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Mercredi 24 octobre 2007
Ma nièce Julie, du haut de ses dix-sept ans, avec son bac en poche, est arrivée en Chine le 26 août avec pour objectif de passer un an à l'université de Suzhou afin d'étudier le mandarin. Bien évidemment, sa Tata et son Tonton (Cai Li et moi-même, donc) se sont expressément déplacés à l'aéroport de Shanghai pour l'accueillir.
 
Depuis Suzhou, aller à l'aéroport de Shanghai est assez simple, même si celà impose de changer plusieurs fois de moyen de transport. Ce dimanche 26 août, nous avons du nous lever à cinq heures et demie pour prendre le premier train. Puis, en arrivant à Shanghai, il nous a fallu prendre le métro, et sortir à Long Yang Lu, l'avant dernière station, car celle-ci fait aussi office de gare pour le Shanghai Magnetic Levitation Train, appelé aussi Maglev, ou encore SMT. Porte à porte, il y en a pour deux heures, alors qu'en voiture, il faudrait presqu'une heure de plus.
 
 
Cai Li souhaitait depuis longtemps tenter l'expérience de ce Maglev, train unique au monde qui ne roule pas, mais qui est en suspension sur un champ magnétique. En éliminant les frottements, le train atteint une vitesse bien supérieure a celle du TGV, à... Quatre cent trente et un kilomètres à l'heure ! L'expérience est unique, et la prouesse technologique digne d'un film de science-fiction : le fonctionnement de ce véhicule en lévitation à quelques centimètres du sol est le même que ceux de la Guerre des Etoiles !
 
 
 
 
 
 
 
Le Maglev, c'est un test entre le centre ville de Shanghai et l'aéroport. L'idée, du fait de la superficie du territoire chinois, est d'en installer d'autres, et je lisais dernièrement qu'une ligne entre Shanghai et Hangzhou était prévue.
 
 
 
 
 
Cet accomplissement est le fruit d'une coopération sino-allemande, et Gehrard Shroeder s'était lui-même déplacé en décembre 2002 pour couper le ruban de l'inauguration.
 
 
 
 
 
Ce qu'il faut souhaiter, c'est que ce projet ne finisse pas comme le Concorde, transport supersonique fantastique... Mais gouffre financier rendant sa vulgarisation caduque.
 
 
 
 
 
 
 
 

La gare du Maglev est à la sortie de la station de métro de Long Yang Lu, et ressemble à un terminal d'aéroport. Les trains partent toutes les vingt minutes, et on achète son ticket à l'entrée pour cinq euros. Pour sept minutes de trajet, la somme est délirante (en rapport, une heure de trajet entre Suzhou et Shanghai dans un train conventionnel, coûte deux euros vingt maximum)... Mais pour la prouesse futuriste, et pour les impressions qu'on ressent, c'est dérisoire.

 

 
 
 On fait passer ses bagages dans un détecteur à rayons X pour accéder au quai en hauteur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arrivé au sommet des escalators, on croise des gardes de la sécurité, souriants, ainsi que des hôtesses en uniformes invitant les passagers à monter.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sur le quai ce matin-là, il y avait quelques laowais qui n'hésitaient pas à faire de la vidéo ou à prendre pléthore de clichés. Il est d'ailleurs étonnant de voir que les étrangers sont bien plus fascinés par le Maglev que les chinois, qui pourraient pourtant le revendiquer avec fierté : la plupart doivent en ignorer l'existence, et il a fallu que je me connecte sur le site www.smtdc.com pour montrer à Cai Li que son pays avait un train sans roues.
 
 
 
 
Les wagons du Maglev sont larges, propres, et sobres, sans avoir la déco tristounette du TGV, où tout est gris. L'intérieur et le design obusier extérieur ne sont pas sans rappeller le Shinkansen japonais. Les sièges sont bleus, les parois blanches, et un petit panneau lumineux au-dessus des sas d'accès indique la vitesse.
 
 

L'accès au Maglev n'est plus autorisé cinq minutes avant le départ. Et puis on sent un étonnant soubresaut, comme si le train s'élevait quelque peu dans les airs (l'analogie est anachronique, mais celà fait penser à une Citroën qui monte !). Par la fenêtre, on remarque alors qu'en effet, le wagon s'est quelque peu surélevé. Et c'est parti.

 

Du fait de cette lévitation, le train accuse très peu de coups, et le voyage s'effectue dans une douceur presque totale, eu égard à la vitesse atteinte. Dès lors que nous sortons de la gare, le trajet s'effectue en hauteur, un pont gigantesque ayant été construit jusqu'à l'aéroport de Pudong, à trente kilomètres, pour accueillir la voie.

 

 

 

 

 

 

 

 

La vitesse augmente petit à petit, et, étant en hauteur, avec cette douceur glissante, il est impossible de déceler que l'on va aussi vite. Seul l'écran au-dessus du sas permet de réaliser l'accélération : cinquante, cent, deux cent, deux cent cinquante, trois cent, trois cent cinquante... Jusqu'à quatre cent trente et un kilomètres à l'heure ! En jetant un coup d'oeil au paysage en contrebas, qui défile sereinement, tout comme à travers le hublot d'un avion, il semble impensable qu'une telle vitesse soit atteinte. Cai Li, à deviser la vitesse s'incrémenter sur le panneau lumineux, jubilait.
 
 
L'autre spécificité du Maglev, c'est la prise de virages, rappellant les montagnes russes, dont les cabines s'inclinent dans la direction dans laquelle on s'oriente, mais avec une douceur extrême : étonnant à expérimenter, mais qui donne là une véritable sensation de vitesse.
 
 
La décélération, comme l'accélération, se fait en douceur. Les sept minutes sont passées bien vite, à plus de quatre cent kilomètres heure, et nous arrivons déjà à l'aéroport de Pudong.
 
En sortant du train, nous avons droit au même sourire de l'hôtesse. Les chinois avancent dans le désordre habituel, et Cai Li et moi-même resterons parmi les étrangers, à prendre quelques clichés avant de remonter l'escalator. Un américain, avec un visage aussi enjoué qu'un gosse après un tour d'attraction à Disneyland, me lancera courtoisement "c'était fantastique, non ?"
 
par Christophe Pavillon publié dans : Société contemporaine.
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Mardi 11 septembre 2007
Le 29 juin, Cai Li a ouvert son magasin.
Le 29 juin, c'était son grand jour.
 
Depuis que je la connais, Cai Li n'a eu de cesse de claironner qu'elle rêvait de monter son propre magasin. Elle s'était renseignée à plusieurs reprises, mais systématiquement, préférait la sécurité d'un emploi humblement rétribué au vaste horizon libre de l'entreprenariat.
 
Et puis, grâce à son dernier patron, elle a franchi le pas : l'entendre hurler continuellement sans aucune autre raison que la jouissance d'asseoir un pouvoir illusoire a eu raison de son envie de faire de l'argent pour quelqu'un d'autre. Sur un pied de nez, elle lui a signifié son départ, épaules droites, poitrine bombée, et majeur tendu fermement.
 
Le montage du magasin ne s'est pas fait du jour au lendemain. Cai Li hésitait quant aux produits à vendre : maroquinerie, vêtements, lingerie... Et n'avait d'expérience sur aucun de ces marchés. Je lui ai alors recommandé de monter un magasin franchisé : elle n'aurait pas à effectuer de sélection de produits, ni de négociation avec chaque fournisseur, et en apprendrait suffisament sur le métier pour, à terme, voler de ses propres ailes.
 
Dans les semaines suivantes, Cai Li a reçu des annuaires de catalogues, les étudiant posément mais intensément. Mais quel choix opérer : lingerie ? Dentelle ou latex ? Fringues pour femmes ? Frusques pour hommes ? Luxe ou loques ? Même Excel saturait de ses calculs de rentabilité potentielle.
 
Et puis, le coup de chance : à l'occasion d'un dîner inattendu avec Lin Su Ming, une sous-traitante de Onesource, celle-ci nous annonce qu'elle souhaite monter un premier magasin très rapidement, qu'elle a trouvé le franchiseur ainsi que le local... Mais qui lui manque un partenaire. Cai Li et moi-même nous sommes regardés éberlués, pour finalement lui répondre que nous étions dans une démarche complémentaire.
 
Quinze jours plus tard, Cai Li et Lin Su Ming ouvraient leur magasin de vêtements pour adolescents. La petite était bien heureuse, et moi-même n'étais pas peu fier, sachant tout le boulot qu'elle avait accompli en si peu de temps : à la signature du bail, l'échoppe ressemblait à une cave, et deux semaines après, c'était un vrai magasin à la décoration moderne, avec connexion internet et tout le toutim. Plus égocentrique, le magasin est notre premier investissement grâce à Onesource, et j'ai été ému par cette réussite, après deux ans d'activité.
 
Voulant partager le bonheur de ma fiancée, j'étais présent à l'ouverture, et en ai profité pour réaliser le bref métrage ci-dessous, dans lequel Cai Li nous présente toutes les belles choses qu'elle vend. On y voit par ailleurs les traditions typiquement chinoises liées au démarrage d'une affaire.
 

par Christophe Pavillon publié dans : Vidéo.
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