir une couleur de peau différente était une anomalie. Laissez-moi vous raconter deux anecdotes qui me sont arrivées il y a quelques semaines.

La première, c'était à la gare de Suzhou, avec Brice, un ami martiniquais. Nous discutions, et quatre chinois nous ont fais face à trente centimètres, alignés pour nous observer, parlants et souriants entre eux, tout en nous devisant de bas en haut, comme le premier rang d'une salle de spectacle qui monterait sur scène pour commenter les acteurs, sans remarquer la gêne occasionnée pour que ceux-ci déclament leur texte. Nous avons tenté de les ignorer, puis nous sommes déplacés, fatigués de ces quatre paires d'yeux qui nous scrutaient à bout portant. Mais ils nous ont suivi ! A grand renfort de remarques, ils pointaient du doigt chacune de nos actions, comme d'allumer une cigarette, ou d'acheter une canette de soda. Et ils ont même recompté la monnaie que Brice avait posé sur le comptoir lors du rafaraîchissant achat. Il est évident, pour peu qu'ils soient affublés d'un QI supérieur à leur température anale, qu'ils aient réalisé qu'étudier quelqu'un sous toutes les coutures, avec la facétie bonhomme qu'on a à rire d'un singe épluchant une banane à travers les grilles d'une cage, dénote d'un manque total d'éducation. Ils ont pourtant continué, sans embarras aucun, même en remarquant le nôtre. Peut-être s'attendaient-ils à ce qu'on leur fasse un numéro, ou le beau, dans l'espoir d'obtenir un susucre ?

La deuxième, c'était au café d'un hotel à Yiwu, durant une discussion avec un commettant français de passage en Chine. Nous étions assis à une table, sur laquelle nous avions éparpillé nos dossiers et échantillons. Nous évoquions nos affaires, quand un chinois est arrivé, et s'est assis à notre table avec un naturel déconcertant, comme pour regarder la télé. Nous sommes restés interdits un instant, croyant que, pour qu'il s'installe avec un tel naturel à nos côtés, nous l'avions déjà rencontré. Quand je lui ai demandé ce qu'il voulait, il m'a juste répondu qu'il regardait ce qu'on faisait. Evidemment, je l'ai invité à dégarpir. Pour lui, nous représentions une émission de variétés.

Dans la rue, l'anonymat est impossible. On a l'impression d'être un grand brûlé dont tous les passants zieutent la face tuméfiée de cratêres. Il m'arrive, même les jours où le ciel est couvert, de sortir avec mes lunettes de soleil, pour atténuer la pression des regards. J'en arrive parfois à appréhender de traverser mon quartier, sachant que tel commerçant va se précipiter hors de son magasin dès qu'il va me voir pour me hurler "rallo !" sensé s'entendre "hello !" Il n'est pas rare que dans les restaurants, les convives des tables adjacentes cessent leur conversation pour observer la façon dont je mange. En vivant en Chine, les comportements de autochtones rappellent à quel point on est différent d'eux. Mais dans ces circonstances, à la longue, on se sent anormal.

Ce phénomène n'a pas que des mauvais côtés. Etre étranger dans un environnement chinois a un aspect évènementiel, qui révèle d'amusantes surprises. Les commerçants sont d'autant plus souriants et accueillants... Mais très souvent plus roublards. Et dès lors qu'ils parlent deux mots d'anglais, ils n'hésitent pas à vous en faire profiter avec excitation. Des jeunes gens vous arrêtent dans la rue, sortant leur appareil photo, pour vous demander si vous voulez bien vous faire prendre en photo avec eux. Si vous assistez à un spectacle participatif, et que vous êtes le seul étranger dans la salle, vous pouvez être certain d'être celui qu'on va faire monter sur scène, soit pour être le faire valoir de l'artiste, soit pour chanter une chanson... Sans compter le nombre de fois où de parfaits inconnus m'abordent pour me demander de leur donner des cours d'anglais.

Lors de la fête des lanternes, qui clôt les vacances du nouvel an chinois, je me promenais en considérant l'achat de portes bonheur que la tradition oblige à coller sur les portes. Un photographe m'a sauté dessus, me fusillant de clichés. J'ai arboré mon visage d'honnête homme, tout en brandissant les portes bonheur en question devant l'objectif. Le lendemain, ma trombine pâle faisait la une du quotidien de Suzhou, avec un article concernant les festivités. Dans la même journée, j'ai reçu pléthore de coups de fil d'amis chinois qui trépignaient de m'avoir vu en première page du Suzhou Daily.

A l'occasion de ces vacances de nouvel an, Cai Li et moi-même sommes partis chez ses parents, dans la petite ville de Jiangyan. Lorsque nous sommes repartis au bout de quelques jours, ses parents nous ont accompagné à la gare routière. Alors que nous attendions de monter dans le bus, un jeune homme avec une caméra vidéo professionnelle a commencé à nous tourner autour, puis a offert une cigarette à mon beau-père, ainsi qu'à moi-même. Sur un ton timide, il a entamé la conversation... Mais je savais très bien où il voulait en venir. Après qu'il ait tourné autour du pot, je l'ai autorisé à filmer ma trombine, séquence durant laquelle j'ai psalmodié dans mon chinois approximatif que j'étais super youpi d'avoir passé le nouvel an chinois dans ce merveilleux bled pourri qu'est Jiangyan. Le soir-même, alors que Cai Li et moi-même, rentrés dans nos pénates, vidions nos bagages, son papa lui passera un coup de fil, hilare, pour lui dire que ma tronche blafarde faisait l'ouverture du journal télévisé local... Et qu'il subissait les assauts répétées du téléphone, les voisins voulant partager la gloire télévisuelle de son futur gendre. Etre étranger en Chine, c'est un peu comme d'accéder aux inconvénients du vedettariat.

2- La Chine, station Radio Corbeau de Clochemerle :

On conserve parfois l'image d'une Chine contrôlée, policée, et orwellienne. La population y subirait le jougt d'une angoissante surveillance omniprésente, jamais innocente d'un crime en pensée. Les autorités observeraient dans l'attente rigoureuse d'une déviance qui serait étouffée dans une violence froide, rapide et discrète. En fait, pas du tout. Les chinois sont très fiers de leur système, et ne comprennent pas l'intérêt d'en changer.

Pourtant, la surveillance, elle existe bel et bien, et est plus qu'omniprésente... Mais elle vient du peuple lui-même ! Ici, les gens prennent un malin plaisir à espionner la vie de quartier, n'hésitant pas, avec pourtant l'attitude des gens bien comme il faut, à divulguer, commenter, et déformer les actes des uns et des autres... Le tout dans un désir presqu'orgasmique d'en savoir et d'en dire plus. Pour un étranger, c'est usant, tant l'amplification des idées reçues et des ragots atteint des niveaux complètement absurdes. La médisance malveillante, c'est le sport national.

A mon arrivée en Chine, un ami chinois m'avait répété qu'il fallait que je sois très discret quant à ma vie privée, uniquement du fait du voisinage. Et je reste encore époustouflé, quand je papote brièvement avec un commerçant du quartier, d'apprendre qu'il sait dans quel batîment je vis, et même le numéro de mon appartement. Il est vrai que les étrangers attirent particulièrement l'oeil, et sont les cibles idéales des ragots. Quand je passe un peu de temps dans un magasin, certains vendeurs me tiennent la jambe aussi longtemps que possible pour pouvoir me soutirer un maximum d'informations. Et à leur moue avide, il est décelable de manière flagrante qu'ils le font pour pouvoir alimenter leur médisance jouissive auprès des autres habitants du quartier. Où est l'intérêt, et qu'est-ce que ça peut leur foutre ?

J'ai parfois droit à des questions très personnelles, émanant de parfaits inconnus : la surface de mon appartement, le nombre de pièces, et le coût du loyer. On m'interroge sur mon travail, afin d'évaluer ma richesse, et on en arrive invariablement à la même question, à savoir combien je gagne par mois. Evidemment, je ne réponds pas, car au-delà de l'aspect personnel, je coure le risque de voir des montants farfelus arriver aux oreilles des voisins, qui pour le coup me regarderaient d'un oeil torve dans la cage d'escalier... Car la propagation est totale. La première année, je parlais assez ouvertement. Mais au bout d'un moment, en circulant dans le quartier, je devinais, derrière les sourires, une malhonnêteté à évoquer des mensonges construis sur des réalités. L'avis des gens n'a pas d'importance... Mais quand il s'agit de l'intégralité des gens, et qu'on est tout seul avec sa différence, celà devient tellement pesant qu'on fait tout pour sombrer dans l'anonymat.

Ce comportement, qui stygmatise un manque d'intelligence et une volonté de nuire, est l'aspect de la mentalité chinoise qui m'a le plus déçu depuis mon arrivée. J'idéalisais les chinois comme étant des gens simples, vivant humblement, accueillants, et sans velleité médiocre et médisante. Cette attitude provient essentiellement de gens qui n'ont rien d'autre à faire de la journée que de rester assis derrière un comptoir en attendant le providentiel chaland, et constitue une sorte de hobby. Malgré tout, lorsque j'ai assisté à quelques échanges de ragots entre chinois, j'ai ressenti un mal être extrême à les voir jouir autant de dire des absurdités, alors qu'ils ne réalisent la méchanceté de leurs propos. Ils ressentent un excitation qui me dépasse.

3- Quand on mange avec plaisir, il faut le faire savoir :

En Asie du Sud Est, on considère que si on ne fait pas de bruit en mangeant, c'est que ce n'est pas bon. Manger sans bruit est une forme d'impolitesse. En Occident, c'est l'inverse : quelqu'un qui mange ainsi est un rustre. J'ai beau vivre en Extrême Orient depuis plusieurs années, j'ai un mal fou à le supporter, tant je trouve cela dégoûtant : profiter de l'appêtit des chinois coupe le mien.

Un chinois avait tenté de m'enseigner ces pratiques dégustatives, dans un restaurant offrant un large panel de nouilles chinoises. Avec les baguettes, il saisissait une frange de nouilles, tout en aspirant le plus fortement et bruyamment possible toute la longueur enroulée dans le bol. C'est un peu comme lorsqu'on s'amuse à aspirer un spaghetti sur toute sa longueur... Mais là, il y avait une armada de nouilles. Pour s'aider dans cette puissante aspiration sonore et rougissante qui lui faisait saillir les veines aux tempes, il donnait, en arrière, des petits coups de nuque, dans laquelle j'aurais bien casé une balle. Quand, la bouche encore pleine, il a reposé ses baguettes sur son bol en me disant "allez, à ton tour !"... J'ai du déclarer forfait. Je ne suis pas un homme de challenge.

Je me rends compte que ces bruitages abominables de bouches d'égouts qui se siphonnent dépendent aussi des plats. Ainsi, quand Cai Li mange des gambas, dont elle aspire intensément la chaire sous la coque à grand renfort de décibels, je m'absente derrière la télé, et monte le son du poste pour couvrir ses borborygmes sanitaires, tout en retenant une nausée. Quand elle mange du riz dans son eau de cuisson, le bruit qui en découle est assimilable à celui d'une ventouse qu'on applique dans un évier bouché, avec la puissance sonore d'un aspirateur industriel.

Summum, quand le plat est appréciable, l'étiquette chinoise permet aussi qu'on affiche le menu dans un sourire béat jusqu'à la glotte, faisant bénéficier celui qui est en face d'un gros plan sur des aliments réduits dans une bouillie prédigestive et répandus sur la langue. Un rôt de satisfaction constitue alors la cerise sur la gateau. Quand j'en suis témoin, je me contente de replonger le nez dans mon bol, en tentant de penser à autre chose.

C'est un peu comme nos paysans d'antan, qui ne connaissaient pas encore l'internet, et qui avaient donc encore les oreilles décollées, lorsqu'ils mangeaient de la soupe en posant les lèvres tout au bord de la cuillère pour en aspirer le contenu. Dans ce genre de circonstances, je fais contre mauvaise fortune la gueule, et m'éloigne discrètement pour ne pas avoir à subir les borborygmes sucés et aspirés de ces convives qui profitent de leur repas, et tiennent à ce que ça se sache, quitte à gâcher le mien.

4- Les athlètes du dépassement :

Les chinois sont des resquilleurs complets, avec un sans gêne sensationnel et admirable. Je dois bien l'admettre, c'est aussi un comportement chinois qui m'énerve. Je vous mets en situation :

Vous êtes au guichet d'une banque, effectuant une opération personnelle. Le client suivant se glisse à côté de vous, plutôt que derrière. Il fait passer ses documents sous le verre sécurisé, poussant votre bras qui signe un reçu, réalisant pourtant que vous n'avez pas terminé votre transaction. Il est là, tapant du pied d'impatience, essayant de vous évincer ou de gagner le moindre millimètre de territoire qui le rapprochera. Dans le même temps, la tête d'une autre personne se glisse au-dessus de votre épaule, dans l'espoir d'atteindre plus vite le guichet, ou de lire avec une curiosité infantile la somme d'argent que vous versez sur votre compte. En plus, cette personne vous colle. Mais si vous vous retournez pour signifier à cet individu de conserver une distance sociale, celui qui est à côté de vous en profitera pour vous piquer votre place, que vous ayez terminé ou non. Le guichetier, lui, reste impassible.

Vous vous rendez à la gare pour acheter un billet. Dans la salle des guichets, il n'y a pas de files d'attente silencieuses qui s'alignent militairement, mais un amoncellement pugilesque d'individus serrés en une masse dense, comme une mélée de rugby, passant les uns entre les autres, jouant des coudes et se poussant des épaules tout en vociférant. Durant ce combat titanesque et absurde dans l'agloméré des assujettis, vous arrivez à faufiler un billet de banque sous l'hygiaphone, et demandez un ticket pour votre destination. Dans l'écrasante pression populaire, deux autres personnes font passer leur bras avec leur monnaie dans le même orifice, en hurlant plus fort leur propre destination, sans aucun souci pour la demande que vous aboutissiez. Une fois victorieux, vous vous extirpez de cette masse de gens, qui vous bouscule comme pour rentrer dans une rame de métro sans en laisser sortir quiconque. Là aussi, le guichetier reste imperturbable.

Imaginez vous au comptoir d'un fast food, alors que vous récitez votre commande au caissier. En farfouillant dans votre poche pour extirper de l'argent, vos clés tombent. En moins d'une seconde, vous vous êtes baissé, les avez récupéré, et vous êtes relevé. Avec une cuistrerie véloce, le chinois qui était derrière vous en a profité pour se glisser à votre place et passe déjà sa commande. L'occasion était trop belle. Derrière et autour de lui, les autres clients ont commencé à bloquer le passage. Il ne s'est écoulé qu'une seconde, et personne n'a eu la moindre hésitation à vous enfler votre place. Le caissier, lui, est déjà passé à autre chose.

Comble de la rustrerie, il n'est pas rare non plus de voir rentrer, alors que les files d'attente sont bien organisées, un client qui soupire de voir qu'il y a la queue, et qui se dirige directement au guichet, resquillant une douzaine de personnes qui attendent sagement, sans gêne aucune que celle occasionnée par sa propre impatience.

Ces situations sont quotidiennes, et quand je fais part à Cai Li de mon énervement face à cette goujaterie, elle me répond qu'en Chine, c'est "normal". Je fais souvent un parallèle entre les chinois et les enfants. Le comportement resquilleur en est l'échantillon parfait. Comme des gosses, les chinois trépignent d'impatience, et ils préfèrent s'occasionner une gêne à se bousculer, parfois viollement, plutôt que d'attendre leur tour.

5- Le crachat :

Ce n'est pas une légende : les chinois crachent tout le temps et partout. Il y a encore quelques années, je voyais régulièrement, au pied des bureaux, des crachoirs cuivrés n'ayant rien à envier à ceux d'un vieux western de John Ford. Quand je suis arrivé en Chine, il y a maintenant un peu plus de quatre ans, celà m'avait tout d'abord amusé... Mais je n'ai jamais réussi à souscrire à la pratique. Et pourtant, la logique tient la route : les chinois considèrent que si ils ont des glaires, pour des raisons médicales, il vaut mieux les éjecter plutôt que de les conserver en eux. Pour autant, est-ce nécessaire d'en faire profiter l'environnement ?

Dans la première entreprise pour laquelle j'ai travaillé en Chine, un grand cendrier trônait dans un couloir qui officiait en coin fumeur. Les collègues s'y retrouvaient pour en griller une, tout en discutant de leurs affaires en cours, et je les y rejoignaient avec plaisir. Par contre, je n'écrasais jamais ma cigarette dans le cendrier, et me contentais de l'y lancer... Tant il était rempli de miasmes que les uns et les autres crachaient quantitativement après avoir sucé leur clope. Lorsque, quelques semaines plus tard, nous avons fais face à l'épidémie du SRAS, la direction a été contrainte d'afficher une note au-dessus du cendrier qui, en chinois, ordonnait "de ne cracher que dans les urinoirs et pas dans les cendriers, afin d'éviter la propagation potentielle de germes du SRAS." C'est donc un cercle vicieux : les chinois crachent parce qu'ils sont malades, et sont malades parce qu'ils crachent.

Lorsque je travaillais avec Wang Ke Rong, avant de monter Onesource Agency, et que nous partagions le même bureau au premier étage de son usine, j'étais toujours estomaqué -au propre comme au figuré- d'entendre ses raclements de gorge d'une profondeur spéléologique, qui se soldaient par une bouche pleine, et l'ouverture d'une fenêtre pour qu'il puisse déglutir son surplus glaireux un étage plus bas. Après ce rafut, qui n'avait rien à envier à un vomissement d'ivresse, il se retournait vers moi avec son élégance d'échalat, et m'annonçait noblement un "pardon" d'une dignité absolue, complètement paradoxale et désarçonnante.

En marchant dans la rue, il suffit de regarder ses pieds pour, intuitivement, effectuer un slalom entre les molards. On pourrait croire cette activité typiquement masculine, et pourtant, il s'agit bien d'une des seules pratiques sociales où l'égalité des sexes est totale.

6- D'autres petits travers :

Il y a d'autres petites choses qui m'agacent parfois chez les chinois, mais qui ne m'étonnent plus. J'ai par exemple horreur de croiser un chinois qui reste au pied ou en haut d'un escalator, à planifier sa journée, le nez en l'air, ne réalisant même pas qu'il empêche les gens de passer. C'est un comportement standard, comme si les entrées d'escalators servaient à la méditation. Lorsqu'un chinois m'empêche ainsi un accès, je n'hésite pas, avec un sourire entendu, à le bousculer légèrement pour lui faire comprendre qu'il bloque la circulation.

Les chinois sont de très gros fumeurs, et je me dis souvent que pour un expatrié non-fumeur, ce pays doit être un enfer constant. Ici, on ne se rend pas compte de la gêne que l'on occasionne aux fumeurs passifs. Celà va parfois exceptionnellement loin, et il n'est pas rare de voir un chinois s'allumer une cigarette dans un ascenceur bondé. J'ai beau être fumeur, de manière systématique, je lui demande d'écraser son mégot et d'attendre que nous soyons tous sortis pour qu'il le rallume... Et très souvent, je me fais renvoyer sur les roses, et pas toujours de jolie façon !

Toujours concernant les ascenceurs, au même titre que les chinois sont resquilleurs, leur grand jeu, c'est de pouvoir y rentrer avant que quiconque ne puisse en sortir. C'est bien evidemment la bousculade totale, mais il doit y avoir, chez les locaux, une angoisse à voir la boite quitter le plancher sans eux.

J'aurais bien évidemment une pléthore d'autres habitudes chinoises horripilantes à lister, au même titre que j'en ai tout autant qui me facine et m'impressionne, positivement cette fois. Peut-être celles-ci feront-elles l'objet d'un prochain article.

par Christophe Pavillon publié dans : Exotisme au quotidien.
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Mardi 2 janvier 2007
Un petit pas pour l'humanité, mais un grand bond en avant pour ma petite personne.
 
Ca y est, je suis le Président Directeur Général, le Président du Conseil d'Administration, l'actionnaire majoritaire (et unique), et euh, la Dame Pipi, de Onesource Agency, la société que je viens d'enregistrer. Pourquoi tout ce cumul de fonctions ? Et bien, c'est une toute petite entreprise, puisque l'intégralité de notre équipe, chez Onesource Agency, ne compte... Qu'un individu... Et pas bien grand avec ça. Dans tous les cas, c'est officiel, et je suis passé à Shanghai le lendemain de Noël pour récupérer tous les beaux papiers qui prouvent que je suis mon propre patron... Et pour l'instant, de personne d'autre.
Tout avait commencé en mai 2005. J'avais décidé de quitter mon précédent employeur chinois, lui expliquant posément que je perdais mon temps, tout en lui faisant gaspiller son argent. J'avais été embauché un an et demi plus tôt par ce fabricant de cadres et de miroirs à Suzhou, après une expérience malheureuse d'association avec trois chinois véreux, dont l'un d'entre eux s'était avéré patron d'un bordel, et dont un autre jouissait de la façade du mariage tout en passant ses soirées de libre avec l'une de ses sept maîtresses. Des jaunes qui en veulent !
 
Mon précédent employeur, quant à lui, m'avait embauché dans son usine pour faire le ménage dans son service commercial, organisé à la méthode chinoise, c'est-à-dire dans un chaos total où rien n'est structuré, même pas les responsabilités et la hierarchie, et où les commerciaux gardent jalousement leurs informations, en partant du principe qu'en faire profiter les autres ne leur bénéficieraient pas. J'y suis allé, je pense avec un maximum d'intelligence, ai gagné presque toutes les batailles, mais ai perdu la guerre. Il faudra que je prenne le temps de rédiger un article que les méthodes de travail en entreprise en Chine, car il y aura tant de quoi amuser que surprendre.
 
Mon ancien patron, qui reste quelqu'un de formidable, et à qui je dois beaucoup, partait du principe qu'en faisant bon copain avec l'équipe, j'aurais suffisament de pouvoir pour organiser les choses. Et là, même si, au niveau personnel, je m'entendais très bien avec tout le monde, je restais professionnellement l'étranger qui n'avait rien compris. Gérer les gens n'a jamais voulu dire faire plaisir à tout le monde. Personnellement, je n'ai jamais connu de patron qui ne soit pas critiqué, que ce soit fondé ou non. Bref, ils n'avaient pas l'intention de changer leurs méthodes, et sans soutien de la part de la direction, au bout d'un an et demi, je me suis dis que je n'avais pas besoin d'eux, et que je pourrais bien développer mon business tout seul.
 
Et c'est ce que j'ai fais !
 
Au tout départ, j'avais proposé à Wang Ke Rong, un petit chinois tout fin mais plein d'ambitions, de s'associer, et de développer une affaire de représentation en Chine pour le compte d'entreprises françaises. Il a bondi sur l'opportunité, sachant qu'il avait déjà une société, dont il m'a offert 30% des parts, et j'ai pu commencer à avancer. J'ai vécu sur mes économies, en avançant le plus vite possible pour que les affaires me permettent de survivre. J'ai déménagé dans un appartement deux fois plus petit... Mais surtout deux fois moins cher. Je n'ai jamais eu un train de vie de nabab, mais j'ai fais quelques coupes sombres dans mon budget, pour assurer la pérenité d'une activité à laquelle je crois.
 
Quelques mois plus tard, me voyant démarrer correctement, Wang Ke Rong décidera de plaquer son travail, pour se consacrer à plein temps au montage d'une usine d'aspirateurs... Dont nous célébrerons l'ouverture officielle le 18 juin dernier. Au-delà du fait que nous soyons restés bons amis, Wang Ke Rong avait un agenda caché. Ce qu'il souhaitait depuis le départ, c'était que je gère l'intégralité de l'activité commerciale de son usine, et que je laisse tomber l'activité de représentation que je développais seul depuis plus d'un an. L'objectif de notre association était de bénéficier d'un soutien mutuel... Qui s'est avéré unilatéral, car seule son usine l'intéressait. De mon côté, faire partie de cette aventure qu'était le démarrage de son entreprise était très excitant, et j'ai fais tout mon possible pour le soutenir au maximum... Au détriment de mon activité de représentation que je n'avais pas pour autant envie d'abandonner.
 
Voyant que nos objectifs variaient du tout au tout, et qu'il était hors de question que je travaille douze heures par jour et sept jours sur sept pour une usine dont je n'étais pas actionnaire, sans avoir l'opportunité de développer une activité que j'avais démarré seul, nous avons préféré nous séparer. C'était il y a quelques mois, fin septembre. Il a fallu que je reparte à zéro, et j'ai donc commencé les démarches pour enregistrer Onesource Agency.
 
Quand j'y pense, quel parcours pour en arriver là ! Même si celà implique de devoir continuer à travailler seul, je crois plus que jamais à ce que je peux apporter aux entreprises françaises en terme de compétitivité. La meilleure preuve que j'en ai reste le fait que je représente intégralement, un an et demi après le démarrage, cinq entreprises françaises, qui me font confiance dans une transparence et une honnêteté totale. Et je n'ai pas l'intention de m'arrêter en si bon chemin !
 
Vous pouvez visiter le site www.onesource-agency.com, qui détaille tous les beaux services que Onesource et moi-même proposons.
 
 
 
 
par Christophe Pavillon publié dans : Votre agent en Chine : Onesource Agency.
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