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Si vous venez pour la première fois sur le blog, je vous invite tout d'abord à faire connaissance ci-dessous...
J'ai eu le coup de foudre pour la Chine comme on a le coup de foudre pour une fille.

C’était en 1998, à la descente de l’avion, à l’occasion d’un premier voyage. A la seconde où mes pieds ont touché le tarmac, toutes mes interrogations liées au bonheur ont trouvé une réponse spontanée : le bonheur, c’est d‘être ici. A cet instant précis, j’ai su qu’un jour, je viendrais y vivre.

En 2003, après une période de maturation nécessaire, le rêve de l’expatriation est devenu une réalité. Vous raconter qui j’étais avant, et ce que je faisais en France, en dehors de l’attente du départ pendant toutes ces années, est sans intérêt. Mon quotidien en Chine, je le rêvais, tout le temps.

Ce qu’il faut que vous sachiez sur moi, c’est que j’étais venu pour ça : je suis venu pour cette atmosphère dans les rues. Je suis venu pour ces couleurs. Je suis venu pour le sourire des humbles. Je suis venu pour les lumières de la nuit. Je suis venu pour l’assourdissant trafic constant. Je suis venu pour cette population de fourmilière, partout, tout le temps. Je suis venu pour ce pays débordant de vie. Je suis venu pour ce pays qui ne s’arrête jamais.

Et après quelques années passées en Chine, comme dans n’importe quelle histoire d’amour, la passion a fait place à l’habitude.
Je suis parti à la recherche de la différence, et je suis resté pour aboutir la compréhension de moi-même, pointé du doigt que je suis par les locaux, avec ma couleur de peau différente ; la couleur de mes yeux, différente ; ma texture de cheveux, différente ; l’expression de mon visage, différente. Je suis resté pour cette culture plurimillénaire, qui perdure. Je suis resté pour cette indigence, tellement présente qu’elle en devient transparente. Je suis resté pour cette richesse due à une explosion économique exponentielle. Je suis resté pour cette cohabitation constante entre une pauvreté quart-mondiste et une modernité high-tech. Je suis resté pour cette ambiance, où la frénésie à faire des gains financiers pharaoniques côtoie des outils ancestraux.

Je vis à Suzhou, dans la province du Jiangsu, à 90 kilomètres de Shanghai, et à 1500 bornes de Pékin. Mon nom chinois, c'est Ke Lin. Depuis l'été 2005, je vis avec Cai Li, que j’ai épousé en septembre 2009. Depuis le printemps 2005, j'ai monté ma société de représentation, Onesource Agency.

- Exotisme au quotidien : relate toutes les anecdotes surprenantes et amusantes liées à la différence culturelle. Rien dans les guides touristiques ne prépare à ces situations quotidiennes étonnantes, à des encablures de ce que l'on peut vivre en Occident.

- Société contemporaine :
 la Chine est en pleine mutation, s'ouvrant sur le monde, jouissant d'une explosion économique unique. Cette rubrique est le témoin de cette évolution vers la modernité, sur un mode explicatif, analytique, mais aussi sympathique... Et souvent exotique.

- Traditions millénaires :
 comment les traditions ont-elles perdurées ? De quelle façon évoluent-elles dans un contexte de modernisation ? Accessible depuis peu, la Chine reste très mystérieuse, et cette rubrique propose d'en explorer les coutumes, recensant par ailleurs quelques carnets de voyages.

- Vidéo :
passionné de cinéma depuis l'enfance, je vous propose quelques courts-métrages, montés en vidéo numérique, dont notamment la série de reportages « en Chine avec l’expat ».

23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 17:20

Votre attente est récompensée : je vous invite à la projection de la deuxième partie du « double bonheur », cinquième épisode de la série « en Chine avec l’expat », et fin du reportage sur le mariage en Chine. Bon film à tous.

 

 

J’ai déjà fais un bien long laïus au solde du précédent épisode. Aussi, une fois n’est pas coutume, vais-je faire bref. Tout d’abord, à tout seigneur, tout honneur : je tiens à remercier Elodie Huault, épouse de mon pote de toujours, qui s’est gentiment chargée de la corvée que constituait le fait de filmer notre mariage. Très nombreux sont les plans qu’elle a réalisée, et qui sont présents dans les deux épisodes.

Ensuite, à l’attention particulière des vidéastes amateurs, je souhaitais faire part de la découverte du site www.freesound.org, qui autorise le téléchargement libre de bruitages créés et publiés par les internautes. J’y ai puisé le bruit du déclencheur qu’on entend dans le précédent épisode, quand sont évoqués les photos de mariage. J’y ai aussi emprunté le cliquetis ronronnant du projecteur que l’on perçoit au tout début du présent épisode. L’usage semble d’être que, en échange de la gratuité de ces bruitages, on cite la source. Voilà qui est fait. Par ailleurs, pour un vidéaste amateur, ce site est une mine d’or.

 

Les sixième et septième épisodes de la série sont en cours de montage, et j’espère pouvoir les publier sur le blog d’ici la rentrée, car leur finalisation constitue encore beaucoup de travail. Nous y poursuivrons l’immersion dans les coutumes chinoises, car le sujet de ce double épisode sera le festival de printemps, et plus principalement le nouvel an chinois.

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 05:11

Je vous propose ci-dessous « le double bonheur », quatrième épisode de « en Chine avec l’expat », et qui a pour thème le mariage en Chine. On se retrouve juste après le film.

 

 

Et oui, qui dit double bonheur dit double épisode ! Rassurez-vous, la deuxième partie, qui est aussi la fin du reportage, est terminée, et sera disponible sur le blog dans une semaine. Ce n’est pas que j’aime travailler mes effets de manche. Mais Vimeo, le site qui héberge dorénavant la série, ne permet dans sa version gratuite que de poster cinq cent mégas par semaine, ce qui me limite à un épisode. J’espère que le suspens ne sera pas trop insoutenable.

 

Comme vous l’aurez compris à travers l’introduction du métrage, après quatre ans de vie commune, Caili et moi-même nous sommes mariés en septembre dernier. Je n’ai pas fais d’annonce officielle sur le blog, préférant privilégier un reportage général sur le mariage en Chine, en prenant entre autres le nôtre comme prétexte.

 

Et puis, au su des commentaires et des messages privés qui me sont parvenus à travers le blog depuis sa création, le sujet semble susciter de nombreuses interrogations. Sans prétendre à aucune vérité, ce quatrième épisode –ainsi que le cinquième, donc- tente de témoigner de l’application des traditions dans le cadre d’un mariage contemporain en Chine, à travers notre expérience et ma compréhension du pays. Cette première partie évoque tout ce qui se déroule a priori de la célébration, et la seconde rentrera au cœur de la noce, en détaillant les différentes étapes.

 

La séquence pré-générique relate brièvement les circonstances familiales et conjugales dans laquelle Caili et moi-même évoluons depuis que nous nous sommes rencontrés. Si j’ai fais état de ces éléments personnels, c’est afin d’humaniser mon rapport avec vous, fidèles lecteurs, et permettre à ceux qui découvrent le blog d’en savoir un peu plus, de manière moins fastidieuse qu’à travers la lecture d’une présentation formelle. Nous connaître facilitera aussi l’appropriation de la série, une fois que celle-ci sera entièrement terminée –pour peu qu’un jour, j’en arrive à bout-.

 

Pour autant, je ne souhaitais bien évidemment pas en faire un film de famille. C’est pour cela que, même si c’est notre mariage qui introduit le métrage, d’autres y sont présentés. L’atout était d’avoir participé tant à des mariages citadins qu’à des mariages ruraux, ces derniers collants bien plus aux traditions locales. Ce sont ces deux aspects, cumulés à un rappel bref de coutumes plus anciennes, que j’ai tenté de relater au travers de ces deux épisodes.

 

L’objectif reste humble : en vingt minutes, il est impossible de rentrer dans les détails, le concept même de la série « en Chine avec l’expat » restant de présenter brièvement un aspect spécifique de la Chine. Et il y aurait bien plus à dire sur le sujet ! Tout ce que j’espère, c’est que les idées générales seront perceptibles, et que, peut-être, ceux qui s’interrogent y trouveront des embryons de réponses. Que ceux-ci ne prennent pas non plus le contenu du film comme argent comptant : il est le reflet d’une expérience propre, et pas d’une vérité globale. Ce n’est pas ainsi que se déroulent tous les mariages en Chine, mais seulement ceux que j’ai pu observer. A cet effet, les commentaires et compléments des lecteurs sont les bienvenus.

 

Initialement, l’idée était, systématiquement, et quel que soit le sujet, de limiter chaque reportage à dix minutes. Mais très rapidement, en avançant sur le montage du « double bonheur », j’ai réalisé que la durée impartie ne me permettrait pas de ne serait-ce que survoler le sujet. Aussi ai-je fais une première incartade au règlement que je m’étais fixé, présentant le reportage en deux épisodes plutôt qu’un. Il faut dire que l’orientation du film est différente de celle des trois précédents : il ne s’agit pas d’une visite touristique qui se limite à présenter les aspects majeurs d’un site. Il s’agit là de traditions, et sans avoir l’outrecuidance de m’estimer exhaustif, il faut néanmoins, pour que le témoignage ait un semblant de valeur, que je puisse y dévoiler les aspects incontournables. Et vingt minutes n’ont pas été de trop ! A priori, il devrait en être ainsi pour tous les prochains reportages de la série qui présenteront une tradition chinoise dans son contexte : ils seront scindés en deux épisodes.

 

De manière générale, la série va, au cours des prochains épisodes, prendre une nouvelle orientation : même si j’y ai fais mes premières armes en présentant des sujets touristiques, il est beaucoup plus stimulant de développer des traditions chinoises, ce que, d’après ce que j’ai pu voir, est le cas de trop peu de reportages. Et puis, traiter de traditions plutôt que de visites me semble a priori plus intéressant pour les spectateurs, les immergeant plus véritablement dans un quotidien chinois.

 

Vimeo permet de publier en HD, avec une qualité proche de l’original. Pour cela, il faut regarder le film sur www.vimeo.com plutôt qu’en direct sur le blog. N’hésitez pas à le faire : ce qui m’importe, c’est que le résultat soit en adéquation avec une qualité « présentable ».

 

Je vous laisse pour aujourd’hui, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour le cinquième épisode.

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 13:07

Malgré une absence de publication ces six derniers mois, le blog de l’expat n’est pas mort, bien au contraire ! Je poursuis « en Chine avec l’expat », la série d’humbles reportages amateurs dont j’apprécie de vous offrir la primeur. Deux nouveaux épisodes sont prêts, et seront postés très rapidement. En attendant, uniquement à destination des lecteurs qui se trouvent en Chine, je publie à nouveau ci-dessous les trois premiers épisodes. J’ai horreur du réchauffé, mais Youtube étant censuré en Chine depuis un an, ils n’étaient plus visibles pour une bonne partie du lectorat. Les méthodes pour contourner l’interdiction étant laborieuses, avec des résultats mitigés ou aléatoires, j’ai préféré trouver une nouvelle plateforme permettant de publier des films en haute définition. C’est chose faite avec Viméo. Par contre, vous ne pourrez bénéficier de la HD qu'en regardant directement sur ce site, ce que je vous invite à faire. On commence par le premier épisode, qui a pour thème Huangshan, la montagne jaune, dans la province de l'Anhui :

 

 
On continue avec le second épisode, visite guidée de la Cité Interdite à Pékin : 
 
 

Et on termine par le troisième épisode, voyage artistique au sein de Wuzhen, un village lacustre du Jiangnan. Allez, encore un petit effort : c'est le dernier.

 

 

Je tiens à rassurer le lectorat hors de Chine, tout en m’excusant auprès de lui. Certes, vous ne retrouvez là que le contenu vidéo des trois précédents articles, qui n’ont jamais cessé d’être accessibles pour vous. Pour palier à ce manque de nouveauté, dès la semaine prochaine, je mettrais en ligne le quatrième épisode, puis le cinquième la semaine suivante, Viméo ne permettant de publier qu’une seule vidéo HD hebdomadaire. Ces deux épisodes constituent les deux parties d’un reportage qui s’intitule « le double bonheur », témoignage de l’application des traditions en Chine dans le cadre de mariages contemporains.

 

A dans une semaine donc.

C’est bien agréable de vous retrouver.

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 15:12

Notre région, le Jiangnan, recense quelques endroits traditionnels et relaxants. Le village de Wuzhen, bordé de canaux ancestraux, et dont la fondation remonte à 872, est l’un d’entre eux. Je vous y propose, à travers le troisième épisode ci-dessous de « en Chine avec l’expat », un voyage artistique. Bonne projection à tous.



La peinture est la grande passion de Caili. Notre humble appartement à Suzhou est bien exigüe, et elle a malgré tout réussi à aménager une petite pièce pour s’adonner à ses divins barbouillages –je lui trouve énormément de talent-.

En juin dernier, nous avons décidé de partir en week-end. Je me rendais à Hong Kong la semaine suivante pour affaires. A mon retour, il fallait finaliser l’organisation de nos noces, et être prêts à accueillir la famille venue de France pour la célébration, fin septembre. Bref, si nous n’avion pas pris ce week-end, nous n’aurions pas eu le temps de prendre de congés jusqu’à la rentrée, période de nos calendriers professionnels qu’on ne peut sacrifier en villégiature. Comme nous ne disposions que de deux jours, nous ne pouvions pas nous aventurer bien loin, et avons opté pour le village de Wuzhen, à l’architecture typique préservée, et lacéré de canaux. Immédiatement, Caili y a vu l’opportunité de réaliser un tableau dans un cadre enchanteur. Pendant que je visitais le village, Caili plantait son chevalet au bord d’un canal pour garnir une toile de peinture.

En complément du film, et pour la petite histoire, le site nous a tellement enchantés que nous avons invité la famille proche à le découvrir en septembre, dans le cadre de notre mariage. Nos parents respectifs ne l’ont pas regretté. Ainsi, même si la majorité des rushs utilisés ont été filmés en juin, certains plans proviennent de ce second passage en septembre.

Le Jiangnan compte d’autres petits villages traditionnels : Zhouzhuang, Tongli, Luzhi, Nancun, etc… Mais de tous ceux que j’ai visité, Wuzhen reste l’un des plus remarquables, beaux, et reposants –avec Xitang, que j'ai détaillé dans un carnet de voyages ici-. A ma connaissance, Wuzhen est encore absent des grandes guides de voyage, alors qu’il y mériterait une place de choix. L’avantage, c’est que l’endroit, encore peu touristique, permet de jouir d’un peu de sérénité. Et ce que j’espère, c’est que le court-métrage vous aura communiqué ce bien-être.

Le prochain épisode de « en Chine avec l’expat » est en cours de montage, et si mon agenda le permet, j’espère pouvoir vous le proposer rapidement –je suis en général très optimiste sur la question-. Il s’intitule « le double bonheur », et traitera du mariage en Chine. Comme j’ai annoncé que Caili et moi-même nous étions mariés en septembre, cela vous permettra de participer par procuration au plus beau jour de notre vie. Le film vous invitera aussi à d’autres noces, dans un esprit chinois plus traditionnel : en sept ans en Chine, j’ai assisté à bon nombres de mariages, et dispose en conséquence de nombreux rushs.

Pour le lectorat de Chine, qui subit la censure de Youtube, je vous invite à vous reporter à l'article précédent présentant 'la cité pourpre du dragon" et qui liste des moyens de contourner l'interdiction.
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 17:54

Je vous propose de commencer directement par la projection du deuxième épisode de « en Chine avec l’expat », qui s’intitule « la cité pourpre du dragon ». Vous y découvrirez la Cité Interdite, palais impérial chinois pendant cinq siècles. Je reprendrai le clavier après la projection. Et, à l’attention des lecteurs en Chine, j’évoquerai les remèdes informatiques qui leur permettront de contourner la censure de Youtube. Que ne ferait on pas pour faire bisquer le PCC. Bon film à tous.

 


Je concluais l’article accompagnant le précédent épisode par « Youtube n’est pas –encore- interdit en Chine ». Il suffisait de le mentionner pour que le gouvernement chinois palie à ce manque une semaine plus tard : quelle facétieuse dictature. J’aurai mieux fais de me taire. En conséquence, depuis quelques mois, je ne peux plus y poster de vidéos. C’est la raison pour laquelle le blog n’était plus alimenté, avec toutes mes excuses pour ce « problème technique indépendant de notre volonté ». Au nez et à la barbe des autorités, j’ai néanmoins cherché moi aussi à perpétuer ma propagande. Et Dieu merci, un ami français vivant à Suzhou a trouvé la solution.

Pour cela, j’invite les lecteurs chinois à se connecter à http://www.bonjourchine.com/f121/f123/41150-acces-aux-sites.html, où se trouvent toutes les indications techniques nécessaires en cas de problème, que je ne saurais vous fournir : d’une part, l’internaute qui a posté cela a très bien fait les choses, et d’autre part, ces considérations informatiques me dépassent complètement. Arrivé sur cette page, il suffit de télécharger et d’installer le logiciel proposé. Ou bien vous pouvez le faire directement depuis http://rapidshare.com/files/303657553/pack.zip sans passer par l’adresse précédente.

Si, plutôt que de passer par le blog, vous souhaitez voir les films directement sur Youtube, il vous suffit de rentrer l’adresse http://www.youtube.com/user/KelinOSA : vous accèderez directement à la page où je publie mes courts-métrages.

Concernant maintenant le présent épisode :

Il serait absurde de prétendre à une quelconque exhaustivité sur la Cité Interdite au cours d’un métrage de dix minutes seulement. : dix heures ne suffiraient pas à retracer les cinq cents ans du palais, et le quotidien des vingt-quatre empereurs qui y ont résidés. A cet égard, la grosse difficulté narrative a été de sélectionner les aspects les plus incontournables pour le spectateur, tout en évoquant des anecdotes qui sortent des sentiers battus –la vie intime de l’empereur par exemple-. Cela s’en ressent dans la voix-off, que j’ai tenté de compresser au maximum… Mais qui reste pourtant bien longue pour un film aussi court.

Par ailleurs, d’un point de vue purement touristique, il est impossible d’effectuer une visite complète de la Cité Interdite : elle couvre soixante-douze hectares, et n’est pas entièrement ouverte au public. En conséquence, la visite retracée dans le film est à l’échelle de ce qui a pu être traversé durant quelques heures. Néanmoins, j’espère que vous aurez apprécié ce deuxième épisode, dont l’objectif modeste, tout comme pour le premier, reste de donner une vue d’ensemble, sur une durée limitée, d’un point particulier de la Chine.

Le troisième épisode, intitulé « le parfum du bois ciré », est terminé, et sera mis en ligne très prochainement. Il propose un voyage artistique dans le Jiangnan, région où la vie chinoise s’est organisée depuis des millénaires autours des affluents du Yangzi. Cette évocation se fera à travers l’exemple du village traditionnel de Wuzhen, préservé de la modernité, et bordé de canaux ancestraux, à la frontière entre les provinces du Zhejiang et du Jiangsu.

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 07:02

Les infos françaises ont relayé le déroulement d'une éclipse solaire dans le ciel asiatique ce jour. Premier coup de bol monumental, il s'agissait de la plus longue éclipse du siècle. Deuxième coup de bol tout aussi monumental, Suzhou était situé au cœur de la zone d'ombre. Pour quelqu'un qui a la tête un peu dans les étoiles et qui vit à Suzhou, il s'agissait là d'une aubaine tenant du miracle.

 

Et puis, cette année, c'est l'Année Mondiale de l'Astronomie, et cette éclipse en constituait le deuxième évènement majeur, après le quarantième anniversaire du premier pas sur la Lune, il y a tout juste deux jours. Bref, tous les éléments étaient réunis pour faire de ce moment un moment exceptionnel.

 

Depuis quelques semaines, nous avions tout prévu avec Caili : elle avait acheté sur internet un grand nombre de paires de lunettes étudiées pour deviser l'évènement céleste, qu'elle a grassement redistribué à ses connaissances, assurant la promotion du moment. De mon côté, j'ai fais les frais d'un nouveau trépied pour ma caméra -j'avais cassé le précédent à Huanghsan il y a deux ans-, histoire de filmer les astres sans que ça ne remue dans tous les sens. Hier après-midi, j'ai fais des tests, ai briqué mon téléobjectif, découpé un morceau des lunettes « spécial éclipse » pour voir si le filtre tenait correctement sur l'objectif, vérifié la pile d'un thermomètre digital pour évaluer la baisse de température durant l'éclipse, etc...

 

Nous avions programmé nos réveils à six heures ce matin, l'éclipse démarrant à huit heures et demie pour se terminer à onze heures. La durée durant laquelle la lune occultait totalement le soleil couvrait cinq minutes -de neuf heures trente-cinq à quarante-, ce qui est exceptionnel : Suzhou n'a pas vu passer d'éclipse aussi longue depuis les Ming, au XVIème siècle. Et la prochaine fois qu'un évènement d'une telle durée se déroulera, tous ceux que nous connaissons où que nous serons amenés à connaître jusqu'à la fin de notre existence, voire celle de nos enfants, de nos petits-enfants, ou de nos arrières petits-enfants, auront disparu depuis des lustres.

 

C'est à se demander pourquoi on va au bureau tous les matins.

 

Le programme était le suivant : lever à six heures, et départ à sept pour Jinjihu, dont la traduction française serait « le lac du poulet d'or ». Ne riez pas : ça sonne très bien en mandarin. En arrivant à sept heures et demie au lac, une heure avant le démarrage de l'éclipse, j'aurais eu amplement le temps d'interviewer des chinois. Car l'objectif, au-delà de participer à un moment astronomique mémorable, était d’en faire un épisode atypique de la série « en Chine avec l’expat », pour que dans trois cent cinquante ans, quand la prochaine éclipse aura lieu dans le ciel de Suzhou, on puisse se souvenir de mes œuvres. Le sujet était original, et me séduisait autrement qu'une sempiternelle visite d'un coin touristique.

 

Manque de bol, ce ne sera pas le cas ! Quand nous nous sommes levés, le temps était très gris ; et comme de la pluie était annoncée, plutôt que d'aller jusqu'à Jinjihu qui est à l'autre bout de la ville, nous nous sommes cantonnés à Xumen, un joli parc avec un grand pont traditionnel, aux abords d'un large canal, à deux pas de chez nous.

 

Nous sommes arrivés à Xumen, et ma première surprise, c'est que presque personne n'était là pour attendre l'éclipse. Il n'y avait pas une dizaine de pékins, et la plupart étaient des touristes occidentaux, juchés en haut du pont, tentant de discerner le soleil à travers des nuages bien sombres.

 

Comme il restait encore presque une heure et demie avant le démarrage de l'éclipse, je suis descendu au pied du pont avec Caili, ai pris le temps de chiader un cadrage un peu sympa avec le dit pont en arrière-plan, histoire de filmer une première séquence où, devant la caméra, avec mes lunettes solaires au nez, j'aurais fais un petit laïus que je répétais depuis quelques jours, et que j'aurais inclus dans le reportage en guise d'introduction.

 

J'avais à peine tout installé pour ce premier plan, prêt à crier « moteur, action ! », que la pluie a commencé à tomber. Connaissant le climat ici, on s'est abrité sous un arbre en attendant que ça passe. Mais voilà : ça n'est jamais passé. A chaque fois qu'il y avait une accalmie, et qu'on se disait « super, on va pouvoir commencer », il repleuvait de plus belle la minute d’après, jusqu'à ce qu'on se retrouve sous des trombes d'eau. Les rares quidams venus assister à l'évènement ont déserté l'endroit, même les étrangers, qui ont du venir de bien loin pour rien si l'éclipse était la raison de leur voyage.

 

Et le ciel continua à se noircir de nuages. Nous sommes allés nous abriter au magasin de Caili, qui n'est pas bien loin. On en a profité pour se sécher. Et puis, vers neuf heures moins le quart, voyant que le ciel était toujours impénétrable, que la pluie redoublait, et qu'il n'y avait plus rien à espérer, nous sommes rentrés chez nous.

 

Arrivés à l'appartement, je ne me suis pas avoué vaincu. J'ai eu la chance d'assister à une première éclipse il y a dix ans en Normandie, et le souvenir que cela m'a laissé reste magique. Même sans pouvoir voir le soleil à travers les nuages, je voulais revivre ça. Par contre, en quatre-vingt dix-neuf, le ciel était dégagé, et j'avais pu faire une vidéo assez sympa.

 

J'ai installé ma caméra sur le trépied et sur le balcon. Celui-ci est orienté plein sud, et je ne pouvais donc voir l'est, où se trouvaient la Lune et le Soleil. De toute façon, on n'y discernait qu'une masse nuageuse, et point d’astre. Pendant ce temps, Caili se posait devant la télé pour suivre la retransmission de l'éclipse depuis d'autres endroits de Chine. Il était neuf heures et quart, soit vingt minutes avant la couverture totale du Soleil par la Lune. Et j'ai laissé la caméra tourner pendant une demi-heure.

 

Caili m’a étonné : alors qu'elle pouvait jouir du spectacle à l'extérieur -certes, sans voir ni le Soleil ni la Lune, mais pouvant au moins assister au passage rapide jour / nuit / jour- et vivre l'émotion du moment, elle a préféré s'installer devant la télé qui proposait cela en direct, avec la vue de la Lune couvrant le Soleil à travers l'objectif de caméras sophistiquées, prétendant qu'on voyait mieux. C'est marrant, et assez décevant, cette manière de s'approprier l'instant. A mon sens, l'essentiel, c'est ce qu'on ressent, et pas obligatoirement ce qu'on voit.

 

La lumière a commencé à baisser entre neuf heures trente et trente-cinq. La température était de 28,7°C. Dans mes souvenirs, il y a dix ans en Normandie, le ciel s'était assombri lors de l'éclipse totale, comme s'il s'agissait d'un crépuscule en pleine journée. Aujourd'hui, la baisse de luminosité ne s'est pas cantonnée à un crépuscule : très rapidement, et pendant cinq minutes, nous nous sommes retrouvés en pleine nuit. L'éclairage municipal s'est déclenché, et quelques individus sont sortis sur leur balcon, ou ont passé la tête à travers la fenêtre de leur bureau, et on a perçu quelques exclamations. Caili a abandonné sa téloche un instant, pour clamer sa stupeur à la fenêtre. Mais le jour n'était pas encore revenu qu'elle s'était déjà reposté devant le poste.

 

Bref, même si le Soleil et la Lune nous ont snobés, il reste ce moment-là, incroyablement étonnant, de nuit totale en plein jour. On ressent quelque chose de très particulier, que personnellement, j'ai du mal à rapprocher d'une autre impression. C'est un cocktail de crainte – même si l’issue du phénomène est connue, il subsiste toujours une peur inconsciente que le jour ne se lève plus jamais-, d'excitation, d'émerveillement et de magie face à un phénomène qui, pourtant, est parfaitement naturel. Pour tout cela, même si encore une fois je n'aurais pas pu voir ni Soleil ni Lune, c’était formidable. En comparaison, là où l'éclipse normande avait duré deux minutes, celle-ci en a duré cinq. Et où, en Normandie, nous avions été témoin d'une baisse de luminosité, j'ai eu ce matin droit aux ténèbres complètes. Au solde de ces cinq minutes, mon thermomètre affichait 27,7°C : l'environnement s'était rafraîchi d'un degré.

 

J'ai fais un montage très simple du plan-séquence que j'ai filmé par le balcon ce matin, et vous le propose ci-dessous pour que vous puissiez profiter de l'évènement par procuration, et réaliser à quel point le passage du jour à la nuit, puis de la nuit au jour, est exceptionnellement rapide : en moins d’une minute, les ténèbres furent complètes. Bonne projection !

 

 

 

Trois courtes notes à l’attention du lectorat :

 

Tout d’abord, j’ai antidaté la publication du présent article, le postant en réalité début décembre. Je l’ai fais car son écriture –comme l’indique le contexte du récit-, ainsi que le montage ci-dessus, ont été achevés le jour-même de l’évènement, le 22 juillet 2009. Et si j’avais pu, je l’aurai publié le jour-même.

 

Ensuite, le film n’a pas été posté sur Youtube comme à l’accoutumée, mais sur Wat. A l’heure où je publie, deux autres épisodes de la série « en Chine avec l’expat » sont prêts –le premier épisode est proposé dans le précédent article-. Si je ne les ai pas aussi publiés sur Wat, c’est du fait de la piètre qualité du résultat comparativement à Youtube. Car même si Wat permet de poster des métrages de trente minutes contre dix seulement sur Youtube, la taille maximum tolérée d’un film est de deux cent mégas, contre cinq cent sur Youtube. Or, cinq cent mégas, c’est la taille nécessaire d’un épisode de « en Chine avec l’expat » pour être projeté en haute définition. A deux cent mégas –et j’ai fais le test sous Wat-, le résultat ne me satisfait guère, les pixels étant gros comme des glaçons.

 

Par contre, le lectorat de Chine est confronté à la censure de Youtube depuis le printemps dernier -Quel bonheur d’habiter dans un pays communiste-. Aussi, je ne peux y publier les deux épisodes précités depuis la Chine. Je m’en acquitterais durant les fêtes, lors de mon passage annuel en France. Et que ceux qui suivent le blog depuis la Chine se rassurent : à l’occasion de la publication de ces deux courts-métrages, je leur donnerais tous les tuyaux nécessaires pour pouvoir échapper à la censure et les visionner en toute impunité.

 

Pour finir, les habitués auront remarqué une refonte graphique du blog, intervenue courant octobre, et qui va dans le sens de l’évolution que je souhaite donner au blog, même si les repères restent similaires à la version précédente. Car ce n’est pas parce que je n’ai rien publié depuis mars que je n’ai pas travaillé sur la question ! J’ai certes délaissé l’écriture, mais dans le seul but de vous offrir plus de courts-métrages… Démarche que l’autorité chinoise a brisé net en empêchant l’accès à Youtube. Rassurez-vous : dès le prochain article, je vous expliquerais comment contourner tout cela.

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 04:23

Les lecteurs assidus du blog connaissent ma passion pour le cinéma, et mon intérêt à produire des petites réalisations amateurs. Par ailleurs, vivre en Chine offre un matériau à une série de reportages qui, pour tout voyageur en actes ou en rêves, est intarissable.

 

Mais voilà, depuis que je me suis offert ma caméra numérique en 2005, je n’ai pas réalisé grand-chose, essentiellement du fait d’un agenda professionnel copieux. Je caressais l’ambition de monter des moyens ou longs métrages… Sans jamais aboutir : trop long, trop prenant, et impossible à cumuler avec les prérogatives et les soucis de l’entreprenariat. J’avais commencé à plancher, il y a maintenant trois ans –que le temps passe !-, sur un documentaire concernant le nouvel an chinois, et qui devait être le premier d’une longue série. Mais de l’heure qu’aurait du faire la totalité du film, je n’en ai jamais abouti les dix premières minutes, faute de temps. Il faut dire qu’il y avait beaucoup d’animations, et j’ai passé quelques mois à monter un véritable dessin animé pour le reportage.

 

Le résultat, c’est que depuis quatre ans, j’ai accumulé des kilomètres de bobines qui étaient stockées… Sans même que je ne les regarde après les avoir tournées. Et j’en étais arrivé au stade où, lorsque je partais faire du tourisme en Chine, je n’emmenais même plus ma caméra, sachant que les films tournés ne serviraient à rien au retour, sinon à prendre la poussière.

 

Et puis cette année, je me suis décidé à rentabiliser l’investissement, en produisant une série de reportages courts, aisés à mettre en place, et d’en offrir la primeur au lectorat du blog. En fait, c’est Youtube qui m’en a donné le prétexte : on ne peut y stocker de films qui excèdent les dix minutes. C’était l’excuse qu’il me manquait pour monter des documentaires brefs, et pour les mettre en ligne.

 

C’est ainsi qu’est née l’idée de « en Chine avec l’expat », une série de reportages de dix minutes chacun, dont la publication de l’un ne prend que quelques week-ends –mais je suis très lent-. L’objectif est, au cours de cette série, de présenter différents aspects de la Chine, qu’ils soient historiques, touristiques, légendaires, exotiques, ou contemporains.

 

Ainsi, je vous propose aujourd’hui le premier épisode de « En Chine avec l’expat », qui se nomme « les trois demeures de l’empereur céleste », et qui est un humble reportage sur Huangshan, la montagne jaune, dans la province de l’Anhui. L’endroit est hautement touristique depuis douze siècles, et accueille dorénavant un million de visiteurs par an.

 

Les plus assidus d’entre vous auront remarqué que j’ai déjà écris au sein du blog un carnet de voyages  à Huangshan. Le reportage, même si il prend ce voyage comme toile de fond, n’est pas une resucée de l’article en question, mais un complément : j’y détaille des éléments historiques, géographiques ou légendaires absents du carnet de voyages. Car la démarche du film est complètement différente, et bien plus informative. En effet, le contenu des articles du blog se veut complètement original, et les carnets de voyages publiés ne sont pas écrits avec le Lonely Planet sur les genoux. Un reportage, par contre, s’il souhaite sortir du confinement à un film familial, doit proposer des informations intéressantes, aux vues éducatives, culturelles ou spéculatives, sous un format attractif que seul le cinéma permet : images, sons, musique, voix-off, et en conséquence, dépaysement.

 

Je vous laisse juger par vous-mêmes ci-dessous à la projection de « les trois demeures de l’empereur céleste ». Le film a été publié en haute définition, et je vous invite à en profiter pleinement en cliquant sur les boutons « HD » et « plein écran » à droite de la barre de défilement. Vous pourrez ainsi voir le film sur la totalité du format d’écran de votre ordinateur, avec une excellente qualité d’image et de son, rendant l’expérience plus proche du résultat obtenu en DVD.

 

 

 

Le deuxième épisode de « en Chine avec l’expat », qui s’intitule « la cité pourpre du dragon », et qui a pour thème la cité interdite à Pékin, est en cours de montage actuellement. Je vais avoir beaucoup de déplacements professionnels en avril, mai et juin, mais je garde bon espoir de pouvoir publier le film au préalable. Et si mon emploi du temps le permet, je pourrais peut-être commencer à plancher sur le troisième épisode... D’ici là, bon film à tous !

Pour ceux qui vivent en Chine, la lecture de la vidéo risque d'être assez laborieuse : les blogs hébergés sur Over-Blog sont censurés, et il faut passer par un serveur relai proxy pour pouvoir les atteindre... Avec, en conséquence, une lenteur qui parfois empêche de pouvoir lire des films. A ceux-ci, je communique le lien http://www.youtube.com/watch?v=6UUcVAsZRkI où ils pourront voir le reportage sans passer par un proxy. Car Youtube n'est pas -encore- interdit en Chine.

 

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Published by Christophe Pavillon - dans Vidéo.
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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 05:49

Le scandale du lait mélaminé qui a défrayé l'actualité internationale suscite des craintes chez les consommateurs, qu'ils soient occidentaux ou chinois : tous se demandent s'il faut avoir peur du made in China. Dernièrement, un peu par hasard, je suis tombé sur des forums qui évoquent la potentielle dangerosité de ces articles. En les parcourant, j’ai ressenti au mieux une bonne crise de rire, et au pire une mauvaise crise de rage. Ces émotions passagères étaient générées par l'ignorance, souvent bien légitime, d'un consommateur qui a un peu de mal, faute d'information, à s'y retrouver quant à la provenance ou la qualité d'un produit.

 

J'ai commencé à vendre des produits chinois en France il y a quatorze ans, travaillant à l’époque pour un importateur d'outillage. Les produits étaient à la fois électriques et mécaniques, s'avérant doublement risqués pour l'utilisateur : nettoyez-vous le fond de la rétine à l'aide d'une perceuse à percussion avec le câble dénudé pieds nus sous la douche pour vous faire une idée –les enfants et les idiots, si vous me lisez, ne tentez pas l’expérience : c’est une bêtise dont seuls les adultes intellectuellement supérieurs ont le secret. Allons, allons. Un peu de bon sens-. Je suis resté huit ans dans l'entreprise, et ce sont, sans exagérer, des centaines de milliers d’outils que j'ai vu garnir les rayons des plus importantes enseignes de la grande distribution française. Dans la foulée, je me suis expatrié en Chine, travaillant pour des usines exportant leurs produits. Finalement, il y a bientôt quatre ans, j'ai monté Onesource Agency, dont la vocation est d'aider les PME occidentales à acheter en Chine. Malgré qu'elle s'avère hautement fastidieuse et assoupissante même auprès des lecteurs qui raffolent de ma prose –à savoir ma génitrice uniquement, donc-, cette exposition détaillée me permet de prétendre à une humble expertise, fruit de quatorze années d’import-export de produits chinois, et en conséquence, de donner quelques explications au consommateur perdu, d'anéantir des idées reçues absurdes, et de révéler des points méconnus du grand public, avec l'objectif pompeux de répondre à cette interrogation légitime mais pourtant mode et par trop politisée, à savoir « faut-il avoir peur des produits chinois ? » -vous pouvez respirer-.

 

Aux extrémistes, qu'ils soient boycotteurs interdisant le moindre made in China à leur caddie, ou sinophiles admirateurs du miracle économique, l'article risque de faire polémique. Et bien tant mieux ! Car il n'est nullement l’agrume –j’aurais pu dire « le fruit » plutôt que « l’agrume », mais c’est moins amer- de l'imagination ou d'idéaux, mais factuel.

 

1°/ Les produits chinois sont-ils fiables ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

La question est complexe. Rassurez-vous, la réponse l’est tout autant. Tout d’abord, il faut être lucide : la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence. Pourtant je reçois pour ainsi dire quotidiennement des offres de fabricants chinois qui valorisent l'irréprochabilité qualitative de leur production, sans gêne, et sans rire. Comme si les importateurs achetaient un article chinois avant tout parce qu'il est de qualité, et pas parce qu'il n'est pas onéreux. Allons, allons, un peu de bon sens. Si le globe entier achète en Chine, ce n'est pas du fait de l'intransigeante supériorité des produits qui y sont manufacturés. Non. Si la planète importe chinois, c'est parce que ces produits sont parmi les moins chers au monde. Derrière, les problèmes de qualité, les importateurs ont appris à s'en accommoder. C'est une vérité d'autant plus dure à vivre que, même si elle reste mon pain quotidien -on ne va pas non plus cracher dans la soupe : comme tout le monde, j'ai un loyer à payer -, j'y suis tant confronté dans mon métier qu'en tant que consommateur en Chine. Et à mes détracteurs avérés –il m’arrive de recevoir des courriers d’insultes en réponse à ma prospection commerciale-, qui voient en mon activité la jouissance esclavagiste d’un homme sans scrupule ni morale ni vertu ni conscience ni éthique ni déontologie qui exploite par âpreté orgasmique au fric les enfants qui travaillent dans les usines chinoises à la ferveur de coups de fouets administrés par des entrepreneurs tortionnaires, je répondrais ceci : je n’achète jamais de produits fabriqués par des enfants du tiers-monde. Ca se casse tout de suite.

 

Au-delà de cet aspect tarifaire, en conséquence de la délocalisation massive, très nombreux sont les articles qui ne sont dorénavant plus fabriqués en Occident. Et pour ceux-ci, qu’on le veuille ou non, il n’y a plus d’autre choix que de les acheter en Chine. C’est devenu un paramètre, à tel point qu’il m’arrive de recevoir des demandes émanant de créateurs de produits français qui ne trouvent plus d’industriels européens prêts à les fabriquer.

 

Si vous-mêmes, en Occident, en tant que client de grandes surfaces, vous trouvez que la qualité des produits chinois laisse à désirer, soyez-rassurés : les produits chinois vendus en Chine sont bien pires. En France, on regarde le prix avant d’acheter, car en dehors des consommateurs nantis, pour des produits usuels, on s’oriente au moins cher. En Chine, avoir cette démarche est impossible. J’en ai fais les frais : je l’avais moi-même à mon arrivée. Mais systématiquement, en choisissant les moins chers des ouvre boites ou décapsuleurs, ceux-ci se brisaient dès la première utilisation : ils n’avaient même pas rempli leur fonction une seule fois ! Et ne croyez pas que je les acquérais dans une échoppe tiers-mondiste. Non. Je les achetais à Carrefour ou Auchan, enseignes très présentes en Chine Populaire.

 

Le consommateur chinois s’interroge aussi sur le risque qu’il encoure. Et il le fait d’autant plus que la dangerosité des articles en Chine est bien plus probable qu’en Europe : les normes sécuritaires y sont moins restrictives, et l’administration de contrôle ne sert, dans la plupart des cas, qu’à punir des industriels quand le risque a déjà fait parler de lui. C’est le cas du lait à la mélamine. Moi-même, quand j’achète un bête ustensile de cuisine, même dans une grande surface occidentale, je me demande toujours, à la cuisson ou au stockage, quelles molécules toxiques vont migrer dans mes aliments : sans paranoïa, mais dans le doute, j’ai peur. Car ne croyez pas que Carrefour ou Auchan, sous prétexte qu’ils sont français, appliquent les mêmes réglementations qu’en Europe : ils se limitent, pour des raisons de profit, aux obligations normatives locales. Pour donner un exemple, cela fait peu de temps qu’il est interdit en Chine de fournir gratuitement des sacs plastiques au bout des caisses des supermarchés. Et il y a encore quelques mois, quand j’allais faire mes emplettes dans les enseignes précitées, la caissière me suppléait toujours un nombre de sacs plus important que nécessaire. En France à la même époque, les supermarchés culpabilisaient le consommateur vis-à-vis de l’environnement, lui faisant payer ses sacs. C’est de l’esbroufe : on le sait bien, l’éthique, c’est très bien tant que ça rapporte. Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

La Chine nous a fait rentrer, internationalement, dans la culture du consommable. Que les plus séniles d’entre nous se remémorent leurs achats d’électroménager il y a trente ans : on payait certes un prix très élevé en rapport aux émoluments, et le crédit à la consommation était inexistant. Mais en contrepartie, les produits acquis l’étaient pour longtemps. Tels chaîne hi-fi, mixeur, ou machine à laver étaient des investissements onéreux, qui étaient achetés pour durer dix ans, vingt ans, voire une vie. Maintenant, tout le monde peut s’offrir un lecteur DVD pour le prix de trois places de cinéma, mais devra renouveler cet achat quelques brèves années plus tard, car une pièce essentielle aura rendu l’âme, justifiant l’acquisition d’un produit neuf plutôt qu’une réparation : c’est du jetable. Même si cette démocratisation a permis de niveler vers le haut le confort de pléthore de ménages qui, il y a un tiers de siècle, n’auraient pu se permettre ces achats, il a tout aussi sensiblement nivelé vers le bas la qualité des produits. En parallèle, les établissements bancaires, dans leur infinie sagesse numéraire –j’aurais pu dire « numérique » plutôt que « numéraire », mais la sagesse, par essence, sied peu à la mode-, ont développé le crédit à la consommation, qui permet à n’importe quel quidam désargenté, en plus de se faire prendre l’argent qu’il a déjà –un salaire se règle par virement : on nous interdit de vivre sans compte en banque-, de se faire pomper le fric qu’il ne gagnera jamais.

 

La Chine est-elle responsable de cette situation ? Je ne parle pas du crédit, mais de la durabilité des biens de consommation courante. Suivez, je vous en prie. Je reprends : la Chine est-elle responsable de cette situation ? Bien sûr. En partie. L’industrialisation de masse y reste assez récente, et même si, en quatorze ans, j’ai assisté à une évolution très positive quant à la qualité des produits, ceux-ci ne culminent pas encore par leur perfection. Les chinois ont fabriqué et amélioré leurs produits en même temps qu’ils les ont vendus et qu’ils se sont enrichis. Et, à l’échelle d’un développement national, aucun pays n’a atteint en si peu de temps le niveau de modernisation auquel la Chine prétend dorénavant. Pour autant, la qualité reste encore un écueil.

 

La grande distribution a aussi une grande part de responsabilité. Ses acheteurs aguerris ont pour politique de presser le citron –sans aucune connotation vis-à-vis des chinois : ils presseraient tout autant le Sultan de Zanzibar, pour peu qu’il soit fournisseur- afin de faire baisser les prix. Car les chaînes de magasins se livrent une guerre impitoyable pour être moins chères que leur voisin. C’est à cela que se limite leur stratégie, et à ceux qui ont trouvé que l’acheteur interprété par Daniel Prévost dans « la vérité si je mens 2 » était haïssable, sachez que la réalité est bien pire. Nombreux sont les rendez-vous que j’ai eu avec de tels acheteurs, affublés d’une arrogance inhérente à l’enseigne, et qui, avant même que vous ne leur ayez présenté votre produit, vous demandent quelle(s) remise(s) vous allez leur céder. Et si le montant des remises n’est pas en accord avec ce qu’ils souhaitent, ils vous chassent sans même avoir jeté un œil à l’article que vous étiez venu leur proposer : ils ne sont pas là pour acheter un produit ; ils sont là pour faire du fric. En conséquence, si les usines chinoises veulent développer leur activité, et accessoirement payer leurs salariés, elles doivent trouver des solutions pour être économiques, par exemple en achetant des matériaux ou des composants plus attractifs au niveau tarifaire. Ou bien, à qualité égale, mais pour un prix ras-des-pâquerettes, elles feront un profit sur le volume total, avec un bénéfice net larmoyant à la pièce. Et tout le monde s’y retrouve : la grande distribution passe des commandes colossales aux usines à un tarif minimaliste, et les fabricants chinois occupent conséquemment leurs chaînes de production, calculant leur bénéfice sur la quantité. Comme ces articles ne sont pas chers, ils sortent rapidement des rayons, alors que la prochaine promotion attend déjà derrière. Et puis l’intérêt de la grande distribution n’est pas de proposer des articles éternels : au contraire, elle préfère s’assurer que vous repasserez en caisse quelques années plus tard pour racheter un produit équivalent. Je schématise, tant pour éviter d’être barbant que copieux, mais la démarche, fondamentalement, est authentique.


 


S’il s’arrête à ce discours, le consommateur qui me lit va prendre peur, car il n’évoque que l’appât du gain sur la chaîne qui mène ces articles d’une usine chinoise à un supermarché occidental. Et pourtant, si on limite le débat à un niveau purement économique, c’est la loi du talion : c’est à celui qui vendra le plus, au moins cher, pour assurer sa croissance. Et oui, consommateur innocent, le monde est pourri. Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

Il faut y mettre un sérieux bémol, car dans les faits, ce n’est pas pour autant qu’il y a plus à craindre d’un produit chinois que d’un article swazilandais : manque de durabilité ne veut pas dire dangerosité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris. Si, dans le premier paragraphe de cette première partie, j’ai écris : « la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence », c’est que je voulais dire « la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence », et pas « les produits chinois, c’est de la merde. » Les plus érudits n’amalgameront pas. Les autres continueront à acheter chinois.

 

Le sérieux bémol rapidement introduit au paragraphe précédent, c’est qu’on ne peut pas non plus importer n’importe quoi. La législation en France –et en Europe de manière générale, mais je deviens chauvin avec l’âge-, depuis le milieu de la décennie passée, est devenue de plus en plus contraignante, au bénéfice du consommateur : l’administration veille à ce qu’il ne meurt pas étouffé par les poils de sa brosse à dents made in China. En plus, mettez-vous à la place de la personne qui découvre le cadavre : c’est pas un mort facile à annoncer à la famille.

 

Cette contrainte légale, ce sont les normes européennes, aux quelles de nombreux produits sont assujettis dès lors qu’ils peuvent présenter une dangerosité pour les utilisateurs ou pour l’environnement, comme les produits électriques ou les jouets. Je vais m’efforcer de continuer à vulgariser mon savoir, et de ne pas devenir trop technique concernant le commerce international. Simplement, au même titre qu’un étranger doit passer l’immigration avec un passeport et un visa à son arrivée en France, toute marchandise importée depuis l’étranger –« importer depuis l’étranger » est un pléonasme, mais c’est ce qu’avec suffisance, j’ironisais par « vulgariser mon savoir »- doit obligatoirement passer par la case douane, sans toucher vingt-mille francs, pour être légalement mise à la consommation sur le marché français. Cette déclaration en douanes se fait sur foi des documents de transport depuis le pays de provenance, prouvant ainsi l’origine de la marchandise, et qu’elle n’a pas été volée. En sus –restez, c’est pas cochon- de ces documents de transport, l’importateur, qui en la dédouanant, devient responsable pénale de sa mise sur le marché, doit produire des certificats qui attestent de la conformité de ces produits aux normes européennes. Ces certificats sont émis par des laboratoires d’essai qui, après avoir testé les produits en accord avec ces normes, confirment que ceux-ci répondent bien aux nécessités qualitatives de la législation en vigueur. Et sans ces certificats, il est impossible de dédouaner la marchandise. Et s’il est impossible de la dédouaner, il ne reste à l’importateur que deux options : soit détruire la marchandise, soit la boomeranguer à l’expéditeur. Là aussi, je me permets de schématiser quelque peu, car je vois régulièrement de la marchandise dédouanée sans demande de certificats.

 

Les importateurs, sachant qu’ils sont responsables légaux, ne prennent pas de risques : si il y a un problème, c’est eux qui passeront leur retraite derrière les barreaux, à l’ombre, alors que, fort de leurs salaires entrepreneuriaux, ils l’envisageaient plus volontiers au soleil. Bien sûr, il existe des margoulins dans tous les businesses –j’aurais pu écrire « bizness », au franglais plus appropriable, mais il m’arrive de montrer autant de respect pour la langue de Shakespeare que pour celle de Molière-. Et comparativement aux voyous de l’international, rassurez-vous, mes frères consommateurs et mes sœurs consommatrices, les importateurs soucieux de notre bien-être –et de la localisation de leur retraite -, sont légions. Ils développent des procédures de suivi de la qualité qui permettent de mettre le consommateur à l’abri, s’armant de tous les certificats de conformité aux normes européennes, autopsiant avec précision les rapports de test effectués par les labos, se tenant informés de l’évolution de la législation, et mettant en place de véritables départements qualité au sein de leur entreprise.

 

Et puis, l’état veille, sous l’acronyme de la DGCCRF, qu’on nomme plus communément la Répression des Fraudes parce que c’est plus court et que ça fait plus cool, mais qu’il faudrait développer intégralement sous son véritable nom de Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence, et de la Répression des Fraudes. La DGCCRF est à l’importateur ce que le fisc est au contribuable nanti : un gendarme dans la crainte duquel on vit. Et c’est très bien ainsi. La Répression des Fraudes, ce sont les incorruptibles de la consommation. Son rôle, vis-à-vis des importateurs, est de s’assurer qu’ils commercialisent des produits conformes aux normes. Et dans leur mission, ils s’avèrent impitoyables. Ils se rendent dans vos supermarchés préférés, achètent des produits dans les rayons, et les envoient dans les laboratoires d’essais français pour test. Et si, au solde de ces tests, les produits s’avèrent non-conformes, ils disposent de tous les pouvoirs pour les faire retirer du marché. Et si en plus d’être non-conformes, les produits sont considérés comme dangereux, le responsable de leur mise sur le marché, nommément l’importateur, est passible du retrait du permis de conduire.

 

Non.

C’était une boutade, pour voir si vous suiviez toujours.

Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

Je reprends : le responsable de leur mise sur le marché, nommément l’importateur, est passible des assises. Et même si l’entreprise est obligée, du fait de cet import pernicieux, de déposer le bilan –pour de très gros volumes de marchandises, ça s’est vu-, avec les conséquences sociales que cela peut avoir sur les salariés, les renvoyant aux files d’attente de l’ANPE, rien n’arrêtera le rouleau compresseur légal : nul n’est censé ignorer la loi.

 

La plupart des importateurs travaillent avec la DGCCRF, utilisant ses services à des fins préventives plutôt que répressives. Si ils ont un doute sur un produit, nombreux sont ceux qui vont demander l’aval de la Répression des Fraudes avant de l’importer. Bref, dormez sur vos deux oreilles : l’importateur est votre ami, et l’administration veille.

 

Maintenant, de vous à moi –pas de chichis entre nous-, si on souhaite aller au bout de la démarche, que valent véritablement les certificats de conformité issus par les laboratoires ? Sur le principe, on l’a dit, et j’ai horreur de me répéter, ils attestent de la conformité des produits aux normes européennes. Sur le principe donc, si on dispose d’un certificat pour un produit icks –voire igrèk-, c’est que le produit icks est conforme à la réglementation normative européenne. Mais la réalité est bien éloignée de ce principe, car en définitif, les certificats ne prouvent rien d’autre que la bonne foi d’un importateur qui a acheté des produits en Chine en croyant que ceux-ci étaient conformes aux normes, disposant pour cela des certificats que l’usine chinoise lui aura fourni en bulles papales.

 


Pour comprendre cela, il faut se demander comment est réalisé un certificat. Prenons l’exemple d’une usine chinoise qui souhaite commercialiser un produit en France. Elle réalise un échantillon qu’elle fait parvenir à un laboratoire. Au solde des tests, le laboratoire émet un rapport d’essai complet, avec, pour conclusion, un certificat qui confirme que le produit testé est conforme aux normes européennes. Dés lors, l’usine peut démarrer sa production, et si un importateur français souhaite s’approvisionner, elle brandira le certificat de conformité et le rapport d’essai pour prouver le respect des normes de son produit. Mais qui nous dit, en dehors des responsables de l’usine qui s’en frottent les pognes, que la production sera intégralement effectuée en clonant l’échantillon livré au laboratoire, avec les mêmes caractéristiques normatives ? Et bien personne. Pour des raisons techniques ou économiques, le fabricant peut très bien changer une partie des composants, sans en informer qui que ce soit. Dès lors, l’assurance de la conformité totale est impossible. Et dès lors derechef, le certificat dont dispose l’importateur ne lui sert qu’à prouver sa bonne foi, et à montrer à l’administration –qui pour le coup, devient répressive-, qu’il n’a pas importé n’importe comment, mais qu’il s’est bien assuré que le produit était en adéquation avec les normes. Pour quelles raisons croyez-vous que la DGCCRF procède à des contrôles dans les rayons des magasins ? Rassurez-vous toutefois : fort de l’éducation que nous avons prodiguée aux chinois en délocalisant, ceux-ci réalisent les enjeux, et apprécient de pouvoir se gargariser de leur sérieux commercial et technique. Le risque est donc somme toute assez limité, mais il existe : nous en avons entendu parler l’an dernier avec la présence en Occident de jouets dont la peinture contenait du plomb. Et pourtant, à en croire les certificats, celle-ci était sans risque.

 

Et ce n’est pas le plus fort ! Si l’un d’entre vous doit s’infuser une norme européenne, qu’il prépare une dose chevaline de paracétamol, et qu’il se rase le crâne : cela lui évitera de s’arracher les cheveux. Car j’ai assisté à des cas amusants à raconter, mais éreintants à vivre : si vous envoyez deux échantillons similaires à deux laboratoires différents, du fait de l’interprétation de la norme par le technicien qui procèdera au test, vous risquez d’avoir deux résultats d’analyse différents, l’un concluant à la non-conformité, et l’autre à la conformité de l’article ! Encore mieux, et je l’ai vécu : deux techniciens d’un même laboratoire opèrent des tests sur deux produits identiques, et malgré tout, en ressortent avec des conclusions différentes ! Il n’y a personne à blâmer : la norme peut parfois s’interpréter, et les techniciens sont des hommes. Il n’en reste pas moins vrai que cette humanité révèle une faille au système.

 

Alors, pour répondre à la question « faut-il avoir peur des produits chinois ? », même si ces articles ne sont pas exceptionnellement qualitatifs, le risque de dangerosité est somme toute limité. Moi-même, qui connais très bien cette chaîne à l’import, j’achète chinois, et continuerais de le faire. Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

2°/ Faut-il refuser un produit chinois ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

Deuxième excellente question, là aussi complexe. La réponse est casse-gueule. Comme je l’écrivais, j’ai pris note, en devisant les forums que je citais en introduction, de la volonté de boycott de certains consommateurs en regard des produits chinois. Les raison sont variables : politiques et éthiques pour certaines, liées à la dangerosité pour d’autres, ou encore souhait de préserver l’industrie européenne. Et dans tous les cas, les gens font bien ce qu’ils veulent.

 

Comme je l’écrivais aussi, toujours avec cette récurrence qui frise la sénilité, en tant que consommateur, j’achète chinois, et continuerais de le faire : hormis la durabilité, le risque m’apparaît rare. Malgré tout, je dois l’avouer, la question se pose. Ici, je ne bénéficie pas de la garantie des normes européennes. Même si, au même titre qu’en Europe il existe des normes, il existe en Chine la certification CCC, son application n’a pas empêché le scandale du lait. Dans tous les cas, nous ne vivons pas dans un univers aseptisé : chacun de nos actes, et l’achat en est un au même titre que traverser la route, comporte un risque. Par contre, on traverse plus facilement la route en connaissance de cause.

 

Et puis, en Europe, les importateurs font preuve de bon sens. En testant un produit, tout certifié qu’il soit, s’ils réalisent qu’ils font courir un risque à l’utilisateur, ils s’interdiront de l’importer. En Chine par contre, la prise de conscience est souvent inexistante, et j’en veux pour preuve qu’il soit normal, au sein d’une grande enseigne, de commercialiser des produits qui se brisent à la première utilisation. Si, sur un principe aussi basique, les fabricants s’en soucient peu, que penser de leur démarche vis-à-vis de la sécurité ? Fondamentalement, le paramètre ne doit pas rentrer en ligne de compte : tant que ça rapporte.

 

Ensuite, politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes : ce n’est pas la dictature en place qui va en maléficier –c’est un néologisme, certes, mais on dit bien « bénéficier », alors je ne vois pas quel lettré, fut-il académicien, pourrait m’interdire l’utilisation de « maléficier » : on dit bien « bénéfice » et « maléfice », alors-, mais les ouvriers qui viennent tout juste de s’extraire des tickets de rationnement pour survivre de manière moins précaire. Ces travailleurs n’ont pas besoin que des occidentaux qui ne savent pas ce que c’est que d’avoir faim viennent les priver de leur moyen de subsistance sous un quelconque prétexte humanitaire qui va en contradiction avec le résultat. La Chine est en train de se sortir du tiers-mondisme, et l’accomplit en un temps record. Pour autant, on ne peut désengluer de la pauvreté vingt pour cent de la population mondiale d’un coup de baguette magique. J’adhère au combat social, mais le situer à cet échelon là, c’est n’avoir rien compris aux paramètres du problème. La vie des ouvriers chinois, même si inimaginable selon les canons du confort occidental, s’est sensiblement améliorée comparativement à celle de leurs parents. Et leurs salaires, malgré qu’ils restent piètres, augmentent dans le sens d’un développement social que même Zola aurait approuvé. Néanmoins, comme partout à travers le monde, ils restent les derniers servis après l’administration et les entrepreneurs.

 

A nouveau, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris. Si j’ai écris « politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes », c’est que j’ai voulu dire « politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes », et pas « il ne faut rien faire, et laisser les ouvriers chinois dans leur infamie ». Si, en bon samaritain, il est inacceptable de savoir que des ouvriers travaillent dans des conditions tout aussi inacceptables à l’autre bout du monde, que peut-on faire ? Et si ce n’est pas en refusant les produits qu’ils fabriquent, et en les soustrayant donc à tout moyen de se nourrir, que reste-t-il ?

 

Tout d’abord, pour vivre en Chine depuis six ans, je réalise que la définition des « conditions inacceptables » n’y est pas celle sur laquelle on s’entend unanimement en Occident. Il y aurait tant à dire sur l’appropriation d’une réalité en fonction d’un référent culturel qu’un annuaire entier s’avèrerait succinct. Si j’écris cela, c’est que je reste estomaqué par la démarche généralisée en Occident, qui veut qu’on soit certain de détenir la vérité sur la façon dont le monde doit fonctionner, et qu’on conserve une capacité purement colonialiste à donner des leçons aux pays en voie de développement. A ces idéalistes-là, qui ne sont jamais sortis de leur écrin hexagonal, prenez un billet d’avion, frottez votre cervelle –pour peu que vous sachiez vous servir de ses deux hémisphères, et pas seulement des deux hémisphères caudaux qui, présentement, vous servent à vous asseoir devant votre ordinateur- à celle des populations humbles dont vous vous ne connaissez rien du modus vivendi. Vous réaliserez dès lors que votre réflexion, qui ne prend en considération que les références qui vous englobent dans votre pays, est aussi limitée que la vision d’un ongulé avec des œillères. C’est normal, car pour comprendre le mot « différence », il faut vivre ailleurs, et loin de moi l’idée de traiter qui que ce soit d’ongulé.



 

Il n’y a pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, à l’occasion du nouvel an chinois, Cai Li et moi-même, comme chaque année, nous sommes rendus chez ses parents, un couple d’agriculteurs au cœur d’une générosité telle qu’elle ne cesse de m’émouvoir par son naturel et sa gentillesse : je reste ébahi que leurs corps aussi fins puissent contenir des cœurs aussi gros. C’est d’autant plus rare que, vivant en Chine, où la réussite financière est synonyme de vertu et a pour conséquence directe l’arrogance de la possession matérielle et du pouvoir, fréquenter des gens simples, tant dans leur quotidien pécuniaire que dans leur démarche vis-à-vis des autres, constitue une cure de bien-être. Ils n’ont pas grand-chose, et pourtant ils le partagent. Cela change aussi de l’Europe, où nous prenons les armes pour défendre un principe social, mais gardons nos portes bien closes, à l’abri, dans le confort de nos appartements duveteux où on a peur de tout se faire voler.

 

La maison que mon beau-père a construite repose sur trois niveaux et sa surface rivaliserait avec celle d’une villa en Occident. Pour autant, il n’y a que peu de meubles, et tous existent pour répondre uniquement à une exigence fonctionnelle. La décoration et le confort sont inexistants, car comme ils ne répondent pas à une application utilitaire, ils sont considérés superflus. Je fis remarquer à Cai Li à quel point l’intérieur de ses parents était spartiate. Elle me répondra qu’à l’inverse, si ses parents venaient chez les miens, en France, ils ne comprendraient pas leur démarche: tous leurs bibelots et leurs cadres ne servent à rien d’autre qu’à noyer la fonctionnalité de leur maison, et constituent tant un nid à poussière qu’un gaspis d’espace et d’argent. Même si elle est va en confrontation avec le référentiel occidental, où vivre ainsi confèrerait au misérabilisme, et où la décoration est identitaire, leur logique tient la route. Et pour eux, vivre autrement serait inacceptable, tant cela leur paraitrait absurde. Alors si les gens vivent en osmose avec leur condition, et que l’eau courante ou le chauffage leurs paraissent superflu, qui sommes-nous, armés de notre vérité qu’on croit universelle, pour vouloir changer les choses ? J’ai pris là une anecdote personnelle, mais j’en aurais tant d’autres qui pourraient s’appliquer aux ouvriers chinois de plus de trente-cinq ans.

 

Par contre, la jeunesse chinoise aspire à plus : elle est née avec le miracle économique, voit des individus de sa génération s’enrichir en entreprenant, et tous rêvent de devenir patron. A cet égard, le delta des prétentions au confort de Cai Li comparativement à ses parents est stupéfiant, se rapprochant grandement des standards occidentaux. Et si depuis trente ans, nous n’avions pas fais nos emplettes en Chine, ma douce et tendre vivrait encore dans la précarité. Quand il m’est arrivé d’en discuter avec elle, et de lui faire part, pour des raisons humanitaires, du boycott de certains de mes compatriotes altruistes, elle n’a pas compris la démarche : le résultat atteint, favorisant l’appauvrissement de la population, serait exactement le contraire de l’objectif escompté.

 

Il n’en reste pas moins vrai que la jeunesse chinoise humble est confrontée à l’impossibilité d’accéder à l’éducation : leurs parents n’ont pas toujours les moyens de les envoyer à l’université, et ils doivent subvenir à leurs besoins -et souvent à ceux de leur famille-, en travaillant durement. Est-ce que boycotter les produits chinois permettra d’élever leur niveau de vie ? Bien au contraire : il les poussera, eux et leurs parents, sur les bancs grossissants du chômage. Et en Chine, il n’y a pas les Assedic et le RMI : sans travail, on ne peut pas manger.

 

Alors, à ceux qui souhaitent faire quelque chose, il ne reste qu’une solution pour aller au bout de leur démarche : rapprochez-vous d’un organisme humanitaire, comme « les enfants du Ningxia », fondé par Pierre Hasky, et qui propose, grâce à la contribution financière de ses adhérents, d’envoyer des enfants chinois à l’école pour que leur avenir soit plus radieux. Et si les raisons du boycott ont pour toile de fond les droits de l’Homme ou le Tibet, le refus des produits chinois n’aidera pas plus : empêcher la population chinoise d’accéder au confort économique ne fera que reculer l’échéance de sa prise de conscience sociale. Là aussi, la seule solution, pour aller au bout de votre démarche, c’est de rejoindre Amnesty International.

 

Par contre, pour ceux qui dénoncent aussi facilement qu’ils respirent, un autre problème se pose : boycotter l’achat de produits chinois pour des raisons éthiques et le revendiquer socialement est aisé ; par contre, donner de l’argent pour les mêmes raisons, et en conséquence se priver et diminuer son petit confort, dans les actes, s’avère bien moins facile…

 

Pour finir, qui a sorti le nez de l’hexagone aura compris que la préservation de l’industrie occidentale est une vue de l’esprit. Je lis parfois des propos qui sont bien charmants tant ils sont idéalistes, mais qui sont à des encablures de la réalité : la mondialisation est un fait qu’on ne peut nier, au même titre qu’on ne peut remettre en cause l’invention de la roue. Et ce serait un tort : les échanges internationaux créaient des richesses supplémentaires. On ne vit plus à l’échelle d’un pays : ce n’est plus comme cela que le monde fonctionne, et c’est là accepter une réalité. Et puis, en permettant à la Chine de s’arracher au tiers-monde, on permet à sa population d’accéder à la consommation de produits occidentaux. Et maintenant que le peuple chinois en a les moyens, nombreuses sont les PME françaises qui souhaitent leur vendre leurs produits. Finalement, en achetant en Chine, l’Occident a fait preuve d’altruisme –même si l’objectif était purement économique. Allons, allons. Un peu de bon sens-, permettant au pays de se sortir de son impécuniosité. En retour, l’Occident, après avoir enrichi le pays, peut y développer son chiffre d’affaires. Il y a là une logique de non-ingérence, au solde de laquelle c’est le peuple qui en bénéficie. Et quand le pays aura atteint un certain stade de confort, la population s’interrogera sur ses nécessités sociales : elle en aura les moyens financiers, le recul du développement, et l’éducation nécessaire. Mais en l’état actuel des choses, cette démarche est encore prématurée : on ne demande pas de courir à quelqu’un qui arrive tout juste à marcher. Ah oui, j’avais annoncé que l’article allait faire polémique.

 

3°/ Comment reconnaître un produit chinois ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

Malgré tout, encore une fois, les gens font bien ce qu’ils veulent. Aussi, pour les incurables du boycott et les effrayés du caddie, je vais lister quelques informations qui leur permettront de reconnaître plus facilement un produit chinois. Et à ceux qui toutefois se gargarisent de ne jamais acheter chinois, je ris au nez : ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils n’ont aucune idée de ce qu’ils achètent, et je serais curieux de les accompagner faire leurs courses pour voir combien de produits made in China ils passent en caisse sans le savoir. Allons, allons. Un peu de bon sens. Les produits chinois sont inévitables tant ils sont nombreux : l’invasion a déjà commencé. Pour exemple, pas plus tard qu’hier, pour le compte de ma société, je suis allé visiter une usine qui fabrique des articles à base de liège. En me promenant dans la salle d’exposition où sont mis en valeur les produits, je suis tombé sur certains que l’usine vend à Ikea, et d’autres à Habitat. Ikea étant le premier client de cette impressionnante chaîne de production –vingt-deux mille mètres carrés tout de même-, il y a de fortes chances que, si vous possédez des produits en liège achetés dans cette enseigne, ils proviennent de cette usine. En discutant avec la commerciale, elle m’a appris qu’Ikea faisait sous-traiter la fabrication de ses designs à de nombreuses unités de production, en passant par ses cinq bureaux d’achats en Chine, à Shanghai, Wuhan, Shenzhen, Chengdu, et j’ai oublié le cinquième. Même combat pour Habitat, qui par contre, ne dispose pas d’une telle structure en Extrême Orient.


Dites-vous bien, amis consommateurs, que toutes les enseignes, quelles soient alimentaires, solderies, spécialisées en bricolage, en décoration, sont toutes présentes en Chine dans le cadre de leurs achats. Et même si elles le voulaient, elles n’auraient pas le choix : leurs concurrents y sont. La conséquence positive c’est que, même si elles ont commencé par y acheter, toutes ces enseignes ont maintenant implanté des magasins en Chine : Carrefour, Auchan, Wallmart –géant américain, première chaîne de grandes surfaces au monde, juste devant Carrefour-, Ikea, Intersport, Castorama –par le biais d’un autre enseigne : B&Q-. Les occidentaux ont commencé à vendre en Chine, même si l’industrie reste l’apanage des chinois. Et pour ce qui est des grands distributeurs, ils font très forts, revendant aux consommateurs chinois les produits qu’ils achètent à leurs usines.



 

La grande distribution est les usines chinoises sont aussi indissociables que l’origine et l’extrémité d’un vecteur. Dès lors, pour les consommateurs qui s’entêtent, chasser les produits chinois devient un casse-tête. Je liste toutefois, à leur intention, quelques éléments qui les aideront :

 

Tout d’abord, oubliez l’idée reçue qu’un code barre identifie à coup sûr l’origine d’un produit. C’est archi-faux. Je vais tenter de faire bref, et pas trop technique, en prenant le cas du code barre le plus commun, à savoir l’EAN-13, qui comme son suffixe l’indique, contient treize chiffres. Le préfixe vaut pour European Article Numbering, si ma mémoire ne me fait pas défaut, mais je prends de l’âge, et par ailleurs on s’en fout. Les six premiers chiffres indiquent ce que Gencode, l’organisme en charge de la gestion des codes barres, définit comme le CNUF, soit Code National Unifié Fabricant ou encore code « lieu –fonction » : c’est le radical qui identifie le responsable de la mise sur le marché. Et le premier de ces six chiffres est le code pays. Et dès lors qu’un importateur immatriculé auprès de Gencode a ses bureaux en France, le code pays sera celui de la France : l’origine chinoise est donc impossible à déceler.

 

Ensuite, oubliez aussi l’autre idée reçue qui veut que le logo CE sur un produit indique sa provenance chinoise. Ca n’a absolument rien à voir. Le logo CE indique simplement que l’article répond aux exigences de normes européennes. Il peut tout aussi bien avoir été fabriqué au Kamtchatka. Par ailleurs, nombreux sont les produits qui ne sont pas assujettis aux normes, et qui sont donc exempts de logo CE, qu’ils soient chinois ou non.

 

Malgré tout, sachez que le marquage du pays d’origine sur un produit est une obligation légale, qui fait partie intégrante des normes européennes. Les importateurs sont d’autant plus vigilants sur ce point que pour un bête problème comme l’absence du marquage d’origine, la DGCCRF peut réclamer le retrait de la marchandise. Mais sachant que l’apposition de la mention « fabriqué en Chine » est connotée négativement, les importateurs ont contourné cette obligation, mentionnant certes la provenance, mais avec une lisibilité difficilement décelable pour le consommateur lambda. Ainsi, sur la majorité des produits chinois voit-on fleurir des indications telles que « fabriqué en prc » - prc signifiant « People’s Republic of China »-, voire même « Rep. de C. » qui, aux yeux inattentifs du chaland qui à autre chose à foutre le samedi après-midi qu’à passer des heures dans les allées populeuses de sa grande surface pour analyser le contenu des étiquettes, aura vite fait de se comprendre République du Congo. D’autres, plus succincts, impriment « fab. RPC », annotation abstraite s’il en est, qui n’informe nullement le consommateur, mais qui, légalement, répond aux normes. Cette mention obligatoire de l’origine, chers consommateurs et chères consommatrices, est le seul outil dont vous disposez pour savoir si vous achetez chinois.

 

Et encore… Là aussi il y a un bémol ! Il faut savoir que légalement, l’origine d’un produit dépend du pourcentage d’ouvraisons effectuées sur ce produit sur un territoire. On lit ainsi parfois des mentions telles que « Assemblé en Europe ». Je vais encore grandement schématiser, mais envisageons un produit électrique importé en vrac de Chine, qu’on met dans une boite en carton en Turquie, y ajoutant un câble supplémentaire : de l’obligatoire « fabriqué en Chine », le législateur autorise l’importateur à se limiter à « assemblé en Europe ». Mais assemblé ne veut pas dire fabriqué, et il revient au consommateur de se douter que, par essence, le produit ou ses composants viennent d’Asie du Sud Est. Allons, allons. Un peu de bon sens.

 

Happé par ce maelström, le chaland, pour peu qu’il le maitrise, en perd son latin. On pourrait croire qu’il suffit alors d’avoir une démarche exclusive, refusant telle gamme de produits, partant du principe qu’elle est probablement fabriquée en Chine. A ceux-ci, dont je salue le jusqu’au-boutisme, même si il me parait absurde, je souhaite bonne chance. Car il faut savoir que la plupart des produits non-alimentaires que l’on retrouve broché dans les rayons des supermarchés sont made in China : jouets, électroménager, informatique, audio-vidéo, vaisselle et ustensiles de cuisine, linges de maison, vêtements –avec toutefois pour ces derniers, une prépondérance de l’Asie du Sud : Pakistan, Bangladesh…-.

 

D’autres, plus circonspects, vont privilégier la marque, dont la renommée résonne en gage d’une fabrication occidentale. C’est un leurre. Rien qu’à Suzhou, Philips dispose de deux ou trois chaînes de fabrication. Dell, Acer et Epson ont des centres de production à un jet de pierre. Quand je me rends à Shanghai, je croise une usine Pioneer sur l’autoroute. Bosch et Black & Decker fabriquent en Chine. Il y a quelques années, alors que je vivais en France, j’avais tenté de séduire un chef de magasin avec mes produits made in China. Il préférait, européanisme oblige, acquérir des articles équivalents auprès de Calor. Il m’avait suffi de lui prouver que Calor et moi-même produisions tous deux en Chine : la seule différence, c’était la marque, et en conséquence, le prix. Je visite très souvent des usines chinoises, et c’est toujours avec un petit sourire que je découvre, sur les étagères de leurs showrooms, des produits estampillés par une grande marque européenne, mais fabriqués dans cette usine. Et toutes les marques renommées de l’électroménager, que ce soit pour des produits blancs ou bruns, ont délocalisé dans l’Empire du Milieu.

 

Si vous souhaitez acheter une cafetière ou un aspirateur français, faites les antiquaires.

L’achat de produits chinois est inévitable.

Je vous l’ai dis : l’invasion a déjà commencé.

Allons, allons. Un peu de bon sens.

NdA : A la destination ironique de ceux qui craignent la dangerosité des produits chinois, j'ai garni l'article de clichés pris dans un cimetière. Allons, allons. Un peu de bon sens : aux lecteurs qui estiment qu'on ne peut pas rire de la mort, je répondrais qu'elle ne se prive pas, elle. 

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Published by Christophe Pavillon - dans Société contemporaine.
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 10:13

Jeu-en-Chine-3.jpg1°/ Introduction :

 

Bienvenue dans ce pays fantastique qu’est la Chine. Bienvenue aussi dans le monde fantastique du jeu de simulation. Cet article, très différent du format habituel, par pur souci de coller à la mode de l’interactivité, vous permettra de vous incarner dans la peau d’un français expatrié en Chine. Le principe est calqué sur celui des « livres dont VOUS êtes le héros » qui fleurissaient sur les étagères des bibliothèques adolescentes il y a une vingtaine d’années. Rassurez-vous, les règles du jeu sont élémentaires, et le but est en très simple : vous êtes un français vivant en Chine, et vous devez régler votre facture d’électricité. A travers vos choix, vous vivrez de fabuleuses aventures ludiques qui sortiront des sentiers battus, du thé et de la soie, des temples et des pagodes, du taoïsme et du confucianisme, pour rentrer plus en profondeur dans l’obscurantisme hilarant du système administratif d’une dictature communiste. L’objectif avoué est, en vous impliquant (car au cours du jeu, vous restez seul maître de vos choix, et décidez vous-mêmes de vos options), est de vous faire appréhender les difficultés auquel un expatrié est confronté dans une contrée si lointaine, pour régler pourtant un problème somme toute très basique, à savoir payer ses factures.

 

Dernier note, introductive et photographique : "les fous sont lâchés" étant un jeu, il m’a paru adapté de n’y faire apparaître que des clichés d’enfants. Par ailleurs, du fait de sa longueur, ce jeu est présenté en deux parties, dont la seconde suit dans un deuxième article.

 

2°/ Les règles du jeu :

 

Munissez-vous d’une simple pièce de monnaie, d’une feuille de papier et d’un stylo. Si vous ne disposez ni de papier, ni de stylo, un peu de mémoire fera amplement l’affaire. Si votre impécuniosité ne vous permet même pas de disposer de la moindre pièce de monnaie, vous n’aurez qu’à choisir mentalement entre « pile » et « face » quand, au cours du jeu, cela vous sera demandé.


2-1°/ Le personnage que vous incarnez :


Vous êtes Christophe, un français vivant Chine depuis six ans. Vous vivez à Ling Tang Xin Cun, un quartier populaire du centre-ville de Suzhou, à quatre-vingt dix kilomètres de Shanghai. Dans votre quartier, vous êtes le seul étranger. Donc, tout le monde vous connaît. Par contre, vous ne connaissez personne. Même si vous avez emménagé dans la résidence il y a trois ans, les commerçants continuent de vous saluer dans l’hilarité la plus complète, et les passants vous observent toujours avec surprise. Car en Chine, les étrangers ne sont pas légion.


2-2°/ Votre environnement social :


Vous vivez avec Cai Li, votre fiancée chinoise. Cai Li a monté un magasin de vêtements pour adolescents dont elle assume la direction, et au sein duquel elle travaille les week-ends. Cai Li est un peu à Christophe ce que Chan est à Tintin, ou Demie Lune à Indiana Jones.


Votre meilleur ami chinois s’appelle Wang Ke Rong. Vous le connaissez depuis votre arrivée en Chine, et avez développé ensemble une belle amitié... Et même un peu de business. Par ailleurs, Wang Ke Rong suppléait très largement à vos interrogations culturelles. Wang Ke Rong est un peu à Christophe ce que Monsieur Spock est au Capitaine Kirk.


Le fils du propriétaire de votre appartement, un ado de quinze ans à l’anglais estomaquant, s’est choisi le patronyme occidental « Mason ». Vous ignorez son nom chinois : nombreux sont les chinois qui, pour des raisons tant de facilité que ludiques, se choisissent un prénom anglais pour communiquer avec les étrangers. Même s’il est charmant, il passe parfois chez vous à l’improviste, pour vous emprunter des DVD de films américains, alors que vous préfèreriez rester peinard. Mason est un peu à Christophe ce que la mouche est au coche.


2-3°/ Au début du jeu :


Vous commencez votre aventure en Chine avec un scooter électrique, une carte bancaire de la Bank of China avec un compte suffisamment approvisionné, trois cent yuans en poche (yuans qu’on appelle aussi kuai, ou encore renminbi. De toutes façons, les billets chinois sont faciles à reconnaître : tous sans exception sont à l’effigie de Mao), soit environ trente-cinq euros, un téléphone portable fabriqué localement… Et une facture d’électricité à payer.


2-4°/ Le scooter électrique :


Jeu-en-Chine-26.jpgLe scooter électrique est, en Chine, un moyen de transport aussi commun que le vélo. Comme n’importe quel gosse, vous n’avez pas pu vous empêcher d’affubler le votre d’un sobriquet ridicule. Comme vous vous comparez à Don Quichotte luttant contre les moulins à vent qui peuplent l’Empire du Milieu, vous avez surnommé votre scooter électrique « Rossinante ». Rossinante est une petite merveille de technologie : un an seulement après l’avoir acheté, vous avez du, maintenance de routine oblige, changer la fourche, l’étrier du frein avant, et vous posez sérieusement la question de remplacer le guidon, les roues, ainsi que le disque de frein arrière, qui fait décélérer l’engin quand il a le temps, et toujours dans un crissement assourdissant. Rossinante est un morceau de plastique, avec quelques impératives parties métalliques qui sont déjà complètement oxydées. Ravissement ultime, même si Rossinante n’est pas équipée de feu arrière pour signaler le freinage, elle dispose néanmoins de pétillantes diodes bleues au bout des poignées, ainsi qu’un bip hurleur accompagnant les clignotants, dont les sonorités perçantes ne sont pas sans rappeler les sirènes des bombardements. A la fois sobre et citadine, Rossinante fonctionne grâce à une batterie qui pèse un cheval mort, et qui se recharge sur le secteur pendant six à huit heures, afin que vous puissiez rouler pendant une heure, si le terrain est en pente.


Rossinante commence le jeu avec cinq points d’électricité. Ces points seront déduits au fur et à mesure de vos vagabondages dans Suzhou. Si le total de points d’électricité tombe à zéro, cela signifie que la batterie est entièrement vide, et que vous n’avez plus qu’à pédaler. Et pédaler sur Rossinante, c’est comme d’utiliser un vélo d’appartement, en ayant pris soin de régler la résistance au maximum.


2-5°/ Le téléphone portable :


Votre téléphone portable de marque Eastcom est un must futuriste. Il clignote de petites diodes vertes à peu près tout le temps, sonne très bruyamment à chaque heure avec une intensité bigbenienne, et dispose d’une autonomie réduite.


Le téléphone portable commence le jeu avec cinq points de communication. Des points de communication vous seront retirés dès lors que vous passerez des coups de fil. Très étonnement, les batteries des téléphones portables chinois se rechargent en à peine une heure… Mais se déchargent presque aussi rapidement.

 

2-6°/ Les points de patience :


Au début du jeu, vous disposez de cinq points de patience. Face aux problèmes que vous allez rencontrer, aux attentes, aux incompréhensions, aux explications qui n’en finissent pas, vous allez perdre des points de patience. L’effet immédiat sera au mieux une suée tendue, et au pire, une forte gueulante. Si votre total de points atteint zéro, c’est que vous craquez nerveusement, et que vous décidez de rentrer chez vous, sans avoir réussi à régulariser votre facture d’électricité. Le jeu se termine alors, et vous aurez perdu.


2-7°/ Comment jouer ?


Le principe de fonctionnement de cet article dont VOUS êtes le héros est enfantin. Tous les paragraphes ci-dessous sont numérotés. Commencez au paragraphe 1. A la fin de celui-ci, plusieurs options vous seront proposées, vous renvoyant à un autre numéro de paragraphe vers lequel vous vous orienterez. Au long de l’aventure, il vous sera parfois demandé de tester votre patience (d’où les points de patience) à l’aide de votre pièce de monnaie. Des explications vous seront alors prodiguées.


Vous connaissez maintenant toutes les règles, et pouvez commencer à jouer au paragraphe 1 ci-dessous. Calez-vous bien au fond de votre fauteuil, conservez votre pièce de monnaie à portée de main, et imaginez-vous, vivant une vie excitante et imprévisible; une aventure exotique à l’autre bout du monde. Rejoignez le rang des vrais aventuriers : Marco Polo, Saint-Ex, Hemingway… Bienvenue en République Populaire de Chine.


Jeu-en-Chine-14.jpg 

3°/ Les fous sont lâchés : l’aventure commence !


1.

Il s’agit d’un de ces agréables samedis de juin, en Chine. Il est sept heures du matin, et vous êtes déjà debout depuis une heure. Vous vivez dans un pays où le raffut dans les rues doit même empêcher Dieu de dormir : les simples conversations ne sont pas parlées, mais aboyées en mandarin, il y a du monde absolument partout, les magasins font hurler de la musique locale dès l’aurore pour amadouer le chaland, et les véhicules, depuis les motos où siègent trois adultes et deux enfant, jusqu’aux trente-huit tonnes chargés ras la benne, circulent en tous sens à grands renforts d’avertisseurs. Dès lors, toute grasse matinée est à classer au rang des illusions perdues.


Malgré tout, vous vous sentez en forme. Vous avez bien dormi, c’est le week-end, et la perspective de pouvoir jouir de deux jours de repos vous enchante. Vous allez pouvoir sortir, profiter de l’atmosphère chinoise, croiser des regards fabuleux en demies lunes, voir des images étonnantes, uniques, et inoubliables. Tout ça, c’est pour vous, en toute liberté, ce week-end.

 

Il n’y a qu’un seul bémol.

Ridicule tant il vous paraît anecdotique.

 

Hier soir, on vous a coupé l’électricité.

 

Vous n’avez plus d’eau chaude dans la salle de bain, qui de toutes façons, vous est interdite d’accès, puisque Cai Li, votre fiancée chinoise, y fait sa toilette depuis une heure. Alors voilà, ce matin, vous avez décidé d’aller payer la facture pour qu’on vous rétablisse le courant. Dieu merci, la veille, vous aviez pris soin de recharger la batterie de Rossinante, votre scooter électrique, et comme vous n’êtes pas sortis depuis, elle est à pleine capacité, ce qui vous permettra de vous déplacer en ville sans contrainte.

 

Concernant ce règlement de facture, ce qui vous inquiète un peu, c’est que vous n’avez pas très bien compris comment ça fonctionne. Il faut dire que normalement, c’est Cai Li qui s’y colle. Mais aujourd’hui, elle doit ouvrir son magasin, et remplacer sa vendeuse pour le week-end. A votre arrivée, on vous avait dis que quelqu’un passait épisodiquement à votre domicile pour récupérer le montant cash. Vous n’avez jamais vu personne. Et puis, un jour, vous avez retrouvé une facture collée sur votre porte. La facture étant rédigée en mandarin, il vous a été difficile de savoir de quoi il en retournait. Toutefois, vous savez lire les mots « eau » ainsi que « électricité », vous permettant d’identifier la charge en question. La première fois que vous aviez réglé une facture d’électricité, vous vous étiez rendu à la Banque de l’Industrie, qui se trouve au sein de Ling Tang Xin Cun, la résidence où vous vivez. Vous aviez montré la facture, et après quelques manipulations aux quelles vous n’aviez rien compris, le petit chinois grassouillet, affable et rieur de voir un étranger dans son établissement, avait accepté votre règlement, et vous avait donné en retour pléthore de duplicata au carbone, tamponnés une bonne demi-douzaine de fois à l’encre rouge comme il se doit. Toujours est-il que vous n’avez jamais compris pourquoi vous deviez payer toutes les factures dans une banque, qui plus est dans une banque où vous n’avez pas de compte. La seule hypothèse qui vous a paru raisonnable, c’est que toutes les banques, que ce soit la Banque de Chine, la Banque de l’Industrie, la Banque de la Communication, la Banque de la Construction, et toutes les autres, sont des banques d’état (d’ailleurs, les autorités n’ont pas fait preuve d’une imagination débordante en les dénommant). Par voie de conséquence, peut-être disposent-elles de fichiers communs. Mais cette conjecture reste purement spéculative.


La Banque de l’Industrie, où vous aviez payé la précédente facture, se trouve à cent mètres de votre immeuble, dans la cour commerçante de Ling Tang Xin Cun. Cai Li est encore dans la salle de bain, et la connaissant, cela peut encore prendre du temps.

 

Jeu-en-Chine-10.jpgQue souhaitez-vous faire ? Deux options s’offrent à vous, listées ci-dessous :

 

- Malgré la chaleur moite que la mousson charrie, il n’a pas fait très chaud la nuit dernière, et vous avez roupillé sereinement. Votre bonne mine de bon matin et votre élégance naturelle vous paraissent tout à fait suffisantes pour sortir dès maintenant, aller au guichet de la Banque de l’Industrie qui est à deux minutes de marche, y rester une demi-heure pour aboutir, après avoir fais comprendre ce que vous souhaitiez au guichetier, et rentrer victorieux pour prendre une douche. Ensuite, le week-end vous appartiendra. Si c’est le cas, allez au paragraphe 2.

 

- Vous ne supportez pas de sortir sans être rasé, d’autant plus que, du fait de la pilosité impubère des locaux, chez vous, ça se remarque. Et puis, votre haleine amène à croire que vous avez avalé le vestiaire d’un stade de football, et la cigarette que vous écrasez n’arrange rien. Vous décidez de pousser Cai Li à sortir de la salle de bain, et de prendre une douche, même si elle est glacée. Si c’est le cas, allez au paragraphe 3.






2.

D’un revers de paluche, vous recoiffez votre coupe en bataille. Face à l’évier de la cuisine, vous passez un peu d’eau sur votre visage, prenez vos papiers, votre portefeuille, vos clés, votre téléphone… Et vous vous apprêtez à partir.

 

Pensez-vous avoir oublié quelque chose ?

- Si oui, allez au paragraphe 4.

- Si non, allez au paragraphe 5.

 

3.

Bon. Ca commence à bien faire. Cai Li est dans la salle de bain depuis déjà bien longtemps, et doit être assez pomponnée. En plus, avec vous, c’est vite réglé : en un quart d’heure, vous serez frais et dispo. Vous frappez à la porte, précisant à Cai Li que vous avez besoin de prendre une douche car il faut que vous sortiez. La porte est bien évidemment fermée à clé de l’intérieur, et pour seule réponse, vous obtenez un « Je suis occupée ! » de la part de la demoiselle. Enervé, vous tambourinez à la porte. Elle répond alors qu’elle n’en n’a plus pour longtemps. Après vingt minutes d’attente, vous jetez l’éponge, et vous apprêtez à sortir. Après tout, la Banque de l’Industrie est à deux pas.

 

Pensez-vous avoir oublié quelque chose ?

- Si oui, allez au paragraphe 4.

- Si non, allez au paragraphe 5.

 

4.

Alors que vous ouvrez la porte de l’appartement, vous vérifiez le contenu de vos poches, et jetez un rapide coup d’œil autour de vous. La facture est toujours sur la table où vous l’aviez déposé la veille, et vous étiez sur le point de partir sans. Vous la saisissez, et la glissez dans votre poche. Allez au paragraphe 5 en vous souvenant que vous venez du paragraphe 4.

 

5.

Dans votre mandarin d’aéroport, vous hurlez à Cai Li que vous descendez à la Banque de l’Industrie pour payer la facture. Vous claquez la porte, et descendez les marches quatre à quatre. La cage d’escalier est vétuste, et sur ses murs décrépis sont peints au pochoir des numéros de téléphones d’entreprises proposant de décorer les appartements, ou d’installer le câble ou le satellite.

 

Vous ouvrez la porte du bâtiment, et vous jetez dans l’ambiance du quartier populaire chinois. Ca y est : vous débarquez sur une autre planète. Face à l’entrée, deux ados jouent au badminton, parmi le linge qui pend, les détritus qui jonchent le sol, et les gens, assis sur des tabourets à regarder la vie qui défile dans l’allée, et qui arrêtent un visage stupéfait en vous voyant. La chaleur est moite, saturée de pollution, et le soleil cogne intensément. Déjà un premier pas, et il est difficile de respirer. Vous passez devant le salon de coiffure, et les jeunes employés, avec leur coupe de cheveux colorées à la mode, vous saluent d’un « hello ! », et rigolent de votre « ni hao ! » en retour. Vous arrivez face à la Banque de l’Industrie.

 

Comme dans n’importe quelle banque en Chine, le système de sécurité se limite à un vigile en uniforme de général qui roupille sur un canapé en bois massif, et à un hygiaphone au comptoir. Le guichetier vous reconnaît immédiatement, et vous lance un large sourire, pouffant de deviser votre mine blafarde déjà suante de bon matin. Vous lui répondez par un sourire et un clin d’oeil. Il y a six personnes devant vous, et deux autres ne tardent pas à arriver derrière.

 

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En Chine, les gens ne se mettent pas en file indienne, mais s’agglutinent au comptoir, dans l’outrecuidance la plus resquilleuse, se mêlent de vos affaires, et se foutent éperdument de savoir si vous êtes arrivés avant eux… Pour peu qu’ils puissent glisser l’argent, ou leur facture, ou quel que document que ce soit en premier sous l’hygiaphone, même si vous êtes déjà en train de faire comprendre votre problème au préposé. Vous jouez alors férocement des coudes pendant une demi-heure, en espérant ne pas vous faire voler votre place. Malgré tout, la chaleur vous énerve, et vous avez envie de hausser le ton pour faire comprendre aux locaux que vous étiez là le premier.


Vous allez devoir tester votre patience : jetez votre pièce.

- Pile, allez au paragraphe 6.

- Face, allez au paragraphe 7.

 

Si vous venez du paragraphe 4 ou 12 :

- Pile, allez au paragraphe 8.

- Face, allez au paragraphe 10.



6.

Alors que vous avez réussi à gagner le comptoir sans hurler auprès du reste de la clientèle, vous lancez un sourire de victoire enragée au guichetier… Pour réaliser que vous avez oublié la facture chez vous, sur la table de la salle à manger, exactement là où vous l’aviez laissé la veille. Allez la récupérer au paragraphe 12.

 

7.

Face au comptoir, alors que vous vous apprêtez à ouvrir la bouche pour expliquer votre problème, un chinois adjacent gueule auprès du guichetier, passant l’avant-bras sous l’hygiaphone, vous bousculant afin de faire traiter son opération avant vous. La moue rougie de courroux, vous repoussez son bras, lui hurlez que vous étiez là avant, et que vous en avez plus que marre de la rusticité locale. Vous profitez de sa stupéfaction à voir un étranger le houspiller, et vous adressez alors au guichetier, qui observe, hagard, l’altercation. En chinois petit-nègre, vous lui expliquez que vous venez pour payer l’électricité. Il vous fait répéter, et vous, vous fumez. Vous perdez un point de patience. Vous n’avez dorénavant plus que quatre points de patience. Vous reprenez votre souffle, et lui expliquez à nouveau. Une fois qu’il a compris, il vous demande de lui présenter la facture…. Et vous réalisez que vous l’avez oublié chez vous. Allez la récupérer au paragraphe 12.

 

8.

Après une longue et agaçante attente, vous parvenez à vous glisser jusqu’au comptoir, resquillant quelque peu au passage : c’est de bonne guerre, car au même titre que le karaoké, c’est le sport national. Certains clients s’avèrent encore plus malins, car même en étant arrivés après vous, ils ont toutefois réussi à vous passer devant. Vous vous accrochez à l’hygiaphone pour éviter que l’on ne vous prenne votre place. Vous jetez la facture sous la double vitre, devant le guichetier, et dans votre mandarin de cuisine, lui dites que vous venez pour payer l’électricité. Alors que les autres clients sont collés contre vous, tant curieux de voir un étranger payer une charge, que pour mieux assurer leur pole position lorsque vous aurez terminé, le guichetier analyse la facture, et avec une moue de dépit, la lèvre inférieure relevée, vous la jette en retour, vous disant que ce n’est pas ici que ça se paye. Le prochain client se lance alors, et vous continuez à psalmodier en chinois que la dernière fois, c’est bel et bien ici que vous aviez payé. Mais le guichetier ne prête déjà plus attention. Allez au paragraphe 9.

 

9.

Votre facture en main, vous traînez jusqu’à l’extérieur, où vous allumez une cigarette. Vous vous frictionnez le crâne, en vous demandant comment vous allez bien pouvoir résoudre votre problème. En l’état actuel des choses, il n’y a plus rien à faire, et vous décidez de rentrer à l’appartement.

 

Avant de remonter, vous achetez des baozi, petites brioches fourrées à la viande ou aux légumes. Vous n’aviez pas pris votre petit-déjeuner, celui-ci est typiquement chinois, et quelque chose vous fais dire qu’il va falloir prendre des forces. Quand vous tendrez votre billet de cent yuans (ou de cent kuai ou de cent renminbi, rayez les mentions inutiles : de toutes façons, ça fait toujours onze euros) au vendeur, il vous assimilera immédiatement à un américain, et courra les commerces contigus pour obtenir de la monnaie. Vainqueur et souriant, il reviendra vers vous avec quatre-vingt dix-huit yuans. Retirez deux yuans de votre portefeuille. Il ne vous en reste plus que deux-cent quatre-vingt dix-huit. Votre sachet plastique en main, d’où émanent les vapeurs chaudes et savoureuses des baozi, et votre facture dans l’autre, vous gravissez l’escalier pour rejoindre vos pénates.

 

Vous êtes rentré chez vous depuis dix bonnes minutes. Ni lumière, ni musique, ni même le ronronnement de la climatisation ou celui du réfrigérateur. Vous êtes dans les ténèbres, seul au monde. Vous avez mangé vos baozi avec un bien maigre appétit. Cai Li n’est pas là, ayant rejoint son magasin. Vous avez tenté de la contacter sur son téléphone portable, mais un message en mandarin vous explique que votre correspondante n’est pas joignable (d’ailleurs, profitez-en pour vous retirer un point de communication). Si au moins elle était là, elle aurait pu vous aider à régler le problème. Par ailleurs, le chinois est sa langue natale. En temps normal, vous auriez attendu son retour… Mais il n’y a plus d’électricité depuis la veille, et vous ne pouvez constater cet état de fait sans réagir. Le week-end commençait si bien.

 

Même si tant que faire se peut, vous souhaitez vous dépatouiller tout seul, vous pensez à contacter votre ami Wang Ke Rong. Puis vous avez une autre idée : au pied du bâtiment d’en face, il y a un bureau qui fait office d’agence immobilière, et aussi de syndicat de gestion, puisqu’il gère les problèmes que peuvent avoir les locataires et les propriétaires du voisinage. Si vous allez les voir avec votre facture à la main, ils sauront peut-être quoi faire. Mais voilà, personne au sein de ce bureau ne parle l’anglais, à tel point que pour la signature du bail, la responsable de cette agence avait demandé à une étudiante en anglais, fille d’une de ses amies, de l’accompagner pour vous faire la traduction. Vous faites tourner tout ceci dans votre esprit, alors que la chaleur monte dans votre logement non climatisé depuis la veille au soir.

 

Que souhaitez-vous faire ?

- Si vous souhaitez appeler Wang Ke Rong, allez au paragraphe 13.

- Si vous souhaitez aller directement à l’agence, allez au paragraphe 14.


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10.

Victoire ! Vous arrivez au comptoir, ruisselant de nervosité à l’idée que plusieurs personnes vous sont passées devant dans la cohue. Vous tendez la facture au guichetier en passant la main sous l’hygiaphone. Il tend à peine le bras pour la saisir, alors que vous manquez de vous déboîter l’épaule. Et puis, alors que c’était prévisible à cent pour cent, et que vous ne vous en étiez pas préoccupé, on vous bouscule avec force, manquant de vous arracher le bras. Vous étouffez un cri de douleur, et vous retournez immanquablement vers la personne qui a voulu accélérer le passage à la caisse en vous pétant le coude. C’est une petite vieille aux cheveux d’argent, fragile et rabougrie dans son uniforme à la Mao, le visage cireux et tanné par les ans. Malgré le fait qu’elle fasse la moitié de votre volume, vous vous lâchez et balancez à sa face ocre tous les mots d’oiseau que votre dictionnaire français argotique contient. Le regard de la vieille dame en dit long sur son hébétude à se faire incendier par un occidental. Vous vous frottez le bras, et vous retournez en direction du comptoir… Pour vous apercevoir que quelqu’un a pris votre place, et qu’une autre personne attend déjà derrière. Vous les poussez des épaules, et faites signe au guichetier, qui a déposé votre facture sur le comptoir. Alors que vous fumez et psalmodiez en français que vous avez atterri dans un pays de fous, il prendra cinq minutes pour terminer les opérations des deux resquilleurs, sans même entendre votre mécontentement, et vous rendra finalement la facture en la jetant sous la double vitre, en vous indiquant que ce n’est pas ici qu’il faut payer. « Mais mais mais », tentez-vous de lui dire « c’est ici que j’ai payé la dernière fois ». C’est lui-même qui avait effectué l’opération. Il feindra de ne pas comprendre. Lorsque vous lui demanderez où il faut régler, il vous répondra brièvement qu’il n’en a pas la moindre idée. Vous perdez un point de patience. Désespéré, vous vous rendez au paragraphe 9 en titubant.

 

11.

Ah non ! Vous avancez, pestant en français. Le gars ne s’est pas retourné, et a du prendre cela pour de l’anglais, car, en Chine, c’est bien connu, tous les étrangers sont anglicistes. Vous lui tapotez sur l’épaule, et il se retourne vers vous, hagard de voir un extra-terrestre tenter de communiquer. Vous lui dites en mandarin que vous êtes désolé, et que si vous êtes en train de faire le pied de grue en plein soleil par trente cinq degrés depuis cinq minutes, ce n’est pas pour jouir du bien-être de se trouver sur le trottoir, mais parce que vous souhaitez utiliser le distributeur. Il est foncièrement surpris de vous voir vous adresser à lui dans sa langue, et, en tremblant, retire immédiatement se carte bancaire. Il s’esquive sur le côté, et vous psalmodie « sorrysorrysorrysorry » avec condescendance, vous laissant la place en ne manquant pas de s’incliner à votre passage. En soupirant, vous vous rendez au paragraphe 23. Non mais alors.

 

12.

Abattu, vous jouez des épaules pour que la masse de clients vous laisse sortir, et vous retournez à votre appartement. Vous avez fais le pied de grue pendant une demi-heure dans l’intolérable atmosphère surpeuplée de cette banque… Pour devoir tout recommencer à zéro. Arrivé à l’appartement, la facture n’a pas bougé. Cai Li a déjà quitté votre logement pour rejoindre son magasin. Vous reprenez vos clés, vos petites affaires et votre facture pour retourner à la Banque de l’Industrie. Par la même occasion, allez au paragraphe 5 en vous souvenant que vous venez du paragraphe 12.

 

13.

Vous sortez votre portable de votre poche. Comme tous les téléphones chinois, sa forme hybride hésite entre l’accessoire de cirque et la soucoupe volante de Rencontres du Troisième Type, tant il clignote de toutes les couleurs, vibre dans tous les sens et fait un tapage de Playstation dès que vous l’allumez. Vous composez le numéro de Wang Ke Rong. Après trois sonneries, il décroche. Après les salutations d’usage, il vous sort un « quoi ? » sous-entendu « qu’est-ce que je peux faire pour toi ? ». Vous lui expliquez votre problème, un peu gêné de l’impliquer dans votre incompréhension des procédures chinoises. Il vous répond alors que Cai Li pourrait peut-être s’en dépatouiller. Vous lui avouez, un peu déconfit, qu’elle s’est absentée, et qu’elle est injoignable. Il suggère alors la chose suivante : si vous n’avez pas pu régler la facture à la Banque de l’Industrie, alors que c’est là que vous aviez réglé la précédente, le mieux à faire, c’est encore d’aller demander à l’agence immobilière au bas de votre immeuble. Retour au point de départ. Vous remerciez chaleureusement Wang Ke Rong de cette innovante idée que vous aviez eue sans lui. Vous raccrochez, soupirez à l’idée d’avoir à faire comprendre votre problème à la responsable de l’agence, et angoissez de ne pas saisir en retour la solution qu’elle préconisera. Malgré la plaisir d’avoir pu papoter avec votre poteau Wang Ke Rong, vous n’êtes pas plus avancé, et perdez un point de communication. La mort dans l’âme, continuez au paragraphe 14.


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14.

Vous reprenez vos petites affaires : clés, portable et portefeuille, ainsi que votre carte de paiement de la Bank of China… Sans oublier la facture. Vous claquez la porte de votre appartement, ainsi que la porte en fer qui la précède, et qui officie en porte blindée. Vous descendez, et sortez de l’immeuble. L’agence se trouve à vingt mètres, exactement en face de votre bâtiment. Au pied de tous les immeubles, les garages ont été aménagés. Certains garages privés renferment les voitures flambant neuves des nouveaux riches, et d’autres sont occupés par des familles de cinq personnes. Les derniers ont été reconvertis en échoppe, et c’est le cas de l’agence immobilière, engoncée dans un garage repeint à la chaux.

 









Vous arrivez face aux deux portes coulissantes entrebâillées de l’agence. A l’intérieur, contre le mur, se trouve un grand tableau blanc listant les appartements disponibles. Tout y est rédigé en mandarin, et, ce n’est que parce que les montants des loyers et les surfaces sont chiffrés que vous avez compris de quoi il s’agissait. Le sol est recouvert d’une chape de béton en piètre état. En bonne fonctionnaire, le boudin jaune qui officie en gérante est vautré derrière le vieux pupitre en bois massif période fin Mao Ze Dong, début Deng Xiao Ping. Revêtue d’une veste traditionnelle en soie à col droit, elle aborde la cinquantaine avec une vulgarité obèse. De ses cheveux sombres ne subsistent que des touffes hirsutes poivre et sel ramassées en queue de cheval. Dès lors qu’elle vous voit rentrer et balancer vos salutations dans un mandarin maladroit, elle pouffe : elle ne vous a pas encore adressé la parole, que déjà, elle joue avec vos nerfs. Mais c’est vous l’étranger, et c’est par ailleurs peut-être elle qui détient la solution à vos problèmes. Vous avancez, lui tendez votre facture, et lui demandez en chinois où vous pouvez régler cela. Tout en riant, elle vous répond tout de go qu’elle ne sait pas. Ah bon. A se demander à quoi elle est payée. A part ragoter avec le voisinage pour évaluer votre richesse, vous n’avez jamais véritablement compris son utilité. Comme toutefois, les chinois sont très polis avec les étrangers, elle vous propose de vous asseoir et d’attendre, prenant soin de vous servir un verre d’eau chaude (les chinois ne boivent pas d’eau froide). Elle s’installe à son bureau, passe quelques coups de fil aux quels vous ne comprenez rien, car elle s’entretient en suzhouhua avec ses correspondants. Le suzhouhua, c’est le dialecte de Suzhou, car toutes les villes en Chine ont leur propre patois. Le mandarin est la langue officielle, et Deng Xiao Ping en a institué l’enseignement obligatoire à l’école afin de fédérer le pays. Mais voilà, au quotidien, les gens continuent naturellement de pratiquer leur dialecte, et n’utilisent le mandarin que dès lors qu’ils font face à des individus venant d’une autre ville.

 

Elle raccroche finalement, triomphante, passe son interrupteur linguistique en mandarin, et vous dit alors, sans l’ombre d’une hésitation, que le règlement de la facture d’électricité se fait à la Banque de la Construction. Vous savez qu’il y a une Banque de la Construction sur Ren Min Lu (en français « l’Avenue du Peuple »), mais ce n’est pas tout près.  En Chine, héritage politique oblige, toutes les villes ont leur place ou rue du peuple, au même titre qu’en France, nous avons nos rues nationales ou nos places de la république. Ne souhaitant pas que ce problème vous pourrisse le week-end, vous repliez rapidement votre facture dans votre poche, remerciez la fonctionnaire, et sortez. A l’extérieur, la chaleur n’est pas encore insupportable, même si la température a passablement augmenté depuis votre réveil. Vous avez deux possibilités pour aller à la Banque de la Construction indiquée par la gérante :

 

Que souhaitez-vous faire ?

- Si vous souhaitez vous y rendre en scooter électrique, roulez jusqu’au paragraphe 18.

- Si vous souhaitez prendre le bus, marchez jusqu’à l’arrêt du paragraphe 17.

 

15.

Vous tapez du pied en soupirant. Le resquilleur ne s’est rendu compte de rien, et poursuit ses opérations avec la même rustrerie placide. Il s’allume sereinement une cigarette, continue à jouer avec la machine à sous, et récupère finalement sa carte après de longues minutes. Vous toussez grassement pour lui signifier votre désapprobation totale de son époustouflante cuistrerie nonchalante. Il ne remarque rien. Après avoir terminé, il se retourne, lance un large sourire, et vous hurle « hello ! ». Vous lui répondez « connard ! » avec le même sourire abruti, et prenez la place qui vous revenait de droit, au paragraphe 23.

 

16.

A l’intérieur, c’est la foule habituelle qui se rue aux guichets dans une atmosphère de pugilat. Vous inspirez fortement, serrez votre facture et les dents, et vous précipitez sans réfléchir dans la mêlée. Votre constitution occidentale en surprend plus d’un, et vous profitez  facétieusement de cette stupeur pour gagner le rang du peloton de tête. Vous arrivez au guichet, et alors que quelqu’un vient déposer une importante liasse de billets au comptoir, vous faites glisser votre facture à destination de la jeune employée qui reste la bouche ouverte de vous entendre dire en chinois que vous venez régler votre consommation d’électricité.

 

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La demoiselle, au-delà du fait qu’au lieu d’arborer un badge avec son nom, porte une broche numérotée plantée dans le chemisier, veut tout faire pour aider l’étranger perdu que vous êtes. Elle vous explique, dans le brouhaha ambiant que, normalement, ce n’est pas ici que ça se paye, mais qu’elle va vous dépanner, et accepter votre règlement. Vous ne comprenez pas, et trouvez ça fabuleux : ce n’est pas ici qu’on peut régler, mais vous allez tout de même pouvoir le faire ! Vous souriez à la demoiselle qui pouffe dans sa main en rougissant. Après avoir tapoté sur son clavier avec la maestria d’une virtuose, elle imprime quatre reçus, dont vous ne comprenez fichtre rien, exception faite du montant total. Il y en a pour un peu moins de quatre cent yuans, et vous n’avez en poche qu’à peine trois cent kuais. Et aïe donc. Vous lui expliquez alors. Elle vous demande si vous avez un compte à la Banque de la Construction, ce à quoi vous lui répondez que ce n’est pas le cas. Elle est aussi ennuyée que vous, et vous indique un distributeur à l’extérieur, où vous pourrez retirer la somme. Déçu de ne pas avoir encore abouti, mais la remerciant tout de même, vous récupérez votre facture et jouez des coudes pour sortir de la file, et gagner l’extérieur au paragraphe 20.

 

17.

Vous ne perdez pas de temps, et parcourez les cinq minutes de marche pour sortir de Ling Tang Xin Cun. Vous rejoignez Gan Jiang Lu, l’avenue qui borde la résidence et où se trouve l’arrêt de bus le plus proche, l’atteignant finalement au paragraphe 42.

 

18.

Vous craignez que les températures n’augmentent drastiquement dans les heures qui viennent. Prendre un taxi vous coûtera un pourcentage non-négligeable du prix de la facture, et même si il est agréable de jouir de la ville à travers les fenêtres d’un bus, le règlement de cette facture est une véritable corvée, et cela sera bien plus vite réglé en scooter électrique. Par contre, la capacité de la batterie n’est pas éternelle, et si l’électricité n’est pas rétablie ce week-end, vous serez bon pour trouvez un autre moyen de transport dès ce soir, faute de pouvoir recharger la batterie à n’importe quelle prise de votre appartement. Néanmoins, vous n’hésitez plus, et remontez chez vous pour récupérer la lourde batterie de Rossinante. Celle-ci pèse tant que vous arrivez en sueur dans votre garage. Vous glissez la batterie dans son habitacle sous la selle, et partez vaillamment, avec cet incroyable sentiment de liberté que seule la pratique d’un deux roues en été procure. Roulez les cheveux au vent jusqu’au paragraphe 42.

 

19.

Vous approchez du distributeur, vous postant, par discrétion, deux mètres derrière les deux demoiselles qui jouent avec : la tenue de leur compte en banque ne vous regarde pas. C’est une question d’éducation. Un jeune homme vient de refermer l’antivol de son vélo, à deux pas de la scène. Tout en tournant nerveusement la clé, il vous observe avec de grands yeux, parce qu’un blanc, tout de même, ça ne se voit pas tous les jours. Il s’avance, et, alors que les deux chinoises viennent de terminer, il se glisse entre vous et le distributeur, alors que vous vous rapprochez ! Là, c’en est trop ! Le petit freluquet extrême oriental ne l’a sans nul doute pas fait exprès, mais le manque de considération des gens pour leur environnement vous paraît d’un toupet inégalable. Vous suez de plus belle, la veine saillante aux tempes.

 

Faites un test de patience avec votre pièce de monnaie.

- Pile, allez au paragraphe 11.

- Face, allez au paragraphe 15.

 

20.

Dès que vous poussez la porte de la Banque de la Construction, l’air chaud extérieur empli d’humidité vous colle à la peau. Vous dégoulinez comme une glace qui fond, avez du mal à respirer, et votre corps entier vous donne l’impression d’avoir été brumisé.

 

Vous observez autour de vous. Juste à la sortie, il y a en effet un distributeur. Deux jeunes filles sous une ombrelle sont en train de deviser la machine, frappant fortement sur les touches, comme si elles utilisaient un jeu vidéo dans une salle publique. Un peu plus loin, à vingt mètres, il y en a un autre, à la Banque de l’Agriculture, et celui-ci est déserté.

 

Que faites-vous ?

- Si vous décidez de vous poster derrière les jeunes filles, allez attendre votre tour au paragraphe 19.

- Si vous souhaitez vous rendre au distributeur libre de la Banque de l’Agriculture, faites-le au paragraphe 22.


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21.

Allez au paragraphe 19, en prenant soin de vous retirer un point de patience.

 

22.

Vous abandonnez les deux chinoises à leur ombrelle et à leur pianotage pour rejoindre le distributeur de la Banque de l’Agriculture. Vous y glissez votre carte, et suivez les instructions en chinois et anglais du moniteur. Et puis, c’est le cataclysme babélien : dès que vous avez saisi votre code, l’écran suivant apparaît, exempt de version anglaise. Pour vous, c’est du chinois. Pour tout le monde d’ailleurs. Vous tentez votre chance, comme au jeu de hasard, et appuyez sur les options qui vous paraissent les plus probables. Mais le fric ne sort pas. A la place, vous réussissez à obtenir trois tickets, entièrement imprimés dans la langue de Confucius. Votre carte n’est pas restituée, malgré que vous ayez appuyé plusieurs fois sur toutes les touches. Un autre reçu sort, et puis, plus rien. Vous bataillez cinq minutes, rougissant à grosses gouttes, avec la crainte à l’estomac de ne pouvoir récupérer votre carte. Finalement, vous n’obtiendrez jamais votre argent, et la machine ne se décidera à vous recracher la carte que par miracle, affichant avec arrogance un ultime écran, bilingue celui-ci, vous remerciant d’avoir fais confiance à la Banque de l’Agriculture. Vous n’avez pas le choix, et devez regagner le précédent distributeur. Allez au paragraphe 21.

 

23.

Vous insérez votre carte, et, après avoir tapoté sur les touches passablement défoncées du clavier, tant les locaux sont des bourrins dès lors qu’ils utilisent quoi que ce soit, la machine vomit méthodiquement deux billets de cent yuans. Avec ça, vous êtes parés.

 

Vous rentrez à nouveau dans la Banque de la Construction. La foule s’est dissipée, et vous vous rapprochez du guichet où la jeune employée était prête à vous aider quelques minutes plus tôt. Lorsque vous arrivez, c’est un homme qui se tient derrière le comptoir, et vous jetez un coup d’œil autour en fronçant les sourcils, vous demandant un instant si vous ne vous êtes pas trompé de guichet. Et bien non. Simplement, l’heure du changement d’équipe est survenue alors que vous étiez en train de retirer deux cent yuans. Vous présentez votre facture au fringuant chinois… Et celui-ci vous la rebalance en continuant à scruter son ordinateur, vous disant que ce n’est pas ici que cela se règle. Vous montez gentiment le ton, en lui disant que sa collègue, une charmante demoiselle, était prête à vous dépanner, et que, comme vous êtes étranger, vous avez du mal à vous familiariser avec le chaos procédurier local. En bonne machine administrative, il repasse le message du répondeur automatique : « ce n’est pas ici que ça se règle ». Vous mettez alors la balle dans son camp, en lui répondant « Ok. Alors, comment ON fait ? ». Car d’expérience, vous avez remarqué qu’il suffit parfois d’impliquer un chinois, même dans un problème qui ne le concerne pas, pour qu’il vous vienne en aide ! Manque de chance, pas avec celui-ci : il se limitera à répèter que « ce n’est pas ici que ça se règle », ajoutant un « merci, au revoir, suivant ». Ce week-end qui s’augurait sous d’exotiques auspices tourne au cauchemar paperassier. Vous avez besoin d’une pause. Allez la prendre au paragraphe 30.

 

24.

Vous composez le numéro de téléphone de Cai Li… Et tombez sur un répondeur en mandarin. Vous attendez la fin du message, et entendez une voix nasillarde en anglais vous indiquant que le forfait de votre correspondant est terminé. Vous raccrochez. Cai Li ne peut plus téléphoner, ni recevoir d’appel. Vous perdez un point de communication.

 

Que souhaitez-vous faire ?

- Vous contactez Wang Ke Rong, afin que celui-ci vous donne la démarche à suivre, pour peu qu’il sache comment s’y prendre. Allez au paragraphe 26.

- Vous jetez l’éponge et décidez de rentrer chez vous. Déconfit, allez au paragraphe 29 si vous êtes venus en scooter électrique, et 25 si vous avez pris le bus.

 

25.

Vous rejoignez sereinement l’arrêt de bus. Il y a une cohue incroyable, et c’est la ruée pour obtenir une place. Le capuccino vous a fait du bien, et vous arrivez dans le peloton de tête, vous asseyant tout au fond, là où trônent les chahuteurs. Vous avez du régler trois yuans au titre du transport, sans comprendre pourquoi : en Chine, en fonction de l’heure à laquelle vous prenez le bus, ou peut-être en fonction du confort de celui-ci, il y a une variation du prix du billet qui va du simple au triple, voire même au quadruple ! Dans tous les cas, retirez trois yuans de votre total d’argent. Deux secondes plus tard, alors que le bus est seulement à moitié plein, vous assistez à une histoire sans paroles comme seule la Chine peut en raconter :

 

La règle, au sein du bus, oblige les passagers à monter par la porte avant, pour descendre par la porte arrière. De votre place, au fond, en hauteur, vous avez une vue en profondeur jusqu’à l’avant. Vous voyez alors, par la porte arrière, un petit vieux rabougri transpirant d’efforts, chargeant méthodiquement, et avec la nervosité de voir les portes se refermer, d’énormes sacs en toile, dont le contenu parait fort lourd, tant est si bien qu’il les glisse dans le bus un à un. Le chauffeur jette un coup d’œil dans le rétroviseur, et commence à aboyer en mandarin à l’intention de la momie ocre. Le vieillard répond, mais, au ton agressif du chauffeur, cela semble sans appel. Alors, situation absurde au possible, le petit vieux effectue l’opération inverse depuis la même porte arrière : il redescend les sacs un à un sur le talus, avec une difficulté constipée sur sa face ridée, rejoint l’avant du bus, et recharge les sacs par la porte avant, toujours un à un … Pour entendre le chauffeur lui dire qu’il ne peut rester à l’avant : il gêne le passage, et doit avancer dans le couloir. Finalement, il reprendra sa place, avec ses sacs… Devant la porte arrière ! Vous pouffez, engoncé que vous êtes au fond, vous disant que les chinois sont parfois d’une discipline abêtie dès lors qu’il s’agit de respecter les règles, sans même se poser la question du contexte. Comme tout spectacle mérite de rémunérer l’artiste, vous invitez le vieil homme à prendre votre place. Tout en haletant de fatigue, il vous remercie et écrase ses os sur le fauteuil en plastique, souriant de son répit.

 

Le bus se remplit un peu plus à chaque arrêt, et les passagers se tassent autant qu’ils peuvent. Même quand vous avez le sentiment qu’il n’y a plus de place, quelqu’un trouve une solution pour faire monter un passager de plus. Le chauffeur lui-même y va de ses recommandations pour tasser plus d’individus. Au bout de vingt minutes dans cet amoncellement, vous descendez finalement, content de vous être extirpé de cette pression pugilistique. Encore cinq minutes de marche, et vous serez de retour dans vos pénates, au paragraphe 27. 


Jeu-en-Chine-22.jpg26.

Vous composez le numéro de Wang Ke Rong, et tombez sur un répondeur. On vous indique, en chinois et anglais, que votre correspondant est hors du réseau couvert, et qu’il n’est donc pas joignable pour l’instant. Vous refermez votre téléphone portable en soupirant, et perdez un point de communication.

 

Que souhaitez-vous faire ?

- Vous appelez Cai Li, pour lui demander son aide. Allez au paragraphe 24.

- Vous jetez l’éponge et décidez de rentrer chez vous. Déconfit, allez au paragraphe 29 si vous êtes venus en scooter électrique, et au paragraphe 25 si vous avez pris le bus.






NdA :

Le paragraphe 27 et les suivants se trouvent dans l'article ci-dessous, du fait des limites du nombre de caractères par artilce imposées par Over-blog.
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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 10:05

27.

Enfin arrivé, vous ouvrez la porte de votre appartement, éreinté par la chaleur… Et avez la désagréable surprise de réaliser qu’il fait tout aussi chaud à l’intérieur. L’électricité est bien évidemment toujours coupée.

 

Soudain, on frappe à la porte. Ou plus justement, on tambourine violement à la porte, comme si on voulait la défoncer. Car les chinois s’annoncent toujours ainsi, certainement par crainte que l’occupant soit sourd. Vous sursautez, et vous précipitez pour ouvrir. C’est Mason (vous ignorez son nom chinois), le fils de votre propriétaire, adolescent d’une quinzaine d’années, dont la qualité de l’anglais à un si jeune âge ne cesse de vous impressionner. Vous l’invitez à rentrer, et sautez sur l’occasion pour lui expliquer votre problème de facture. Mason est un peu désarçonné : il passait uniquement pour vous emprunter quelques DVD de films américains pour, tout en rêvant de l’Occident lointain, parfaire sa compréhension de l’idiome de John Wayne. Gentil garçon, Mason bombe le torse, vous confirmant comme un serment qu’on prête, qu’il va faire de son mieux pour vous aider à payer votre facture. Vous soupirez d’aise : vous n’êtes plus seul contre la Chine entière. Vous vous asseyez, et lui détaillez votre incompréhension des choses :

 

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Lorsqu’on vous avait placardé une facture d’électricité sur la porte pour la première fois, il y a peut-être un an maintenant, vous étiez allé à la Banque de l’Industrie, en bas de chez vous, votre facture à la main, et vous aviez pu vous en acquitter. Par ailleurs, vous aviez un peu traîné pour le paiement, et on ne vous avez pas pour autant coupé le jus. Cette fois-ci, lorsque vous êtes allé à la Banque de l’Industrie, vous n’avez pas pu régler. Comment se fait-il que vous ayez pu régler la dernière fois, et que ce soit dorénavant impossible ? Sur les conseils de la gérante, vous êtes allés à la Banque de la Construction, et, tantôt on accepte votre règlement… Pour mieux le refuser dix minutes plus tard, après que vous ayez bataillé pour retirer des sous. Si toutes les factures se payent en banque, même si c’est une banque où vous n’avez pas de compte, qu’au préalable vous pouviez régler à la Banque de l’Industrie, et que, pour une raison inconnue, ce n’est plus possible, et que, pour finir, à la Banque de la Construction, on accepte votre paiement qu’une fois sur deux, où peut-on donc bien régler ? Même Kafka se serait tiré une balle : la logique de la procédure est impénétrable.

 





Mason vous a écouté religieusement, hochant la tête positivement à chacune de vos ponctuations. Candide, et réduisant le problème à sa plus basique finalité, vous lui demandez « Mason, mon ami, comment fait-on pour régler une facture d’électricité en Chine ? ». L’ado se réfugie dans une réflexion intense, pour finalement abdiquer : « Et bien, je ne sais pas trop : j’ai quinze ans, et n’ai jamais payé de facture. »


Vous haussez mollement les épaules, proche que vous êtes de la perte totale d’espoir, lorsqu’une lueur étincelle dans le regard de l’adolescent, qui continue : « Mais quand tu as emménagé, tu as du récupéré les cartes qui permettent de payer l’eau, le gaz, et l’électricité, non ? » Soudainement, vous vous souvenez que le propriétaire vous avait laissé des cartes au format carte de crédit pour assurer le règlement des charges. Vous aviez signé le bail (enfin, Cai Li l’avait fait, car le propriétaire ne voulait pas qu’un étranger qui peut repartir dans ses pénates du jour au lendemain s’engage légalement), et le propriétaire vous avait remis une enveloppe avec des documents dont ces fameuses cartes.

 

« - Et avec ça, je pourrais régler ma facture d’électricité ?

- Et bien, a priori oui… Mais bon, encore une fois, je n’ai jamais été confronté au problème. Donne-moi les cartes, et je lirais ce qu’il y a dessus : peut-être y a-t-il des indications. »

 

Bonne idée. Par contre, la grande question, c’est de savoir où vous avez bien pu mettre tout cela. Vous commencez à fourrager au hasard : lancez votre pièce de monnaie.

- Pile, allez au paragraphe 28.

- Face, allez au paragraphe 31.

 

28.

Vous farfouillez partout dans les tiroirs, les meubles de rangement, et tombez finalement sur la liasse de documents liée au logement, que vous aviez méticuleusement organisée. Parmi toute cette paperasse en mandarin, vous retrouvez une petite enveloppe, qui a la bonne idée de contenir quelques cartes. Après une lecture sommaire, Mason isole celle qui sert au règlement de l’électricité. Le plus étonnant, c’est que vous n’aviez jamais eu besoin de ces cartes au préalable. Ne vous posez donc pas tant de questions, et allez au paragraphe 33.

 

29.

La selle de Rossinante a tiédi au soleil. En centre-ville, il y a affluence. L’endroit où vous avez laissé votre scooter électrique est tellement surchargé de deux-roues que vous avez du mal à extirper le vôtre de la masse. Vous poussez le vélo à sa gauche, puis le scooter à sa droite, et, en tendant le bras dans une moue contractée, la sueur aux tempes, vous atteignez l’antivol que vous réussissez à détacher. Encore un effort, et vous descendez Rossinante du trottoir, en prenant soin de ne pas faire choir les cycles adjacents. Vous reprenez votre chemin en direction de Ling Tang Xin Cun. Sur le trajet, vous évitez toutes formes d’obstacles : piétons qui traversent sans regarder, vélos qui arrivent à contresens, bicyclettes qui vous grillent la priorité comme si il n’y avait aucune règle d’anticipation, et, vous assistez avec hilarité à un scénette fort amusante :

 

Voir un étranger en Chine au guidon d’un scooter électrique n’est pas un spectacle banal. En conséquence, les locaux vous regardent toujours avec étonnement quand vous conduisez. Alors que vous filez à vive allure, deux vélos roulant en sens inverse se rentrent dedans : les deux cyclistes avaient oublié de regarder devant eux, y préférant l’observation stupéfaite de votre face blanchâtre aux commandes de Rossinante. Vous venez de générer un accident. Les deux bougres reprennent leurs esprits, oubliant votre présence qui se noie dans la circulation surnuméraire de ce début de week-end, et commencent à s’engueuler !

 

Vous n’êtes plus très loin maintenant. Même si c’est toujours un délice de se faire masser par les rayons du soleil lorsque vous conduisez Rossinante, l’état des routes commence à tasser vos vertèbres, et la perspective de vous abandonner à votre canapé vous stimule au plus haut point. Vous serez de retour dans vos pénates, au paragraphe 27… En ayant pris soin de déduire deux points de votre total de points d’électricité.


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30.

Une demi-heure s’est écoulée depuis que vous êtes ressorti de la Banque de la Construction. Vous êtes confortablement installé dans un des canapés moelleux du Ming Tian Ka Fei, un « coffee shop » comme on les appelle ici, et qui est une formule cent pour cent chinoise de ce que les locaux désignent comme « un café occidental. » En fait, c’est une occidentalisation de la maison de thé traditionnelle chinoise, où les serveurs et serveuses en uniforme font preuve d’une politesse exceptionnelle, souhaitant « la bienvenue à votre présence lumineuse » à tout quidam qui rentre dans l’établissement. La musique diffusée est douce, reprenant les irritants medleys de Richard Clayderman, ou des standards occidentaux, réinterprétés au synthé. Ainsi, depuis que vous êtes là, vous avez pu entendre la version Bontempi de « my heart will go on », « ce n’est qu’un au revoir », et même « jingle bells », malgré que nous soyons à la mi-juin.

 

Ce qui est très bon, au Ming Tian Ka Fei, c’est le capuccino. Il est surplombé d’un îlot de crème sucrée, lui-même saupoudré de cannelle, et, couronnant ce petit monticule laiteux de bonheur, un zeste d’orange donne au breuvage une saveur exceptionnelle. Ce moment de paix vous fait relativiser votre malheur, et vous regagnez un point de patience. Vous dégustez votre capuccino en observant par la fenêtre le chaos du centre-ville. Les vélos roulent en tous sens, les taxis doublent par la droite en klaxonnant, les filles circulent sous des ombrelles pour s’abriter du soleil, et vous, vous ne savez toujours pas comment régler votre facture.

 

En y réfléchissant, vous ne voyez que trois possibilités :

- Vous tentez de contacter Wang Ke Rong, afin que celui-ci vous donne la démarche à suivre, pour peu qu’il sache comment s’y prendre. Allez au paragraphe 26.

- Vous appelez Cai Li, pour lui demander son aide. Allez au paragraphe 24.

- Vous jetez l’éponge et décidez de rentrer chez vous. De toute façon, il fait trop chaud. Vaincu, allez au paragraphe 29 si vous êtes venus en scooter, et 25 si vous avez pris le bus.

 

31.

Vous aurez beau mettre l’appartement à sac pendant une heure, il vous est impossible de remettre la main sur une quelconque carte de règlement d’électricité. Vous êtes là, accroupi au sol, souffrant de la chaleur dans des soupires transpirants. Allez au paragraphe 33… En prenant soin de vous ôter un point de patience.

 

Jeu-en-Chine-13.jpg32.

La Banque de l’Industrie est à deux pas, et ce serait trop bête de ne pas retenter votre chance, sachant que Mason pourra tout expliquer. Il y a moins de monde que ce matin, et en deux minutes, vous arrivez au guichet. Le petit gros jaune est plus que jamais derrière, et Mason jette la facture sur le comptoir. Le petit bonhomme reste placide, et, après quelques explications avec l’adolescent, lui repasse finalement la facture ! « Alors ? » lui demandez-vous benoîtement. « Et bien, il a dit qu’il fallait aller directement à Jiangsu Power, la compagnie d’électricité. » vous répond Mason. « Oui, mais pourquoi avait-il accepté le règlement la fois précédente ? ». Il vous répond qu’il ne sait pas. « Et le gars, il sait où ça se trouve, Jiangsu Power ? ». Et bien non, pas précisément. C’est sur San Xiang Lu, l’artère qui borde la résidence, mais c’est une longue avenue, et il n’est pas certain de l’endroit. Toujours est-il qu’il a confirmé que ce n’était pas bien loin. Par contre, il n’est même pas certain que vous puissiez régler là-bas ! Pour Mason, ça ne fait aucun doute. Ah bon. Alors si ça ne fait aucun doute, allons-y. Gentiment, l’adolescent propose de vous accompagner. Soupirant d’aise, vous le remerciez chaleureusement, et cheminez ensemble au paragraphe 34.

 



33.

Mason vous propose alors de descendre une fois de plus à l’agence qui se trouve en bas de chez vous, et d’expliquer votre cas à la gérante. Vous, vous êtes prêt à suivre l’ado, et à payer tout ce qu’on vous dira, pour peu qu’on vous remette le courant. Vous enfilez à nouveau vos chaussures, et Mason vous arrache la facture des mains. Vous descendez les marches de la cage d’escalier, et arrivez face à l’agence. La gérante est là, ronflante sur le canapé de bois exotique, le fessier vautré sur une natte de paille. Mason hurle pour réveiller la vieille, et continue d’hurler que le courant n’a toujours pas été rétabli et que vous ne savez pas où payer la facture. Vous assistez au spectacle amusant de leur conversation en mandarin. L’adolescent gueule comme un putois, et se voit répondre par des sourires, comme si elle s’en contrefoutait. Au bout de cinq minutes, Mason ressort, et, sans plus d’informations, vous le suivez. Quand vous lui demandez ce qui s’est dis, il vous répond que la gérante ne sait pas trop. Celle-ci pense que vous vous êtes mal expliqué à la Banque de l’Industrie, mais que, dans tous les cas, il serait plus facile d’aller payer directement auprès de Jiangsu Power, la compagnie d’électricité. Ah, parce qu’on peut aller régler directement auprès de la compagnie d’électricité ? Première nouvelle. Lorsque vous demandez où ça se trouve, Mason vous assure que ce n’est pas très loin… Sans savoir précisément où. C’est sur San Xiang Lu, l’avenue qui borde la résidence. Mais l’avenue est bien longue, et vous n’avez aucune idée de ce à quoi le bâtiment ressemble.

 

Que souhaitez-vous faire ?

- Si vous voulez retourner à la Banque de l’Industrie avec Mason, filez au paragraphe 32.

- Si vous souhaitez aller au bureau de Jiangsu Power, rendez-vous au paragraphe 34.

 

34.

Vous vous retrouvez à l’extérieur, et, après avoir décidé d’aller à Jiangsu Power, la compagnie d’électricité, il ne vous reste plus qu’à sélectionner le moyen de transport :

- En scooter électrique, roulez jusqu’au paragraphe 40.

- A pieds (puisque ce n’est pas bien loin), marchez jusqu’au paragraphe 37.

 

35.

Lorsque vous arrivez près du flic, il peste en mandarin, et Mason lui explique que vous ne saviez pas qu’il était interdit de transporter quelqu’un d’autre. Vous les voyez palabrer pendant cinq minutes, et, finalement, le policier se servira de son carnet de contredanses pour inscrire un numéro de téléphone qu’il tendra à l’adolescent. Dans l‘incompréhension totale, et sans tenter d’en savoir plus, vous enfourchez Rossinante, et chevauchez lentement, Mason marchant à vos côtés, attendant que l’agent soit hors de vue pour remonter à l’arrière. Vous profitez de cela pour lui demander des explications. Il en pouffe encore. Le flic a fait l’impasse sur la contravention, en échange d’une condition : contacter son fils pour lui donner des cours d’anglais ! Vous éclatez de rire. Ca vous a toujours épaté, ça : plein de gens viennent spontanément vous demander de leur donner des cours d’anglais. Chez votre premier employeur en Chine, la première semaine, cinq personnes par jour passaient dans votre bureau pour vous en faire la requête. Car les étrangers, en Chine, sont considérés comme étant tous nés anglicistes. Sur ces considérations, allez au paragraphe 41, please.

 

36.

Vous pénétrez dans l’allée dévolue aux cyclistes, en utilisant la méthode locale, c’est-à-dire sans même regarder si d’autres deux-roues arrivent, obligeant deux vélos et un scooter à piler. Un sentiment de bien-être vous irrigue : vos lunettes de soleil posées sur le nez, la ville vous appartient, et Rossinante vous permet de vous emparer de chaque endroit avec une aisance de film d’aventure. Des véhicules roulent en contre sens, des piétons marchent par trois, les uns à côté des autres, dans l’allée cycliste, et c’est à grand renfort de coups de klaxon que vous signalez votre arrivée, vous mêlant à la cacophonie zimboumesque de la grande fourmilière. Depuis votre arrivée, vous balader sur Rossinante reste un grand plaisir : en selle sur ce moyen de transport local, vous vous fondez dans l’atmosphère unique de la vie citadine chinoise, avec ses enseignes criardes en mandarin, ses badauds passant en tous sens, le tintamarre incessant, les discussions hurlées, les parfums saturées de chaleur moite et de poussière. Tout ce bonheur vous fait toutefois perdre 2 points d’électricité. Vous arrivez sur Ren Min Lu, « l’Avenue du Peuple ». La Banque de la Construction est à deux pas. Vous avancez une centaine de mètres et garez votre scooter électrique dans la masse de deux-roues alignée sur le trottoir. Une vieille femme avec un large chapeau de paille et un tablier vous tend un petit ticket, et vous somme de payer cinq mao, soit un demi-yuan, pour avoir le droit de parquer Rossinante parmi les cycles. Vous pénétrez dans l’établissement au paragraphe 16.

 

37.

Vous partez à pieds. Le soleil est maintenant haut dans le ciel. La température dépasse les trente-cinq degrés, et vous ne jouissez plus que très modérément de l’atmosphère. Mason, idoine à ses compatriotes, ne semble pas souffrir de la chaleur. Par contre, vous, vous regrettez de ne pas avoir pris Rossinante. Bah, vous êtes déjà presque à la sortie de la résidence, avez traversé le pont en dos d’âne à la forme si spécifiquement chinoise, surplombant le canal où naviguent de petites péniches ; avez dépassé les vendeurs de lychees, de pastèques et de raisin. San Xiang Lu n’est pas bien loin, et, avec un peu de chance, Jiangsu Power non plus. Vous commencez toutefois à suer à grosses gouttes ; mais, plein d’espérance, vous continuez jusqu’au paragraphe 41.

 

Jeu-en-Chine-8.jpg38.

Après quelques pas, vous arrivez à l’arrêt de bus. Les arrêts de bus à Suzhou sont exceptionnels, car ils ont été reconstruits dans le style architectural des jardins traditionnels, avec leurs murs blancs, leurs boiseries, et leurs toits en pisée. Vous trouvez l’initiative excellente, et, vous qui êtes originaires de la Vallée de la Loire, vous demandez quelle tête auraient les arrêts de bus de votre ville natale si ils avaient la forme du Château de Chambord. Les bus s’alignent les uns derrière les autres, et seul le premier longe l’arrêt. Les autres attendent les usagers derrière, mais ne prendront pas la peine de faire une halte face à l’arrêt. Et si vous ne faites pas attention, vous risquez de voir votre bus vous passer sous le nez !

 

Le bus numéro 38 arrive. Vous grimpez dedans, glissez le yuan que la course coûte dans la boite métallique boulonnée près du chauffeur, et restez debout dans l’encombrement habituel du transport en commun. Vingt minutes plus tard, vous arrivez sur l’Avenue du Peuple, et descendez par la double porte arrière. Comme d’habitude, le chauffeur redémarre avant que vous ne soyez descendu. Et comme d’habitude aussi, vous sautez en marche. La Banque de la Construction est là, à deux pas. Une centaine de mètres plus loin, vous pénétrez dans l’établissement, au paragraphe 16.

 



39.

L’occasion est trop belle. Vous tendez bien droit votre index en direction du policier, et tournez la poignée d’accélération aussi fort que vous pouvez, mettant rapidement le flic désabusé hors de portée. Mason n’a rien compris lorsque vous avez hurlé un libérateur : « mort aux vaches ! », mais explose toutefois de rire en jouissant de la cocasserie de la situation. Cet épisode passé, vous observez autour de vous, cherchant désespérément le bureau de Jiangsu Power. Vous ne devez pas être bien loin. Peut-être au paragraphe 41.

 

40.

Il commence à faire sacrément chaud, et avancer à pieds sous la boule de feu juchée au milieu du ciel est de la folie pure. Vous rentrez chez vous, foncez au garage, et récupérez Rossinante, votre fidèle destrier électrique. Vous arrivez à l’extérieur. Mason grimpe à l’arrière de la large selle. Vous tournez la poignée d’accélération, et, dans le silence habituel qui caractérise le scooter électrique, Rossinante avance, dépassant les petits commerces, survolant le pont en dos d’âne à la forme si spécifiquement chinoise, pour finalement s’engouffrer dans le flux de cycles de San Xiang Lu. Vous êtes heureux. Il n’y en a plus pour longtemps. Jiangsu Power n’est pas bien loin, et vous n’allez pas avoir à régler le problème tout seul. Dans une demi-heure maximum, toute cette histoire ne sera qu’un souvenir.

 

Vous entendez alors retentir un coup de sifflet : il s’agit d’un représentant de la maréchaussée. Et aïe donc. Ici, vous le savez pertinemment, il est expressément interdit de porter un autre adulte à l’arrière des petits cycles, et à quinze ans, Mason ne peut plus être considéré comme un enfant. D’après ce que vous avez entendu, le coût de l’infraction s’élève à cinquante yuans, et payer une somme pareille pour si peu ne vous enchante pas. Les locaux sont moins cons que vous, car ils connaissent le truc. Les flics ne se trouvent qu’aux carrefours. Dès lors que les cyclistes transportent un individu, ils s’arrêtent vingt mètres avant les carrefours, font descendre la personne, qui traverse à pieds, et la reprennent de l’autre côté. Vous, vous n’y pensez pas, et, par ailleurs, les flics laissent en général passer les occidentaux.

 

Que faites-vous ?

- En étranger respectueux de son pays d’accueil, vous rejoignez le policier au paragraphe 35.

- Vous fuyez au paragraphe 39, gageant que la vélocité de Rossinante est sans commune mesure avec celle de la paire de chaussures du représentant de l’ordre.

 

41.

Cela fait bientôt une demi-heure que vous tournez, empruntant San Xiang Lu dans tous les sens, évitant les cyclistes, les piétons et les voitures. C’en est trop, et Mason commence lui aussi à fatiguer. La meilleure solution, vous semble-t-il, c’est encore de demander. Mason soupire, car, comme c’est lui le chinois, c’est lui qui va s’y coller. Dans la rue, proche de vous, vous avez le choix, et vous sélectionnez quelques personnes à qui vous pourriez demander de l’aide. Faites votre choix au paragraphe 50.

 

42.

Vous adorez traverser votre quartier. De chaque côté de la rue se trouvent des petits commerces humbles, vendant des fruits et légumes, des galettes de riz et d’œuf à l’oignon, ou des brioches cuites à la vapeur. Il y a aussi des réparateurs de vélos et de motos. Celui que vous avez surnommé « le concessionnaire Harley-Davidson de Ling Tang Xin Cun », à savoir le piteux propriétaire d’un triste garage au toit de tôle ondulée, vous salue d’un geste franc en hurlant « laowai ni hao ! », soit « l’étranger, bonjour ! ». Et puis, il y a les frondaisons rafraîchissantes qui assombrissent la chaussée, donnant au quartier un parfum d’Italie, avec son linge pendant aux fenêtres, cette femme assise sur un tabouret bas, donnant le sein à son bébé, cette autre accroupie à même le sol, lavant ses habits dans une large bassine, alors que son enfant roupille sur une natte à ses côtés. Et puis il y a le parfum des fruits réchauffés par le soleil, celui des épices servant à la préparation des mets simples et bons qui sont vendus dans la rue pour des montants dérisoires, et toutes ces odeurs sont mixées par le passage incessant des deux-roues et des piétons avançant en tous sens.

 

Vous arrivez sur Gan Jiang Lu. Vous entendez un sifflement multiple assourdissant, comme si on avait superposé quantité de sonorités exceptionnellement aigues. Cette cacophonie est si vive qu’elle en perce les tympans. Vous avez repéré d’où cela vient : sur le trottoir, face à la piste cyclable, il y a un type en guenilles, posé contre son vélo. Sur son porte bagage sont attachées, en gigantesque boule, des petites cages en rotin, grosses comme le poing. A l’intérieur de chacune de ces cages est emprisonné un grillon. Ils sont à la vente. Il doit y en plusieurs centaines sur le vélo, et leur chant collégial vous oblige à vous boucher une oreille lorsque vous passez à proximité. Le son hurleur, et la masse de grillons enfermés dans ces étonnantes petites cages continue de vous surprendre. Et puis, vous n’avez jamais compris qui pouvait bien acheter cela, et pour quelle raison. Mais un jour, vous en aviez ramené un à Cai Li. Voyant la pauvre vermine enfermée dans sa prison de rotin, elle vous avait demandé, sur un ton supplié, de la libérer. Vous étiez sortis alors, la boite à la main, et, méticuleusement, pour éviter de blesser l’insecte, vous aviez découpé la cage avec des ciseaux. Le grillon avait tout de même réussi à vous mordre ! Vous chassez ce souvenir dans un sourire à l’encontre du vendeur, qui ne manque pas de vous proposer l’acquisition d’une bestiole.

 

- Si vous êtes en scooter électrique, allez au paragraphe 36.

- Si vous vous apprêtez à prendre le bus, allez au paragraphe 38.


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43.

Le vendeur de pastèque, un jeune d’à peine vingt-cinq ans au visage creusé par la dureté de sa condition, a retroussé le bas de son pantalon jusqu’aux genoux, pour éviter de trop souffrir de la chaleur. Pour la même raison, il a relevé son vieux polo orange jusqu’au dessus du nombril. Cette élégance bikinienne et ploucoïde est très répandue chez les messieurs chinois en période de canicule. La coupe en bataille comme tombé du nid, il s’est accroupi dans cette position typiquement chinoise qui donne l’impression que les locaux sont posés au-dessus de toilettes turques. Vous trouvez cette géométrie foncièrement incommodante, tant elle tire sur les mollets, et voir les chinois rester assis ainsi des heures ne cesse de susciter votre incompréhension quant à leur anatomie. Eux vous répondent que c’est très confortable. Il sourie en vous voyant arriver, et vous propose une des énormes pastèques se trouvant dans sa vieille charrette en bois. Mason lui fait comprendre qu’il ne souhaite pas de pastèque, mais un renseignement. Le vendeur l’écoute avec concentration, pour finalement se gratter le menton, et lui indiquer une direction, joignant à cela quantités d’explications. Mason revient vers vous tout heureux, et vous confirme que c’est à juste en dessous, au paragraphe 44.

 

44.

Grâce aux explications du vendeur de pastèque, vous arrivez face au bureau de Jiangsu Power, pour réaliser que vous avez du vous y prendre comme un âne. En effet, d’une part, celui-ci est juste à côté, et, d’autre part, le bâtiment est d’une dimension telle qu’il est difficile de le rater. Cerise sur le gâteau, le nom de la société est rédigé en anglais, sur une enseigne titanesque. Mason demande au garde à l’entrée, et celui-ci lui indique un bureau ouvert au public, sur le côté. Vous vous y rendez, jouissant de l’air conditionné glacé qui vous traverse l’échine dès que vous poussez la porte. Voyant la foule généreuse qui poireaute aux guichets, vous soupirez : une fois de plus, il va falloir vous armer de la plus sereine des patiences. Allez attendre au paragraphe 52.

 

45.

A ses traits rustiques et ses haillons, et voyant les roses que le petit bout de chou propose à la vente, vous réalisez à quel point il y a un problème de partage des richesses. Bien évidemment, lui demander votre chemin ne rime à rien. Le petit s’accroche à votre pantalon sans vouloir le lâcher : la seule solution est de lui acheter une rose. Vous demandez à Mason d’en choisir une, et donnez cinq yuans à l’enfant. Réduisez d’autant le montant de vos liquidités. Cela ne règle pas votre problème. Retournez au paragraphe 50 pour faire un autre choix.

 

Jeu-en-Chine-21.jpg46.

Elle paraît un peu surprise, mais accepte. Mason feint de toussoter pour vous remémorer sa présence, et le fait que vous avez toujours une facture d’électricité en souffrance. Vous abandonnez la demoiselle et vous retournez au paragraphe 50 pour faire un autre choix.


47.

C’est une attitude qui vous a toujours étonné, et, qui, à votre arrivée, avait suscité stupeur et doute : en Chine, bon nombre de petits vieux marchent paisiblement à reculons. Pourquoi font-ils donc cela ? Vous aviez posé la question à Cai Li, et celle-ci vous avait répondu que c’est une gymnastique pratiquée par les personnes âgées pour garder la forme. Vous aviez accepté l’explication, et, après quelques mois, vous y êtes habitués, tout en continuant de trouver la démarche un brin surréaliste. Mason s’adresse au vieil homme serein et concentré. Celui-ci lui répond en suzhouhua, le dialecte local. Mason lui demande s’il parle le mandarin. Peine perdue ! L’ado revient vers vous en pouffant de rire. Certaines personnes âgées en sont encore restées à leur dialecte… L’enseignement obligatoire du mandarin remontant tout juste à Deng Xiao Ping. Souriant comme si vous veniez de croiser un breton ne parlant pas français, vous vous redirigez vers le paragraphe 50 pour faire un autre choix.

 


48.

Comprenant la situation, le guichetier préfèrera exploser de rire, ce qui, en Chine, est une façon de masquer sa gêne. Mais cette attitude a tendance à vous faire sortir de vos gonds : voir quelqu’un se marrer quand vous l’engueulez vous donne l’impression qu’il se fout ouvertement de votre gueule. Souhaitant tant détendre l’atmosphère que régler votre problème, le préposé demande la carte de règlement à Mason.

 

Aviez-vous retrouvé votre carte d’électricité dans votre appartement ?

- Si oui, tendez-la au guichetier au paragraphe 55.

- Si non, faites-lui comprendre que non, au paragraphe 53.

 

49.

Vous indiquez à Mason d’aller demander votre chemin à la poupée de porcelaine qui avance au rythme dodelinant de sa queue de cheval. Il commence alors à s’adresser à la jolie jaune fille, et instantanément, la barbie ocre se désintéresse de l’adolescent, pour s’adresser directement à vous, en anglais. En même temps qu’elle vous répond qu’elle ne sait pas où le bureau de Jiangsu Power se trouve, elle vous demande de quel pays vous venez. Dès lors que vous lui dites que vous êtes français, elle pouffe dans le revers de sa main, les pieds en dedans, en vous répondant que la France est un pays très romantique. Vous ne manquez pas de confirmer fermement.

 

Souhaitez-vous lui demander son numéro de téléphone ?

- Si oui, allez au paragraphe 46.

- Si non, retournez au paragraphe 50 pour faire un autre choix.

 

50.

A qui allez-vous demander à Mason de s’adresser ?

- Au chauffeur de taxi qui vient de s’arrêter illégalement dans l’allée des vélos ? Allez au paragraphe 51.

- Au vendeur de pastèques ? Allez au paragraphe 43.

- A cette jolie chinoise ? Allez au paragraphe 49.

- A ce petit vieux qui marche étonnement à reculons sur le trottoir ? Allez au paragraphe 47.

- A ce gamin qui n’a même pas cinq ans, qui est revêtu de guenilles, et qui vend des roses ? Allez au paragraphe 45.

 

51.

Mason frappe au carreau du taxi bleu. Le chauffeur venait de reculer son siège pour pouvoir se reposer, sans se soucier du fait que son véhicule se trouve garé en plein milieu de la piste cyclable, et constitue donc une effroyable gêne pour la circulation. Il ne comprend pas trop, et baisse sa vitre. Vous entendez les deux autochtones s’entretenir, et Mason revient vers vous, modérément satisfait. Vous lui demandez alors si le taxi a pu lui indiquer le chemin. Il vous répond qu’il sait où c’est, mais qu’il ne le dira pas. Par contre, contre dix yuans, il est prêt à vous y emmener ! Refusant définitivement ce genre de pratique qui n’a pour but que de plumer l’occidental, vous retournez au paragraphe 50 pour demander à quelqu’un d’autre.

 

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52.

Malgré le mouvement constant des fourmis qui ont envahi le bureau de Jiangsu Power, et, en ayant plus ou moins réussi à isoler les curieux qui ne sont rentrés là que pour jouir de la fraîcheur de ceux qui sont de véritables clients, il doit y avoir pas loin d’une trentaine d’assujettis qui attendent qu’on daigne les servir. De l’autre côté de l’hygiaphone, fébrilement protégé derrière une vitre épaisse, seuls deux guichets sont ouverts, alors qu’un troisième employé, assis, la tête jetée en arrière contre le dossier, sommeille la bouche ouverte. Vous et Mason vous regardez. Vous n’avez pas encore sélectionné quel que guichet que ce soit, que vous êtes déjà excédé par l’attente qui se profile.

 

- Souhaitez-vous attendre au guichet de droite ? Allez au paragraphe 54.

- Souhaitez-vous attendre au guichet de gauche ? Allez au paragraphe 56.






 

53.

Le guichetier se gratte la tête, détaillant votre facture avec une moue simiesque. Il fait défiler plusieurs fenêtres sur son moniteur, tapant des commandes sur le clavier, et vous imprime finalement… Une carte de règlement d’électricité toute neuve, ne manquant pas de donner les explications nécessaires à Mason, qui l’écoutera religieusement, hochant de la tête en conservant la bouche ouverte. Vous tendez vos quatre cent yuans sous l’hygiaphone, attendez la monnaie et les deux inutiles duplicatas au carbone mitraillés de coups de tampon qui accusent réception du paiement, pour remercier le jeune homme, et sortir prendre l’air au paragraphe 58.

 

54.

Vous attendez depuis dix minutes. Les habitudes des locaux ont la vie dure, plusieurs personnes longeant la file d’attente pour atteindre le guichet avant vous. Comme à l’accoutumée, personne ne dit rien. Sans hésitation, vous tirez Mason par le bras, observez les resquilleurs avec une moue mordante, montrant la pâleur de votre visage et la clarté de vos yeux, espérant fébrilement que cela suffira à désarçonner les récalcitrants. Vous faites forte impression, et êtes surpris de voir les gens se pousser de leur petit morceau de comptoir, vous laissant la place. Jubilant de cette médiocre victoire, vous demandez à Mason de raconter votre histoire au guichetier concentré. L’ado hurle tout ce qu’il peut, pour finalement se prendre la tête à deux mains en soupirant. Tout fatigué et déçu, il vous annonce que pour les règlements de facture, c’est l’autre guichet.

 

- Si vous n’êtes pas allé à l’autre guichet, allez faire la queue au paragraphe 56.

Si vous êtes déjà passé par l’autre guichet, lancez votre pièce.

- Pile, allez au paragraphe 57.

- Face, allez au paragraphe 59.

 

55.

En moins d’une minute, chrono en main, le guichetier imprime un reçu, accepte les quatre cent yuans que vous lui tendez, vous rend la monnaie, et vous fournit deux duplicata au carbone mitraillés de coups de tampon. Vous tournez les talons, et sortez victorieux, la tête haute, et le torse bombé. Mason continue de baragouiner avec le fonctionnaire, et vous prenez le parti de l’attendre à l’extérieur, une cigarette au bec, au paragraphe 58.

 

56.

Va pour le guichet de gauche. De toutes façons, il n’a pas l’air pire que le guichet de droite. Derrière vous, un quarantain aux dents passablement en avant, la coupe en bataille, ne cesse d’hurler dans son téléphone portable, à tel point que vous finissez par vous demander s’il ne prend pas votre oreille pour l’émetteur. Vous espérez qu’il n’a pas d’hépatite, tant votre nuque se rafraîchit allègrement de ses postillons. Vous vous retournez pour lui faire comprendre que, malgré la chaleur, l’arrosage a assez duré. Il vous sourit sans autre réaction que de beugler encore plus fort dans le combiné. Il n’a pas réalisé.

 

Devant vous, une femme âgée tient sa petite fille par la main. L’enfant doit avoir cinq ans, porte deux tresses noires, et un petit vêtement léger de soie. Elle vous regarde avec de grands yeux interrogatifs. La grand-mère psalmodie quelque chose vous concernant au rejeton de sa progéniture, et se retourne vers vous, son appareil photo à la main, pour s’adresser à Mason. En bonne interface linguistique, Mason vous explique que la grand-mère aimerait prendre une photo de vous avec l’enfant dans les bras. Les étrangers sont des V.I.P. partout, mais parfois, vous avez le sentiment d’être un animal de zoo. La gamine est craquante, et la démarche vous amuse. Vous acceptez, en prenant bien garde qu’on ne vous vole pas votre place. Mason est hilare. Le résultat, c’est que la grand-mère, comme de nombreux chinois qui placent la qualité de l’accueil offert aux étrangers en priorité, vous laisse passer devant. Vous êtes un peu gêné, mais Mason vous pousse de deux pas en avant.

 

Vous arrivez au guichet où vous attend un jeune fonctionnaire à l’allure osseuse de freluquet zélé. Lorsque Mason explique la raison de votre venue, il répond qu’il est désolé, mais que c’est à l’autre guichet que les factures d’électricité se payent.

 

- Si vous n’êtes pas allé à l’autre guichet, allez faire la queue au paragraphe 54.

Si vous êtes déjà passé par l’autre guichet, lancez votre pièce.

- Pile, allez au paragraphe 57.

- Face, allez au paragraphe 59.

 

57.

Votre face occidentale passe du blanc au rouge plus rapidement qu’un lapin lancé contre un mur. Vous gueulez en anglais, disant au préposé que vous venez de l’autre guichet, et que là, on vous a dit qu’il fallait payer à ce guichet. Vous videz votre sac : cela fait des heures que vous tentez vainement de régler votre note d’électricité, et que vous en avez plus que marre de faire face à des responsables qui ne veulent pas accepter le règlement que vous être prêt à effectuer avec la meilleure volonté du monde. Vous concluez en indiquant que si personne ne veut de votre argent, et bien, cela ne vous gêne que modérément, mais au moins, qu’on vous rétablisse le courant ! Dans votre monologue cataclysmique, vous perdez un point de patience. C’est le silence. Après un instant de stupeur, Mason sort de sa torpeur pour tenter de prendre un ton tout aussi agressif, et incendie en mandarin le pauvre guichetier qui reste tout étonné, et n’a pas encore réagi. Finissez votre gueulante au paragraphe 48.


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58.

Vous êtes sur le trottoir, devant l’immense bâtiment de Jiangsu Power, respirant comme vous le pouvez l’air chaud saturé d’humidité. Vous profitez de ce répit pour vous allumer une cigarette, en attendant Mason, qui ne tarde pas à vous rejoindre, vous livrant des explications complémentaires. L’électricité sera rétablie dans moins de vingt quatre heures. Vous devrez dorénavant payer tous les débuts de mois, soit au bureau de Jiangsu Power, soit à la Banque de l’Industrie, ou encore à la Banque de la Construction. Quand vous lui direz que ces deux derniers établissements ont, aujourd’hui même, et consécutivement, refusé votre règlement, il vous répondra qu’il ne sait pas. Le problème est réglé, et c’est une raison bien suffisante pour ne pas chercher à comprendre. Maintenant, vous pouvez sereinement regagner votre appartement de Ling Tang Xin Cun.

 

Comment êtes-vous venu jusqu’ici ?

- En scooter électrique, allez au paragraphe 60.

- A pieds, marchez jusqu’au paragraphe 61.

 

59.

Vous ravalez votre colère, et désespéré, dites à Mason d’expliquer au tocard derrière le comptoir que vous venez déjà de l’autre guichet, et qu’on vous a signifié qu’il fallait vous rendre à celui-ci pour effectuer, enfin, votre règlement. L’ado braille auprès du préposé, qui sourie de se faire houspiller avec tant de virulence par un si jeune homme. Mason finira sa gueulante au paragraphe 48.

 

Jeu-en-Chine-4.jpg60.

Faites votre compte de points d’électricité.

- Si votre total ne dépasse pas 0, allez au paragraphe 62.

- Si votre total est au moins égal à un, allez au paragraphe 63.

 

61.

On vous avait dis que le bureau de Jiangsu Power était tout près, et vous vous rendez compte que la distance, dans l’esprit des chinois, est plus que relative. Vous entamez trois quarts d’heure de marche pour regagner votre appartement. Rendez-vous au paragraphe 64.

 

62.

Vous retirez l’antivol, le glissez dans la boite à gants, insérez la petite clé de contact, vous asseyez sur l’impressionnant véhicule, et invitez Maison à faire de même. Il s’abandonne à la mollesse de la selle imitation cuir dans un petit bond, posé en amazone. Dès lors que vous démarrez, votre fidèle destrier avance par brèves saccades. Vous vérifiez le niveau de charge de la batterie. Pas de bol : au même titre que votre appartement, Rossinante n’a plus de jus. Et là, il n’y a pas de facture à régler. N’ayant pas d’autre solution, vous pédalez pendant une demie heure… Et arrivez, coulant de sueur, et harassé, au paragraphe 64.

 

63.

Après avoir enlevé l’antivol, Rossinante repart dans un ronronnement électrique. Mason saute à l’arrière de la selle, et, après dix minutes, vous arrivez au pied de votre immeuble. C’est là que la batterie de votre fidèle destrier rend l’âme. Il va falloir que vous la remontiez dans votre appartement (alors que son poids pourrait rentrer confortablement en compétition avec celui d’une enclume), et que vous la rebranchiez pendant six à huit heures… Dès lors que vous aurez à nouveau le jus chez vous. La portant fébrilement dans des gémissements de porteur d’eau, vous gravissez les marches de la cage d’escalier pour atteindre le paragraphe 64.

 

64.

Alors que vous tournez la clé dans la serrure de la porte d’entrée en suffocant, Mason tient le crachoir dans un monologue cinéphilique où il vante les DVD que vous lui prêtez à l’accoutumée. Et enfin, après vous avoir filé ce sérieux coup de main, il va pouvoir atteindre l’objectif de son passage : vous emprunter de nouvelles galettes. Comme d’habitude, il vous faudra batailler pour qu’il vous les rende, mais vous lui devez bien ça.

 

Exténué, ne percevant que des bribes du discours de l’ado, vous agissez comme une machine, attendant le moment salvateur où vous pourrez vous reposer : vous enlevez vos chaussures, déposez vos affaires sur la table, et vous affalez sur votre lit dans un râle libéré. Ainsi vautré, vous indiquez à Mason de choisir les DVD qu’il veut. L’adolescent se précipite sur votre collection qui, au tarif des films pirates en Chine, recense des milliers de titres. Sa sélection terminée, vous vous remerciez réciproquement, et Mason se rapproche de la porte d’entrée.

 

Ca y est. Vous êtes chez vous. Nous sommes en milieu d’après-midi. Il vous reste une journée et demie. Le courant sera rétabli dans les vingt-quatre heures, si tout se passe bien. Vous réalisez que vous n’avez toujours pas fais votre toilette, que vous n’avez cessé de courir d’un établissement à un autre depuis tôt le matin… Et qu’une bonne douche, même à l’eau froide, est indispensable. Vous hissant jusqu’à la salle de bain, vous tournez les robinets frénétiquement, d’abord de la baignoire, puis du lavabo : le néant. Mason pouffe de rire en vous tendant une facture qu’il a trouvée sur le paillasson : vous n’avez pas réglé à temps, et on vient de vous couper l’eau !


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NdA :

 

Toutes les anecdotes relatées dans cet article sont authentiques. Je n’ai fais que les cumuler le temps du jeu. Par contre, il est important de noter que j’avais rédigé cet article en 2004, à l’époque où je publiais des chroniques au sein de feu l’excellent site Ailleurs Magazine. Je l’ai modifié conséquemment pour y faire apparaître des éléments de mon quotidien inexistants à l’époque, dont Cai Li essentiellement, que je n’ai rencontré qu’un an plus tard. Et comme les choses vont très vite en Chine, je ne serais pas surpris, sans en avoir la certitude, que le système de règlement des factures se soit simplifié en quatre ans. Egoïstement, je ne suis plus confronté au problème, l’abandonnant à Cai Li, qui paye dorénavant les charges à partir du distributeur automatique de sa banque… En deux temps trois mouvements !

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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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