Depuis deux ou trois ans, de nombreuses publications à destination des étrangers à Suzhou fleurissent, gratuitement, alimentées par la régie publicitaire, sur les comptoirs des bars et restaurants fréquentés par les expatriés. David, mon collaborateur au sein de Onesource Agency, a bénéficié ce mois-ci des honneurs de cette presse locale, et pourtant internationale. Occupant un poste commercial dans ma société, il est ainsi passé de VRP à VIP, souriant sous les flashs journalistiques d’un canard pour expatriés publié tant en anglais qu’en japonais.
J’avais eu vent de l’affaire alors que nous étions en déplacement pour un contrôle qualité à Hangzhou. Du fait de petits problèmes inhérents à la
production, nous avions éternisé notre passage dans l’usine, vérifiant méticuleusement des articles qui en avaient bien besoin. Alors que nous écumions les chaînes d’assemblage, David subissait
le harcèlement via SMS d’une rédactrice qui tenait impérativement, le bouclage étant en cours, à le rencontrer pour immortaliser sa mine de jeune premier à l’intérieur du support. La journée de
travail a été bien plus longue que prévue, mais dès notre retour tardif à Suzhou, David a filé la retrouver pour qu’elle puisse garnir son magazine du physique athlétique de mon collaborateur. Le
résultat, je l’ai découvert ce mois-ci, en première de couverture, ainsi qu’à l’intérieur.
Le journal s’appelle « Open », et j’en plaisantais avec l’intéressé, qui, comme moi, trouve que le nom du magazine fait penser à une publication homosexuelle, alors que le jeune homme s’enorgueillit d’une adoration éternelle pour le sexe faible. « Open » reste un magazine d’un intérêt réduit, se limitant à lister des encarts publicitaires d’endroits où les expatriés se retrouvent entre eux, sur fond d’articles qui ne sont que des prétextes, tant leur fadeur est flagrante. « Open » est un peu à l’image de ces magazines que l’on trouve dans les avions, et qui n’informent de rien, si ce n’est des prouesses de la compagnie aérienne qui nous accueille le temps d’un vol, et qui fait la part belle au duty-free.
Néanmoins, les journalistes ont fait preuve de goût, sélectionnant un modèle masculin qui n’aurait rien à envier à un magazine de mode. Si, ce
dont je doute, David ne perce pas dans le commerce international, il pourra toujours se reconvertir dans le mannequinat. Je ne cesse de le dire : chez Onesource Agency, on est tous de très
beaux mecs.
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