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Si vous venez pour la première fois sur le blog, je vous invite tout d'abord à faire connaissance ci-dessous...
J'ai eu le coup de foudre pour la Chine comme on a le coup de foudre pour une fille.

C’était en 1998, à la descente de l’avion, à l’occasion d’un premier voyage. A la seconde où mes pieds ont touché le tarmac, toutes mes interrogations liées au bonheur ont trouvé une réponse spontanée : le bonheur, c’est d‘être ici. A cet instant précis, j’ai su qu’un jour, je viendrais y vivre.

En 2003, après une période de maturation nécessaire, le rêve de l’expatriation est devenu une réalité. Vous raconter qui j’étais avant, et ce que je faisais en France, en dehors de l’attente du départ pendant toutes ces années, est sans intérêt. Mon quotidien en Chine, je le rêvais, tout le temps.

Ce qu’il faut que vous sachiez sur moi, c’est que j’étais venu pour ça : je suis venu pour cette atmosphère dans les rues. Je suis venu pour ces couleurs. Je suis venu pour le sourire des humbles. Je suis venu pour les lumières de la nuit. Je suis venu pour l’assourdissant trafic constant. Je suis venu pour cette population de fourmilière, partout, tout le temps. Je suis venu pour ce pays débordant de vie. Je suis venu pour ce pays qui ne s’arrête jamais.

Et après quelques années passées en Chine, comme dans n’importe quelle histoire d’amour, la passion a fait place à l’habitude.
Je suis parti à la recherche de la différence, et je suis resté pour aboutir la compréhension de moi-même, pointé du doigt que je suis par les locaux, avec ma couleur de peau différente ; la couleur de mes yeux, différente ; ma texture de cheveux, différente ; l’expression de mon visage, différente. Je suis resté pour cette culture plurimillénaire, qui perdure. Je suis resté pour cette indigence, tellement présente qu’elle en devient transparente. Je suis resté pour cette richesse due à une explosion économique exponentielle. Je suis resté pour cette cohabitation constante entre une pauvreté quart-mondiste et une modernité high-tech. Je suis resté pour cette ambiance, où la frénésie à faire des gains financiers pharaoniques côtoie des outils ancestraux.

Je vis à Suzhou, dans la province du Jiangsu, à 90 kilomètres de Shanghai, et à 1500 bornes de Pékin. Mon nom chinois, c'est Ke Lin. Depuis l'été 2005, je vis avec Cai Li, que j’ai épousé en septembre 2009. Depuis le printemps 2005, j'ai monté ma société de représentation, Onesource Agency.

- Exotisme au quotidien : relate toutes les anecdotes surprenantes et amusantes liées à la différence culturelle. Rien dans les guides touristiques ne prépare à ces situations quotidiennes étonnantes, à des encablures de ce que l'on peut vivre en Occident.

- Société contemporaine :
 la Chine est en pleine mutation, s'ouvrant sur le monde, jouissant d'une explosion économique unique. Cette rubrique est le témoin de cette évolution vers la modernité, sur un mode explicatif, analytique, mais aussi sympathique... Et souvent exotique.

- Traditions millénaires :
 comment les traditions ont-elles perdurées ? De quelle façon évoluent-elles dans un contexte de modernisation ? Accessible depuis peu, la Chine reste très mystérieuse, et cette rubrique propose d'en explorer les coutumes, recensant par ailleurs quelques carnets de voyages.

- Vidéo :
passionné de cinéma depuis l'enfance, je vous propose quelques courts-métrages, montés en vidéo numérique, dont notamment la série de reportages « en Chine avec l’expat ».

15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 12:39

Fin octobre, je suis rentré à Suzhou après quinze jours de pérégrinations aventureuses et professionnelles de Ningbo à Hangzhou en passant par Shaoxing, Shantou et Canton, y ayant effectué mes emplettes en conteneurs gorgés de marchandises pour Onesource.

 

Cai Li se languissait, et a serré les dents quand je lui ai annoncé que je rapportais une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle, c'est que je devais repartir pour Hong Kong. La bonne nouvelle, c'est que je souhaitais qu'elle m'accompagne, l'idée étant qu'après les quarante-huit heures dévolues au travail, nous profitions d'un week-end dans l'archipel.

 

Hong Kong reste inclassable : ce n'est pas la Chine, malgré ses racines historiques continentales, et la rétrocession du territoire à Pékin il y a dix ans ; et ce n'est pas non plus l'Occident, malgré la domination anglaise pendant presque un siècle, et sa population cosmopolite établie. Hong Kong est unique, et je souhaitais évoquer les impressions ressenties lors de ce séjour.

 

 


 

 

1°/ Kowloon : les neuf dragons.

 

 

 

 

 

 

 






La partie continentale australe de Hong Kong, en cantonnais, se nomme Kowloon. J'ai appris par hasard, quelques jours avant notre départ, que Kowloon signifiait "neuf dragons".

 





Je ne connais rien au cantonnais, et c'est en le lisant en chinois dans un guide touristique ("Jiulong" et "Kowloon" s'écrivent de la même façon en mandarin et en cantonnais : seule la prononciation change) que j'en ai compris le sens.

 






Fier de ma trouvaille, j'en fis part à Cai Li avec une fausse humilité, utilisant ce prétexte pour lui montrer que je décryptais son langage sans difficulté.
 

 

 

 

 

 

Le flop : plutôt que de pousser un râle ébahi face à la capacité déductive de son fiancé, Cai Li bailla grassement en ajoutant que tout le monde savait ça.

 

Histoire d'écraser mon ego plus profond, elle précisa que cela provenait d'une légende selon laquelle l'empereur, visitant Hong Kong et voyant les huit pics de l'île, s'exclama "il y a huit dragons", ce à quoi un conseiller obséquieux répondit qu'il y avait neuf dragons, et non huit, faisant référence à l'empereur comme dragon supplémentaire.

 


 

C'est à Kowloon que nous avons posé nos bagages, dans un hôtel de Mong Kok, un des quartiers de la péninsule. Les tarifs hongkongais n'ayant rien à voir avec ceux pratiqués en Chine, mais n'en ayant moi-même qu'un vague souvenir, nous nous sommes orientés vers le premier quatre étoiles dont nous avons croisé le chemin. En Chine, pour cinquante euros, on passe la nuit dans un palace, incluant un lit grand format explosant de coussins, au sein d'une chambre dont la moquette cotonneuse donne l'impression de bondir de nuage en nuage, le tout agrémenté d'un écran plasma, d'un lecteur de DVD, d'un minibar, et d'une connexion Internet à haut débit, quand ce n'est pas d'un PC équipé pour surfer sur la toile.

 

 

 

 

 




A Mong Kok, pour un standing équivalent, le prix était trois fois supérieur. Nous avons poursuivi nos pérégrinations nocturnes dans les rues environnants, sac au dos et valise à la main, pour choisir le logement le moins cher : un hôtel exigu aux peintures murales baroques d'influence gréco-romaines... Mâtinées de Kama-Sutra frisant le hardcore. Notre chambre étroite recensait un lit rond surplombé d'un miroir plafonnier pour visualiser nos ébats sous différents angles, et d'un poste de télévision antédiluvien qui diffusait, à toute heure, sur un canal interne, des pornos aux provenances tant occidentales qu'extrême-orientales.

 

 





Le prix de la chambre équivalait celui d'un hôtel de luxe en Chine Populaire. Cette auberge cantonaise, qui avait tout d'espagnole, siégeait au troisième étage d'un bâtiment vétuste, posée adroitement au-dessus d'un karaoké, dont la renommée des services offerts par les hôtesses n'est plus à faire : une fois le client trouvé, elles n'ont plus qu'à gravir un étage. Il y a fort à parier qu'au-delà de cela, notre hôtel était idéal pour les rendez-vous anonymes des couples adultères.

 

 

 

Le taulier, un cinquantain grisonnant au sourire ivoire, parlait un peu le mandarin, et nous a gentiment servi de guide, nous indiquant les chemins à emprunter pour profiter de notre voyage. Cai Li, dans son innocence fraîche, n'avait pas remarqué la typologie particulière de l'hôtel, de passe, donc. Ce n'est qu'en assemblant les éléments du décor qu'elle s'est posée des questions. Rieurs, nous avons conclu qu'un hôtel de passe nous correspondait, puisque nous ne faisions que passer. Cet état de fait accepté, nous pouvions librement découvrir Hong Kong.

 

 

 

Nathan Road est l'artère principale de Kowloon, lacérant la péninsule du nord au sud. Cette large avenue accueille de nombreux commerces, des plus renommés aux plus humbles. Le passage des voitures, taxis et autobus à impériale y est constant. A la différence de la Chine, le trafic n'est pas rythmé de coups de klaxon, et même si les hongkongais roulent vite, ils ne donnent pas l'impression de le faire en état d'ivresse. Les taxis, influence britannique oblige, sont larges et spacieux à l'arrière, affublés au pare-brise de gigantesques rétroviseurs à grand angle. L'espace permet largement, aux pieds, de glisser une valise. Même si ce n'est pas le moyen de transport le moins cher, il reste très pratique. Et puis, il y a dans les rues une sonorité qui n'appartient qu'à Hong Kong : il s'agit des passages piétons. Les feux trônant aux extrémités disposent d'une indication sonore, sorte de bruit de crécelle métronomique, dont le rythme accélère dès que le feu s'apprête à passer au rouge. La circulation constante des autobus à deux étages, autre héritage anglais, lèche cette image citadine.

 

 

 






Très étonnement, le matin, Kowloon est pour ainsi dire désert. Les magasins n'ouvrent pas avant dix heures, voire midi, et le quotidien travaillomane des locaux les oblige à rester enfermés dans les bureaux plutôt qu'à se promener en centre ville. Mais le soir, et jusque tard dans la nuit, les rues sont encombrées d'une foule qui donne le vertige. Les hongkongais sortent pour dîner et pour cumuler les emplettes dans une véritable fièvre acheteuse. Il suffit de remarquer le nombre de sacs qu'ils portent en sortant des magasins pour comprendre qu'ils en ont les moyens. Les gigantesques centres commerciaux ne désemplissent pas, comme si les soldes étaient quotidiennes. Alors qu'en journée, nous balader ne posait pas de problème, à la nuit tombée, nous nous trouvions emportés dans le flot dense d'une population de fourmilière occupant le moindre centimètre carré de trottoir.
Le marché de nuit de Temple Street est un bon exemple, même si il attire autant d'étrangers que d'autochtones. On vend là quantités de gadgets made in China de piètre fabrication, ou des tee-shirts assurant la promotion touristique de l'archipel. S'y dégottent aussi de la maroquinerie, des vêtements, de l'électronique ou des montres. Derrière les tentes des forains, des restaurateurs se sont installés au rez-de-chaussée des bâtiments, permettant de manger un morceau entre deux séances de marchandage aux étalages.

 

 

 



Ca et là, de nombreux marchés se découvrent au détour d'une perpendiculaire à Nathan Road, comme Nurenjie (en mandarin), "la rue de la femme", qui propose des vêtements et des chaussures, exclusivement pour femmes. D'autres apparaissent alors que l'on émerge des stations de métro de Kowloon, aux alentours de Mong Kok, Yau Ma Tei, ou Tsim Sha Tsui.

 

 

 

 

 

 

 

Même loin de ces marchés largement fréquentés, la ville existe intensément à travers l'explosion de ses néons. Dans chaque rue ou avenue, ils sont accrochés bas, et juxtaposés jusqu'à l'horizon, ne laissant plus passer la moindre parcelle de ciel. Les murs, décrépis pour nombre d'entre eux, accueillent des superpositions de publicités criardes, dont certaines, érotiques, restent impensables en Chine continentale du fait du conservatisme ambiant.






De nuit, des fumées exotiques s'exhalent des restaurants et des caniveaux. Et on croise parfois un commerce surprenant, comme ce marchand de poissons rouges, qui a disposé sa marchandise dans des petits sacs plastiques transparents remplis d'eau, sur une grille qui s'étale sur toute la devanture du magasin, tant comme enseigne que présentoir.



 

 

 

 

 

 

 

 

C'est à l'embarcadère du Star Ferry qu'on prend le bac traversant la baie pour atteindre l'île de Hong Kong parsemée de gratte-ciels. On y croise des sampans, des péniches, et des petits chalutiers précaires, tout en discernant des portes conteneurs titanesques dans le lointain. S’asseoir sur les bancs en bois du ferry, et se gorger du parfum d'embruns et de goudron, tout en observant les buildings se rapprocher, reste une étape nécessaire à toute visite de l'archipel. Le point de vue, même si touristique, n'en reste pas moins euphorisant. Sur chaque berge, de gigantesques publicités permettent d'être vues depuis l'autre côté de la baie.

 

 

2°/ Hong Kong : le port parfumé.

 

C'est à l'occasion d'un passage à Hong Kong il y a près d'une décennie, avec un ami qui vit en Asie depuis vingt-cinq ans, que celui-ci m'avait appris que Hong Kong signifiait "le port parfumé". Dans "parfumé", il convient de traduire plus exactement "qui sent bon", car tout comme en mandarin, le cantonnais offre un adjectif qui définit directement cette expression pour laquelle le français n'a pas de mot (dans la langue de Molière, ce qui est parfumé ne sent pas obligatoirement bon, même si c'est suggéré).

 

 

 








L'île de Hong Kong est un verger de gratte-ciels qui force au torticolis, tant chaque coin d'avenue oblige à lancer le regard en l'air pour s'étonner de l'architecture des tours. La plus connue, qui abrite la Bank of China, a été imaginée par Pei, l'architecte de la pyramide du Louvre. La physionomie urbaine de Hong Kong reste assez différente de celle de Kowloon. Où, à Kowloon, on trouvera bon nombre d'immeubles de quelques étages accolés les uns aux autres au bord de ruelles aux trottoirs étroits, Hong Kong parait beaucoup plus aéré, malgré l'exiguïté insulaire. Ce que les bâtisseurs locaux n'ont pas étalé au sol, ils l'ont empilé dans de vertigineux buildings aux étages cumulés jusqu'aux nuages.

 

  

Pour atteindre le sommet de Victoria Peak, qui offre une vue imprenable sur l'île, la baie, et le continent, il faut prendre le funiculaire. La pente est si forte, qu'assis à l'intérieur de la cabine, on a le dos écrasé contre le dossier, avec l’amusante angoisse qu'un câble quelconque ne rompt, avec pour désastreuse conséquence que le funiculaire n'aille s'écraser en aval après être descendu à grande vitesse. A travers les larges fenêtres, on voit défiler les bâtiments penchés par notre montée, et la luxuriance tropicale des palétuviers insulaires.

 



Victoria Peak a été conçu comme un complexe touristique, et dès la sortie du funiculaire, l'oeil est agressé par de multiples enseignes de points de vente. Autre particularité importée de Grande Bretagne, on y trouve un musée de Madame Tussaud, Grévin d'outre-manche, où Cai Li et moi-même avons passé quelques heures ludiques à nous faire tirer le portrait à côté de Jacky Chan ou d'Adolf Hitler.

 

 

C'est la brume qui nous accueillera au sommet des terrasses supérieures. J'ai eu, à l'occasion de mes nombreux voyages à Hong Kong, l'opportunité de me rendre plusieurs fois à Victoria Peak, et je n'ai jamais pu y profiter d'un ciel dégagé sur l'horizon, limitant le spectacle à l'orée de Kowloon. Mais c'est toujours avec ébahissement que l'on découvre cette pépinière de tours effilées depuis Victoria Peak, noyée dans une verdure moutonnante sur les flancs des montagnes.

 

La brume reste une marque d'authenticité typiquement hongkongaise. Les hauteurs du port, sans cette brume, n'auraient pas le même cachet. On regarde en contrebas la ruche urbaine qui ne s'arrête jamais, pour voir, sur les côtés, des pics aux sommets gommés par la brume dans une sérénité paradoxale.

 

 

3°/ Promenade sur les traces de Largo Winch :

 

La population hongkongaise a de l'argent. On le sent dans sa boulimie consumériste, à courir les magasins à la tombée de la nuit, à s'habiller avec goût de vêtements de marque, ou à arborer des objets de prix : Hong Kong est le temple du shopping. A l'image d'une capitale, on y trouve tout, à tous les prix, que ce soit insulaire, continental, ou importé. Toutes les grandes marques internationales y sont présentes, à des niveaux de tarification variables, dans des centres commerciaux répartis par positionnement sur leur marché. Tel grand magasin propose des articles Dior, Vuitton ou Chanel (et on le ressent dès le hall, où la décoration est somptuaire), ou tel autre, sur d'aussi nombreux étages, recense des magasins de produits moyen de gamme.

 

 

Il y a quelques années, j'avais entendu dire que Hong Kong était le territoire qui, au monde, comptait la proportion la plus élevée de Rolls Royce par habitant. Et, en un seul week-end, nous en avons croisé deux sur les avenues, ainsi qu'une Ferrari (plus pratique pour se garer, mais moins adaptée pour passer les dos d'âne).

 

 

Bénéfice de sa culture internationale, on peut manger de tout à Hong Kong. La plupart des restaurants locaux offrent une gastronomie d'inspiration cantonaise, la province adjacente. Je trouve cette cuisine relativement insipide, assez peu variée, et soit trop bouillie, soit trop sèche. Pourtant, la renommée de la cuisine cantonaise n'est plus à faire, à tel point qu'en Chine, il y a un dicton qui prétend que "tout ce qui marche, vole, ou nage, les cantonnais savent l'assaisonner". J'y préfère, très largement, les saveurs épicées du Sichuan, où celles, moyen orientales, du Xinjiang. Même Cai Li, pourtant chinoise, a trouvé que tous ces mets manquaient foncièrement de goût.

 

 

 

 





Pour les ventres creux au réveil, de très nombreux restaurants humbles offrent une variété de plats à qui veut commencer la journée par un repas. On y propose des petits déjeuners au cachet anglo-saxon édulcoré, avec saucisses et oeufs brouillés, mais dans des saveurs industrielles qui m'astreignent à y commander uniquement un café. Là aussi, Cai Li a fait contre mauvaise fortune la moue, cherchant désespérément, sans jamais les trouver, des plats sur la carte qui pourraient correspondre à ses références gustatives.

 

 

  

Au-delà de cette cuisine locale, qu'il m'écorche d'appeler "gastronomie", préférant me limiter aux trois premières lettres, conséquence directe de sa digestion, l'amplitude et la variété des restaurants à Hong Kong est totale : on peut y manger européen, américain, australien, et y découvrir certainement bien d'autres établissements internationaux. La France n'y est pas en reste, particulièrement lorsqu'on considère la chaîne Délifrance, qui regorge de viennoiseries, de sandwiches et de salades hexagonales, et dont le concept rappelle Starbucks dans une version gauloise.
 


Une particularité hongkongaise, qui rappelle l'hégémonie anglaise d'avant la rétrocession : le sens de circulation, à gauche des chaussées, oblige le piéton à regarder sur sa droite lorsqu'il traverse la route. Comme si cela avait été pensé pour les non-résidents, au pied de nombreux clous, une indication rappelle à l'ordre les passants quant à la direction qu'ils doivent observer avant de traverser.

 

Hong Kong reste aussi la Mecque extrême orientale d'un cinéma de genre. Jacky Chan, Bruce Lee, Chow Yun Fat, ou John Woo, en restent les portes étendards internationaux. Je suis cinéphile depuis l'enfance, et c'est avec une surprise émerveillée et trépignante que j'ai fais une découverte au hasard de nos promenades sur l'île. Quand j'étais ado, j'avais lu avec intérêt une bande dessinée qui s'appelle Largo Winch, qui racontait les aventures d'un magnat trentenaire et bellâtre. J'avais appris, en début d'année, qu'une adaptation devait se tourner incessamment pour le grand écran. Et, en passant dans une rue, Cai Li et moi-même sommes tombés sur un monospace garé, rempli de caisses de matériel, affichant sur une des vitres "Largo Winch, van number three". J'en ai déduit que la toile se tournait à Hong Kong, ce qui m'a été confirmé a posteriori par les sites Internet d'actualité cinématographique. En retour de mon excitation frissonnante, Cai Li a haussé les épaules, ne comprenant rien de mon intérêt à la chose : si elle avait croisé Jacky Chan, qui reste son idole indétrônable, c'est elle que j'aurais du porter à bout de bras suite à son évanouissement !

 


 

 

 

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Published by Christophe Pavillon - dans Traditions millénaires.
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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 07:56

La scène qui suit est digne d’un angoissant thriller politique basé sur des fait réels dont les coulisses conspirationistes ne sont révélées que des décennies plus tard : le spectateur, l'échine frissonnante, sort de la projection abasourdi, réalisant qu'il vit dans un monde pourri. En publiant cet article, votre serviteur et rédacteur devient un hors-la-loi de la pire espèce, se soustrayant dans une verve terroriste aux obligations imposées par le gouvernement de son pays d’accueil. Monsieur le Président, si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes que je n'aurai pas d'armes, et qu'ils pourront tirer… Comme chantait Boris Vian.

 

La scène est relatée sous forme d'un script de film, telle que survenue, le vingt-deux janvier, en France, dans la maison parentale, alors que je devisais les blogs de mes compatriotes expatriés (cherchez pas la contrepèterie : il n'y en a pas).

 

Moteur.

Action.

 

INTERIEUR NUIT - UNE MAISON DANS LA CAMPAGNE FRANCAISE.

 

Christophe est assis derrière son PC, éclairé par la l’intimité de l'écran et une froide lampe de bureau. Il surfe sur le web avec une concentration apeurée. La caméra se rapproche en plan moyen sur son visage dans la fluidité d'un travelling kubrickien. Il semble mal à l'aise à la lecture de la page qu'il consulte. Une voix lointaine résonne soudainement, l'extirpant de sa torpeur méditative sur la toile.

 

CAI LI.

"柯林 !  !" ("Ke Lin ! A table !")

 

Depuis la salle à manger au rez-de-chaussée, sa fiancée chinoise vient de l'interpeller, sous le prétexte qu'il est temps de dîner, la véritable raison étant qu'elle a faim. Hochant la tête de droite à gauche pour reprendre ses esprits, Christophe murmure en retour de l'interpellation.

 

CHRISTOPHE (Ke Lin, c'est son nom chinois).

"来了" ("J'arrive... ")

 

Gros plan sur les yeux de Christophe, rivés à l'écran, ne semblant pas croire ce qu'il lit sur la page affichée par son navigateur. Il fronce les sourcils.

 

FONDU ENCHAINE.

 

Du regard de Christophe, nous passons à l'écran de l'ordinateur, dans un fondu bergmanien, où l'intensité du suspense mène le spectateur au bord de l'embolie. Sur l'écran défilent les mots suivants: "le site Over Blog interdit d'accès en Chine". Digne d'un Eric Sati sous LSD, la musique symphonique devient décalée, sans harmonie aucune, surenchérissant de grincements dépressifs. Très gros plan sur une larme de sueur perlant sur la tempe de Christophe, puis travelling arrière pour s'arrêter sur son profil apollonien.

 

CHRISTOPHE.

"Over Blog n'est plus accessible en Chine depuis le 19 janvier ? Comment vais-je écrire tous ces beaux articles pour le blog de l'expat ?" (idem: c'est déjà du français.)

 

Se massant la pointe du nez dans une mine renfrognée, serrant les mâchoires à s'en faire saigner les gencives, Christophe tente difficilement de reprendre ses esprits. On l'entend réfléchir en voix off.

 

CHRISTOPHE (voix off).

"C'est d'une injustice... Et c'est pourtant typiquement chinois ! Sans se soucier du travail, du temps, et de la passion des bloggers à témoigner de leur quotidien, on leur interdit d’écrire, par précaution, au cas où il y aurait une dissidence vis-à-vis du Parti, sans présélection."

 

Plan moyen sur Christophe, soupirant et continuant sa réflexion en se grattant le menton d'un index tremblotant. La voix off continue.

 

CHRISTOPHE (voix off).

"On est dans un roman d'Huxley. Après Wikipédia et Dailymotion, soit disant trop sensibles pour le gouvernement chinois, c'est au tour d'Over Blog d'être censuré, sous prétexte que les internautes peuvent s'y exprimer librement, et qu'on y évoque les évènements de Tiananmen, le Tibet, ou Mao."

 

La caméra tourbillonne, alors que la voix off souffle en écho des mots à la complémentarité terrifiante : "censure", "liberté", "interdiction", "expression", pour finir sur un fondu au noir de mauvais augure.

 

FONDU AU NOIR.

FONDU ECLAIRE.

INTERIEUR NUIT - SALLE A MANGER.

 

Christophe apparaît, debout, face à la table de la salle à manger, chez ses parents, où ceux-ci sont assis aux côtés de Cai Li, s'apprêtant à faire sa fête à un confit fumant. Son visage est blême, et de ses lèvres serrées n'arrive à tressauter, frissonnante, qu'une sentence de condamnation.

 

CHRISTOPHE.

"Mon blog est censuré en Chine".

 

Gros plan sur le père, soucieux et pourtant peu surpris, ayant l'habitude des conneries du fiston depuis l'adolescence, pleinement conscient de son tempérament libertaire qui lui a toujours fait préférer Brassens à Britney.

 

PERE DE CHRISTOPHE.

"Te voilà dans de beaux draps ! Qu'est-ce que tu as encore fais ?"

 

Gros plan sur le visage de la mère, qui a bien compris qu'il y a un problème, mais que la subtilité technologique laisse pantoise.

 

MERE DE CHRISTOPHE.

"C'est quoi un blog ?"

 

 

Gros plan sur Cai Li, la fiancée chinoise de Christophe, habituée à ne pas avoir le droit de s'exprimer autrement qu'en manifestant (seule chez elle, et pas dans la rue en groupe) son bonheur d'être née communiste.

 

CAI LI.

"请坐,菜要凉了" ("Viens t'asseoir, ça va refroidir.")

 

FONDU AU NOIR - FIN DE SEQUENCE.

 

Le dîner qui suivit aurait pu être relaté en plan séquence aux textes savamment distillés par une pléiade d'acteurs exceptionnels, à l'image d'un repas feutré au restaurant new-yorkais d'un Woody Allen sur fond de jazz. Mais ce n'est pas du cinéma. Ce n'est pas un thriller politique. Ce n'est pas une adaptation de Tom Clancy pour le grand écran: on n'est pas à la poursuite d'octobre rouge, mais c'est octobre rouge qui nous poursuit, constamment et partout, pour écraser toute velléité de s'informer ou de s'exprimer en toute liberté. Plutôt qu'une censure chirurgicale visant certains blogs anti-propagandistes, le gouvernement chinois préfère fermer l'accès à plus de sept cent mille blogs hébergés sur un seul serveur, en coupe sombre grossière, incluant ceux qui assurent la promotion de la pèche à la mouche, de l'O.M., ou du point de croix, dont les prétentions subversives échapperaient pourtant au plus chevronné des politologues.

 

Goebbels, pour peu qu’il n’ait pas le bras tendu, aurait applaudi des deux mains.

Ne riez pas, c'est très grave.

Je vis, par choix, dans un pays orwellien.

Ce pays orwellien compte vingt pour cent de la population mondiale.

Et ces vingt pour cent de la population mondiale ne frémissent même pas d'être sujets d'un pays orwellien.

L'équation est incompréhensible.

 

Comme à l'accoutumée dans le blog de l'expat, il n'est pas question de relater la situation liée à la censure de l'Internet en Chine, fort d'anecdotes qui n'auraient pas été vécues ou de chiffres empruntés à d'autres : paraphraser des articles trouvés sur la toile, et foncièrement mieux documentés sur le sujet, ne représente aucun intérêt. Qui souhaitera en savoir plus se connectera au site de Reporters Sans Frontières, aux piges des magazines informatiques en ligne, ou se promènera sur le web en tapant dans Google "censure Internet en Chine". Autopsions plutôt les raisons pour lesquelles, en Chine, la censure de l'Internet, et plus généralement de l'information, existe et perdure. L'approche du sujet se veut culturelle. En préambule, un bref état des lieux s'impose toutefois.

 

 

1 - La censure de l'Internet pour les nuls.

 

Quelques chiffres permettent de comprendre les craintes de Pékin : 12% de la population chinoise accède à Internet, et 19% d'entre elle alimente un blog. En plus de d'une fenêtre mondiale sur l'information, l'Internet permet de s'exprimer. Deux luxes qui ne sont pas du goût des autorités. Au même titre que la presse écrite, télévisée, et la radio, toutes sous contrôle, l'Internet est assujetti à une censure constante. Seule une quinzaine de pays à travers le monde pratique cette politique : l'état décide à quels site les citoyens ont le droit d'accéder. C'est ce que les anglophones ont intelligemment baptisé "the great firewall of China", en rapport avec "the great wall of China", soit, de Shakespeare à Molière, "la grande muraille de Chine" devenu "le grand pare-feu de Chine". Dès lors que les sites hébergés sur le web permettent de prendre connaissance d'une information qui ne correspond pas à la ligne directrice du Parti, ou bien qu'il s'agit d'un espace d'expression où le gouvernement n'a aucun pouvoir de rétorsion, ils sont tout simplement bloqués.

 

Depuis deux ans, Wikipédia est interdit. Car accéder à une encyclopédie, c'est atteindre le savoir, l'éducation, et la capacité de réflexion et d'analyse qui en découlent : or, réfléchir, c'est déjà désobéir. Ce portail gigantesque, aux millions d'articles traitant aussi bien de la trilogie de la Guerre des Etoiles que de la Bataille de Marignan, a dès lors été fermé d’accès en Chine Populaire, dans son intégralité. L'an dernier, Dailymotion a été interdit. Il s'agit-là d'une fenêtre facilement accessible, la vidéo étant un média plus immédiatement digestible que les écrits, dont certains pourraient, si on se place du point de vue du pouvoir chinois, être sujets à controverse. Par mesure de sécurité, le gouvernement a préféré la censurer intégralement. Là aussi, "la page demandée ne peut pas être affichée".

 

Les hébergeurs de blogs chinois sont surveillés de très près, et intimés de policer les articles et les commentaires suscités par ceux-ci. Il n'est pas rare, pour des posts sensibles, de voir des astérisques remplacer des phrases entières, polémiques aux yeux des dirigeants. Le blog est par définition l'espace d'expression le plus libre qui soit : il est alimenté en totale autonomie par son auteur, sur un support très facilement accessible par tout quidam équipé d'un PC et d'un modem, et ceux-ci, avec la même liberté, peuvent commenter de manière personnelle et instantanée.

 

Les services administratifs en charge du flicage de l'Internet sont nombreux, très bien organisés, très réactifs, comptant plusieurs dizaines de milliers de chemises noires passant leurs journées à cliquer pour débusquer l'internaute et l'hébergeur subversifs : Big Brother vous regarde. On a même vu apparaître, à Pékin, le dessin de deux petits policiers mignons avec leur minois de personnages de mangas en uniforme, sous forme de pop-up, invitant l'internaute à ne pas se connecter sur tel site illégal, ou à faire une recherche pernicieuse, dès lors que celui-ci cherche à s'informer, de façon complètement privée et libre, sur la toile : façon Walt Disney, Big Brother vous avertit.

 

Le futur de tout cela n'est a priori pas brillant, et Pékin, sous couvert de conserver son unité au pays, affiche son désir de limiter encore plus drastiquement l'accès, déjà sélectif, à Internet. On peut lire, aux détours des forums, que la prochaine grande censure concernerait Youtube, qui, dans le courant de l'année, ne serait plus accessible. Par principe, on peut considérer que, dès lors qu'un site offre, potentiellement, une surface libre d'information ou d'expression, il sera inaccessible à terme. Même les mastodontes du net, lobbies d'une puissance étatique en Occident, plient : Microsoft, Yahoo, ou Google, pour pouvoir être accessibles depuis l'Empire du Milieu, ont édulcoré le filtrage de leurs moteurs de recherche pour ne concentrer les résultats que sur ceux fidèles aux versions du PCC. Yahoo a été récemment décrié pour avoir facilité les investigations amenant à l'arrestation d'un journaliste chinois dissident. On parle ainsi d'une soixantaine de personnes enfermées dans les geôles chinoises, voyant le monde à travers une fenêtre à barreaux, d'avoir trop voulu le découvrir à travers une fenêtre Windows. Brig Brother vous avait prévenu.

 

Pourquoi cette situation ? Pour quelles raisons, politiques et culturelles, à l'orée de Jeux Olympiques polémiques, le gouvernement chinois ne change-t-il pas son fusil d'épaule ? Et puis, pourquoi la population ne réagit-elle pas ?

 

2 - L'ivresse du pouvoir : une constante chinoise.

 

La Chine a-t-elle jamais été un pays libre ? On entend, parfois, des néophytes s'exprimant grassement sur le sujet, prétendant que la Chine est une dictature depuis que Mao en a pris le pouvoir. En fait, cela ne remonte nullement à Mao, et a toujours existé. Je taquine parfois Cai Li, qui reste, par éducation, une fière camarade idolâtrique du grand timonier. Elle prétend que grâce à Mao, les chinois sont tous devenus égaux, ce qui n'existait pas sous l'empire, où la féodalité segmentait la population en gens de cour et en serfs. Avec un sourire, je lui réponds systématiquement qu'elle a raison : avant Mao, il y avait en Chine d'intolérables inégalités, car il y avait des gens riches et d'autres pauvres. Après Mao, le nivellement s'est opéré : tout le monde est devenu pauvre.

 

Le chinois, par principe juvénile, va jouir du pouvoir qu'il s'octroie. Toutes les situations sont prétextes à faire briller l'ego, et à écraser son environnement. Des exemples, j'en aurais des millions à donner, tant c'est ici flagrant : un conducteur de berline, à grand renforts de coups de klaxon, montrera son indéniable supériorité (il a réussi dans la vie : il a une grosse voiture) à tous les passants, ne laissant la priorité à aucun, considérant que son statut d'automobiliste capitaliste lui donne le droit d'utiliser la route avec plus d'emphase et de risques que quiconque. Au-delà d'un problème alarmant d'éducation basique, la tendance resquilleuse des chinois en est un autre stigmate : tête haute car attention-c'est-moi-que-v'là, un chinois mégalo ne va pas hésiter à aller à la tête d'une longue file d'attente, toisant les assujettis qui se rongent d'impatience, par plaisir de montrer que le pouvoir qu'il exerce lui permet de passer outre les règles de bienséance les plus simples. Pour un occidental, il passera pour un minable sans le moindre respect... Mais lui jouira de l'ivresse de son pouvoir : des gosses. Tous les jours, il faut se battre contre ces brimades futiles de primates qui se sont autoproclamés maîtres du monde, batifolant d'aise à promouvoir leur ego, malgré un quotient intellectuel guère plus élevé qu’un niveau de mercure dans un capillaire sibérien.

 

Dès lors, il n'y a pas de surprise à ce que les politiques s'arment de la même démarche vis-à-vis du peuple, et s'en gargarisent. Et rien de surprenant non plus à réaliser que les chinois, plus que de s'en accommoder, trouvent cela normal. En conséquence de quoi, en divinités élues au panthéon par elles-mêmes, les gouvernants créent l'information qui leur chante, et modèlisent les supports qui la véhicule comme bon leur semble. Et pour tout un peuple, c’est la normalité la plus banale. Ainsi, quand une information doit être relayée sur Internet, l'administration chinoise indique aux rédacteurs des sites où puiser l'information, en précisant de ne pas en utiliser d'autres, ou bien donne une liste de directives quant à la tonalité à privilégier dans la publication de celle-ci.

 

3 - La nécessité d'apparence : ne pas perdre la face.

 

Lié à cette jouissance du pouvoir, le besoin d'arborer une apparence indiscutable est un autre paramètre qui fait de la liberté de l'information une vue de l'esprit en Chine. Comme partout en Asie, il ne faut pas perdre la face. Dès lors, les informations sont retravaillées pour ne montrer que des aspects qui ne rendront pas le gouvernement critiquable, et qui, au contraire, assureront la promotion d'un pays où il fait bon vivre... Grâce à ses dirigeants.

 

La première année de mon expatriation, j'achetais régulièrement le China Daily, quotidien d'informations en langue anglaise. Un article m'avait marqué, complètement représentatif, tant du bourrage de crâne que du foutage de gueule que constitue la presse chinoise. Sur une page complète, on évoquait les efforts faits par le gouvernement de Nanjing pour freiner la vente de DVD pirates. Dans l'article, avec une fierté bien légitime, la police de Nanjing annonçait la destruction de dix mille galettes pirates. Pour se féliciter de cette prouesse, le canard affichait le cliché d'un rouleau compresseur écrasant les jaquettes répandues sur le béton d'une ruelle.

 

 

La lecture de l'article m'avait occasionné un étouffement : de qui se moquait-on ? Les DVD pirates, en Chine, ne se vendent pas sous le manteau, auprès de dealers qui en refourguent entre deux doses de cracks, et qu'il faut payer discrètement sous peine d'avaler un coup de couteau. La piraterie de films n'est pas un épiphénomène anecdotique difficilement débusquable... Mais une véritable industrie ! Les magasins de DVD, il y en a des centaines dans chaque ville de taille moyenne (à l'échelle chinoise : aux alentours de cinq millions d'habitants). Ces magasins ont pignon sur rue, dans des artères commerçantes reconnues et passagères, et disposent d'enseignes qui indiquent sur l'extérieur le type de marchandises commercialisé. Le moindre de ces points de vente est mieux approvisionné en toiles, séries, ou concerts, que le Virgin Megastore d'une capitale européenne. Et chacun recense bien plus de dix mille DVD dans leurs bacs. Il y en a tant, de ces magasins emplis de galettes du sol au plafond, qu'il est évident qu'ils se fournissent auprès de grossistes qui eux aussi ont pignon sur rue, les achetant eux-mêmes, non pas à des petits artisans qui gravent la nuit sur leur PC, mais à de véritables usines qui doivent avoir des centaines, si ce n’est des milliers d'ouvriers qui bossent en automates sur les chaînes de production. La difficulté, en Chine, n'est pas d'obtenir des contrefaçons de film, mais au contraire, de savoir si il existe des pressages authentiques ! Avec le toupet qu'on leur reconnaît, parfaitement à l'image de la mauvaise foi sans bornes qui habite les avides de pouvoir ne souhaitant perdre face, dans cet article du China Daily, on évoquait la mise au rebus de ces dix mille DVD comme un exploit hors norme, tendant à prouver que les autorités n'avaient rien à voir avec ce trafic culturel... Alors qu'en réalité, pour avoir tant de points de vente qui ont pignon sur rue, qui sont des commerces honnêtes, la police les cautionne !

 

On retrouve tout cela sur la toile. Et le gouvernement, par le biais de ses bureaux de propagande, n'hésite pas à indiquer que, pour de nombreux sujets, la seule source d'information autorisée est Xinhua, "la nouvelle Chine", l'organe de presse du Parti, équivalent diktat de l'AFP ou Reuters. La vérité est modélisée autant que nécessaire, du moment que les apparences sont sauves : l'un des objectifs du pouvoir, dans son contrôle de l'information, est de ne pas perdre la face.

 

4 - Un homme sur cinq bêle.

 

Le vingt-deux janvier, lorsque j'ai appris qu'Over-Blog n'était plus accessible en Chine, j'ai ressenti une injustice d'une intensité rarement atteinte sur l'échelle de Richter. Déboussolé par cette découverte, j'avais rejoins la table familiale, où mes parents et Cai Li m'attendaient pour dîner. Evidemment, le sujet qui a accommodé notre plat du jour fût la censure de l'Internet en Chine, ainsi que le droit de s'informer et celui de s'exprimer dans cette merveilleuse dictature. La réaction de Cai Li, alors qu'elle est citoyenne chinoise, fût autant révélatrice qu'édifiante. Quand je me suis demandé comme j'allais pouvoir continuer à alimenter mon blog, elle m'a d'abord demandé si j'avais écris des textes ne suivant pas la ligne de conduite fixée par le Parti. Dire que je ne m'étais pas fais le porte étendard du système est un euphémisme. En réponse à ce constat, elle a conclu que, par mesure de sécurité, je devrais fermer mon blog. Et elle a repris une bouchée de confit de canard, sans sourciller. Eberlué, j'ai avalé une gorgée de Sauternes.

 

Mon père, démocrate par principe, a réagi immédiatement, hochant l'index de gauche à droite en réponse négative à l'attention de sa belle-fille, lui faisant comprendre qu'on ne muselait pas aussi facilement le droit d'expression individuel. En tous cas, pas en France. Et, dans son anglais rapiécé, il lui expliqua qu'arrêter de s'exprimer librement, sous prétexte que le système l'ordonne, était le meilleur moyen de faire perdurer les agissements de ce système. Et c’est fièrement qu’il a poussé son fils à continuer à écrire. Cai Li, en bonne chinoise, s'en foutait. Malgré la gravité du thème, elle préférait profiter de son met périgourdin. Dans ses yeux, sans qu'elle ait à le formuler, j'ai lu ce qu'elle pensait : "vous n'êtes pas chinois, vous ne pouvez pas comprendre."

 

Et ils sont tous comme ça : des moutons. Pourquoi l'industrie chinoise est la plus contrefactrice au monde ? Ils n'innovent pas, ils suivent, partant du principe que si ça a déjà été fait par ailleurs, c'est que ça marche. Même si les deux exemples paraissent éloignés, ils sont tous deux symptômes flagrants d'un même comportement : on copie, on fait comme les autres, et, pour ce qui est de la liberté, on rentre dans le rang, comme tout le monde. Mon ami Gaojian, que je respecte hautement car il me paye une bière à chaque rencontre, me racontait, alors que nous dissertions des différences culturelles, la petite boutade suivante (citée dans son contexte, au comptoir d'un troquet local) :

 

"- Eh, Ke Lin ! Tu la connais celle du français, de l'allemand, et du chinois qui sont à bord du Titanic ?

- Euh, non Gaojian. Je ne la connais pas.

- Alors, c'est un français, un allemand, et un chinois qui sont à la poupe du Titanic, alors qu'il est en train de couler. Le personnel de bord pousse les passagers à sauter dans l'eau, par peur qu'ils soient happés par l'épave.

- Hin hin. Gloups." précisa Ke Lin en reprenant une gorgée de Tsingtao fraîche.

"- Le steward s'adresse d'abord au français, lui disant qu'il devrait sauter dans l'eau, parce que c'est très romantique !

- Ouais. Ok.

- Et le français saute ! Ensuite, il s'adresse à l'allemand, en lui expliquant que statistiquement, c'est la plus sure façon de s'en sortir.

- Je vois, d'accord.

- Et l'allemand saute ! Alors pour finir, le steward va voir le chinois, et lui demande de sauter dans l'eau à son tour.

- Et qu'est-ce que le steward dit au chinois pour arriver à ses fins ?

- Que tout le monde saute à l'eau.... Le chinois ne se pose pas de questions, et saute à l'eau ! On est tous pareil ici : si quelqu'un fait quelque chose, tout le monde fait pareil."

 

Cette histoire est authentique (pas dans les faits, n'ayant rien lu de tels dans les témoignages des survivants du naufrage). Elle m'a été racontée par un chinois, en illustration rigolote d'un comportement typique de ses compatriotes.

 

Une autre histoire, toute aussi véritable, plus effroyable, rapportée par un ami de longue date vivant en Asie depuis vingt cinq ans. Il emploie une petite chinoise qui est tombée enceinte de son petit ami, sans jamais s'être mariée. Lors d'un passage chez son gynécologue, celui-ci lui annonça froidement qu'elle devait avorter. La réponse première de n'importe quelle occidentale normalement constituée aurait été : "Ah bon ? Pourquoi ?". Et la petite chinoise, dans sa naïveté culturelle, a directement demandé : "Ah bon ? Quand ?", sans se poser d'autres questions quant à la cause d'une mesure aussi définitive. Et sans jamais savoir quelle situation avait poussé le praticien a prendre de telles dispositions, elle se fit avorter dès que l'agenda de celui-ci le permit.

 

Rien de surprenant que pour un élément du quotidien qui ne soit pas lié au fait de se nourrir ou d’avoir un toit, telle que la liberté d'expression ou de s'informer, les chinois suivent aveuglément les desideratas forcés de leurs gouvernants. Pour un chinois, ne pas pouvoir critiquer le système, ou bien ne pas pouvoir accéder au savoir que renferme un site comme Wikipédia coule de source.

 

Les chinois sont très patriotes, et très fiers de leur pays, particulièrement dans la situation économique actuelle. Ils sont heureux de faire partie d'un collectif dont ils sont un maillon sacrifiable, apportant leur travail au bénéfice de tous. C'est aussi quelque chose sur lequel je taquine parfois Cai Li, car elle parle de "la Chine, mon pays", ce à quoi je lui réponds que la Chine n'appartient pas aux chinois, mais au PCC. "La Chine, le pays de mon gouvernement" serait plus humble et plus authentique. Bon nombres d'internautes ne savent même pas que seule une partie du web leur est accessible. Mais même ceux qui le savent s'en contrefoutent. Ce sont de moutons : c'est interdit, ah bon, très bien. C'est peut-être là qu'est le plus gros écueil, qui favorise la continuité du système.

 

5 - La libre expression est-elle un concept universel ?

 

Au risque de faire grincer des dents, il y a un bémol de taille à mettre au rang de l'exception culturelle. Je reste un démocrate convaincu; toutefois, nous avons une facilité déconcertante, et pourtant colonialiste, en Occident, à partir du principe que la liberté d'expression est un concept dont tous les peuples à travers le monde se sont faits un objectif, que nous l’avons atteint, et qu'il est de notre devoir d'aider toutes les populations qui ne peuvent s'exprimer librement.

 

Les paragraphes précédents ont pour souci primordial d'amener à la conclusion que les valeurs varient culturellement. L'ivresse du pouvoir, ou la nécessité de ne pas perdre la face sont des comportements rares en Europe, mais qui ici sont banals. En acceptant que chaque pays ait sa propre culture, la liberté d'expression reste-elle universelle ?

 

Où, à travers le monde, le droit d'expression reste-t-il aussi essentiel que celui de respirer ? Il n'y a qu'en Occident. Il est présent dans la constitution américaine, et dans la déclaration des droits de l'Homme. Pourquoi n'y a t il pas de texte embryonnaire ou approchant en Chine ou ailleurs ?

 

Malgré le joug d'un establishment qui lui impose une façon de penser, la population chinoise ne se rebelle pas, car elle ne sent pas que ses libertés fondamentales en soient bafouées. Au contraire, elle suit, revendique son passé révolutionnaire, même si elle n'est pas dupe, et connaît les imperfections du système. Mais elle comprend les raisons qui motivent ses actions, et même si celles-ci sont préjudiciables à quelques individus, elle adhère aux conséquences positives sur le collectif.

 

Le français est râleur au même titre que le chinois est mouton. Dans les sociétés occidentales, où revendiquer son individualité est louable, le droit d'expression est une conséquence qui coule de source : chaque personne est une unité pleine et entière, qui considère sa différenciation, et qui donc, pour la faire exister socialement, doit pouvoir la montrer en s'exprimant librement. Dans la société chinoise, l'individu n'est rien, et le bien-être collectif prime. Ce n'est pas une vue de l'esprit : c'est ainsi que les chinois fonctionnent. Dès lors, le droit d'expression n'est plus nécessaire, car les individus n'ont plus à revendiquer leur différenciation, mais à se conformer à une norme sociale reconnue de tous, pour faire partie d’un tout. Ce n’est pas en se différenciant, mais en faisant comme les autres, qu’il deviendra représentatif.

 

Je resterais occidental toute ma vie, quelle que soit mon implication en Chine. Et défendre mon droit à la parole est aussi évident que celui d'exister. Ma maigre expertise de cette culture, par essence si différente, m'interroge : en fustigeant le gouvernement chinois, et en souhaitant imposer la liberté d'expression en Chine (même en partant d'un bon sentiment), ne fait-on pas preuve d'une forme de colonialisme, souhaitant, sans le vouloir, soumettre une population à une méthode de pensée qui ne lui correspond pas ? Le concept de liberté d'expression est-il universel ? S'est-on posée la question primordiale, à savoir si ce besoin de liberté, purement occidental, est tout aussi essentiel en Extrême Orient ? Si c'était le cas, pourquoi ne s'est-il jamais manifesté ?

Pour conclure, sachant que je vis en Chine, que j'y alimente le blog de l'expat, que celui-ci est hébergé sur un serveur impossible d'accès depuis l'Empire du Milieu depuis le dix-neuf janvier, vous vous demandez peut-être comment j'ai pu publier cet article aujourd'hui. Il y a une solution technique : la connexion via un serveur proxy, qui rend la localisation d’un ordinateur complètement anonyme, et qui, par ce truchement, permet de se connecter à n'importe quel site à travers le monde... Sans laisser de traces. Pour exemple, vous pouvez tenter http://proxin.cn, http://proxiter.com, http://proxy.iandron.cn, et certainement bien d'autres. Ah oui, c’est bien évidemment illégal en Chine, le pays où tout est interdit, mais où tout reste possible (citation d’un ancien collègue chinois).

NdA : la plupart des clichés ci-dessus présentent nos personnes polémiques posant à côtés de grands de ce monde, internationalement reconnus pour leur promotion de la liberté. Ils ont été pris à Hong Kong, au musée de Madame Tussaud's, équivalent anglais de notre Grévin national.

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Published by Christophe Pavillon - dans Société contemporaine.
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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 14:41

Pour Onesource, ma société, les choses se sont sensiblement accélérées depuis la rentrée: fin octobre, j'ai accueilli deux commettants de passage, et quinze jours plus tard, je repartais pour affaires à Hong Kong. En trois semaines, j'ai pris six vols.

 

Sur ces six vols, un a été annulé, et deux ont été retardés. Dieu merci, aucun ne s'est crashé. Pourtant, en Chine, c'est banal (pas les crashs, mais les retards). En preuve irréfutable, un cliché joint pris à l'aéroport Hongqiao de Shanghai montre que près de la moitié de vols était retardé. Il ne s'agit pas d'un manque de chance : c'est au contraire une généralité dont il faut s'accommoder dès lors qu'on privilégie le transport aérien en Chine.

 

C'est devenu une tradition, puisque c'est la deuxième année que je décerne l'Ubu d'Or à une administration en Chine. And the winner is... CAAC, l'aviation civile chinoise, dont l'organisation déboussolée est à mourir de rire, pour peu qu'on jubile de stagner pendant des heures dans un aéroport. Cet Ubu d'Or 2007 est remis avec un peu de retard, par souci d'adéquation avec le récipiendaire et ses horaires décalés.

1°/ Shanghai - Canton (belote) :

 

Fin octobre, j'arrive à l'aéroport Hongqiao de Shanghai, avec l'avance qui sied tant à mon anxiété naturelle qu'à un enregistrement sans bousculade au guichet. Une banale vérification sur les écrans m'indique que, bien évidemment, mon vol pour Canton ne partira pas à temps. Une voix féminine crache au haut parleur que le vol "est retardé du fait d'un retard" : réponse typiquement chinoise, dont n'importe quel badaud de l'Empire du Milieu se contente. Je suis toujours tendrement effaré par ce comportement local : ils ont parfois une capacité simpliste à prendre n'importe quelle réponse comme suffisante, sans chercher à en comprendre la causalité, même pour des sujets essentiels.

 

En parfait exemple de cette acceptation sans bornes, quelle que soit la nébulosité du prétexte, les voyageurs attendaient patiemment l'embarquement. De vingt heures trente, celui-ci fût annoncé à vingt-et-une heure cinq, puis à vingt-et-une heure trente-cinq, pour finalement nous permettre de nous asseoir en cabine vers vingt-deux heures. Arrivé à Canton, je me suis allongé dans ma chambre d'hôtel à une heure du matin, pour me relever quatre heures plus tard, et enchaîner mes rendez-vous.

 

En autopsiant la photo ci-dessus de l'écran listant les départs, l'oeil le plus pointu remarquera qu'il y a deux colonnes annonçant les horaires : "scheduled" (soit "planifié"), dans laquelle on retrouve les heures aux quelles les vols étaient supposés décoller, et "actual" (soit "réel") dans laquelle sont précisés les horaires de départs estimés. Dans ce même cliché, deux vols me font perdre en conjectures déroutantes : Le vol CZ3970 à destination de Changsha qui devait partir à vingt heures dix, décollera finalement à dix-neuf heures quarante... Soit avec une demie heure d'avance. De même, le vol MU5665 à destination de Xiamen, censé quitter le tarmac à vingt heures vingt-cinq, s'arrachera du sol vingt-neuf minutes plus tôt. Objectivité intellectuelle oblige, je ne pouvais pas rédiger un article dénonçant les déficiences de l'aviation civile, sans reconnaître aussi son efficacité : certes, il y a du retard pour de nombreux vols, mais celui-ci est très largement rattrapé par ceux qui décollent avec une demie heure d'avance ! Ne cherchez pas à comprendre : vous êtes en Chine.

 

 

2°/ Hangzhou - Shenzhen (rebelote) :

 

A la mi-novembre, je repartais à Hong Kong à l'occasion d'un salon professionnel. Sachant qu'il fermait ses portes un vendredi soir, j'ai invité Cai Li à m'accompagner, pour que nous profitions du week-end en découvrant l'archipel.

 

Les vols Shanghai - Shenzhen sont bien moins coûteux que Shanghai - Hong Kong, alors que la distance est presque la même. La démarche économique était donc de prendre un avion pour Shenzhen, d'y traverser la frontière, et de rejoindre en car l'ancien protectorat britannique. Encore moins cher, nous avons décollé de Hangzhou plutôt que Shanghai.

Nous sommes arrivés en avance, et déjà, notre vol pour Shenzhen était affiché avec un retard indéterminé. Lors de l'enregistrement, j'ai demandé des précisions au guichetier peu concerné, afin de savoir si notre attente allait se prolonger d'une demi-heure ou de dix. Le préposé hochait ahuri, pour me répéter qu'il ne savait pas. J'ai voulu savoir si nous pouvions être redirigé vers un autre vol partant à l'heure. Réponse négative. Finalement, je lui ai demandé de me confirmer que le vol pour Shenzhen ne serait pas annulé, comme c'est souvent le cas. Là, par contre, il m'affirmera que je n'avais aucun souci à me faire.

 

L'enregistrement effectué, après s'être soumis à la sécurité, nous avons rejoins la porte d'embarquement. Le vol prévu à treize heures s'avéra finalement retardé à quatorze heures. A treize heures, une voix lancinante au haut parleur nous demanda de changer de porte d'embarquement. A treize heures trente, on nous informa que le vol souffrirait d'un retard supplémentaire d'une durée inconnue. Et ce n'est qu'à quinze heures que l'annulation a été décrétée.

 

Il nous a fallu repasser la sécurité en sens inverse, et faire à nouveau la queue au guichet d'enregistrement, pour qu'on nous affecte un autre vol. Tant les passagers chinois ayant un visa business que les résidents hongkongais ont pu obtenir une place dans un vol direct pour Hong Kong, au tarif d'un trajet pour Shenzhen. Les autres, comme Cai Li, qui disposait d'un visa touristique nécessitant un passage forcé par le poste frontière continental, n'ont pas eu d'autres choix que de prendre un vol pour Shenzhen.

 

Pour un départ prévu à treize heures, en étant arrivé à dix heures à l'aéroport, nous avons décollé à dix-sept heures. Le temps de débarquer à Shenzhen, de prendre une navette jusqu'à la frontière, de la traverser, de rejoindre Mong Kok (sur la partie continentale de Hong Kong), et de trouver un hôtel... Nous avons posé nos valises tard dans la nuit.

3°/ Shenzhen - Hangzhou (rebelote et dix de der) :

 

L'aviation civile chinoise avait gardé le meilleur pour la fin, à notre retour de Hong Kong, en cerise sur un gâteau pourtant déjà passablement défraîchi par tous ces retards cumulés. Après notre séjour à Hong Kong, nous avons rejoins la frontière à Shenzhen, que nous avons retraversé, pour emprunter une navette à destination de l'aéroport. Notre vol retour pour Hangzhou était annoncé à midi, ce qui nous laissait tout le temps, après les presque deux heures de vol, pour prendre le car qui se rendait à Suzhou.

 

 

Forgé par l'habitude de ces dernières semaines, en pénétrant le hall de l'aéroport de Shenzhen, je me suis dirigé vers les écrans, non pour m'informer du numéro de guichets d'enregistrement, mais pour connaître le retard escompté avant le décollage effectif. J'avais été mauvaise langue : aucun délai n'était annoncé, et nous avons même pu procéder à l'enregistrement avec de l'avance ! Jouissant de celà, nous nous sommes installés sereinement dans un café pour nous restaurer, en attendant de passer la sécurité.

 

En fait, nous aurions pu passer la journée dans ce café : après avoir rejoins la porte d'embarquement, le départ a été constamment retardé, de midi à treize heures trente, puis à quatorze heures, quinze heures, et enfin seize heures trente. Tout comme nous, bon nombre de passagers ont demandé d'être reroutés vers un autre vol, quitte à ce qu'il atterrisse à Shanghai. Et tous avons eu droit à la même réponse : la redirection ne se fait que si il y a annulation. Nous avons voulu revendre nos billets pour en racheter d'autres, mais la perte financière, malgré l'incapacité de la compagnie aérienne à livrer sa prestation en temps était trop importante... Sans pour autant avoir l'assurance que le nouveau vol sélectionné partirait à l'heure ! Plus les heures s'étiraient, plus l'attente s'avérait être la seule option. 

 

A seize heures trente, après quatre heures et demie de retard, une mutinerie s'est déclarée: quelques usagers usés et gueulards exigèrent des explications justifiant leur inadmissible et interminable attente, et ce jusqu'à dix-huit heures, soit une heure et demie plus tard...  Et durant cette heure et demie, à la mode chinoise, les différents "responsables" ont défilé, sans qu'aucun d'entre eux ne donne le moindre détail quant aux raisons du délai ! 

 

A six heures moins dix, soit dix minutes a priori du décollage affiché, l'embarquement immédiat a été annoncé. Tous les passagers se sont levés, se sont dirigés vers les stewards officiant à l'entrée, et plutôt que de tendre leur boarding pass, ont tous refusé de monter à bord, jurant qu'ils ne mettraient les pieds dans l'appareil sans avoir eu une explication ! Nous les avons rejoins, et malgré son gabarit réduit, Cai Li s'est dévoilée en meneuse de cette dissidence aéroportuaire, las de n'être aéroportée. Malgré les tentatives mitigées des cerbères rachitiques, les passagers ont fait bloc, figés en piquet de grève autour de la guérite d'embarquement, réaffirmant dans une violence verbale que si l'avion décollait finalement, ce serait sans eux. Du jamais vu : imaginez un avion qui décolle vide, du fait du refus des passagers de monter à bord.

 

Un peu moins idiot que les autres, ou peut-être plus habitué qu'eux, l'un des contestataires a ajouté que si on le poussait à embarquer, c'était pour mieux prolonger l'attente, mais à bord de l'appareil, où il serait trop tard pour protester. Alors que l'un des stewards tentait de le rassurer, lui confirmant que le vol partait à dix-huit heures, l'écran d'affichage de la porte changea, annonçant un décollage à dix-huit heures quarante !

 

 

 

Finalement éreintés de ne rien obtenir, tous les passagers sont montés à bord vers dix-neuf heures, en ayant l'assurance discutable de l'imminence du décollage, mais sans excuses, ni même explications, et encore moins dédommagements. Comparativement, les deux heures de vol sont passées bien prestement.

 

Nous sommes arrivés à Hangzhou à vingt-et-une heures, et il ne subsistait que quelques rares bus pour le centre ville et la gare ferroviaire. Le dernier car pour Suzhou était parti depuis bien longtemps, et notre course continuait pour réussir à atteindre notre appartement. Nous avons rejoint la gare ferroviaire, mais le dernier train pour Suzhou remontait à quelques heures, et il fallait attendre le lendemain. Finalement, avant son entrée sur l'autoroute, nous avons pu arrêter un car de nuit qui partait sur Nanjing, où il restait deux couchettes vides, et qui, aux alentours de minuit, a pu nous déposer à l'entrée de Suzhou.

 

Pour un décollage prévu à midi, nous avons quitté la piste à dix-neuf heures, et sommes arrivés chez nous à minuit passé. Ubu d'Or, avec les félicitations du jury.

 

Je me souviens d'un ancien collègue chinois qui, il y a une dizaine d'années, lors d'un périple en commun, et face à un retard de la sorte, m'avait dit avec humour que les initiales CAAC, qui sont celles de l'aviation civile chinoise, signifiaient en réalité "China Airlines Always Cancelled", soit, dans la langue de Molière : "les compagnies aériennes chinoises sont toujours annulées"... Ou, au mieux, retardées.

 

 

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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 11:51

Le moteur de cet article consiste en un commentaire laissé récemment par Patrice, un lecteur assidu du blog de l'expat, que je cite verbatim ci-après, passant outre les règles fondamentales de la propriété intellectuelle, car en Chine, on se contrefout de contrefaire.

Hmm, hmm (je m'éclaircis toujours la voix en citant un tiers, du fait de ma voix de baryton qui, au téléphone, me permet d'imiter Dark Vador avec une authenticité confondante). Deux points, ouvrez les guillemets, je cite :

 

"Bonjour Christophe, je parcoure votre blog depuis quelques mois, je le trouve vraiment remarquable et me décide à vous posez deux questions. Pour mettre en lumière mes interrogations, je dois vous expliquer que j'ai rencontré une chinoise au mois de janvier et que c'est un véritable coup de foudre pour moi. Je vous passerai les détails sur les symptômes du coup de foudre, parce que la raison n'a plus sa place. Mon questionnement bien sur est en relation avec ce qui est pour moi la plus belle rencontre de ma vie. Excusez-moi d'avance Christophe pour ces interrogations qui peuvent paraître ridicules. D'abord je voudrais savoir si une relation d'une chinoise avec un étranger [français], est bien acceptée. Mais ma principale question se situe sur la différence d'age. Il y a 22 ans d'écart entre elle et moi, même si cela ne se voit pas. Comment les Chinois voient cette différence d'age et quand je dis les Chinois, je pense bien sur aux parents. Bonne continuation pour ce formidable blog et plein de bonheur avec Cai Li, ho la la, je vous envie..."

 

 

Nonobstant l'éloge du blog et les voeux de bonheur avec Cai Li (avec nos remerciements, mon cher Patrice), j'ai été subjugué par la beauté sentimentale du message, son humilité pourtant passionnée, ainsi que le romanesque féérique dans lequel le veinard de lecteur évolue. J'ai voulu y donner une réponse immédiate, tout ému que je fûs par l'aveu de cet amour exotique et superbe.

Et puis, du fait de mon expérience de couple avec Cai Li, je me suis ravisé, réalisant que j'avais bien des choses à dire sur le sujet. Et surtout, je ne résiste pas à la perversion de prétexter la différence culturelle pour exhiber ma vie privée.

 

 

J'ai rencontré Cai Li le 20 août 2005. Après avoir écumé les comptoirs avec mon précédent associé, nous avions décidé d'achever la soirée dans une discothèque sélective de Suzhou, en cerise d'un gâteau alcoolisé. La boite de nuit saturait de décibels et de flashs épileptiques, noire de monde jaune. Nous frayant un passage à travers la jeunesse branchée, avec l'éclairage stroboscopique comme seule torche, nous n'avions finalement pas trouvé de table.



Cai Li était là, souriante à travers les nuages tabagiques, sise à côté d'une amie qui ayant abusé de la bouteille, était vautrée au sofa comme un pantin au rebus, une bile maltée aux lèvres. Ma future fiancée s'emmerdait fermement, après avoir passé la nuit à contempler les sauts abyssaux de son amie au fond des verres à whisky, alors qu'elle-même s'était contentée de l'ivresse vitaminée d'un jus de fruits. Entre deux baillements, elle nous a aperçu lorgner les quatre coins de l'établissement en quête d'une table vide. Voyant qu'en ratatinant un peu la bonne copine sôule qui, de toutes façons, ne s'en rendrait même pas compte, sa banquette était bien assez large pour accueillir tant mon derrière que celui de mon associé, elle nous a invité.

 

Nous avons accepté, et, alors que la boite s'apprêtait à fermer, je me suis décidé à faire connaissance, pour finalement échanger des numéros de téléphone. Trois mois plus tard, nous emménagions ensemble.

1 - La différence culturelle : force ou frein ?

Avant de connaître Cai Li, j'en étais arrivé à la conclusion prématurée que la différence culturelle rajoutait un panel de difficultés inextricables, alors qu'une vie de couple entre compatriotes en compte déjà bien assez. Couleur de peau et politique, valeurs éduquées, langage, situation sociale et économique : Cai Li et moi-même sommes complètement diagonales. Et pourtant, ça roule. C'est bien simple : on ne s'engueule jamais (sauf quand nous évoquons Mao, qu'elle voit messianique, et moi monstrueux).

Ces différences apportent des découvertes au quotidien, parfois amusantes au démarrage, souvent agaçantes à terme. Mais la réussite du couple passe par l'acceptation de ces différences culturelles, sans pour autant s'y plier : c'est un respect mutuel, qui pousse à sourire des divergences comportementales, plutôt qu'à les pointer du doigt en prétextant qu'on détient la vérité.

 

 

Quand Cai Li a ses lubies de chaussons saisonniers, qui m'obligent à porter aux pieds une paire fourrée de laine l'hiver, et des sandales de plastique l'été, alors que j'ai toujours été habitué à marcher en chaussures chez moi, je plie souriant à ce pragmatisme ménager, où même le confort doit passer par des règles despotiques au domicile. Ce n'est pas le fait de Cai Li, mais une généralité chinoise : une de ses amies, venue dîner un soir de juillet dernier, écarquilla les yeux à s'en dilater les orbites, en me voyant porter des charentaises en laine, alors que nous étions au milieu de l'été. De même, chez mon dernier employeur, sous l'escalier qui montait aux bureaux, étaient alignés des casiers nominatifs à clé. On y rangeait nos chaussures le matin en arrivant, pour en retirer des chaussons aux couleurs de la société, et qu'une circulaire en interne nous obligeait à porter pendant les horaires ouvrés. Les clients occidentaux pouffaient de voir le cadre commercial que je suis, dont l'élégance rutilante et carrée du costume italien s'achevait sur une amusante paire de pantoufles.

 


La réciproque est toute aussi vraie, et complètement légitime dans un contexte de différence culturelle : Cai Li ne comprend pas le dandisme surranné et snobinard qui me pousse à garder mes souliers dans notre appartement, alors que je pourrais m'abandonner à la béatitude cotonneuse des chaussons. Elle ne cesse de plaider que c'est pour mon propre confort, particulièrement quand mes pieds sont restés enfermés dans l'étuve de cuir que constitue mon imitation de weston. La logique tient la route.

Ces clivages génèrent une vie à deux bien plus enrichissante, et prouvent que le succés tient uniquement au tempérament des individus, à leur volonté de construction, et à leur désir d'aimer l'autre pour ce qu'il est plutôt que ce qu'on aimerait qu'il soit. Dès lors qu'on veut avancer ensemble, jusqu'au bout, la culture n'est plus un frein : on se bat côte à côte pour tout, en un bloc, sans se poser de questions.

Certes, la plupart de différences s'avèrent plus essentielles que le confort des pieds. Et appréhender les clivages culturels liés à l'argent, la famille, le consensus social, la réussite, ou son apparence, recèle un lot de confrontations impliquant un cheminement personnel, et en commun, pour réussir à transiger.

 

 

L'argent a été, durant notre première année, un sujet sensible. Il nous a fallu ce délai pour comprendre la relation que l'autre, culturellement, portait aux finances. Particulièrement en France, on naît au-dessus d'un filet de prestations qui garantit, dans la plupart des cas, que même au chômage, on ne mourra pas de faim, qu'on vieillira avec de quoi subsister, et que l'état prendra en charge le moindre problème de santé. En Chine, si on ne bosse pas, on crêve. Et si on travaille aujourd'hui, ce n'est pas uniquement pour se nourrir, mais aussi pour engranger les moyens de survivre à l'avenir. Car si on perd son travail, et qu'on n'a pas thésaurisé, c'est la rue. Dès lors, l'argent devient un souci constant. Au tout début, j'ai confondu celà avec une avidité financière. En avançant avec Cai Li, j'ai réalisé un peu plus chaque jour qu'il n'y avait là qu'une crainte de ne pouvoir manger le lendemain, ou l'an prochain. On doit penser à soi, à son couple, mais aussi à ses parents : la couverture sociale étant pour ainsi dire inexistante ici, si le papa ou la maman de Cai Li ont un gros problème de santé, aura-t-on assez d'argent pour payer les frais médicaux, et sinon, que va-t-il leur advenir ?

 

 



Les premières années de mon expatriation, j'ai rencontré des filles avec lesquelles je me sentais bien. Mais dès lors que j'ai vu leur attachement à l'argent, je me suis éloigné, les croyant systématiquement intéressées. Avec le recul, je réalise que je suis passé à côté de filles très chouettes, parce que je n'avais tout simplement rien compris !... Mais celà ne m'aurait pas permis de rencontrer Cai Li. La différence avec Cai Li, c'est sa capacité à appréhender ma logique, autant que je tente de comprendre la sienne, pour que nous trouvions une solution commune qui nous convienne. Une fois le point de concordance arrêté, nous continuons à avancer, ensemble.

Aimer et vivre avec une chinoise, c'est cuisiner à deux une omelette sentimentale, où on mélange le blanc et le jaune pour obtenir une saveur incomparable. Et malgré toutes ces différences culturelles qui nous définissent, et par voie de conséquence, définissent notre relation, ma vie aux côtés de Cai Li est bien plus facile qu'elle ne l'a jamais été avec aucune de mes précédentes concubines.



2 - Décoder la communication :

Des lecteurs français confrontés à des incompréhensions dans leur couple avec une chinoise me posent parfois des questions par emails, plus discrets qu'un commentaire sur le blog. Egoïstement, celà me rassure toujours, car je réalise que les situations rencontrées sont sensiblement les mêmes que celles partagées avec Cai Li.


Pour ceux qui ont retenu la phrase introductive indiquant que j'allais, avec perversité, exhiber certains événements de ma vie de couple, c'est là que ça devient croustillant.

En Chine, la suggestion est une méthode de communication. Un occidental, pour informer un quidam, utilisera la voie rapide d'un vecteur AB, très directe. Le chinois prendra des sentiers détournés qui, toujours avec les mêmes point d'origine A et terminus B, passeront par un chemin C, une voie D, puis E, puis F, incluant excuses et prétextes qui sont supposés faire comprendre l'objectif B à la personne à laquelle il s'adresse, sans jamais lui avoir vraiment annoncé.

Au niveau professionnel, c'est un casse-tête, car il faut partir du principe qu'il y a trois oui : le oui qui veut dire oui, le oui qui signifie peut-être, et le oui qui est un non. Et toute la démarche consiste à deviner si ce qui est consenti sera bien appliqué. Si on sent que le chinois dit oui pour faire plaisir, il vaut mieux directement trouver une autre solution : il aura dit oui, mais ne fera rien de ce qu'il a promis.



Ce principe de suggestion se retrouve dans le couple. Cai Li, à l'orée de notre relation, revendiquait son traditionnalisme forcené, abhorant les galipettes pour la façade de bienséance, par peur que je ne la prenne pour la plus inassouvie des nymphomanes. Avant que nous ne vivions ensemble, quand elle venait dîner chez moi, elle me lançait en conclusion de notre soirée qu'elle allait rentrer chez elle. Benoîtement, je répondais un '"ah bon", signifiant que j'avais bien reçu le message, à savoir qu'elle allait rentrer chez elle. Et la première fois, elle est repartie vexée. Car en fait, son "je vais rentrer chez moi" ne voulait pas du tout dire "je vais rentrer chez moi", mais au contraire "je veux que tu m'invite à dormir chez toi", avec tout le tumulte matelassier implicitement inclut. Une fille bien ne peut décemment pas faire ce genre de proposition : il faut qu'elle suggère qu'elle en a envie, en préchant le faux pour obtenir le vrai, afin que la demande provienne de la partie adverse. L'objectif est atteint, et la vertue est sauve.

Encore actuellement, quand elle me dit "il faut que tu manges", la signification exacte est parfois "pourquoi n'irions nous pas au restaurant ?". C'est devenu un jeu amusant, et aucunement un frein. Par ailleurs, avec le temps, on connaît l'autre, et un regard suffit pour faire passer l'information. Pour tous les sujets essentiels, elle ne prend plus de précautions, et je n'ai plus à me creuser la tête pour savoir si le message compris est bien celui émis : Cai Li communique directement.

 

 

 

Parfois aussi, l'échange est volontairement vague, pour laisser libre court à tout un panel d'interprétations au bénéfice de la demoiselle. D'autres expatriés vivant avec des chinoises m'en ont raconté de bonnes. Un français souhaitant se fiancer avec une chinoise lui demanda combien il devait offrir à sa famille dans une enveloppe rouge à cette occasion, puisqu'il s'agit d'une tradition. Lui n'y connaissait rien, et n'avait aucune idée de ce que pouvait représenter une somme honorable pour une famille chinoise. Elle lui a répondu qu'il pouvait donner ce qu'il voulait. Le français n'était guère plus avancé, mais souhaitait faire bonne impression auprès de sa belle-famille : et soit il ne donnait pas assez, passant pour un minable, soit il donnait beaucoup trop, passant pour un richissime arrogant. Je lui avais conseillé de prendre sa douce et tendre à son propre jeu commerçant, tendre et ludique, en revenant vers elle, et en jetant de manière anecdotique dans une conversation n'ayant rien à voir, qu'il avait l'intention de donner tel montant à ses parents (en tirant la somme vers le bas). En conséquence de quoi, la demoiselle serait revenue vers lui pour lui dire que c'était trop peu : les négociations pouvaient enfin démarrer.

 



3 - La notion de couple est-elle universelle ?

J'évoquais plus haut une relation à l'argent complètement opposée en Extrême Orient et en Occident. Honnêteté intellectuelle oblige, il faut admettre que cette relation à l'argent n'est qu'une conséquence des responsabilités, ici très marquées et définis, qu'ont l'homme et la femme dans le couple. Le rôle de l'homme est celui de pourvoyeur à la sécurité du couple. C'est donc sur lui que repose la nécessité de gagner suffisament d'argent pour que sa bien aimée soit à l'abri, et que le futur de l'enfant soit assuré. En soutien à cet apport en garanties financières, l'épouse ou la petite amie doit assumer toute l'intendance éducative, domestique, et administrative qui permettra à son concubin de se concentrer sur les rentrées d'argent et l'investissement.

C'est donc à l'homme d'alimenter en argent sa partenaire, quand elle en fait sentir le besoin, même si elle se doit d'être raisonnable. Dans la société Chinoise, un homme qui n'entretient pas sa femme est un minable sans ambitions. C'est dans cette logique séparatiste des rôles que repose véritablement la différence culturelle, et pas sur l'argent : car en Occident, une fille qui se fait entretenir est fatalement intéressée (voire une salope). Et l'amoureux transi qui lui payera tous ses caprices passera pour l'ultime abruti. Si j'avais intimé à Cai Li de s'assumer avec son salaire, en faisant ce que je voulais du mien, elle m'aurait pris pour un moins que rien qui n'a pas les épaules d'un homme responsable : c'est donc plus une question d'hormones que de monnaie.



Sans machisme aucun (j'aurais pu écrire "Sans aucun machisme", moins lourd, mais qui perd de sa dimension épique, à l'instar de "sans coup férir", plutôt que "sans férir coup", qui, malgré sa prose plus légère, pour le coup, ferait rire), cette image forte en devoirs qu'a le mâle dans le couple chinois est agréable au quotidien, car on se sent investis de responsabilités dont l'homme, dans un couple occidental moderne est généralement diminué. Certes, pendant de cette image forte, on doit prendre son courage à deux boules pour se battre, et être l'épaule protectrice. L'égalité des sexes est la même qu'en Occident (oubliez le cliché de l'asiatique soumise), mais la séparation des rôles est sensiblement plus marquée. Un ami expatrié, qui lui aussi vit avec une chinoise, résumait cette impression flateusement masculine, à un axiome qui veut tout dire : "avec une chinoise, je sens que je suis un homme".

 

 

 

 

 

De nombreux étrangers ici se gargarisent de ne pas verser un sou à leur dulcinée chinoise : c'est une erreur qui provient de leur ignorance de la culture locale. Où, en Occident, on leur dira qu'ils ont raison, et qu'une femme, comme un homme, doit être indépendant, en Chine, ils passeront pour des minables incapables d'assumer leur couple.

 

 

 

On brosse inlassablement en Occident le portrait d'une femme asiatique demie-pute ne s'intéressant aux étrangers qu'à l'épaisseur de leur portefeuille. Certes, ces filles existent, mais ne sont pas légion. Cette idée reçue occidentale s'est construite sur l'existence de ces filles vénales, mais aussi sur l'incompréhension des différences culturelles liées au rôle des deux genres dans un couple établi.

 

 

Même en l'ayant complètement assimilé, il n'en reste pas moins vrai que la logique mathématique en amour laisse parfois perplexe. C'est Cai Li qui se charge du règlement des factures de l'appartement, car d'une part, étant chinoise, c'est plus facile pour elle, et d'autre part, elle souhaite que je me concentre sur le travail. Je dois avouer que celà m'arrange, l'administratif poussièreux de chiffres alignés étant soporifique au plus haut point (notez que je n'ai jamais rencontré de tartempion vouant une passion sans borne pour le règlement de ses factures).

Il y a deux mois, elle m'a emprunté ma carte bancaire pour se rendre à une borne de paiement, car ici, on peut s'acquitter de ses charges à des distributeurs bancaires. Elle est revenue avec un reçu d'un peu moins de cinquante euros, preuve du règlement de la note d'électricité. Deux jours plus tard, nous recevons un commandement de payer pour une somme idoine, au risque de nous faire couper le jus. Dubitative, Cai Li se rendra au bureau de Jiangsu Power, l'EDF provincial, pour expliquer qu'elle avait déjà payé. Elle reviendra en se mordant la lèvre, pour m'annoncer à mi-voix qu'elle avait fait une bourde deux jours plus tôt à la borne de paiement, et qu'elle avait saisi le mauvais numéro de compteur, réglant ainsi la note d'un chanceux inconnu. Jiangsu Power étant confronté à ce type d'erreur récurrement, ils ont pris sur eux de récupérer la somme, indiquant qu'il fallait compter une quinzaine de jours pour obtenir le remboursement. Celà ne remettait pas en question le paiement de notre facture réelle. Deux semaines plus tard, toute joyeuse d'avoir récupéré sa bêtise, Cai Li rentrera à l'appartement pour m'annoncer qu'elle avait obtenu le remboursement des cinquantes euros qu'elle avait payé par erreur. Et très innocemment, alors que c'était sa faute, elle me demandera si j'avais besoin de cet argent... Me faisant comprendre qu'elle les aurait bien gardé. Cette facture d'électricité, à la base de cinquante euros, m'en aura coûté cent. Dans la mentalité chinoise, celà n'importe pas, puisque l'argent reste dans le couple : ici, la collectivité est plus représentative que l'individu.

4 - La problématique des beaux-parents :

 

 

 

En Chine, cette suprématie de la collectivité est telle que la famille constitue la première entité sociale, avant l'individu. Le tartempion seul, sans couple, n'a aucune représentativité. Et celà ne remonte pas a Mao, mais à Confucius, il y a vingt-cinq siècles, à quelques semaines près. Dès lors, il est nécessaire de construire une famille au plus tôt, et de se conformer aux désidératas parentaux plutôt qu'à ses propres envies : il faut se marier, mais avec une personne que la famille acceptera.

 

 



Quelques mois après mon arrivée, je flirtais avec une douce chinoise qui se nommait Zhang Yu Zhu, et avec laquelle je me voyais bien en ménage. Notre histoire, auprès d'un entourage que nous partagions, était pour ainsi dire institutionnalisée. Tous avaient remarqué que nous nous plaisions bien, et au travers de tous ces mensonges mignons que les chinoises, dans leur fraîcheur, aiment à pouffer avec légèreté, nous communiquions des messages dont la finalité suggérée se voulait sentimentale.

 



Après quelques semaines où nous avions passé notre temps libre en commun, Zhang Yu Zhu n'a plus eu le même comportement : elle retenait sa tendresse, comme si, avant même que notre vie de couple n'ait commencé, elle s'avérait impossible. Je me perdais en doutes et conjectures, alors que je me voyais déjà publier les bans, tant tout roulait naturellement. Je lui ai demandé d'où provenait ce brusque changement, car, à l'instar de la demoiselle, que je ne m'avais jamais touché, aucune sonette d'alarme n'avait été tirée. Elle m'a alors avoué avoir parlé de nous à ses parents, leur annonçant qu'elle se voyait bien vieillir aux côtés de mon charme européen, qu'à l'époque, faute de présence occidentale prononcée à Suzhou, j'exerçais en monopole.

Le veto parental a été instantané et définitif, effrayés à l'idée que leur fifille unique se fasse tourner les sens par un étranger qui l'envisageait comme trophée d'un tableau de chasse de séduction plutôt qu'épouse. Le blanc que je suis pouvait rentrer sans préavis dans ses pénates en l'abandonnant, peut-être même enceinte, rendant toute vie privée inenvisageable a posteriori. Car une femme divorcée en Chine, quelles que soient les motivations de la rupture, est systématiquement montrée du doigt. En moins d'un mois, nos rencontres se sont de plus en plus espacées, comprimés que nous étions par un sentiment présent et inassouvissable, et je n'ai finalement plus eu de ses nouvelles. Sans se poser plus de questions, et sans le moindre esprit rebelle, elle s'était conformée à l'interdiction de ses parents. En France, cette situation, où un homme doit plaire à la belle famille pour butiner la fille, est d'un autre temps.

 

 

Depuis cette expérience, digne d'un Roméo et Juliette à la lamentable conclusion sans drame, je m'étais dis qu'étant étranger en Chine, le problème se représenterait.

 

Et pourtant, les parents de Cai Li m'ont accueilli comme un membre de la famille. Même si la communication reste difficile d'un point de vue linguistique et culturel, ils respectent ma différence, partant du principe suffisant que si leur fille est heureuse en compagnie de ma blancheur subversive, il n'y a pas de raison de s'opposer.

Mais il a fallu passer un entretien, que même Cai Li redoutait. Quelques jours avant Noël 2005, alors que nous venions d'emménager, et que je fermais mes bagages pour mon retour annuel en France, Cai Li est venue me voir, évoquant notre futur au pluriel. Assis sur ma valise qui refusait de fermer, je lui ai demandé son sentiment sur la question. Ce à quoi elle a répondu qu'elle était heureuse, et qu'elle ne voulait pas que ça change. C'est dire à quel point nous avions des choses en commun.

 


Par contre, elle se demandait comment gérer l'annonce officielle à son papa et sa maman, en espérant obtenir en retour un vote de confiance. Comme, déjà, je ne m'imaginais pas partager ma vie avec qui que ce soit d'autre, je lui ai directement demandé si elle souhaitait se fiancer. Cai Li en trépigna de bonheur, rassurée par ailleurs à l'idée qu'apprendre notre relation à ses géniteurs en même temps que nos fiançailles entérinerait le sérieux de notre amour.

De France, j'appelais Cai Li avec une régularité quotidienne, et lors d'une de nos conversations téléphoniques, je lui ai demandé quelle avait été la réaction familiale. J'ai senti une angoisse qui laissait percevoir que ses parents ne nous accordaient le bénéfice du doute que parce qu'ils faisaient confiance à leur fille. Mais je n'étais pas encore rentré en Chine que déjà une rencontre entre eux et moi était planifiée.

Ses parents m'ont à peine laissé me remettre du décalage horaire, débarquant à Suzhou un week-end. Le vendredi soir, le souhait de faire bonne impression était tel que Cai Li et moi-même avions aussi peu dormi qu'à une veille d'examen. J'avais enfilé mon plus beau costume, mâchant un chewing gum mentholé tant pour préserver une haleine lavandière que pour me détendre.

 

 

Le protocole en Chine exige qu'on offre une cigarette à un individu rencontré pour la première fois, dès qu'il s'agit de circonstances importantes. Cai Li m'avait briefé sur ce qu'il fallait que je fasse et que j'évite, avec une nervosité sensible dans son enseignement.

 

 

 

Ses parents sont arrivés en minivan, conduit par l'un des cousins qui opportunnément se rendait à Suzhou. Parqué en travers et en quadruple file, sans savoir comment manoeuvrer pour reprendre le fil du courant circulatoire, il subissait stressé les assauts klaxonnants des automobilistes. Et moi, je me suis rué sur le papa de Cai Li, alors qu'il sortait du véhicule pour guider le créneau nécessaire au cousin, lui tendant immédiatement une cigarette. Il a pouffé de rire, me faisant comprendre qu'on aurait le temps de s'en griller une dès qu'on aurait extirpé la voiture de sa situation potentiellement génératrice d'accrochage. Ma maladresse angoissée l'avait amusée, et fût certainement ressentie comme une preuve de bonne foi.

 

 

En Chine, quand les parents visitent les enfants, c'est à ces derniers qu'incombe de tout payer : nuits d'hôtel, restaurants, ou toute autre sortie. Le communautarisme étant ici évident, la famille doit loger chez l'accueillant. Ce n'était pas le cas de cette première visite, mais depuis, et malgré l'exiguité du petit lit de notre chambre d'amis, ils se sentiraient exclus à l'hôtel, même si les chambres y sont plus confortables.

Il y a ce paradoxe vis-à-vis de l'argent, dont la logique me parait difficilement appropriable : je dois systématiquement tout payer, et pourtant, ils me répètent en disque rayé qu'il faut que j'économise pour assurer la sécurité nécessaire à notre couple. Je pense que Cai Li leur a touché deux mots à ce sujet, car dès lors que nous leur apportons des étrennes sous enveloppe rouge à l'occasion du nouvel an chinois, son père fait tout pour me refiler la somme avant notre départ.

Les parents de Cai Li ont vérifié que notre logement était décent. Ma douce et tendre ne leur avait pas dis que nous vivions ensemble, du fait du traditionnalisme ambiant, et avait préféré les mettre devant le fait accompli. Ils ont voulu connaître ma situation professionnelle, et mes objectifs. Bien évidemment, la question de la durée de mon séjour en Chine s'est posée. Mais Cai Li et moi-même avons passé l'examen sans problème, test qui s'est déroulé dans une détente familiale très chaleureuse.



Depuis, ses parents me considèrent comme leur fils, à un point que ça en est incompréhensible. Leur seule motivation dès lors que nous sommes avec eux est de passer des moments les plus simples et les plus joyeux possibles, autour d'un bon repas et d'une bouteille d'alcool de riz. Pour moi, c'est toujours un plaisir de les accueillir ou de les visiter, tant l'atmosphère familiale est, à leurs côtés, un cocon retrouvé. Ils m'appellent pour mon anniversaire, se fendent toujours d'un petit cadeau pour mes parents quand ils savent que nous allons repasser en France, et nous répétent, émus, leur joie à voir que nous sommes heureux.

Lors de cette rencontre, ils avaient noté que nous partagions le même lit. Et son papa était venu me dire que lorsque nous passerions les voir, sachant que nous n'étions pas mariés, nous ferions chambres à part sous son toit. J'avais aquiescé : chez lui, ses règles prévalent. En arrivant chez eux, ils nous ont invité à poser nos bagages dans une chambre où trônait un lit deux places, nous autorisant tacitement à dormir ensemble : nous avions passé le test avec succés, et n'avons pas manqué de faire un peu de géométrie dans l'espace la nuit-même, histoire de marquer notre territoire.

Mes beaux-parents sont de cette espèce rare et humble. Issus d'un milieu simple et rural, nés à une époque précaire où se battre pour manger était un souci du matin pour le soir, ils sont détachés du futile et cultivent l'essentiel : être en famille avec chaleur, bonheur et amour. Toute autre considération est accessoire. J'ai eu la chance de bourlinguer dans des pays à la dérive avant de m'expatrier, et j'avais déjà vu cette générosité, qui ne se lit que dans le regard des gens qui n'ont pas beaucoup, et qui pourtant le partage. Elle se retrouve dans leurs yeux. Et ce qu'ils ne comprennent pas concernant ma culture, ils le dépassent, avec un naturel déconcertant, partant du principe que tant que nous sommes tous ensemble, à nous aimer en famille, le reste est dérisoire, et avec un peu d'intelligence, doit être accepté de tous.

Est-ce un cas général ? Je me plais à le croire. Il m'arrive d'entendre parler de relations abominables entre beaux-parents chinois et pièce rapportée occidentale, mais tout autant que de mauvaises ententes au sein de familles chinoises. La différence culturelle, particulièrement dans un pays qui s'est ouvert depuis peu, est certes un facteur de refus potentiel. Mais il semblerait que la sincérité sentimentale, dès qu'elle est prouvée, permette de se faire accepter sans limite.



5 - La jalousie :

Cherry (j'ignore son nom chinois), la cousine de Cai Li, était, durant ses jeunes années, l'exemple que Cai Li et ses autres cousins devaient suivre : elle était la plus jolie, la plus brillante à l'école, et paraissait promise à un destin somptuaire que tous lui envieraient avec admiration.

La vie en a décidé autrement. Cherry parle un anglais exceptionnel, et à la fac, s'était entichée d'un étranger, dans des circonstances précises ignorées. Elle était jeune, follement éprise, et au-delà des foudres parentales à l'annonce de cet amour, l'occidental concerné l'a plaquée. Cherry, en plus de sa rupture sentimentale, devait souffrir des remontrances de parents, lui répétant "on te l'avait bien dis".

Au sortir de ses études, elle a rencontré un chinois, et est retombée amoureuse. Hélas, lui aussi n'a pas plu à sa potentielle belle-famille, qui préférait de loin un autre homme, né de parents friqués. Et la cousine de Cai Li, ne souhaitant pas froisser papa et maman, a du épouser le mari sélectionné par ceux-ci, plutôt que l'homme qu'elle aimait. Complètement anachronique en Occident, et banal en Chine.

 

 

 

Conséquence directe d'un mariage chinois, Cherry est rapidement tombée enceinte. Son fils doit maintenant avoir sept ans, et son mari gagne copieusement sa vie. Quand tous les cousins se retrouvent autour de leurs parents, oncles et tantes dans le fief familial de Jiangyan, Cherry, son époux et son fils, arrivent toujours équipés de luxe : voiture tout terrain flambant neuve ou berline importée, bijoux de prix et vêtements de marque. Pourtant, sur son visage et dans son discours, une fois cette coquille lumineuse craquelée, on devine un quotidien sans amour, fait de dîners mondains froids, où se retrouve, castique, un gratin dont elle est la nouille. Sa seule source d'émerveillement reste son fils, redonnant un sens à sa vie glacée comme l'argent. Mais pour ses parents, c'est un accomplissement : elle a épousé un bon parti, et a accouché d'un fils qui ne manquera de rien. Fort de ce constat, c'était indubitablement le choix de vie à opérer. Et le bonheur sentimental au caniveau, c'est accessoire.

 



Quand Cai Li a annoncé à Cherry qu'elle avait un petit ami occidental, la jalousie haineuse de celle-ci s'est manifestée spontanément. A chaque conversation via tous ces logiciels de messagerie dont les bonzes raffolent, elle ne cessait d'énoncer les mêmes sentences, clamant qu'étant étranger, je n'étais pas fiable, que je ne resterais pas en Chine, que j'abandonnerais Cai Li, que je la mettrais enceinte pour mieux disparaître, et que je ne lui serais de toutes façons jamais fidèle, tant les laowais cumulent les conquêtes. Tout ce venin déchargé amèrement à l'arme automatique, alors qu'elle ne m'avait jamais rencontré, m'avait estomaqué. Cai Li en souffrait d'autant plus que c'était le démarrage de notre relation, qu'elle se rendait compte un peu plus chaque jour de notre différence, et qu'elle se demandait bien où se trouvait la vérité.

La première fois que nous sommes allés à Jiangyan, chez les parents de Cai Li, la cousine Cherry (et en aucun cas la cousine chérie) nous a rejoint, revêtue de frusques à la mode dont le mètre carré coûte un salaire mensuel d'ouvrier, avec son lardon dans les bras, et son époux en boulet. Vis-à-vis de moi, elle n'a été que sourire trop honnête, et a passé l'après-midi à me bombarder de questions, mielleuse de charme pour réussir à mieux faire passer son interrogatoire pour un vague intérêt pour ma personne. Elle ne cherchait pas à me connaître du tout : elle mettait tout en oeuvre, avec une finesse séductrice aussi délicate que celle d'un tractopelle, pour trouver ma faille. Faille dans laquelle elle se serait engouffrée en la grossissant emphatique pour me faire tomber. Manque de bol, il n'y avait pas de piège : j'aime Cai Li, ne me suis pas mis en couple avec elle en attendant la prochaine, et ne reste pas en Chine pour une période donnée autre qu'éternelle. Au lieu de la sentir rassurée, je l'ai senti déçue : elle n'avait pas abouti avec bonheur sa relation avec un occidental, alors que Cai Li, qui n'avait pas autant brillé dans sa jeunesse, s'accomplissait à mes côtés.

6 - La bêtise :

Tout comme la jalousie, la connerie reste une valeur internationale, sur la place la plus haute du podium multiculturel de ce que Dieu aurait du biffer à la création, si il avait fait des études. Et le pire avec la connerie, c'est qu'il n'y a pas d'arme pour la combattre.

 


En Chine, l'étranger attire l'oeil. Il ne se passe pas une journée sans que je ne me fasse dévisager par un clampin ocre qui trucule de me saturer du regard, depuis le cuir de mes chaussures jusqu'à celui, cheveulu, de mon crâne. Ce voyeurisme émane d'humbles, qui, du fait de la situation sociale, n'ont pas eu la chance d'accéder à une éducation minimume. Ce à quoi, il faut ajouter que le pays s'est ouvert depuis peu.

 

 

Par voie de conséquence, un nombre considérable d'idées reçues loufoques circulent sur le compte des blancs, qu'un annuaire ne suffirait pas à relater. De nombreuses fois, des chinois m'ont dis sans pouffer que les occidentaux portaient du parfum parce qu'ils sentaient mauvais. De même, la plupart des chinois partent du principe que tous les blancs naissent riches.



Au niveau sentimental, les étrangers ont mauvaise réputation. Les chinois les imaginent peu fiables. Par principe, un occidental a toujours beaucoup de petites amies, et est donc à fuir comme le choléra pour n'importe quelle petite chinoise avec un chouia de jugeotte. Donc, les laowais ne veulent pas se marier parce qu'ils aiment partir à la conquête des jupettes. Recadrons avec la culture chinoise : un chinois, dès qu'il est diplômé, doit se marier. Sa première ou deuxième petite amie deviendra son épouse, quels que soient les sentiments qu'il éprouve : c'est la formation d'une famille qui accomplit la reconnaissance sociale de l'individu, et pas l'amour. En Occident, on fustige la reconnaissance sociale en privilégiant le bonheur individuel. En conséquence, seul l'amour compte... Et on rencontre rarement la muse définitive sur les bancs de l'école, mais plutôt après plusieurs relations qui auront muri l'expérience nécessaire à une vie de couple pérenne. A l'inverse de ce que croient les chinois, on ne cumule pas les aventures, mais on recherche l'âme soeur, sans avoir la mariage en contrainte fondamentale. Et les occidentaux, contrairement aux chinois, dès qu'ils s'épousent, ne repartent pas en chasse pour cumuler tout un gibier de nymphettes dont ils se vanteront des ébats auprès de leur entourage masculin. Si un blanc se met en ménage, c'est qu'à priori, il n'a justement plus envie de courir.

Quand j'avoue à certains chinois que ma fiancée est chinoise, mais que je n'ai pas farouchement envie de me marier, je lis dans leurs yeux qu'ils pensent immédiatement que Cai Li n'est qu'une poule de plus, parce que de toutes façons, les occidentaux ont toujours beaucoup de petites amies. C'est incroyablement frustrant, car si je me lance dans une diatribe quant aux sentiment que j'éprouve pour elle, pour conclure que je ne souhaite pas me marier, ils pensent systématiquement que ce discours romantique est un mensonge qui masque une envie de libertinage.



Comme si celà ne suffisait pas, les chinoises vivant avec des étrangers sont parfois jugées rapidement : on estime qu'elles ont choisi un occidental pour son pécule. Cai Li en souffre, face à des gens qui, la connaissant à peine, l'étiquettent immédiatement comme la plus avide des traînées, qui ne vit notre relation que pour l'abri financier. C'est très dur de sentir l'incapacité des individus à vouloir comprendre que nous nous aimons, et irritant de les sentir nous regarder de haut. Avec simplisme, ils résument le blanc que je suis à un coureur de jupons, et la jaune qu'elle est à un simulacre de prostituée qui s'accroche avec une emprise arachnéenne pour s'approprier ce que je possède. Il est arrivé de croiser des chinois dans la rue qui, nous voyant, lançaient des réflexions du type : "celle-là, elle l'aime pour son argent". Même professionnellement, il est arrivé à Cai Li de masquer notre relation, car le qu'en-dira-t-on est un sport national qui, si il figurait parmi les disciplines olympiques, verrait toutes ses médailles remportées par des chinois.

Paradoxalement, malgré cette bêtise agressive, il est difficile d'en vouloir à qui que ce soit : tous ces raccourcis expéditifs proviennent de gens qui n'ont pas bénéficié d'enseignement scolaire, qui doivent se battre très durement pour garnir leur bol de riz quotidien d'un aliment un peu plus nourrissant, et leur incapacité de réflexion se lit dans leurs yeux. On en vient à plaindre ces simples qui pourtant nous dénigrent. Ce sont les mêmes qui, dans la rue et sans me connaître, vont me demander combien je gagne, la surface de mon appartement, et le coût de mon loyer, le tout pour évaluer ma richesse, qu'enfantins, ils imaginent être celle d'un magnat. Ce sont ceux-ci qui vont tenter de me gruger sur les prix d'une douzaine d'oeufs, du regonflage des pneus de mon vélo, ou qui ne vont pas actionner le compteur quand je monte dans un taxi. Et constamment, il faut se battre contre ces arnaques futiles.

Les véritables amis de Cai Li n'ont jamais eu ce comportement vis-à-vis de nous. Ils m'ont accueilli en tant que petit ami de Cai Li, et jamais comme l'occidental profiteur... Même si ils ont été un peu surpris au début. Ils connaissent par ailleurs très bien Cai Li, et savent pertinnement que l'appat du gain n'a jamais été une motivation sentimentale. Par inquiétude aimante, ils ont toutefois interrogé Cai Li dans l'intimité, pour s'assurer que leur amie ne se faisait pas berner par un laowai.



7 - La différence d'âge :

La mauvaise réputation des étrangers tient aussi de leur fait. Le profil de l'expatrié s'est rajeunie dernièrement. Mais il y a moins d'une décennie, les occidentaux en Chine étaient expérimentés, alors qu'il est maintenant courant de croiser des gens à peine majeurs. Et j'en ai connu quelques uns, bien mûrs, qui, soit en échec sentimental dans leur pays d'origine, soit par volonté condamnable d'ajouter à leur vie de couple occidentale une conquête en Extrême Orient, se trouvaient une petite chinoise. Dans la plupart de ces circonstances, j'ai eu le sentiment, partagé par d'autres, que l'amour était très souvent affaire de calcul. Ce n'est pas pour autant une vérité gravée dans le marbre, et j'ai aussi connu des couples, certes moins nombreux, pour lesquels les raisons de la relation étaient sentimentales.

 

 

 

Pour ceux-là, le quotidien doit être délicat, car en plus des racontards clochemerliens qui se cultivent comme des virus en laboratoire, ils doivent faire face à la problématique de la différence d'âge, qui est un prétexte flagrant, facile et idéal pour alimenter le voisinage en ragots pamphlétaires. J'ai huit ans de différences avec Cai Li : ce n'est pas énorme, mais ça commence à compter. Je porte mes trente-cinq ans sans mentir, et comme, pour un chinois, les blancs paraissent plus vieux, il n'est pas rare qu'on m'assène dix ans de plus. Cai Li, par contre, du haut de ses vingt-sept ans, fait bien plus jeune, même pour une chinoise. Il arrive encore qu'on lui demande ce qu'elle étudie, alors qu'elle est diplômée depuis cinq ans. Et je me souviens d'un client français qui, voyant la petite pour la première fois, m'avait lançé, soufflé : "et ben dis donc, tu les prends au berceau !". Mais j'ai toujours été très paternaliste.

 

 



En dehors de celà, nous n'avons jamais eu de réflexion quant à notre différence d'âge. Je crois, au contraire, que l'entourage la voit comme une sécurité de plus. Dans l'inconscient collectif chinois, armé d'une certaine maturité et de l'expérience qui va avec, un homme plus âgé est à même d'assumer plus sereinement la sécurité d'une famille.

Dans tous les cas, et pour répondre plus particulièrement à Patrice, des gens qui postillonneront dans votre dos avec une jouissance frissonnante, il y en aura toujours, où que vous soyez... Et certainement encore plus particulièrement en Chine. Votre force, et votre plus belle arme, c'est que vous vous aimez. Ceux qui n'ont pas d'importance retourneront dans le néant dès que vous les aurez croisés. Et ceux qui comptent, pour peu qu'ils aient un jugement définitif à votre égard, à très court terme, voyant la teneur de votre relation, n'auront pas d'autre choix que de s'y soumettre, et finiront par reconnaître vos sentiments. Et puis, en venant en Chine, vous verrez qu'il y a bien d'autres combats à mener à deux, et dès lors que vous aurez fais vos preuves en terme de responsabilisation, la reconnaissance de tous vous sera acquise.

En résumé de ce long exposé digne d'une thèse : aimez-vous, construisez ensemble, et emmerdez les cons. Ces conseils paraissent peut-être expéditifs, mais veulent tout dire.

 

NdA : Les clichés de cet article autres que familiaux ont été pris le 20 août 2007, à Tongli, à l'occasion de l'anniversaire de notre rencontre. Tongli est un village magnifique et traditionnel du Jiangsu, qui ne figure pas au Lonely Planet, mais qui mérite pourtant d'être découvert.

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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 17:20
C'était un dimanche de juin dernier. Je m'étais promis de ne pas travailler et de me consacrer à l'écriture. Et puis, comme d'habitude, plutôt que de plancher sur un article, j'ai fini par répondre à mes e-mails professionnels.
   
 
Au bout d'une heure, armée de son sourire éternel, Cai Li m'a sorti de ma torpeur travaillomane, prétextant que le soleil était radieux, et que pour une fois, je pouvais bien mettre le boulot de côté pour profiter à ses côtés de l'atmosphère estivale du centre ville.
 
 
 
 
J'ai soupiré en jetant un coup d'oeil par la fenêtre, pour finalement aquiescer. Déjà, Cai Li, faisant des moulinets avec les clés de son scooter électrique, montrait son impatience à ce que nous enfourchions le destrier à piles pour vagabonder dans les rues.
 
 
 
 
C'est vrai que ce matin-là, en roulant avec Cai Li, la peau caressée par un vent tiède, à oublier un quotidien uniquement affairiste, j'ai redécouvert l'atmosphère de Suzhou dans un bien-être renouvelé, avec une farouche envie de vous inviter à partager la ballade.
 
 
 
 
Dérogeant aux règles narratives habituelles des articles de "l'expat", je souhaite m'adresser directement à chacun d'entre vous. Alors amis lecteurs, laissez-vous guider sur notre scooter électrique, comme si vous viviez cette promenade à Suzhou. Cai Li et moi-même ne serons pas des tour operators exhaustifs, exténuants, et très souvent inventifs. Et dites-vous bien que monter à trois sur un scooter électrique n'est pas une abberation en Chine : il n'est pas rare d'en croiser qui transportent cinq personnes.
 
Les seules notions historiques qu'il vous faut connaître sur Suzhou, c'est que sa fondation remonte à vingt cinq siècles, et que la ville fut le terminus de la route de la soie, dont la fabrication reste une industrie reconnue.
 
 
Marco Polo fut séduit par cette ville lascérée de canaux surplombés de petits ponts en dos d'âne.
 
 
 
On surnomme Suzhou "la Venise de l'Orient", même si la ville reste essentiellement visitée pour ses nombreux jardins traditionnels, dont huit sont classés au "patrimoine de l'humanité" de l'Unesco.
 
 
 
Venez rêver Suzhou, le temps d'un article, et accompagnez-nous à la découverte de la Venise extrême-orientale.
 
 
Il est neuf heures ce dimanche matin, et vous nous rejoignez, Cai Li et moi-même, au pied de notre immeuble, dans notre lotissement de Ling Tang Xin Cun.
 
 
 
 
1 - Ling Tang Xin Cun : un quartier populaire.
 
La monture électrique vous surprend : elle est plus légère qu'un scooter, et ses pièces en plastique lui donnent l'apparence d'un gros jouet pour adulte. Mais la selle est large, et les commandes au tableau de bord la confèrent à un véritable deux-roues urbain. Vous montez à l'arrière, et nous démarrons. Alimenté par des batteries branchées sous le tapis de sol, sans essence ni pot d'échappement, le vélo électrique ne produit que le souffle d'un glissement.
 
 
Nous traversons le quartier où Cai Li et moi-même habitons. Dans une allée bordant les batiments, des jeunes jouent au badminton. Nous dépassons quelques magasins enfoncés dans des garages repeints à la chaux, où les produits prennent la poussière sur des étagères sans âge. A votre grande surprise, des vieillards marchent à reculons, pour faire de l'exercice, et un riverain est sorti en pyjama pour acheter son petit-déjeuner à une vendeuse de brioches vapeur. Sur son étale enfumée sont disposés des paniers ronds en bois aux larges diamètres, où les brioches fourrées à la viande et aux légumes sont gardées au chaud. Un chinois promène son petit chien, alors qu'un autre balade son oiseau en cage.
 
 
Vous vous étonnez à chaque instant, alors que Cai Li et moi-même ne réagissons pas. C'est son pays, et moi, j'y vis depuis quatre ans et demie : tout ceci est devenu complètement transparent. La seule pensée dont je vous fais part, c'est la satisfaction que j'ai à me promener plutôt qu'à travailler par un si beau dimanche.
 
 
 
 
 
  
  
Sur le chemin, vous entendez un grésillement qui devient de plus en plus intense.
  
  
 
 
 
 
 
Alors que nous nous rapprochons d'un vélo sur le porte-bagages duquel sont disposés des centaines de toutes petites cages en rotin, vous réalisez que ce grésillement émane de centaines de criquets enfermés dans ces cages minuscules.
  
   
  
  
 
 
   
Vous n'en revenez pas quand je vous précise que ces petits criquets en cage sont à la vente... En guise d'éphémères animaux de compagnie.
 
  
   
 
Vous gardez les yeux grands ouverts. Les miens sont rivés sur la route. En Chine, la densité de piétons, bicyclettes, vélos électriques, chariots de fortune, voitures et bus est telle que l'accident est toujours probable. Dès les premiers mètres, vous comprenez avec une certaine appréhension qu'aucune règle de conduite occidentale ne s'applique. Les priorités n'existent qu'au rythme des coups de klaxon et des passages forcés.
 
 
Nous sortons de Ling Tang Xin Cun. Au grand portail de la résidence se trouve une guérite où deux gardes en uniforme palabrent sur le voisinage. Ils nous voient passer, hilares de contempler des étrangers circuler sur un véhicule purement local. Nous rejoignons la route. Les arrêts de bus vous stupéfient : ils ont été entièrement conçus dans la plus pure tradition locale, jusqu'aux toits, en boiseries et virgules parfaites.
 
2 - Shi Lu : le nouveau quartier commerçant.
 

 

Des deux côtés de Guang Ji Nan Lu, l'enfilade de magasins ne propose que des sanitaires, ou des salles de bain et cuisines toutes équipées, sur plusieurs centaines de mètres. Je vous explique alors qu'ici, les produits sont vendus par quartier. Les consommateurs trouvent celà plus facile : si ils recherchent un produit précis, ils n'ont qu'à se rendre à un seul endroit, où ils visiteront tous les distributeurs. Même les commerçants n'auraient pas idée de s'installer près d'un magasin proposant des articles qui ne sont pas connexes.

 

 

A jeter un coup d'oeil à travers les vitrines des magasins, vous êtes amusé : la décoration est riche, les produits coûteux (vous voyez, sans trop y croire, une baignoire importée à... Quinze mille euros !)... Mais les vendeurs, à l'allure paysanne, roupillent derrière un bureau où est posé un ordinateur flambant neuf dont ils doivent certainement ignorer l'utilisation la plus élémentaire. Mais les apparences de luxe sont sauves. Anachronique, un boulier est posé sur le comptoir.

 

Au carrefour, même si le feu est rouge, les véhicules conservent le droit de tourner à droite. Nous tournons donc, et arrivons à Shi Lu, un grand quartier commerçant. Sur le trottoir, nous garons le scooter électrique parmi une multitude de deux-roues. Un chinois officiant en parcmètre nous tend un ticket contre cinq centimes d'euros.

C'est dimanche, mais les rues sont surpeuplées de consommateurs, car tous les magasins sont ouverts. L'explosion économique se sent à travers la furieuse présence de tous ces chinois, extatiques de voir leur pouvoir d'achat augmenter, déambulants d'un magasin à l'autre, avec l'envie de consommer toujours plus. Cette sensation est étrange et palpable... Et vous vous demandez où est passé le communisme.
 
 
 
 
Shi Lu est un quartier piéton, très large, avec des jets d'eau, des magasins sur plusieurs étages, et des publicités gigantesques pour des cosmétiques ou des téléphones portables. Un écran mural monumental abrutit les passants de réclame, et en contrebas, les chinois la dévorent en automates. A l'entrée de certains points de vente, des enceintes crachent une musique assourdissante pour arranguer les chalands.
 
 
 
Nous nous frayons un passage à travers les consommateurs dominicaux. Il n'y a aucune morosité sur les visages. Votre regard virevolte en tous sens, porté avec excitation par la frénésie acheteuse des chinois. Cai Li et moi-même avançons rapidement, cloitrés volontaires dans une bulle, à l'abri de la foule et du bruit.
 
 
 
A deviser les enseignes et les magasins, ceux-ci rivalisent sans complexe avec les points de vente occidentaux : la décoration y est recherchée, et les produits atteignent des prix équivalents voire supérieurs. Paradoxalement, ils ne désemplissent pas. Rien à voir avec les petits commerces de notre quartier ! Sachant que le salaire moyen doit tourner aux alentours des cent trente euros, cette capacité à acheter des produits futiles et chers reste un grand mystère.
 
 
Après avoir traversé Shi Lu sous un soleil radieux, nous atteignons un longue ruelle bordant un des nombreux canaux de la ville. De chaque côté se trouvent des magasins plus humbles. On y vend des vêtements surannés, et des breloques diverses. Vous y repèrez des échoppes où sont disposés des sortes de photomatons. On y sélectionne le cadre des photos (présentant Hello Kitty, la Cité Interdite, ou une star chinoise), et on se fait prendre en photo. Les clichés sortent au format timbre-poste. Cai Li adore, et nous restons un quart d'heure pour nous faire tirer le portrait, sur fond d'Arc de Triomphe et de chanteur taïwanais à la mode.
 
 
Sur les berges du canal, je vous indique qu'il est possible de prendre un bateau qui, une heure durant, vous fera faire le tour des canaux principaux, avec une vue magnifique sur les principaux sites de la ville. La croisière est d'autant plus féérique à la nuit tombée, l'éclairage des bâtiments ancestraux baignant l'environnement nocturne de lumières enchanteresses. Après cette immersion dans la foule, nous reprenons notre scooter électrique, vous invitant à retrouver un peu de calme au sein de Shantangjie, une rue très traditionnelle, proche de Shi Lu.
 
 
3 - Shan Tang Jie : la rue traditionnelle.
 

 

Nous descendons de notre monture à batteries, et, du haut du pont de Qingmingqiao, vous découvrez le canal qui passe en dessous, bordé de maisons traditionnelles aux multiples lanternes de papier, avec un autre pont en dos d'âne à l'arrière plan.

 

Vous êtes instantanément charmé par l'architecture typique entretenue avec goût par les autorités. La rupture avec Shi Lu est totale : nous sommes passés du modernisme au traditionalisme, et du bruit au zen. Nous descendons les marches du pont de pierre, longeant le canal et les maisons accollées.

 

Nous croisons de nombreux touristes chinois et étrangers. Tous déambulent le nez en l'air, découvrant les toits de tuiles grises et les façades blanchies si caractéristiques du sud du Yang Tsé (région qu'en Chine, on appelle le "Jiang Nan", "Jiang" signifiant "fleuve" et "Nan" étant le sud. Par ailleurs, en mandarin, le Yang Tsé se nomme "Chiang Jiang", dont la traduction littérale serait "le long fleuve"). A chaque pont les masses s'aglutinent, souriantes, pour se faire photographier.

 

Des petits bateaux en bois aux décorations traditionnelles proposent de remonter le canal, offrant un point de vue plus original sur la ruelle. Je vous explique alors qu'à l'orée de la nuit, toutes les lanternes rouges s'illuminent, plongeant Shan Tang Jie dans l'authenticité asiatique la plus pure et la plus agréable. Shan Tang Jie, par un soir d'été, prodigue un bien-être de vacances méridionales. Shan Tang Jie, c'est le quartier de Suzhou que je préfère : à chaque promenade, j'y découvre quelque chose de nouveau, et de fondamentalement chinois, apportant systématiquement son lot d'interrogations sur cette culture si différente.
 
 
Les quelques commerces présents vendent des souvenirs... A des tarifs touristiques. Il y a cet étonnant magasin, ne commercialisant que des reproductions de souvenirs liés au communisme. On y trouve des réimpressions de posters propagandistes où sont valorisées les valeurs prolétariennes du parti unique. Même les reliques du communisme permettent de faire du profit. Des petits livres rouges y sont alignés dans toutes les langues, et vous pouvez l'acquérir en français. Il pourra ainsi trouver une place de choix dans votre bibliothèque, aux côtés de Mein Kampf.
 
Abandonnant les portraits de Mao, nous rentrons dans une maison de thé traditionnelle. Cai Li propose de vous enseigner la préparation du thé, à la manière d'un connaisseur. L'intérieur est décoré dans un respect total de la période impériale : boiseries du sol au plafond, larges étagères alignant d'énormes vasques remplies de différentes feuilles de thé, et tables où des chinois sont assis pour jouer au Mah Jong en sirotant des litres du précieux breuvage.
 
 
 
Nous montons à l'étage, dans une petite salle privative. La serveuse arrive avec un plateau où sont disposés la théière et les outils inhérents à la cérémonie du thé. Le plateau est à double fond : le premier est troué pour laisser s'échapper l'eau, et le second, en profondeur, sert de receptacle à l'eau perdue. Elle pose au sol un énorme thermos d'eau chaude, pour que nous puissions nous resservir autant que nous le souhaitons.
 
 
Concentrée, Cai Li prend en main les outils avec la maestria culturelle d'une adoratrice du thé. Pour une chinoise, c'est inné, au même titre que nous ferions virevolter la robe sanguine d'un Saint Emilion dans un verre à pied.
 
 
Telle pince courbe de bois lui sert à saisir les feuilles, une baguette fine lui permet de nettoyer le conduit de la théière, et des dés à coudre de porcelaine assurent de la qualité du breuvage en en humant le bouquet.
 
 
Nous suivons religieusement la cérémonie, pour finir par goûter. Le thé chinois paraît exceptionnellement fade par rapport à ses équivalents anglais ou nord africains. Ici, on le boit sans sucre ni lait.
 
 
 
 
   
Je vous fais remarquer que ce serait un blasphème, comme celui que les chinois commettent en mélangeant du vin rouge avec des glaçons et du Sprite lors de leurs soirées en Karaoké. Il ne s'agit que d'eau chaude parfumée, et pourtant, Cai Li s'en délecte.
 
 
Nous quittons Shan Tang Jie après une agréable promenade sur les berges du canal, où le temps s'est arrêté.
 
  
 
 
 
Reprenant le scooter électrique, et après vingt minutes à se frayer un passage tumultueux à travers le trafic hurlant et klaxonnant, nous arrivons au coeur du centre ville, remontant Ren Min Lu, "l'avenue du peuple", pour nous arrêter à l'entrée du large quartier piéton de Guan Qian Jie, "la rue qui borde le temple".
 
 
 
 
 
 
Alors que nous remontons Ren Min Lu par l'allée des deux roues, je vous explique que, héritage du communisme, chaque ville en Chine a sa "rue du peuple" ou "place du peuple"... Au même titre qu'en France, après la révolution, nous avons rebaptisé nos "places et rues royales" par "rue nationale" ou "place de la république".
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
4 - Guan Qian Jie : où spiritualité et mercantilisme cohabitent.
 
Contre cinquante centimes d'euros donnés à un vieux chinois édenté, nous laissons notre scooter électrique sous sa garde, sur un trottoir qui en recence déjà plusieurs centaines... Et nous avançons dans la large artère piétonne, commerçante, et dense de foule.
 
 
De siège du temple taoïste de la ville, Guan Qian Jie est devenu celui de la consommation paroxytique. Large comme une nationale, la rue laisse circuler des minibus couverts de publicité pour les fast-foods importés. Des deux côtés, les enseignes défilent, occidentales et orientales : Starbucks, Gucci, Armani, KFC et Mac Donald's cohabitent avec les "magasins du peuple", reliquat d'un communisme où pourtant L'Oréal et Rolex disposent de stands luxueusement décorés.
 
Partout, la musique hurle, vomie par les baffles à l'entrée des magasins. Les prix sont globalement plus élevés que ce que vous avez pu voir par ailleurs, mais le luxe des points de vente est sans commune mesure avec tout ceux que vous avez croisé depuis ce matin. Pour signaler leur déplacement aux piétons, les minibus diffusent à grands renforts de décibels une version bontempi de "joyeux anniversaire", et je vous tire par le bras, vous signalant qu'il vaut mieux faire très attention, car les chauffeurs de ces minibus ne semblent pas s'intéresser à la survie des clampins qui croisent leur route.
 
 
 
Tous les cent mètres, montrant un catalogue élimé, un vendeur vous arrête à même la rue, vous proposant d'acheter la contrefaçon d'une montre de marque. Il répète inlassablement, avec un accent made in China, "watch ! watch ! watch ! Rolex ! Rolex ! Rolex !", sans doute par crainte que vous n'ayez pas compris. Et quand vous refusez poliement, il insiste, embrayant sur un tout autre panel de prestation, allant du Karaoke au massage. Je beugle en chinois en fronçant les sourcils, et le marchand du temple disparaît.
 
 
 
 
 
Au milieu de Guan Qian Jie, un portant de pierre indique l'entrée d'un magnifique temple taoïste. En lui faisant dos, vous remarquez que se trouvent là un Pizza Hutt et un fast-food américain qui cadrent difficilement avec le caractère spirituel de l'édifice traditionnel. Et pourtant, devant le Pizza Hutt, plusieurs dizaines de chinois font la queue, espérant qu'une table se libère rapidement.
 
 
Face au temple, quelques stands sont disposés. Vous vous rapprochez avec curiosité, et je vous explique qu'il s'agit-là d'un studio de photos renommé à Suzhou, offrant la réalisation de photos de mariage. A regarder les clichés, vous êtes à deux doigts du fou rire : toutes les photos ont été outrancièrement retouchées via les logiciels adaptés, et les poses manquent d'un naturel déconcertant. Les vêtements de mariage, au-delà de la traditionnelle meringue, montrent des époux en uniformes napoléoniens sensés dénoter d'une noblesse et d'une élégance parfaite... Mais qui font finalement montre d'un mauvais goût et d'un ridicule total !
 
 
Nous faisons le tour du temple, et sur la place qui le précède, de nombreux petits magasins sont engoncés dans des préhauts. On y propose des accessoires de beauté à bas prix, et des produits traditionnels : soie, thé, éventails, et tee-shirts assurant la promotion des cinq petites mascottes des Jeux Olympiques de Pékin.
 
 
Derrière le temple, un marché vend de nombreux vêtements de qualité contestable à des tarifs imbattables. Mais partout, Cai Li doit diviser les prix par quatre pour obtenir un montant décent. Pour répondre à votre étonnement face à ce marchandage, je vous précise qu'avec nos faces blanches, il aurait fallu diviser les prix par dix !
 
Nous ne pénétrons pas dans le temple, mais observons les croyants qui prient, faisant brûler des bâtons d'encens de large diamètre, et des cierges, en s'inclinant devant des idoles, dont le panthéon est un who's who où même les chinois se perdent.
 
5 - Chuan Fu Lou : un restaurant gastronomique Sichuanais.
 
 
 
 
 
 
Le reste de la rue n'étant qu'une succession de magasins, nous décidons de nous arrêter à mi-chemin, dans un restaurant de spécialités du Sichuan, dont la gastronomie épicée reste, au goût de Cai Li et moi-même, une des plus savoureuses de Chine.
 
 
 
Malgré son emplacement stratégique en centre ville, à cinquante mètres du temple, la note à Chuan Fu Lou est toujours moins épicée que le repas. La décoration y reprend tant une architecture pleinement traditionnelle, qu'une atmosphère de plein-air, avec ses arbres très bien imités au milieu des salles de restaurant.
 
 
 
 
 
Vous devisez le menu d'une vingtaine de pages, qui reproduit des clichés des plats. Mais la cuisine chinoise est tellement différente de la gastronomie occidentale que les photos ne vous permettent pas d'identifier les aliments.
Ne sachant que choisir, vous nous tendrez finalement la carte, nous laissant le soin d'opérer la sélection.
  
 
J'espère que vous savez vous servir des baguettes, car un quart d'heure plus tard, vous dégustez des travers de porc et d'agneau rotis et saupoudrés d'épices admirablement conjugués : paprika, piment, ail, et bien d'autres, dont le mélange est difficilement reconnaissable, mais qui prodigue une saveur unique et délicieuse.
 
 
 
 
 
Vous vous régalerez de feuilles de choux ingénieusement repliées, fourrées de boeuf sauté aux cacahuètes et de petits croutons. Des morceaux de lard nous sont aussi proposés, agrémentés d'un légume sombre que vous me demanderez d'identifier. Hélas, je n'ai connu celà qu'en Chine, et suis bien incapable de vous répondre.
 
 
   
 
 
 
Dubitatif, et finalement séduit, vous testez un plat de tofu au crabe : un délice, malgré une texture étonnante et quelque peu crayeuse. A voir votre sourire en avalant cette première bouchée, je vous précise qu'à l'accoutumée j'ai horreur des fruits de mer, et qu'il s'agit pourtant là d'un mets que j'affectionne particulièrement ! Nous finirons sur des parts de maïs sucrées et des gateaux doux à la pate de potiron. Pour conclure le repas, la serveuse déposera sur la table une assiette de pastèque, véritable fruit national, avant de vous tendre la note... Que je vous arracherais des mains. Non mais alors.
 
 
 
 
 
Laissez, c'est pour moi.
Si, si, j'insiste.
 
 
Nous ressortons repus par ce délicieux repas, nous réacheminant tranquillement vers notre scooter électrique, traversant les ruelles qui bordent Guan Qian Jie, fief de tous les restaurants traditionnels de la ville. Mais je vous signale, si d'aventure vous souhaitiez partir à la découverte de la gastronomie locale par vous-mêmes, que la plupart de ces établissements sont plus touristiques que gastronomiques, et qu'ils disposent de deux cartes : l'une pour les locaux, et l'autre pour les étrangers, avec une inflation délirante entre les deux. Cai Li et moi en avons testé deux ou trois, et tant les plats que l'addition nous avaient laissé un mauvais goût dans la bouche.
 
6 - Le musée de Suzhou
 

 

 

Un peu plus au nord est, nous rejoignons le musée de Suzhou, qui a ouvert ses portes en octobre 2006, et dont l'architecte n'est autre que Leoh Ming Pei, celui de la pyramide du Louvre.

 

 

Le musée recence bon nombre d'artefacts ancestraux liés à la culture Wu, le clan qui, culturellement et historiquement, a eu le plus d'influence dans cette partie de la Chine. L'architecture et la décoration vous séduise tout autant que nous, mais les objets exposés, du fait d'un manque d'explications flagrant, restent assez hermétiques au néophytes que nous sommes.

 

 

A la sortie, nous récupérons notre destrier, et nous faisons avaler par l'intense trafic dominical, partant au sud pour Shi Quan Jie, une longue rue traditionnelle dont la diaspora occidentale a fait le camp de base de ses virées nocturnes, mais qui reste très agréable de jour.

 

7 - Shi Quan Jie : quartier traditionnel et bastion occidental.

  
 
 
 
 
 
 
Shi Quan Jie est une longue rue traditionnelle, au sud du centre ville, qui traverse Suzhou d'est en ouest. Ses façades blanches et ses toits gris, ainsi que ses arbres dont les frondaisons verdoyantes forment un plafond au-dessus de la chaussée où filent les voitures et les deux roues, vous charment immédiatement.
 
 
 
 
 
 
On y trouve des commerces orientés vers le luxe moyen de gamme (vêtements et cosmétiques) ou le tourisme (produits traditionnels ou restaurants). C'est ici que se trouve Yang Yang, la franchise d'une chaîne de restaurants chinois classée par le Lonely Planet, et qui, après Chuan Fu Lou, reste un des meilleurs établissements de la ville, pour un prix raisonnable. Si, lors de vos pérégrinations solitaires, vous souhaitez vous y rendre, Cai Li et moi-même vous recommandons tout particulièrement les aubergines braisées au porc, qui fondent en bouche dans une saveur sucrée salée inoubliable. Vous ne me connaissiez pas avant mon expatriation, mais sachez que j'ai pris dix à douze kilos depuis mon arrivée !
 
 
 
 
 
Dans la rue, il est courant de croiser des occidentaux venus se promener, faire des emplettes ou manger un morceau. Il y a une entente tacite entre les occidentaux vivant en Chine, et qui doit  exister dans bien d'autres pays : lorsqu'on se croise entre laowai ("étranger" en chinois, et la traduction littérale serait "vieux" et "extérieur", mais la dénomination ne se veut en aucun cas péjorative : l'adjectif "vieux" en chinois est synonyme de sagesse, et pas de date de péremption !), on échange systématiquement un sourire. On y est encore si peu nombreux qu'en dehors de ce signe de reconnaissance quasi franc-maçonnique, on va même jusqu'à s'apostropher pour faire connaissance et échanger les cartes de visite.
 
 
La nuit, Shi Quan Jie prend une toute autre couleur, oscillant entre le rose et le rouge. Les boites de nuit, pubs, et bars à filles ouvrent leurs portes, accueillant une clientèle d'expatriés célibataires et de chinois dont la jeune génération de cols blancs middle-class ne cesse de s'émanciper malgré les traditions indubitablement conflictuelles de leurs aînés.
Dans la rue, nous croisons une berline richement fleurie. Avant même que vous ne me posiez la question, je vous indique qu'il s'agit d'une voiture transportant un couple de jeunes mariés, le jour de leurs noces en famille.
 
 
Le cinéma étant ma passion, je m'arrête rapidement dans un magasin de DVD, qui offre les toutes dernières nouveautés pour soixante centimes d'euros la galette. Et le choix, dans ces humbles échoppes, est dix fois supérieur à celui du Virgin Megastore de n'importe quelle capitale occidentale. Tout en fouillant dans les bacs, je vous rassure : je n'en ai que pour cinq minutes. Nous ressortirons au bout d'une demie heure, et c'est avec une moue jouissive que je brandis le petit sac renfermant la trentaine de films que je viens d'acquérir. Cai Li, résignée, répond à mon hilarité en concluant que, comme d'habitude, je n'en regarderais pas la moitié.
 
 
Nous enfourchons à nouveau le scooter électrique, dont la batterie commence à souffrir tant du poids de nos trois personnes que de notre promenade de quelques heures. Pour éviter d'avoir à ramener à pied notre moyen de transport sur piles, Cai Li et moi-même recommandons de rentrer le recharger sans tarder. Vous faites la moue, et nous convenons d'une dernière halte, sur le retour, à Xu Men, dans un petit parc aux abords du grand canal, où trônent encore les remparts médiévaux de la ville. Vous répondez par un sourire, et nous repartons.
 
 
8 - Xu Men : parc, pont, et patrimoine de l'humanité.
 
 
De Shi Quan Jie, nous remontons Feng Huang Jie vers le nord, puis empruntons Gan Jiang Lu qui traverse Suzhou d'est en ouest. Gan Jiang Lu, qui est un des principaux axes de la ville, est dans toute sa partie est, coupée en son milieu par un petit canal, que quelques ponts de reproduction traditionnelle permettent de traverser.
 
 
 
 
C'est aussi sur Gan Jiang Lu que se trouvent l'entrée principale de Suzhou Da Xue, dit Suda, l'université de la ville, gigantesque campus universitaire où les résidences étudiantes sont de véritables lotissements, où il y a de nombreux complexes sportifs, des centres commerciaux, et des restaurants, qui permettent une vie universitaire et autarcique très confortable.
 
 
 
 
Un quart d'heure plus tard, nous arrivons à Xu Men, et dans le parc nouvellement construit trône une statue du fondateur de la ville, il y a deux millénaires et demi. Sous la verdure, et parfaitement entretenue, la porte Xu, vestige des fortifications de l'ancienne cité, donne une idée des délimitations de la ville il y a quelques siècles.
 
 
Un pont monumental, construit en 2003 dans un respect total de l'architecture traditionnelle, surplombe le grand canal qui mène au palais des congrès de Suzhou, sur l'autre rive, ouvert spécifiquement l'été 2004 pour accueillir la conférence sur l'héritage mondial organisé par l'UNESCO. A cette occasion, une exposition gratuite présentant tous les sites classés au patrimoine de l'humanité avait été ouverte.
 
Nous sommes en fin d'après-midi, et déjà, nous avons fais un tour important du centre-ville. Certes, nous avons pour l'instant occulté les jardins traditionnels épars, qu'un mois entier ne suffirait pas à visiter. Mais l'atmosphère si différente de cette cité chinoise historique, vous a, je l'espère, déjà rempli de sensations nouvelles. En Chine, il y a un proverbe qui dit "Au ciel, il y a le paradis. Sur Terre, il y a Suzhou et Hangzhou".
 
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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 08:37
Ma nièce Julie, du haut de ses dix-sept ans, avec son bac en poche, est arrivée en Chine le 26 août avec pour objectif de passer un an à l'université de Suzhou afin d'étudier le mandarin. Bien évidemment, sa Tata et son Tonton (Cai Li et moi-même, donc) se sont expressément déplacés à l'aéroport de Shanghai pour l'accueillir.
 
Depuis Suzhou, aller à l'aéroport de Shanghai est assez simple, même si celà impose de changer plusieurs fois de moyen de transport. Ce dimanche 26 août, nous avons du nous lever à cinq heures et demie pour prendre le premier train. Puis, en arrivant à Shanghai, il nous a fallu prendre le métro, et sortir à Long Yang Lu, l'avant dernière station, car celle-ci fait aussi office de gare pour le Shanghai Magnetic Levitation Train, appelé aussi Maglev, ou encore SMT. Porte à porte, il y en a pour deux heures, alors qu'en voiture, il faudrait presqu'une heure de plus.
 
 
Cai Li souhaitait depuis longtemps tenter l'expérience de ce Maglev, train unique au monde qui ne roule pas, mais qui est en suspension sur un champ magnétique. En éliminant les frottements, le train atteint une vitesse bien supérieure a celle du TGV, à... Quatre cent trente et un kilomètres à l'heure ! L'expérience est unique, et la prouesse technologique digne d'un film de science-fiction : le fonctionnement de ce véhicule en lévitation à quelques centimètres du sol est le même que ceux de la Guerre des Etoiles !
 
 
 
 
 
 
 
Le Maglev, c'est un test entre le centre ville de Shanghai et l'aéroport. L'idée, du fait de la superficie du territoire chinois, est d'en installer d'autres, et je lisais dernièrement qu'une ligne entre Shanghai et Hangzhou était prévue.
 
 
 
 
 
Cet accomplissement est le fruit d'une coopération sino-allemande, et Gehrard Shroeder s'était lui-même déplacé en décembre 2002 pour couper le ruban de l'inauguration.
 
 
 
 
 
Ce qu'il faut souhaiter, c'est que ce projet ne finisse pas comme le Concorde, transport supersonique fantastique... Mais gouffre financier rendant sa vulgarisation caduque.
 
 
 
 
 
 
 
 

La gare du Maglev est à la sortie de la station de métro de Long Yang Lu, et ressemble à un terminal d'aéroport. Les trains partent toutes les vingt minutes, et on achète son ticket à l'entrée pour cinq euros. Pour sept minutes de trajet, la somme est délirante (en rapport, une heure de trajet entre Suzhou et Shanghai dans un train conventionnel, coûte deux euros vingt maximum)... Mais pour la prouesse futuriste, et pour les impressions qu'on ressent, c'est dérisoire.

 

 
 
 On fait passer ses bagages dans un détecteur à rayons X pour accéder au quai en hauteur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arrivé au sommet des escalators, on croise des gardes de la sécurité, souriants, ainsi que des hôtesses en uniformes invitant les passagers à monter.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sur le quai ce matin-là, il y avait quelques laowais qui n'hésitaient pas à faire de la vidéo ou à prendre pléthore de clichés. Il est d'ailleurs étonnant de voir que les étrangers sont bien plus fascinés par le Maglev que les chinois, qui pourraient pourtant le revendiquer avec fierté : la plupart doivent en ignorer l'existence, et il a fallu que je me connecte sur le site www.smtdc.com pour montrer à Cai Li que son pays avait un train sans roues.
 
 
 
 
Les wagons du Maglev sont larges, propres, et sobres, sans avoir la déco tristounette du TGV, où tout est gris. L'intérieur et le design obusier extérieur ne sont pas sans rappeller le Shinkansen japonais. Les sièges sont bleus, les parois blanches, et un petit panneau lumineux au-dessus des sas d'accès indique la vitesse.
 
 

 

 

 

 

L'accès au Maglev n'est plus autorisé cinq minutes avant le départ. Et puis on sent un étonnant soubresaut, comme si le train s'élevait quelque peu dans les airs (l'analogie est anachronique, mais celà fait penser à une Citroën qui monte !). Par la fenêtre, on remarque alors qu'en effet, le wagon s'est quelque peu surélevé. Et c'est parti.

 

 

 

 

 

Du fait de cette lévitation, le train accuse très peu de coups, et le voyage s'effectue dans une douceur presque totale, eu égard à la vitesse atteinte. Dès lors que nous sortons de la gare, le trajet s'effectue en hauteur, un pont gigantesque ayant été construit jusqu'à l'aéroport de Pudong, à trente kilomètres, pour accueillir la voie.

 

 

 

 

 

 

 

 

La vitesse augmente petit à petit, et, étant en hauteur, avec cette douceur glissante, il est impossible de déceler que l'on va aussi vite. Seul l'écran au-dessus du sas permet de réaliser l'accélération : cinquante, cent, deux cent, deux cent cinquante, trois cent, trois cent cinquante... Jusqu'à quatre cent trente et un kilomètres à l'heure ! En jetant un coup d'oeil au paysage en contrebas, qui défile sereinement, tout comme à travers le hublot d'un avion, il semble impensable qu'une telle vitesse soit atteinte. Cai Li, à deviser la vitesse s'incrémenter sur le panneau lumineux, jubilait.
 
 
L'autre spécificité du Maglev, c'est la prise de virages, rappellant les montagnes russes, dont les cabines s'inclinent dans la direction dans laquelle on s'oriente, mais avec une douceur extrême : étonnant à expérimenter, mais qui donne là une véritable sensation de vitesse.
 
 
La décélération, comme l'accélération, se fait en douceur. Les sept minutes sont passées bien vite, à plus de quatre cent kilomètres heure, et nous arrivons déjà à l'aéroport de Pudong.
 
En sortant du train, nous avons droit au même sourire de l'hôtesse. Les chinois avancent dans le désordre habituel, et Cai Li et moi-même resterons parmi les étrangers, à prendre quelques clichés avant de remonter l'escalator. Un américain, avec un visage aussi enjoué qu'un gosse après un tour d'attraction à Disneyland, me lancera courtoisement "c'était fantastique, non ?"
 
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11 septembre 2007 2 11 /09 /septembre /2007 05:20
Le 29 juin, Cai Li a ouvert son magasin.
Le 29 juin, c'était son grand jour.
 
Depuis que je la connais, Cai Li n'a eu de cesse de claironner qu'elle rêvait de monter son propre magasin. Elle s'était renseignée à plusieurs reprises, mais systématiquement, préférait la sécurité d'un emploi humblement rétribué au vaste horizon libre de l'entreprenariat.
 
Et puis, grâce à son dernier patron, elle a franchi le pas : l'entendre hurler continuellement sans aucune autre raison que la jouissance d'asseoir un pouvoir illusoire a eu raison de son envie de faire de l'argent pour quelqu'un d'autre. Sur un pied de nez, elle lui a signifié son départ, épaules droites, poitrine bombée, et majeur tendu fermement.
 
Le montage du magasin ne s'est pas fait du jour au lendemain. Cai Li hésitait quant aux produits à vendre : maroquinerie, vêtements, lingerie... Et n'avait d'expérience sur aucun de ces marchés. Je lui ai alors recommandé de monter un magasin franchisé : elle n'aurait pas à effectuer de sélection de produits, ni de négociation avec chaque fournisseur, et en apprendrait suffisament sur le métier pour, à terme, voler de ses propres ailes.
 
Dans les semaines suivantes, Cai Li a reçu des annuaires de catalogues, les étudiant posément mais intensément. Mais quel choix opérer : lingerie ? Dentelle ou latex ? Fringues pour femmes ? Frusques pour hommes ? Luxe ou loques ? Même Excel saturait de ses calculs de rentabilité potentielle.
 
Et puis, le coup de chance : à l'occasion d'un dîner inattendu avec Lin Su Ming, une sous-traitante de Onesource, celle-ci nous annonce qu'elle souhaite monter un premier magasin très rapidement, qu'elle a trouvé le franchiseur ainsi que le local... Mais qui lui manque un partenaire. Cai Li et moi-même nous sommes regardés éberlués, pour finalement lui répondre que nous étions dans une démarche complémentaire.
 
Quinze jours plus tard, Cai Li et Lin Su Ming ouvraient leur magasin de vêtements pour adolescents. La petite était bien heureuse, et moi-même n'étais pas peu fier, sachant tout le boulot qu'elle avait accompli en si peu de temps : à la signature du bail, l'échoppe ressemblait à une cave, et deux semaines après, c'était un vrai magasin à la décoration moderne, avec connexion internet et tout le toutim. Plus égocentrique, le magasin est notre premier investissement grâce à Onesource, et j'ai été ému par cette réussite, après deux ans d'activité.
 
Voulant partager le bonheur de ma fiancée, j'étais présent à l'ouverture, et en ai profité pour réaliser le bref métrage ci-dessous, dans lequel Cai Li nous présente toutes les belles choses qu'elle vend. On y voit par ailleurs les traditions typiquement chinoises liées au démarrage d'une affaire.
 

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 10:43
Dimanche matin, je me suis levé vers sept heures, laissant Cai Li profiter d'une grasse matinée bien méritée. Le menton hirsute, les cheveux révoltés et l'oeil hagard, je rentre dans la cuisine, tout nébuleux, pour me servir un café.
 
Nous habitons au sixième étage.
J'ai fais un bond : il y avait un chinois en lévitation à la fenêtre.
 
La surprise s'est avérée mutuelle : la présence des occidentaux en Chine est modérée, et le tartempion jaune ne s'attendait pas à voir un être à la peau si blanche en caleçon.
  
 
Après m'être frotté les orbites, j'ai réalisé qu'il était assis sur une planche en bois reliée au toit de l'immeuble par une vieille corde usée. De chaque côté de la planche étaient disposés des pots de peinture. Et comme la sécurité est à mourir de rire dans l'Empire du Milieu, il n'était tenu par aucun harnais. Seul ce piètre siège de balançoire artisanale le séparait du sol, six étages plus bas. Et ils étaient quelques uns, ainsi suspendus à leurs balançoires de fortune, à différents endroits de la façade, le rouleau à la main.
   
                            
                          
Personne ne nous avait informé que le batiment allait être repeint. Et seuls les immeubles visibles depuis l'extérieur de la résidence ont bénéficié de ce rafraîchisement. Les autres ont conservé leur couleur vieille de deux décennies. C'est typiquement chinois : l'apparence est essentielle, mais aller jusqu'au bout de la démarche, avec un travail léché, est complètement accessoire.
 
  
Maintenant, depuis les deux artères qui bordent notre résidence, le quartier parait tout neuf. Mais il suffit d'y rentrer pour deviser des immeubles presqu'insalubres. La façade de carton-pâte est rutilante, mais les coulisses dévoilent la supercherie. Les apparences sont sauves : priorité chinois oblige, le quartier n'a pas perdu la face.
 
 
 
Au-delà de cette amusante façon typiquement chinoise de gérer la restauration de batiments en fonction de ce qui est seulement visible, et de cette sécurité inexistante pour les peintres (qui, eux-mêmes, ne réalisent pas le danger), voir leur méthode de travail avait de quoi étonner.
 
 
 
 
Du fait de la chaleur et des odeurs de graisse, nous n'avions pas fermé la fenêtre de la cuisine. Et ce matin-là, des tâches de peinture constellaient le carrelage. La démarche des peintres s'est avérée la même partout : ils ont repeint le batiment sans couvrir la moindre fenêtre. Depuis les rues, on ne remarque que des façades superbes. Mais au pied de l'immeuble, on sourit de voir toutes les vitres piquées de tâches de peinture.
 
 
 
Comme les chinois aiment faire le travail deux fois, le lendemain, ils sont revenus avec des raclettes pour décaper les plus grosses trainées, uniquement sur les fenêtres communes de la cage d'escalier.
 
 
Evidemment, ils ont cassé des carreaux.
 
 
Le résultat, c'est que les fenêtres des appartements étaient couvertes de peinture, et que certaines vitres de la cage d'escalier étaient brisées : made in China.
 
A l'entrée du batiment, dans un rayon de trois mètres, le sol et la végétation sont recouverts de petites tâches blanches, comme si il avait neigé. Et là, par contre, aucun ouvrier n'est repassé pour nettoyer les arbustes feuille par feuille. C'est tout aussi amusant à voir en plongée depuis le sixième étage, que depuis le pied de l'immeuble, où on a l'impression que quelqu'un a fait sauter un pêtard dans un pot de peinture.
 
 
Vu de loin, donc, notre appartement a pris de la valeur.
 
 
J'espère que la propriétaire n'aura pas le culot d'augmenter le loyer.
 
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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 13:49

Julie, c'est ma nièce de dix-sept ans. Il y a quatre ans, alors que celà ne faisait que quelques mois que je vivais à Suzhou, je l'avais invitée à passer une dizaine de jours en Chine, près de son tonton.
 
 
A l'époque, elle n'avait que treize ans, et m'avait impressionné : elle avait pris l'avion seule, pour la première fois de sa vie, avait réglé toute la paperasse liée à l'immigration, et avait récupéré ses bagages pour me rejoindre fraîchement à la sortie du terminal. Au même âge, je me serais senti perdu dans ce pays si différent. Elle, pas du tout. Et elle avait passé ces quelques jours à explorer l'atmosphère chinoise, en allant naturellement vers les gens, alors qu'elle ne parlait pas un mot de mandarin.
 
  
Dès son retour, elle a développé une fascination pour l'Extrême Orient, particulièrement le Japon, en partie via les mangas, qui restent son intense centre d'intérêt. A travers ses lectures ou tout autre media, elle s'est informée régulièrement sur l'Asie... Jusqu'à souhaiter y vivre une expérience au sortir du lycée. Elle me disait très justement que si elle ne le faisait pas dès à présent, elle n'allait pas le faire après être rentrée dans la vie active. C'était un peu maintenant ou jamais.
 
Elle s'est mise au chinois en autodidacte, et l'an dernier, quand Cai Li et moi-même sommes passés en France, elle lui avait rédigé une lettre en mandarin. J'en avais été d'autant plus estomaqué que, même si je me débrouille pour lire le chinois, je suis incapable d'en écrire un mot. Cai Li avait été particulièrement sensible à cet effort.
 
 
Cette année, alors qu'elle démarrait les révisions de son bac, elle m'a envoyé plusieurs messages pour avoir mon avis sur un séjour d'un an en Chine, afin d'étudier. Le Japon reste sa destination de rêve, mais tant le coût de la vie, que ma présence ici, rendaient la Chine plus accessible.
 
 
 
Tout s'est décidé très rapidement. Nous en avons discuté pendant quelques semaines, durant lesquelles elle a continué de bûcher pour son bac. Et, à l'obtention du diplôme, elle m'a recontacté avec tout un lot d'informations qu'elle avait pris auprès de l'université de Suzhou... Pour pouvoir finaliser le projet.
 
 
 
Le 26 août, Cai Li et moi-même nous sommes rendus à Shanghai pour la récupérer au pied de son vol. Immédiatement, elle s'est réappropriée le territoire, comme si il ne s'était pas écoulé quatre ans. Et égoïstement, je me dis que je suis un sacré veinard d'avoir un membre de la famille à mes côtés pendant un an. Pour un expatrié, c'est le plus gros luxe qui puisse s'offrir : ça n'a tout simplement pas de prix.
 
 
  
Julie et moi, nous avons un humble projet, sur lequel, hélas, nous n'avons guère planché pour l'instant, car il a fallu gérer toute l'intendance liée à son arrivée, et la cumuler à un agenda professionnel déjà copieux pour Cai Li comme pour moi. L'idée est de bénéficier de ce fabuleux joujou qu'est la vidéo numérique pour faire un reportage qui s'étalerait sur un an, et qui dévoilerait par le menu, l'expérience d'une adolescente française venant vivre en Chine pendant un an.
 
 
Si le film voit le jour, il est évident que nous en offrirons la primeur au lectorat du blog de l'expat, sauf, bien sûr, si Steven Spielberg nous fait une offre avant. Vous vous doutez bien que j'essaye de le contacter quotidiennement, mais pour une raison qui me dépasse, il ne donne pas suite.
 
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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 06:20
Par l'intermédiaire du blog de l'expat, j'ai reçu en février la candidature d'un français de vingt trois ans qui terminait quatre ans d'études en commerce international en Oklahoma. Au-delà de son diplôme, en adéquation avec les besoins de Onesource, et de son expérience aux Etats Unis, David Pomies est un athlète de haut niveau. Il m'annonçait sans mentir que si il n'avait pas eu à se concentrer sur son devenir professionnel, il aurait participé aux Jeux Olympiques de Pékin. J'ai été d'autant plus impressionné que ma participation à l'évènement se limitera à un avachissement sur mon canapé, à regarder la cérémonie d'ouverture avec une bière à la main.
 
Mon premier instinct me dictait de renvoyer une réponse polie façon "merci de votre intérêt, on vous écrira". J'y ai toutefois réfléchi plus en avant, réalisant que multiplier par deux le staff de Onesource (jusque là, je travaillais seul) pourrait apporter une bien meilleure dynamique à l'activité. Et humainement, c'est toujours plus agréable de travailler à deux que d'avoir à se dépétrer tout seul des problèmes quotidiens.
 
J'en avais fais part à Cai Li, qui reste ma confidente professionnelle, et qui s'avère toujours de bon conseil. Elle sait que j'ai intégralement consacré ces deux dernières années à Onesource pour m'assurer que nous mangions à notre faim, et elle s'est dit qu'avoir quelqu'un à bord, si il était un peu malin, pourrait allèger mon labeur. Et puis la motivation est d'autant plus importante dès lors qu'on entretient une émulation avec quelqu'un qui veut s'accomplir dans le travail.
 
J'ai donc finalement invité David à me rejoindre.
 
Quand j'ai commencé à travailler, j'avais l'âge de David, et mon patron avait mon âge. C'est à ce patron, au côté du quel j'ai travaillé pendant huit ans, que je dois en grande partie l'expérience qui m'a permis de développer Onesource. Partant de ce constat, recruter était un passage de relai naturel, communiquant le savoir qu'on m'avait communiqué au même âge.
 
 
Le 16 août, j'ai pris le train pour Shanghai, puis le métro et le maglev, pour atteindre l'aéroport et récupérer ce nouveau membre de Onesource.
 
David s'est immédiatement plu, dès son arrivée à Suzhou : l'exotisme chinois dépassait son imagination. Lui-même me confiait que la quantité de nouvelles sensations à chaque instant lui procurait un vertige toujours ennivrant, mais jamais saoulant. Son logement, bien qu'humble en comparaison d'un appartement occidental, l'a séduit dès qu'il en a franchi l'entrée. Son quartier traditionnel, avec ses ruelles pavées, ses habitations typiques, et son flot constant de vélos, l'a conquis.
 
Sachant que la société allait augmenter son personnel de cent pour cent, j'ai loué un bureau à un sous-traitant. C'est une situation transitoire, et au solde de sa période d'essai de trois mois (dont l'aboutissement, et je peux dès à présent l'admettre sans risque, devrait s'avérer positif), nous déménagerons dans un bureau propre. A priori, le duo de choc que nous formons, composé d'un sportif et d'un créatif, devrait réussir.
 
Je ne reste pas plus longtemps derrière le clavier, car David et moi-même avons beaucoup de travail si nous voulons atteindre notre objectif : prendre notre retraite dans dix ans. Les entrepreneurs restent de grands rêveurs.
 
David, c'est le bellâtre à droite. Ah oui, si l'agence de sourcing ne se développe pas, on pourra toujours en monter une de mannequinat.
 
 
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