
Julie, c'est ma nièce de dix-sept ans. Il y a quatre ans, alors que celà ne faisait que quelques mois que je vivais à Suzhou, je l'avais invitée à passer une dizaine de jours en Chine, près de son tonton.
A l'époque, elle n'avait que treize ans, et m'avait impressionné : elle avait pris l'avion seule, pour la première fois de sa vie, avait réglé toute la paperasse liée à l'immigration, et avait récupéré ses bagages pour me rejoindre fraîchement à la sortie du terminal. Au même âge, je me serais senti perdu dans ce pays si différent. Elle, pas du tout. Et elle avait passé ces quelques jours à explorer l'atmosphère chinoise, en allant naturellement vers les gens, alors qu'elle ne parlait pas un mot de mandarin.
Dès son retour, elle a développé une fascination pour l'Extrême Orient, particulièrement le Japon, en partie via les mangas, qui restent son intense centre d'intérêt. A travers ses lectures ou tout autre media, elle s'est informée régulièrement sur l'Asie... Jusqu'à souhaiter y vivre une expérience au sortir du lycée. Elle me disait très justement que si elle ne le faisait pas dès à présent, elle n'allait pas le faire après être rentrée dans la vie active. C'était un peu maintenant ou jamais.
Elle s'est mise au chinois en autodidacte, et l'an dernier, quand Cai Li et moi-même sommes passés en France, elle lui avait rédigé une lettre en mandarin. J'en avais été d'autant plus estomaqué que, même si je me débrouille pour lire le chinois, je suis incapable d'en écrire un mot. Cai Li avait été particulièrement sensible à cet effort.
Cette année, alors qu'elle démarrait les révisions de son bac, elle m'a envoyé plusieurs messages pour avoir mon avis sur un séjour d'un an en Chine, afin d'étudier. Le Japon reste sa destination de rêve, mais tant le coût de la vie, que ma présence ici, rendaient la Chine plus accessible.
Tout s'est décidé très rapidement. Nous en avons discuté pendant quelques semaines, durant lesquelles elle a continué de bûcher pour son bac. Et, à l'obtention du diplôme, elle m'a recontacté avec tout un lot d'informations qu'elle avait pris auprès de l'université de Suzhou... Pour pouvoir finaliser le projet.
Le 26 août, Cai Li et moi-même nous sommes rendus à Shanghai pour la récupérer au pied de son vol. Immédiatement, elle s'est réappropriée le territoire, comme si il ne s'était pas écoulé quatre ans. Et égoïstement, je me dis que je suis un sacré veinard d'avoir un membre de la famille à mes côtés pendant un an. Pour un expatrié, c'est le plus gros luxe qui puisse s'offrir : ça n'a tout simplement pas de prix.
Julie et moi, nous avons un humble projet, sur lequel, hélas, nous n'avons guère planché pour l'instant, car il a fallu gérer toute l'intendance liée à son arrivée, et la cumuler à un agenda professionnel déjà copieux pour Cai Li comme pour moi. L'idée est de bénéficier de ce fabuleux joujou qu'est la vidéo numérique pour faire un reportage qui s'étalerait sur un an, et qui dévoilerait par le menu, l'expérience d'une adolescente française venant vivre en Chine pendant un an.
Si le film voit le jour, il est évident que nous en offrirons la primeur au lectorat du blog de l'expat, sauf, bien sûr, si Steven Spielberg nous fait une offre avant. Vous vous doutez bien que j'essaye de le contacter quotidiennement, mais pour une raison qui me dépasse, il ne donne pas suite.
Commentaires