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Si vous venez pour la première fois sur le blog, je vous invite tout d'abord à faire connaissance ci-dessous...
J'ai eu le coup de foudre pour la Chine comme on a le coup de foudre pour une fille.

C’était en 1998, à la descente de l’avion, à l’occasion d’un premier voyage. A la seconde où mes pieds ont touché le tarmac, toutes mes interrogations liées au bonheur ont trouvé une réponse spontanée : le bonheur, c’est d‘être ici. A cet instant précis, j’ai su qu’un jour, je viendrais y vivre.

En 2003, après une période de maturation nécessaire, le rêve de l’expatriation est devenu une réalité. Vous raconter qui j’étais avant, et ce que je faisais en France, en dehors de l’attente du départ pendant toutes ces années, est sans intérêt. Mon quotidien en Chine, je le rêvais, tout le temps.

Ce qu’il faut que vous sachiez sur moi, c’est que j’étais venu pour ça : je suis venu pour cette atmosphère dans les rues. Je suis venu pour ces couleurs. Je suis venu pour le sourire des humbles. Je suis venu pour les lumières de la nuit. Je suis venu pour l’assourdissant trafic constant. Je suis venu pour cette population de fourmilière, partout, tout le temps. Je suis venu pour ce pays débordant de vie. Je suis venu pour ce pays qui ne s’arrête jamais.

Et après quelques années passées en Chine, comme dans n’importe quelle histoire d’amour, la passion a fait place à l’habitude.
Je suis parti à la recherche de la différence, et je suis resté pour aboutir la compréhension de moi-même, pointé du doigt que je suis par les locaux, avec ma couleur de peau différente ; la couleur de mes yeux, différente ; ma texture de cheveux, différente ; l’expression de mon visage, différente. Je suis resté pour cette culture plurimillénaire, qui perdure. Je suis resté pour cette indigence, tellement présente qu’elle en devient transparente. Je suis resté pour cette richesse due à une explosion économique exponentielle. Je suis resté pour cette cohabitation constante entre une pauvreté quart-mondiste et une modernité high-tech. Je suis resté pour cette ambiance, où la frénésie à faire des gains financiers pharaoniques côtoie des outils ancestraux.

Je vis à Suzhou, dans la province du Jiangsu, à 90 kilomètres de Shanghai, et à 1500 bornes de Pékin. Mon nom chinois, c'est Ke Lin. Depuis l'été 2005, je vis avec Cai Li, que j’ai épousé en septembre 2009. Depuis le printemps 2005, j'ai monté ma société de représentation, Onesource Agency.

- Exotisme au quotidien : relate toutes les anecdotes surprenantes et amusantes liées à la différence culturelle. Rien dans les guides touristiques ne prépare à ces situations quotidiennes étonnantes, à des encablures de ce que l'on peut vivre en Occident.

- Société contemporaine :
 la Chine est en pleine mutation, s'ouvrant sur le monde, jouissant d'une explosion économique unique. Cette rubrique est le témoin de cette évolution vers la modernité, sur un mode explicatif, analytique, mais aussi sympathique... Et souvent exotique.

- Traditions millénaires :
 comment les traditions ont-elles perdurées ? De quelle façon évoluent-elles dans un contexte de modernisation ? Accessible depuis peu, la Chine reste très mystérieuse, et cette rubrique propose d'en explorer les coutumes, recensant par ailleurs quelques carnets de voyages.

- Vidéo :
passionné de cinéma depuis l'enfance, je vous propose quelques courts-métrages, montés en vidéo numérique, dont notamment la série de reportages « en Chine avec l’expat ».

16 août 2006 3 16 /08 /août /2006 10:28
Aujourd'hui, je déroge à la règle fondamentale de mon blog, qui est de relater exclusivement mon expérience en Chine. Mais je connais une histoire si belle, si romanesque, tellement emplie d'amour, et surtout, dont la conclusion est le plus beau message d'espoir pour ceux qui se sentent seuls... Que je ne résiste pas à l'envie de vous la raconter. Après tout, les règles, c'est comme les bonnes résolutions : elles ne tourmentent que si on les appliquent.
 
Cet été, Cai Li et moi sommes passés en France, pour un peu moins de trois semaines. C'était le premier voyage de la demoiselle hors de Chine, et elle n'avait jamais pris l'avion. Autant vous dire qu'elle a vécu l'aventure de sa vie. J'y reviendrais certainement dans un autre billet, tant il y a de choses à raconter dans la confrontation culturelle... Et qui devraient amuser.
 
Je me déplace normalement en France une fois par an, à l'occasion des fêtes de fin d'année, histoire d'en savourer la chaleur familiale. Cette année, j'ai aussi dérogé à cette règle (mais il ne faut pas croire que c'est une habitude), car mon meilleur ami, mon vieux poteau Edouard, que je connais depuis une bonne vingtaine d'années, se mariait. Au-delà du fait que j'étais témoin, il était impensable de ne pas partager le plus beau jour de sa vie.
 
Par ailleurs, son histoire avec Elodie, son épouse, est loin d'être banale, et reste l'aventure la plus romantique que je connaisse... Alors que celle-ci a commencé il y a treize ans maintenant.
 
En 1993, Edouard rencontre Elodie, alors que tous deux étaient étudiants. Ils tombent amoureux l'un de l'autre, et démarrent une relation passionnée. Ils avaient alors tous deux une vingtaine d'années. Après quelques mois seulement, ils décident de vivre ensemble.
 
Hélas, après presque trois ans, ils se séparent... En mauvais terme. L'amour était là... Et si leur relation n'a pas tenu à l'époque, c'est du fait d'une certaine jeunesse, et d'une innocence qui amène à croire qu'éprouver des sentiments intenses suffit à construire. Avec l'âge, et l'acquisition d'une certaine maturité, on réalise qu'aimer est un verbe qui doit, dès le départ, se conjuguer au futur, et jamais au présent.
 
Depuis leur séparation, j'ai vu Edouard changer, et batir, étape par étape, l'homme qu'il est devenu. A l'époque de leur rupture, celui-ci assurait son service militaire à la Croix Rouge, très efficacement... Mais n'était pas encore dans une période de construction. Son rêve, son aboutissement, depuis le sortir de ses études, c'était de monter sa propre entreprise.
 
Suite à la rupture, et à la fin de son service, il a voulu changer d'air. Il est parti tout d'abord sur Paris, où il a vécu différentes expériences professionnelles, qui l'ont rassuré dans l'idée que son objectif restait l'entreprenariat. Puis il est parti sur Lilles... Où, après une expérience en entreprise, il a décidé, finalement, il y a maintenant quatre ans, de sauter le pas, et de monter sa propre structure. Capensis était né. Vous pouvez visiter le site de la société à www.capensis.fr.
 
Les premières années ont été dures, comme pour n'importe quel entrepreneur qui n'a pas la chance de démarrer son activité dans un pays aussi économiquement euphorique que la Chine. Il a du se battre, à chaque instant, sans baisser les bras, pour assurer la pérénité de la société, la sécurité de son équipe, et la satisfaction de ses clients. Et des moments difficiles, il en a eu.
 
Durant ces années, qu'il soit à Tours, dont nous sommes originaires, à Paris, ou à Lilles, à chacune de nos retrouvailles, dès lors que nos soirées s'allongaient lascivement autour d'une bonne bouteille, Edouard évoquait Elodie, prouvant à quel point il avait mal vécu le manque d'aboutissement de leur relation. Simplement, elle était encore là, chaque jour, à chaque instant, à chacun de ses pas, derrière chacune de ses pensées.
 
L'intensité de ses souvenirs m'avait toujours d'autant plus frappé qu'Edouard et moi avions vécu des histoires similaires, au même moment. Lui et Elodie s'étaient séparés précisément le 21 juillet 1996, après trois ans de vie commune, et une semaine auparavant (un 14 juillet que j'aurais du mal à oublier), ma petite amie de l'époque, dont j'étais éperduement amoureux, et avec qui je vivais aussi depuis trois ans, rompait.
 
Au solde de ma rupture, je m'étais enfoncé dans une effroyable tristesse dont je ne me remettrais qu'un an après... En tournant la page petit à petit. Edouard, lui, n'a jamais cédé à la tristesse, et a su, dès la séparation, canaliser ce désespoir en une rage constante de s'en sortir, de se construire, et de se surpasser. J'ai trouvé mon salut dans la diversité des expériences, principalement les voyages et l'écriture. Edouard, lui, a transformé tout ce réservoir d'énergie négative en un propulseur fabuleux, qui l'a amené à tenir les rennes d'une PME.
 
Lors de nos retrouvailles durant toutes ces années, Edouard réussissait même, tant nos histoires avaient été liées, à me faire part de souvenirs concernant ma propre relation... Que j'avais moi-même oublié ! Même si Edouard s'est construit par rapport à celà, cette tenacité mémorielle prouve à quel point, même dix ans après, il ne l'avait pas acceptée. Tout simplement, c'était avec Elodie qu'il avait voulu construire son existence... Et ce sentiment là n'a jamais changé. On dit toujours que le temps cicatrise les blessures sentimentales... Edouard est l'exception.
 
Au début de l'an dernier, lors d'un de mes passages en France pour les fêtes, je suis passé à Lilles, histoire de revoir Edouard. Capensis commençait à se stabiliser, et il était toujours célibataire. Et lors d'un de nos dîners... Il est reparti à reparler d'Elodie. Pour ça, il était fantastique : depuis 1996, je n'ai jamais eu besoin de mettre le sujet à l'ordre du jour. Il l'évoquait dans tous les cas.
 
Mais ce qui avait changé, en janvier 2005, c'est que, par le biais d'un site internet recensant les copains de classe, il était tombé par hasard sur Elodie, et qu'il avait bien l'intention de la revoir. Quand Edouard m'en a parlé, c'était avec une certaine hésitation, me demandant si "ça ne me dérangeait pas". Moi, l'histoire que j'ai vécu en couple quand j'avais vingt ans était enterrée depuis bien longtemps. Mais celà prouve à quel point, pour lui, elle était restée vivace au coeur.
 
Je suis rentré en Chine, et Edouard a continué à m'informer, m'annonçant que quand Elodie l'a revu, elle a plaqué l'existence qu'elle menait, pourtant en cours d'aboutissement, et est venue directement s'installer à Lilles, avec Edouard. Et je crois me souvenir que c'est en mai de la même année, cinq mois plus tard donc, qu'il l'a demandé en mariage... Et qu'elle a accepté.
 
Cinq mois, celà peut paraitre bref. Mais ce n'est pas la bonne façon de compter. Leur histoire a commencé en 1993, s'est interrompue en 1996, et depuis, tous deux nourrissaient les mêmes besoins de retrouvailles. Pour Elodie, Edouard était le seul homme avec lequel elle avait jamais envisagé de passer son existence, et pour Edouard, vieillir aux cotés toute autre personne qu'Elodie n'avait aucun sens. Alors, bien au contraire, dix ans, je trouve que celà fait long !
 
Entretemps, l'un est l'autre s'étaient construis, individuellement, se retrouvant avec un capital d'innocence nul, mais avec un apport d'expérience et de maturité qui cimentera à jamais leur passion. Malgré les années, la distance, les expériences variées, la construction professionnelle... L'amour était resté intact.
 
Pouvez-vous imaginer celà, vous ? Attendre la même personne pendant dix ans ? Sachant particulièrement qu'entre vingt en trente ans, il s'agit d'une période de la vie où l'on construit le plus d'expériences nouvelles, où l'on détruit toute sa naïveté ? Et pouvez-vous imaginer celà, que la personne que vous attendez, durant toutes ces années, malgré sa propre construction, vive dans la même attente ?
 
Depuis qu'ils ont décidé de se marier, j'ai raconté plusieurs fois à Edouard, lors de nos correspondances par email, que leur histoire avait traversé l'Oural, l'Himalaya, et le Désert de Gobie, car dès lors que je rencontre des gens qui sont dans la solitude sentimentale, je leur raconte l'aventure romantique et véridique d'Edouard et Elodie, pour leur faire comprendre que la vie ne s'arrête pas, et que l'espoir est toujours permis, si il reste moteur d'une construction.
 
Ils se sont retrouvés, se sont mariés, et leur histoire est terminée. Terminée ? Et bien non, justement, et c'est en celà que c'est fantastique : elle ne fait que commencer.
 
Le romantisme à la française est une image d'Epinal qui s'exporte bien. Et quand Cai Li m'a entendu lui raconter l'histoire d'Edouard et Elodie, il était clair pour elle que, même si celle-ci reste fantastique, elle ne pouvait être que française. C'est tout simplement la plus belle histoire.
 
Je vous invite à voir les clichés des noces, en deux étapes : mariage civil et célébration entre intimes, et mariage religieux avec toutes les festivités d'usage.
 
 
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Published by Christophe Pavillon - dans Société contemporaine.
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9 juillet 2006 7 09 /07 /juillet /2006 15:53
Wang Ke Rong et moi-même sommes allés déjeuner avec Joe, un australien d'origine italienne, qui vient de rejoindre notre équipe... Pour le moins internationale.
Pour un occidental, la traduction anglaise du menu est souvent génératrice d'une crise de rire carabinée. Ce menu "anglais" propose nottament cette appêtissante "water salad", soit "salade à l'eau", ou encore d'inoubliables "garbage sandwiches", soit "sandwiches aux ordures". Malgré l'irrésistible tentation de succomber aux attraits gustatifs de mets aussi raffinés, nous avons commandé autre chose.
 
Après avoir essuyé nos larmes de rire face à une serveuse chinoise et dubitative, Joe et moi en sommes arrivés à évoquer les prénoms anglais que les chinois se choisissent.
 
Car en Chine, la plupart des individus éduqués souhaite avoir un prénom anglais. Dans le business, celà facilite la communication avec les étrangers, et surtout, ça fait plus cool. Par ailleurs, la phonétique chinoise permet difficilement à un occidental de prononcer correctement les noms chinois, et encore moins de s'en rappeler. Même Cai Li, avec qui je vis depuis près d'un an, s'amuse parfois à m'entendre prononcer son prénom.
 
Et il m'arrive souvent de rencontrer des locaux qui me demandent de leur trouver un prénom anglais. De même, quand j'explique que mon prénom est Christophe, les chinois trouvent celà imprononçable, et me demandent si je n'ai pas un nom anglais. Le résultat, c'est que presque tout le monde m'appelle soit Chris, soit Ke Lin.
 
Pour le côté amusant et bilatéral de la démarche, beaucoup d'expatriés demandent aussi à leurs amis locaux de leur trouver un nom chinois. Ainsi, "Ke Lin" est une sinisation phonétique de "Chri", les quatre premières lettres de mon prénom. Les chinois ne savent pas prononcer le "r", et celui-ci s'est transformé en "l". De "Chri", on est passé phonétiquement à "Kli", pour finir à "Ke Lin". "Ke" n'a pas de signification, et "Lin" veut dire "bois", dans le sens de la petite forêt, symbole de la sagesse naissante, et aussi d'une certaine prospérité, car en Chine, tout est codifié, et la superstition est tellement délirante que même les noms doivent porter chance.
 
Ici, il n'y a pas de Saints au calendrier. En mandarin, les noms sont issus du vocabulaire usuel... Et sont toujours connotés. C'est là que c'est amusant, car les chinois ne savent pas que les prénoms anglais ne sont pas des noms communs ou des adjectifs.
 
1°/ Les prénoms pragmatiques :
 
Dans la précédente entreprise où Joe travaillait, un manager avait décidé de s'appeler en anglais "Table"... Car c'est sur lui que tout reposait. Une de ses collègues, très ambitieuse, voulait se faire appeler "Reach", soit "atteindre".
 
Je suis en relation avec une commerciale qui se prénomme "Memo", pour bien montrer que dans ses tâches administratives quotidiennes, elle n'omet rien. Il y en a aussi des plus mercantiles, comme cet effroyable businessman, qui a souhaité se faire appeler "Money". Son nom de famille étant "qian" ("argent" en chinois), lire "Money Qian" sur une carte de visite quand on bredouille tant l'idiome de Shakespeare que celui de Confucius occasionne un sourire.
 
2°/ Les prénoms poétiques :
 
J'ai connu une demoiselle qui avait décidé de s'appeler "Piano", et une responsable en communication qui se prénommait "Snow" ("neige"), malgré son anatomie extrême orientale et sa peau matte. Au même titre, j'ai eu une correspondante qui a décidé de s'appeller "Echo". J'ai aussi rencontré un "Bonar" qui, malgré l'optimisme que présage son prénom, était impitoyable en affaires.
 
J'ai rencontré je ne sais combien de Sunny ("ensoleillé" en anglais), tant des hommes que des femmes. Le meilleur reste mon poteau Sun Ming Shan. Son nom de famille étant Sun (les chinois mettent le nom de famille avant le prénom), il se fait donc tout naturellement appeller Sunny Sun.
 
3°/ Les prénoms étonnants :
 
J'ai eu aussi dans mes relations des gens qui avaient sélectionné des noms de villes. J'ai connu un Vegas Zhou (qui était très joueur), ainsi qu'une Athena Guan (qui ne portait pas de sous-vêtements).
 
J'ai aussi connu un prophète, acessoirement commercial dans une usine de vélos électriques, et qui a eu le bon ton de s'appeller Abraham Gu.
 
J'avais un collègue qui s'appellait Kimi, et qui ne cessait de me soutenir mordicus qu'il s'agissait d'un prénom anglais. A mon avis, sa grand-mère a eu une aventure avec un soldat japonais il y a une soixantaine d'années.... Et il en a conservé un certain atavisme.
 
Le meilleur reste ce fournisseur, qui m'a indiqué que son prénom anglais était "Abobo". Me demande bien où il est allé le chercher, çui-là.
 
Pour la plupart des chinois, le monde est partagé en deux : la Chine, et l'étranger. Et tous les étrangers sont anglicistes de naissance. Dès lors qu'un prénom n'est pas chinois, il est fatalement anglais. Une petite cantonnaise me disait que son prénom anglais était Gretchen. Elle n'était ni blanche, ni blonde, ni opulente, et n'avait pas les yeux bleus.
 
Les chinoises, dont le panagérique de la pureté n'est plus à faire, s'entêtent pourtant parfois à trouver des prénoms redoutables. J'en ai connu deux, très proches affectivement.
 
La première, c'est Xiao Xu, ma petite soeur. Son nom chinois est Xu Rong, Rong étant son prénom. Elle souhaitait quelque chose qui s'en rapproche. Moi, je lui avais proposé Rose. Mais non, ça ne lui plaisait pas. Elle, elle tenait à s'appeller Rooney ! Comme Mickey Rooney ! Vous verriez la petite bombe exotique qu'elle est... Difficilement comparable avec Mickey Rooney ! Autant vous dire que je me suis tellement fais vibrer la glotte en l'entendant me répéter qu'elle s'appellerait dorénavant Rooney Xu, qu'elle a finalement changé pour Cindy, qui n'a rien à voir ! La seconde s'appelle Sun Zi Ling, et malgré sa pudibonderie conservatrice, elle avait choisi Ruth comme prénom anglais... Tout un programme !
 
J'ai aussi connu un Nicole. Oui, oui, j'ai bien écris UN Nicole. Même si le prénom est définitivement féminin, le jeune homme avait trouvé ça très joli.
 
4°/ Les prénoms superstars :
 
Un hongkongais que j'ai connu s'appelait Monsieur Pan, et il avait évidemment choisi Peter comme prénom. Difficile de faire du business avec un enfant qui ne veut pas grandir.
 
Chan est un nom de famille très commun en Chine : c'est leur Dupont-Durand. En trois ans, je ne sais combien de Jacky Chan j'ai pu rencontrer. Mais aucun ne faisait du cinéma à Hong Kong.
 
Et puis j'ai eu un bon copain, lui aussi cinéphile, et qui avait choisi "Cruise" comme prénom, prétextant que "Tom" était trop banal.
 
J'ai gardé le meilleur pour la fin, car ce prénom anglais suscite en moi les plus vives conjectures : Mister Yang a décidé que son prénom anglais serait "Krshm". Non, il n'y a pas de faute de frappe... Mais personnellement je n'ai jamais rencontré qui que ce soit dont le prénom ne comporte pas de voyelles !... Et tenter de le prononcer correctement reste une gageure.
 
Les chinois font l'amalgame entre la structure de leur langue, et celle des langues occidentales. Le mandarin est une suite de signes, qui sont tous lisibles indépendament. En Occident, c'est l'association voyelles et consomnes qui permet une lecture. Pour les chinois, à partir du moment où il s'agit de lettres occidentales, n'importe quel étranger peut les lire. Et vous n'imaginez pas le nombre d'adresses emails que j'ai un mal fou à retranscrire, tant elles commencent par une succession de lettres telles que "ymxwzj@...".
 
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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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15 juin 2006 4 15 /06 /juin /2006 09:19
Je ne cesse de le répéter : Cai Li, ma petite amie, est la petite amie la plus merveilleuse de disponible sur le marché. Malgré tout, et je m'en amuse plus qu'autre chose, elle conserve quelques habitudes cent pour cent chinoises qui me rappellent à quel point nous sommes différents. Elle, bien évidemment, ne s'en rend pas compte : elle est née comme ça, a été éduquée ainsi, et réalise que, partout à travers le monde, nous ne sommes pas culturellement formatés pareil, uniquement dès lors que je n'applique pas les mêmes règles qu'elle. Et il y en a quelques unes qui valent le détour.
 
1 - Le crachat du matin :
 
Cai Li, c'est un régal à l'âme. La première chose qu'elle fait, quand elle ouvre les yeux le matin, c'est s'étirer avec un sourire large jusqu'aux oreilles, preuve que c'est une nouvelle et belle journée qui s'annonce.
 
Par contre, la deuxième chose qu'elle fait, alors que je suis encore tout vaporeux et atablé à mon premier café, c'est de s'enfermer dans les toilettes pour balancer les premières glaires matinales au fond de l'émail. Et là, par contre, ça brise le charme. Il ne s'agit pas d'un petit bruit de crachat-crachin, comme une balle propulsée avec un pistolet à silencieux. Non. Il s'agit d'un amas de molards éjecté au canon de campagne, dans un raclement de gorge tellement terrible que le doux ange doit à chaque fois frôler le décollement de glotte.
 
Il ne s'agit pas d'une exception. C'est tout simplement culturel. Vous n'imaginez pas le nombre de chinois que j'entends faire ce rafut dégoutant dans la rue, sans la moindre gêne, avant de cracher sur le trottoir. C'en est arrivé à un point que, à la différence de ma première année en Chine, où j'en souriais, maintenant, celà me donne presque la nausée, et constitue dans tous les cas une forme d'agression sociale. Quand j'entends Wang Ke Rong faire celà, prétextant qu'il a un sale goût dans la bouche car il a fumé une cigarette, alors qu'il est non-fumeur, j'ai le sentiment qu'il y a souvent, chez les chinois, un besoin d'une gestuelle les rendant intéressants.
 
2 - Le pécu dans la corbeille :
 
Il y a deux jours, alors que j'étais concentré derrière le PC, Cai Li arrive vers moi, le regard pincé, comme prête à me houspiller froidement. "Ke Lin, viens donc voir par là" me dit-elle, sur le ton glacé du reproche. Moi, je me demandais bien ce que j'avais encore fais, et accessoirement, avais d'autres chats à fouetter.
 
Elle m'amène alors, main dans la main, jusqu'aux toilettes, et me fait deviser en plongée la profondeur abyssale de la cuvette. Et là, j'y vois flotter, en pitoyable radeau de la méduse sanitaire, un morceau de papier toilette, dont je m'étais servi. Désignant le trou avec virulence, elle me demande "c'est quoi ça ?", ce à quoi, n'y allant pas par quatre chemins, je lui réponds en substance ce que je viens de vous écrire, à savoir "un morceau de papier toilette dont je me suis servi". Jusque là, je n'y voyais rien d'anormal... Et pourtant, je savais pertinnement où elle voulait en venir.
 
Cai Li désigne alors une corbeille, entre le lavabo et la cuvette. Cette corbeille déborde de pécu... Usagé. C'est une habitude, typiquement chinoise, que j'avais déjà remarqué : quand les chinois vont aux toilettes, ils mettent le papier qu'ils ont utilisé dans une corbeille, plutôt que de le faire disparaitre dans le tumulte cyclonique de la chasse d'eau. Moi, je n'ai jamais réussi à m'y soumettre. Je trouve ça peu hygiénique, pas foncièrement bon pour l'environnement sanitaire, et surtout, foncièrement dégueulasse. Et j'ai toujours fermé les yeux avec une moue de dégoût quand il fallait changer le sac de la dite poubelle. En plus, ces sacs ont l'innovation délicate, avec leur transparence totale, permettant tant aux voisins qu'aux éboueurs de connaître l'état de nos difficultés digestives. Et je n'oserais même pas évoquer l'état de la corbeille, en plein été, avec la chaleur et l'humidité environnante.
 
Evidemment, ma réponse a été directe et sans concession : il reste hors de question que je mette mon pécu plein de merde dans la corbeille. Il ira au fond du trou, comme nous tous un jour. Cai Li ne comprend pas l'intérêt hygiénique de la chose, prend celà pour de la pudeur snobinarde, et y voit plutôt une lubie anti-pragmatique et anti-plombière, qui pourrait générer l'encombrement de la tuyauterie. Pour moi, il n'y a que les porcs qui se complaisent dans leurs déjections.
 
Mais là où Cai Li m'a bien eu, c'est en me demandant si, en Europe, les filles mettaient leurs tampons et serviettes usagés dans les toilettes. Et j'ai bien été obligé de lui répondre que non, elles les mettaient à la corbeille. Bref, même si la droiture de mes propos concernant l'hygiène liée au stockage du pécu merdeux lui paraissait justifiée, elle a trouvé que nous autres, les occidentaux, n'allions pas au bout de notre démarche, et faisions preuve d'un indubitable manque de cohérence.
 
3 - Les légumes au sol :
 
Cai Li, il faut la voir s'activer derrière les fourneaux, avec la vélocité bourdonnante d'une abeille, dès lors qu'il s'agit de préparer le repas du soir.
 
Par contre, elle a une habitude qui me dépasse. Elle range les légumes par terre. Non, non, je ne plaisante pas. Plutôt que de profiter de l'espace frais du réfrigérateur, elle préfère laisser traîner tous ces beaux légumes, achetés sur le marché exotique du coin, sur le carrelage froid et dégoutant de la cuisine. Nous logeons dans un vieil appartement chinois période fin Mao Zi Dong, début Deng Xiao Ping, dont l'isolation est à mourir de rire (ils s'agit de carreaux de verres rivetés à des tasseaux métaliques tellement rouillés que j'ai peur de choper le tétanos rien qu'à les regarder, et dès lors que j'ouvre une fenêtre, le "joint" se fragmente et s'écrase six étages plus bas, dur comme le roc), avec une poussière constante, même avec un nettoyage plurihebdomadaire. Le sol donne l'impression de n'être jamais propre, tant y sont imprimées des traces de terre emportées par nos chaussures, mêlées d'eau, d'huile et de graisses ayant servi à la confection brutale de petits plats chinois. Même les joints entre les carreaux au sol sont irrécupérables, tant ils sont chargés de graisse depuis des lustres. Et c'est dans cet espace que Cai Li laisse traîner les légumes.
 
Je lui ai fais la remarque, lui faisant comprendre que, même si elle les nettoyait avant de les cuire, non seulement nous avions de la place dans le frigo, mais aussi et surtout, ce n'était peut-être pas très bon pour la santé. En réponse typiquement féminine, elle a chaque fois acquiescé du chef... Et n'y a rien fait. Dans un sens, elle a bien raison, et je trouve qu'elle devrait aller jusqu'au bout de la démarche, en mettant tous les aliments par terre. Nous gagnerions du temps à lapper le sol, et celà nous éviterait la lassante étape du nettoyage de la vaisselle. Je trouve même qu'elle devrait cuisiner par terre. Celà nous permettrait de gagner de l'espace, en nous débarassant d'un mobilier bien inutile, que nous n'aurions par ailleurs plus besoin d'éponger après avoir cuisiné. Non, force est de reconnaître le coté pratique de la démarche. Et puis, cet été, quand nous aurons à nouveau des cafards, celà permettra de ne pas avoir à rajouter des noix et des croutons dans la salade.
 
4 - Le nettoyage des pieds :
 
Dans la série des incompréhensions culturelles, il y a une autre petite anecdote liée à l'hygiène qui vaut son pesant de riz. Tout d'abord, Cai Li prend rarement une douche le matin, privilégiant le soir. Et quand Cai Li a la flemme de prendre sa douche le soir, elle se lave les pieds.
 
Ainsi le soir, je la vois rentrer dans la chambre avec sa bassine d'eau tiède, s'asseoir face à la télé, le bas du falsard relevé, à faire tremper ses pieds pendant dix minutes. Et d'une, je trouve que la démarche n'est pas des plus charmantes, et de deux, je me fais engueuler car moi, je n'arrive pas à me résigner à le faire. Il ne faut pas m'en vouloir : je n'ai jamais eu pour habitude, en trente-quatre ans, de me laver les pieds avant de me coucher.
 
5 - L'aérophagie :
 
A l'instar de ses compatriotes, Cai Li ne manque pas d'air. Et, elle n'a de cesse de me prouver cette spécificité culturelle en éructant dès que le besoin s'en fait sentir. C'est une femme conservant le rôt discret, ce qui n'est pas toujours le cas des autres chinois. Elle reste souvent la bouche ouverte, et dès lors qu'on s'entretient très sérieusement avec elle, si un rôt se présente, elle le laisse s'échapper, sans battre un cil, avec une concentration idoine envers son interlocuteur. Ca, c'est amusant. Ce qui l'est moins, c'est quand elle a son visage à moins de cinq centimètres du mien, et qu'elle me rôte à la face, comme si c'était quelque chose de normal.
 
Comme pour la totalité des expatriés que j'ai rencontré, la Chine m'a gratifié des difficultés digestives que mon stomatologue a vulgarisé à mon esprit béotien en l'intitulant "de l'air dans le ventre". Cai Li, depuis qu'elle me connaît, connaît aussi mes problèmes chroniques. Depuis que je lui ai fais part du verdict médical, elle a décidé qu'elle aussi, avait des trop-pleins d'air... Ce qui lui fournit depuis l'excuse idéal pour rôter. Très sincèrement, je m'en fous, pour peu qu'elle s'abstienne de le faire à bout portant.
 
6 - L'attachement aux prérogatives ménagères :
 
Cai Li, elle vrombit. Tout d'abord, je la sens très à l'aise dans les activités ménagères, même si, célibat endurci oblige, je suis maniaque pour pas mal de choses, et que je trouve qu'elle a une facilité naturelle à croire que la couche de crasse fait partie de la couleur d'origine du mobilier. Pendant les vacances du nouvel an chinois, alors qu'elle s'était absentée chez ses parents, j'avais nettoyé l'appartement. Quand elle est rentrée, elle a remarqué le récurage, mais n'a osé le mentionner, par peur de passer pour une mauvaise femme d'intérieur.
 
Cai Li prend très au sérieux ses prérogatives ménagères. Comme moi-même, prendre en charge ce genre de tâches ne me dérange pas, lorsqu'elle voit que j'ai fais un peu de rangement, elle s'empresse d'emboîter le pas, et de nettoyer autre chose, afin de montrer que celà lui incombe. Quand je rentre de voyage, elle veut gérer le vidage de mes valoches. Il faut à chaque fois lui faire comprendre que c'est à moi de le faire. De même, elle s'en veut quand elle n'a pas préparé à dîner, alors que, si mon banquier approuvait, nous irions au restaurant tous les jours.
 
7 - La cuisine occidentale :
 
J'aimerais bien pouvoir cuisiner de temps en temps, par plaisir tout d'abord (tant de passer un peu de temps derrière les fourneaux, que de manger occidental), et aussi pour que Cai Li n'ait pas à le faire constamment. Mais voilà, Cai Li a un problème viscéral avec la nourriture occidentale. Tout d'abord, elle fait un amalgamme complet : que ce soit français, italien, ou mexicain, elle a décrèté qu'elle ne trouvait pas ça très bon. Elle fait à peine l'effort de goûter, trie les aliments dans son assiette avec la moue capricieuse d'un gosse qui n'aime rien, renifle les plats avant de les tester, et se fie à la forme des ingrédients pour savoir si elle peut les ingérer.
 
Même les pâtes, ça passe modérément bien. Par exemple, les spaghettis, ça passe mal, alors que les macaronis ou les coudes, ça lui va. La première fois que j'ai fais des spaghettis carbonara, elle n'a mangé que le bacon, prenant soin au préalable d'en essuyer chaque morceau pour ne pas avoir à avaler de crême. Par contre, Cai Li, quand j'ai envie de lui faire plaisir, je lui achète des tripes frites au piment rouge et gingembre.
 
8 - Le goût critique et artistique :
 
Cai Li a fait une école de design. Dès lors, on peut imaginer qu'elle dispose d'un esprit critique quant à l'améagement de son intérieur, jusque dans les moindres détails décoratifs. Et bien pas du tout. C'est bien simple, je n'ai pas l'impression de vivre dans l'appartement d'un jeune couple, mais plutôt dans une chambre d'étudiants. Je compare très souvent les chinois à des enfants.
 
- Le goût décoratif :
 
Lorsque Cai Li et moi sortons dans tous ces endroits huppés de Suzhou dont nous sommes les VIP, elle a toujours le ton juste à décrire les éléments du décor, leur originalité, leur forme, leur éclairage, avec un bon goût et un oeil acertif que je trouve exceptionnel. Elle y va de ses petites remarques, en professionnelle de la décoration, et en général, je suis impressionné par ses idées, qui me paraissent originales et bien songées.
 
Mais dès lors qu'il s'agit de notre appartement, c'est la cata. Et il y a là un paradoxe dont je n'arrive à saisir l'origine. Il y a deux jours, Cai Li rentre à l'appartement avec des papiers-journeaux repliés en origami. Je n'y ai pas fais gaffe, classant les objets directement au rang de son attitude enfantine, de mise chez la plupart des extrêmes orientales. Elle en a déplié deux, en forme de petits paniers carrés, les a posé sur la table, me précisant admirativement que nous disposions dorénavant de poubelles de table à peu de frais.
 
Non seulement, il y a une corbeille sous la table (différente de celle qui lui sert à jeter le papier toilette), et par ailleurs, je trouve que ça pourrait constituer la fierté d'un enfant de quatre ans qui, ayant confectionné les paniers en papier lui-même, souhaiterait susciter l'admiration de ses géniteurs. Mais dans notre cas, nous n'en avons pas besoin, et avons légèrement plus de quatre ans.
 
De même, sur le mur adjacent au PC, pour une raison qui m'échappe, elle a placardé des photos, avec un scotch visible et bricolé, de chanteuses chinoises, qui, au demeurant magnifiques, n'en font pas moins penser que nous nous trouvons dans une chambre d'ado, plutôt que chez un couple d'adultes. Quand j'avais quinze ans, moi-même, j'avais tapissé les murs de ma chambre d'affiches de film... Mais voilà, je n'ai plus quinze ans.
 
Cai Li a étudié le design, et peint à l'huile ou à l'aquarelle avec un certain talent. Elle a ramené de chez ses parents quelques aquarelles qu'elle a faite, et il y en a que je trouve particulièrement à mon goût, représentant des canaux et des batisses traditionnelles du Jiangsu. Je lui ai proposé d'en faire une sélection, que nous garnirions d'un joli cadre et d'une passe-partout sobre. Et bien non. L'intérêt d'accrocher celà au mur lui échappe. La possession est importante chez les chinois, mais pas la création. Si il avait s'agit d'aquarelles que nous avions acheté, si possible chères, mais moches, je suis convaincu qu'elle aurait souhaité les exhiber.
 
- Le goût artistique :
 
Ceux qui me me connaissent suffisament vous diront que je suis businessman par expérience, localisation géographique et situation économique, plus que par affinité. Si je devais faire quelque chose qui me corresponde pleinement, il est clair que ce serait créatif, mais dans le sens artistique du terme, car il ne faut pas être mercantiliste : l'entreprenariat exprime aussi une grande part de créativité, mais dénuée d'art, et toujours avec une démarche économique. Je pensais que Cai Li, du fait de son background, tant estudiantin que professionnel, partageait potentiellement les mêmes rêves, et les mêmes centres d'intérêt. Et bien non. Deux exemples, concernant des arts populaires, à savoir la musique et le cinéma.
 
Quand, les pieds en dedans, elle vient me demander si elle peut aller faire la fête avec ses copines, je lui réponds que, pour peu qu'elle ne rentre pas à cinq heures du matin complètement soule au bras d'un autre, elle peut bien faire ce qui lui chante. Le cliché vous paraît peut-être antédiluvien, mais il faut bien voir qu'en Chine, "une fille bien" ne fait pas n'importe quoi, et qu'ici, les hommes sont particulièrement avides de pouvoir, préfèrant envisager le mariage avec une fille soumise plutôt qu'une beauté.
 
En l'espace de six mois de vie commune, je ne me suis bien évidemment jamais permis d'interdire quoi que ce soit à Cai Li. Ses lubies de paniers en papier, ses photos scotchées au mur de je ne sais qu'elle star à la mode-moi-le-noeud, du moment que ça lui fait plaisir, le prétexte me paraît bien suffisant. Il n'y a qu'une seule chose pour laquelle j'ai mis mon véto. Mais là, c'était viscéral. Elle est rentrée un soir, en me demandant si elle ne pouvait pas écouter "un truc qui bouge". Bien sûr, ma chérie, tout ce que tu veux. Et là, j'ai eu droit à cette assourdissante techno qui transforme les ados en trisomiques sourdingues. Je n'ai pas tenu. J'ai immédiatement arrêté le CD, tant c'était atroce pour les oreilles. La musique adoucit les moeurs, mais là, on ne peut décemment pas parler de musique, et c'était tellement assourdissant que celà m'aurait rendu agressif.
 
J'ai tenté, innocemment, d'éveiller Cai Li à autre chose, musicalement, tentant de lui faire comprendre que derrière la musique, il pouvait y avoir une histoire, de l'atmosphère, et de l'émotion... Dont la techno est complètement exempte. Et j'ai l'impression qu'elle n'apprécie guère la musique que j'écoute, qu'elle soit cubaine, américaine, ou française. Par contre, elle me fiche une paix royale avec ça. Pourquoi ? Parce que, comme bon nombres de chinois, elle écoute la musique chez elle comme elle l'entend au supermarché. Celà fait partie d'un fond dont on ne se préoccupe pas. Dès lors, la teneur émotive de la musique n'a guère d'importance. A tel point que, quand elle souhaite entendre de la musique, elle lit le CD qui est dans la platine, sans se poser la question de ce dont il s'agit, et si je ne le changeais pas de temps en temps, nous écouterions longtemps le même disque.
 
Au niveau cinématographique, c'est par contre très amusant. Ce n'est pas de la méchanceté. Si je tentais de lui expliquer, elle ne comprendrait pas, et risquerait de l'interprêter comme étant de la moquerie. Au début, quand nous allions acheter des films, elle faisait le pied de grue, et, sachant maintenant que je passe en moyenne une demie-heure dans ces magasins, et que je lui répète qu'elle peut choisir les films ou les CD qu'elle souhaite, elle y passe parfois plus de temps que moi. Et d'avance, en sortant du magasin, je connais les films qu'elle regardera sans moi.
 
Internationalement, les films sont classés par genre : comédies, polars, etc... Cai Li, elle, a rajouté un genre qui m'était inconnu, et que, semble-t-il, elle affectionne. Il s'agit, je cite, des "films de pingouins". Tout a commencé connement. Un jour, alors que je complètais avidemment ma collection de Truffaut dans un magasin de DVD, elle se pointe vers moi, avec "la marche de l'empereur", me demandant si je l'ai dans ma filmothèque (je dois avoir deux mille films, et ma douce et tendre préfère me demander avant d'acheter potentiellement des doublons). Ne l'ayant pas, je lui réponds que si ça la tente, elle n'a qu'à le prendre.
 
Nous l'avons regardé ensemble, et personnellement, au même titre que Microcosmos (Maxiemmerdos), j'ai trouvé celà chiant comme la pluie. Le film est très intéressant, complètement unique, mais voilà, je n'accroche pas. Cai Li l'a trouvé aussi "un petit peu ennuyeux"... Mais elle a trouvé les pingouins très mignons. Depuis, quand elle survole les bacs des échoppes de DVD, elle demande très directement au vendeur "vous avez quoi comme films de pingouins ?". Autant vous dire que le vendeur se trouve un peu dubitatif, lui qui est censé être incollable en culture cinématographique. En petit ami aux petits soins, je lui ai dégotté un pauv' téléfilm allemand où un teuton part à la recherche d'un trésor en Antarctique, accompagné d'un pingouin en images de synthèse, qui lui sert tant de mascotte que de carte au trésor. Même si le film, à destination principalement des têtes blondes (aux yeux bleus, donc), n'est pas mal fait, ce n'est pas non plus Citizen Kane. Mais le film s'appelait "le pingouin", et rien que la jaquette a obtenu tous les suffrages de Cai Li. Pour la petite histoire, le film était en allemand, avec des sous-titres en chinois. Autant vous dire que je me suis délecté.
 
De même, Cai Li m'a poussé pendant longtemps à regarder un film en images de synthèse mettant en scène Barbie. Je n'ai personnellement jamais joué à la poupée, et l'intérêt de ce type de production me parait nébuleux. Mais Cai Li, comme tous les chinois, n'arrive pas à faire de distinctions. Les chinois sont des gosses. Par contre, Cai Li achète assez souvent des films chinois, et elle m'a fait découvrir quelques métrages d'action qui, à défaut d'avoir des scénarios très originaux, étaient graphiquement superbes. J'écris tout celà, mais je pense que, sans jamais l'avoir formalisé, Cai Li a le même ressentiment à mon égard concernant mes choix cinématographiques, ne comprenant pas mon appêtit trépignant à acheter le director's cut de "massacre à la tronçonneuse".
 
De même, quand nous regardons un film sérieux, ou bien trop empreint de culture occidentale pour qu'elle ne se l'approprie, elle me pose des questions toutes les minutes. Nous avons acheté récemment Brokeback Mountain. En Chine, nous ne sommes pas confrontés à l'homosexualité. Le film est très innovant, très bien interprété, la réalisation est superbe, les images sublimes, et la musique très belle... Mais Cai Li a eu du mal. Tout d'abord, malgré le fait que tous les personnages portent des chapeaux de cow-boys, elle n'a pas compris que ça se passait aux Etats Unis, n'a rien perçu de l'époque, car les cow-boys étaient à cheval, alors qu'on voyait passer des voitures, et s'est posé pléthore de questions dont elle m'a bombardé pendant toute la projection. Et je me suis rendu compte qu'elle n'avait rien compris... Dès lors qu'elle a commencé à confondre les acteurs, alors que l'un d'eux porte une moustache et pas l'autre ! Dans ces circonstances, regarder un film avec Cai Li revient à le regarder avec un enfant. Le plus amusant, c'est que le film a été réalisé aux Etats Unis... Par un immigré chinois !
 
Cai Li reste un paradoxe constant, qui me fait me perdre en conjectures. Elle est quelque chose, et son contraire, passant de l'un à l'autre avec un naturel incohérent. Je reste convaincu que c'est d'ailleurs ceci qui m'a fait craquer pour elle. Cai Li, en la découvrant, on a le sentiment de faire face à une enfant.
 
Et pourtant, Cai Li lit dans mon esprit à tel point que, à un moment, je me suis demandé si elle n'était pas télépathe ! Une moue, une remarque, un regard absent de ma part, et elle comprend immédiatement ce que j'ai à l'esprit, ou ce que je ressens. Je reste toujours estomaqué quand, au travers de mon silence, et malgré son anglais à-peu-prètiste, elle formalise en quelques mots l'exacte teneur de mes pensées. C'est d'autant plus incroyable que la différence culturelle, ainsi que des ressentiments liés uniquement au fait que je sois expatrié, devraient rendre la compréhension très ardue, pour ne pas dire impossible.
 
J'ai longtemps cru qu'une relation entre deux individus issus de cultures complètement différentes risquait d'apporter, à terme, plus de difficultés que d'enrichissement. Et je me trompais complètement. La réussite d'une relation n'est pas liée à la culture, mais à la personnalité et à l'ouverture d'esprit des concubins. Cai Li et moi-même allons dans le même sens. Je lui ai dis récemment, et en parfaite honnêteté dépassionnée, que je n'avais jamais eu dans ma vie une fille comme elle, que ce soit en France ou en Chine. Tout celà me confirme que j'ai fais le bon choix.
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Published by Christophe Pavillon - dans Exotisme au quotidien.
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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 09:02
Ca y est, la société que j'ai démarré il y a un an avec Wang Ke Rong, mon partenaire chinois, a les moyens d'embaucher une petite chinoise pour nous filer un coup de main sur toute l'intendance à laquelle Cai Li palie énormément ces derniers mois.
 
Comme nous avons commencé les entretiens, je voulais vous livrer quelques perles, car la réception de certains curriculum vitae m'a octroyé quelques bonnes crises de rire.
 
Il faut être très clair : si je travaillais en France, la totalité des CVs que j'ai reçu depuis le début de la semaine aurait fini à la corbeille avant même d'avoir été entièrement lue. Aucun n'est travaillé avec la volonté de valoriser une expérience et des qualités, et pas un ne séduit. Et puis, pour ce qui est de la forme, la plupart donne l'impression de n'être que des brouillons rédigés à la va-vite sur un coin de clavier. Bref, rien de bien vendeur.
 
Paradoxalement, j'avais passé du temps à afiner l'annonce, en me disant que notre entreprise était bien jeune, qu'elle n'avait pas énormément à offrir, et qu'il fallait l'apprêter pour la faire vendeuse et susciter l'intérêt.
 
Et puis, dans ce tiers-monde de la candidature, dans ce désert d'envie d'embaucher, surgit parfois, ça et là, une perle qui rend le CV rayonnant et inoubliable !
 
Nous recherchons une petite chinoise parlant couramment l'anglais, si possible le français (pas de mon fait, mais de celui de ma clientèle), et qui pourrait se charger de notre administratif, de notre organisation, et à qui, si elle est un peu maline, on pourrait aussi confier quelques dossiers un peu plus excitants. Mon partenaire la recherche avec de longues jambes, et comme moi je ne suis plus célibataire, je la préfèrerais avec de grandes mains. Moi, je fais un recrutement. Lui, il fait un casting.
 
Etonnement, la quasitotalité des CVs indiquent l'appartenance politique ! Et comme vous vous en doutez, tous les candidats sont communistes ! Et même si ils voulaient être autre chose, ils n'auraient pas le choix, puisque toute autre appartenance est prohibée. Mais en Chine, héritage de l'esprit prolétario-révolutionnaire, il est de bon ton de préciser sur son CV qu'on est un bon camarade.
 
Ca m'a amusé, particulièrement sur l'un des CVs, où, en anglais, la candidate avait précisé "commie", qui est en fait un terme péjoratif et américain. Si on avait à le traduire en français, on parlerait de "vermine communiste". Alors lire sur un CV qu'une candidate se définit elle-même comme "vermine communiste" m'a fait hurler de rire ! Soyons humbles, certes, mais restons dignes.
 
Wang Ke Rong m'a appris quelque chose à ce sujet : le gouvernement recommande à la population d'envoyer des courriers individuels à leur administration locale, avec une fréquence soutenue, pour faire état d'éléments au quotidien qui montrent à quel point le communisme fait du bien (son exemple était de dire "je remercie le gouvernement communiste qui pense au peuple, car il y a un banc tout neuf à la disposition de tout le monde dans l'espace vert en bas de chez moi"). Ces courriers sont classés par l'administration, qui n'hésite pas à décorer ou diplômer les lèches-culs épistolaires. Du délire, non ? Par contre, les lettres de dénonciation de la dictature communiste ne sont récompensées que par une place dans un centre de rééducation (avec ni banc tout neuf, ni même d'espace vert).
 
Autre élément amusant : tous les candidats m'ont indiqué, sur leur CV, leur taille et leur poids ! Autant vous dire que je reste un peu dubitatif, me demandant en quoi un recruteur, dès lors qu'il ne travaille pas pour l'armée, peut s'intéresser à la taille et au poids d'un individu pour le sélectionner.
 
Alors je me suis dis qu'il y avait peut-être un paramètre économique. Pour un salaire équivalent, si l'employeur peut avoir quelqu'un de plus grand ou de plus lourd, peut-être a-t-il le sentiment d'en avoir plus pour son argent ? Si c'est le cas, pourquoi les candidats n'indiquent-ils pas aussi leur volume ? Ou encore leur contenance en litres ?
 
On peut en arriver à des statistiques délirantes : avec toutes ces données en main, en fin d'année, on peut calculer le coût de la masse salariale au mètre ou au kilo ! Ou bien, en société, on peut se targeur d'avoir embauché trois cent mètres d'ouvriers. A mourir de rire. Dans tous les cas, je ne me vois pas préciser dans une annonce la taille de l'employé idéal.
 
Sur leurs CVs, les chinois précisent leur date de naissance, mais pas leur âge, ce qui oblige à une gymnastique constante pour pouvoir les situer. J'en ai même un, particulièrement précis, qui m'a indiqué qu'il était né un dix-huit décembre... Sans me donner l'année !
 
Et puis, il y a ceux qui ne précisent pas leur sexe. Là aussi, pour un laowai, quand on reçoit une candidature de quelqu'un qui se prénomme Liu Xiao Xiang, il est difficile de savoir si le prétendant au poste est burné ou non. J'y mets un bémol, car la réciproque est vraie : quand je signe mes messages par mon prénom français, non seulement on me répond avec des phottes daurtaugraff (comme ce type qui n'a de cesse de m'appeler "Christphone" car comprenez-vous, nous sommes à l'ère de la communication), et en général beaucoup de courriers que je reçois commencent par "Dear Sir, Dear Madam", dans le doute.
 
La plupart des candidats me précisent leur niveau de mandarin ! Sur le coup, ça surprend un peu, mais il faut le resituer dans son contexte : il y a en Chine des milliers de dialectes d'une ville à une autre (quand Cai Li parle à ses parents en Taizhouhua, le dialecte de Taizhou, qui n'est qu'à deux heures de route de Suzhou, je ne comprends pas un mot, et rien que le Suzhouhua, à l'oreille, n'a rien à voir avec le mandarin). Par contre, aucune personne ne m'a précisé les dialectes qu'elle maitrisait.
 
Et puis, il y a la liste des distinctions. Parce que ça, en Chine, c'est important. Ici, tout est codifié. Ne serait-ce que pour les langues étrangères, préciser sur un CV "lu, écrit, parlé" ne correspond à rien. Il faut pouvoir lister des diplômes d'état, ou étrangers et reconnus. On en arrive alors à des listes éprouvantes, qui n'ont aucun intérêt pour le recruteur. De par tous ces prix qui leur ont été remis, les gens aiment bien mettre en avant des valeurs morales et sociales consensuelles. Et puis, là aussi, de temps à autre, il y a des listes de distinctions qui font rire.
 
Pour exemple, une petite minette m'a précisé fièrement qu'elle avait obtenu le deuxième prix de sa classe d'anglais, en février 2202, ce qui veut dire que, d'après mes calculs, elle a bien connu le Capitaine Kirk et Monsieur Spock, qui étaient ses contemporains au XXIIIème siècle. Notez, du moment qu'elle ne vient pas au bureau en pyjama, et qu'elle ne se téléporte pas ailleurs dès que j'ai du travail à lui fournir, il n'y a pas de raison de ne pas l'auditionner.
 
Le meilleur, ça reste une fraîche étudiante, qui, n'ayant pas d'expérience professionnelle à valoriser, n'a pas hésité à me lister un nombre incalculable de distinctions et autres récompenses qui lui servent à meubler un CV rachitique. Et c'est assez palpitant, de lire de manière continue, listées les unes en dessous des autres, des décorations qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, et que je vous traduis partiellement ci-dessous :
 
"12/2003 : J'ai gagné le deuxième prix du concours d'anglais.
12/2002 : J'ai gagné le premier prix de distribution des journaux dans la fac de... (petaouchnok).
10/2002 : Je suis arrivée première au cent mètres."
 
Pour palier à ce manque d'expérience professionnelle, quand on n'a pas de titres honorifiques aussi flamboyants à valoriser, il reste l'honnêteté froide et directe. Ainsi, un candidat à indiqué sur son CV une jolie subdivision "expérience professionnelle", avec des grosses lettres en capitales, comme sur n'importe quel CV, et a précisé en dessous, en minuscules, "Zéro années". Assisterait-on à la naissance d'un zéro ?
 
Il y a les humbles aussi. Une prétendante de vingt-quatre ans a d'abord listé avec assurance toute une liste d'expériences qui, à mon sens, représente une véritable valeur professionnelle, mais qui a eu la bonhommie bien touchante de me préciser, en fin de CV "Je sais bien que ce que j'ai fais n'est pas assez bon, mais rien n'est impossible pour un coeur volontaire, et je promets de ne pas vous décevoir."
 
Tout celà respire la volonté bon enfant de décrocher un travail, et d'en montrer un maximum, et c'est très bien. Même sans expérience tout le monde mérite sa chance, avec respect. On a tous appris notre métier une fois, non ?
 
Mais il y a parfois, aussi, des feignasses ultimes : des gens qui n'envoient pas de CV, et se limitent à un e-mail de trois lignes précisant "Cher Monsieur, je parle l'anglais, j'ai finis mes études (de quoi, on en sait rien), et j'aimerais bien rejoindre votre société". Bref, on ne connait rien de la personne, et quand je dis rien, c'est vraiment le néant total, car les deux "candidatures" de ce type que j'ai reçu... Ne portaient ni nom, ni signature !
 
Et puis, il reste les informations insolites. Au même titre que n'importe quelle subdivision essentielle d'un CV ("éducation et diplômes", "expérience professionnelle", etc...), il y en a un qui m'a indiqué "relation familliale", en précisant une seule ligne : "Monsieur Wang, relation : père". Pour une raison qui m'échappe encore, le p'tit gars souhaitait informer le recruteur que je suis qu'il a un papa qui, comme lui, s'appelle Monsieur Wang. Ceci me permet de l'identifier tout de suite, car Wang, ce n'est pas commun en Chine (c'est ironique, car c'est leur dupont-durand). Imaginez-vous, en France, recevoir un CV, avec une annotation, en bas de page, indiquant : "Monsieur Durnad... Relation : père". Rien à foutre, mais content de le savoir.
 
Dans la série des insolites, j'ai eu aussi, pour ce poste d'assistante commerciale, la candidature d'un ingénieur de l'Aérospatiale chinoise, qui vit sur la base de lancement du Hebei, d'où on envoie orbiter les taikonautes ! Je me demande si il avait bien lu le contenu de l'annonce.
 
Au-delà de tout celà, les entretiens avec les candidates sélectionnées en ont beaucoup appris à l'étranger que je resterais éternellement.
 
Nous avons auditionné une charmante petite chinoise, et sur son CV, il était indiqué que son diplôme était "chinois en tant que langue étrangère". Pour moi, le chinois reste une langue étrangère, mais pour une chinoise, je me demandais bien ce que celà pouvait être. Alors je lui ai demandé, et figurez-vous qu'en Chine, il y a des études universitaires et un diplôme pour les chinois qui souhaitent enseigner leur langue aux étrangers. J'en suis resté sur le derrière. Vous imaginez ça, vous, en France, avoir un diplôme d'enseignement du français aux étrangers ? J'ai beaucoup aimé, car celà démontre l'ouverture générale de la Chine vis-à-vis de l'Occident.
 
Une autre candidate, qui travaille dans un ghetto d'expatriés, m'en a appris de bien bonnes. Vous ne le savez peut-être pas, mais il y a, en Chine, une expatriation à plusieurs vitesses.
 
Il y a l'expatriation douze étoiles, où les étrangers vivent entre eux, dans un univers hyper confortable (ils ont une vie de nababs), où leur société les materne, et où ils se font des fortunes... Mais sans aucune confrontation avec les chinois : ils ne parlent pas la langue, ne connaissent rien des coutumes locales, et s'en foutent, préférant jouir d'un quotidien sans commune mesure avec celui qu'ils auraient en Occident. Par contre, ce sont des gens qui travaillent comme des fous, au minimum douze heures par jour, et pas loin de sept jours sur sept. Ils n'ont en général pas l'amour du pays, ne sont pas venus pour l'exotisme, mais avec l'objectif d'avoir fais fortune dans les dix ans pour rentrer dans leur pays peinardement.
 
Il y a ensuite l'expatriation comme la mienne, où la raison du départ n'a jamais été l'argent, mais la volonté de vivre dans un contexte différent, et ceux-ci, vivent quasiment à la chinoise, même si leur différence, tellement marquée, est montrée du doigt, et ne permettra au mieux qu'une adaptation, mais jamais une intégration. Ceux-ci ne connaissent pas d'étrangers, et même si les difficultés au quotidien sont très nombreuses, à défaut de s'enrichir financièrement, ils en apprennent tous les jours sur leur nouvel environnement, et par voie de conséquence, sur eux-mêmes. En raccourci, pour eux, l'expatriation, c'est un redémarrage, pour ne pas dire un dépucelage.
 
La troisième catégorie d'expatriés, ce sont les profs. Les chinois sont très demandeurs en profs d'anglais, voire même de français ou d'autres langues étrangères. Ils se font des salaires corrects pour le milieu local, qui, même sans être pharaoniques (pour ne pas dire ridicules par rapport à un niveau de vie occidental), permettent de vivre plus que confortablement en Chine. Ils évoluent dans un milieu universitaire, qui est un mélange cosmopolite de locaux et d'étrangers.
 
Et puis, il reste une quatrième catégorie, et qui tend à se développer énormément. Il s'agit des jeunes sans emploi. Il y a plein de petits gars très courageux, qui en ont marre de galérer en France pour trouver un travail, qui n'ont pas spécialement de diplôme, et qui, avec une petite somme en poche, partent en Chine en espérant pouvoir y saisir une opportunité. Là aussi, la plupart restent entre jeunes occidentaux, souvent français, car au-delà du fait qu'ils ne parlent pas chinois, il est assez courant qu'ils ne parlent pas anglais non plus.
 
En général, la première et la deuxième catégorie d'expatriés ne se supportent que modérément, et ne se fréquentent que par hasard. Les expatriés douze étoiles considèrent que les expatriés "adaptés" (comme moi) se la jouent aventuriers idiots et bohêmes. Les expatriès adaptés, quant à eux, considèrent que les expatriés douze étoiles ont des comportements de colons sans envergure qui ne pensent qu'à leur fric, qui n'ont aucune idée de ce qu'est la Chine.
 
Tout ceci, bien évidemment, n'est qu'une généralité exceptionnellement simpliste. J'ai rencontré des français expatriés douze étoiles qui parlaient couramment mandarin, comme j'ai rencontré des expatriés "adaptés" qui regardaient les chinois de haut. Ce qui est assez marrant, c'est qu'il y a une sorte de gueguerre constante sur Internet entre les chinabloggers des deux catégories. Dans les deux cas, il y a un choix de vie, et les gens font bien ce qu'ils veulent. Et dans les deux cas aussi, il faut reconnaître que quelle que soit la forme d'expatriation, dans les coups durs, l'entraide entre compatriotes est absolument totale. Autant en France, les français se crachent à la figure dès lors qu'un autre a besoin d'un coup de main, autant à l'étranger, ils se serrent les coudes.
 
Une des candidates que nous avons reçu travaille actuellement dans un ghetto pour expatriés. Je connais l'existence de ces ghettos (c'est ainsi que les expatriés douze étoiles eux-mêmes les nomment, car il y a des gardes à l'entrée, et il est aussi difficile d'y rentrer sans invitation que dans Fort Knox), mais comme celà n'a jamais été mon choix de vie, je n'en ai jamais fréquenté ou traversé. Je connais le ghetto de Sanlitun, à Pékin, puisque Sanlitun est le quartier des ambassades, et quand vous vous y promenez, vous y voyez plus de faces blanches qu'ocres. C'est là qu'a vécu Amélie Nothomb étant enfant. Je ne saurais trop vous conseiller à ce sujet la lecture du "sabotage amoureux", qui raconte cette période de sa vie.
 
Alors évidemment, quand la minette m'a expliqué son boulot... Je suis un peu tombé de haut. Les expatriés qui y vivent, pour peu qu'ils en aient les moyens, on leur mâche absolument tout. Ils ont tout à leur disposition (mais pour des loyers pharaoniques) : ils ne gèrent pas l'intendance lié au réglement des factures, même de téléphone portable (ne sachant, pour la plupart, même pas comment les forfaits se règlent ici), et font sous-traiter à un bureau de leur ghetto qui gère celà pour eux. Le même bureau gère les règlements de toutes les charges, propose des services de garderie pour les enfants, et un service de nettoyage envoie quotidiennement des femmes de ménage dans les appartements... Ne serait-ce que pour refaire les lits, la vaisselle, et laver le linge ! Ce bureau fait office d'agence de voyages si nécessaire, organisant à la carte les déplacements touristiques souhaités. A l'intérieur même de l'enceinte, se trouve un restaurant mi-occidental, mi-chinois, histoire de donner un soupçon d'exotisme, et il y a une salle de sport et un supermarché proposant quelques produits importés. Bref, on les traite comme des enfants rois, avec un exotisme édulcoré de parc d'attractions.
 
C'est assez amusant, mais tout expatrié que je suis, dans le même pays qu'eux, je me dis que nous ne vivons pas du tout la même expérience. Dans mon quartier, je suis le seul blanc. Dans mon quartier, les petits commerçants me dévisagent toujours autant, et aucun d'eux ne parle anglais.
 
Au-delà de ces entretiens, j'ai reçu d'autres CV, et il y en a un qui m'a fait sourire. En Chine, il y a une cinquantaine d'ethnies différentes. La quasitotalité de la population est Han, mais c'est souvent un élément que les candidats précisent (il faut dire que cette caractéristique est précisée sur les cartes d'identité). Ici, on ne parle pas d'ethnie, mais de "nationalités". Et il y a une prétendante, qui pour me préciser son ethnie, a mentionné dans son CV "folklore : han". J'ai trouvé ça folklorique.
 
Une autre candidate m'a envoyé son CV, avec une photo d'elle. Je vous joins la photo de la candidate en question. Vous joindriez ça à une lettre de motivation, vous ? On embauche pas pour travailler dans un parc d'attractions ! Des gosses, ce sont des gosses...
 
 
Et puis le meilleur, c'est une autre candidate, qui, dans son CV, souhaitait insister sur son excellent niveau d'anglais. Et pour me le prouver, elle m'a raconté dans un long paragraphe, qu'elle avait joué Blanche Neige dans une adaptation théatrale du conte, dans le cadre de ses études d'anglais, n'hésitant pas à me détailler toute l'histoire de Blanche Neige et les sept nains, comme on la raconte à un enfant, pour bien me montrer qu'elle connaissait, puisqu'elle avait interprété le rôle.
 
Pour terminer, je vous laisse sur la photo d'un candidat, sûrement un ancien premier de la classe, qui, en me faisant parvenir son cliché souriant, n'a pas hésité à le sous-titrer "surely, I'm the right man !", soit "aucun doute : je suis l'homme idéal !". Je vous laisse apprécier par vous-mêmes.
 
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 11:59
Je repasserais en France cet été, à l'occasion du mariage de mon meilleur ami, et avec l'intention de présenter ma fiancée chinoise à ma famille. Mais obtenir un visa pour Cai Li est une galère sans nom. Aujourd'hui, je suis excédé par la connerie fonctionnariale du consulat de France à Shanghai, qui n'a rien à envier à celle de l'administration d'une dictature communiste. Et je sais de quoi je parle. Alors aujourd'hui, dans mon infinie générosité, j'ai décidé de décerner l'Ubu d'Or au Consulat de France à Shanghai. Ah non, mais je vous jure, il faut le vivre pour le croire.
 
Cai Li, moi-même, et mes parents, avons galéré pour obtenir tous les documents nécessaires à l'obtention du visa pour la petite. Sachant qu'il y a un délai de trois semaines pour obtenir un rendez-vous auprès du consulat, depuis la semaine dernière, je les contacte quotidiennement... Et n'ai réussi à avoir un correspondant au bout du fil qu'aujourd'hui. Si c'était la même chose chez VEP, ma société, je n'aurais même pas survécu un an.
 
C'est très rassurant, quand on est expatrié ! Si un jour, j'ai un problème qui nécessite l'intervention immédiate du consulat de mon pays, et bien je peux, en toute tranquilité, ne pas compter du tout sur le staff de petits ronds de cuir qui le peuplent.
 
Depuis la semaine dernière, malgré plusieurs tentatives quotidiennes d'appel téléphonique, soit ça sonne, et tout le monde roupille, soit c'est occupé, soit, encore plus fort, on m'indique que le numéro n'existe pas... A tel point que j'ai demandé à mon assistante de vérifier le numéro dans l'annuaire. 
 
Aujourd'hui, me disant que cette histoire de visa avait assez duré, je me suis armé de ma plus grande patience, le combiné à la main, et me promettant de ne rien faire d'autre tant que je n'aurais pas abouti une prise de rendez-vous au consulat. Et, pour celà, tenez vous bien, j'y ai passé quatre heures. Accessoirement, je suis chef d'entreprise (petite entreprise, mais entreprise tout de même), et j'ai un peu de boulot pour que le salaire tombe à la fin du mois : mon travail ne consiste pas à compter les heures, mais à compter les sous.
 
Ce matin, j'ai appelé le consulat plus d'une quarantaine de fois, avant de tomber sur le répondeur, me permettant d'accéder au service des visas, et au clampin qui en est responsable. Quarante coups de fil, vous vous rendez compte ?
 
Vers onze heures et demi, je tombe sur quelqu'un... Qui ne parlait pas français, mais anglais. Et quand je dirais que j'appelle pour une prise de rendez-vous pour l'obtention d'un visa touristique, le mec me répondra imperturbablement que ce n'est pas le bon service, et me raccrochera à la figure ! Il n'aurait pas pu me passer la communication ? Autant vous dire qu'étant entrepreneur dans le privé, le premier de l'équipe qui fait un truc pareil en entendra parler.
 
Vers midi, quand j'ai eu une petite chinoise parlant le français au bout de l'appareil, celle-ci me dira que la personne en charge est en ligne, et que je peux patienter. J'ai attendu vingt minutes, et finalement, au bout de ces vingt minutes, on me raccrochera encore à la figure.
 
Vers midi et demie, j'obtiens une personne, en l'occurence une autre petite chinoise. La conversation était digne d'un Kafka sous opium. Je vous la livre :
 
"- Bonjour, je suis Christophe Pavillon, français vivant à Suzhou, et je souhaiterais prendre rendez-vous pour un dépôt de demande de visa pour ma fiancée, chinoise." explique Ke Lin, sur un ton bref et précis.
"- Ah mais non, on ne donne pas la liste des documents par téléphone : il faut nous envoyer un fax ou un email." répond l'interlocutrice jaune pour se débarasser d'un problème.
"- On ne parle pas de la même chose : pour commencer, je vous ai envoyé deux faxs la semaine dernière qui sont restés sans réponse, et toutes mes tentatives pluriquotidiennes d'envoi d'emails sont infructueuses, ceux-ci me revenant en erreur pour cause d'espace insuffisant. Vous vérifiez vos mails de temps en temps ? Ensuite, comme je viens de vous le dire, et comme je vous l'ai écris dans les faxs aux quels vous n'avez pas répondu, ainsi que les emails que vous n'avez pas lu, je n'appelle pas pour avoir la liste des documents : j'ai les documents, et vous appelle pour convenir d'un rendez-vous." renchérit Ke Lin, passablement agacé par ce foutage de gueule caractérisé, mais sur un ton cordial.
"- Ah oui, mais je ne peux pas vous donner la liste des documents par téléphone." surenchérit l'interlocutrice, avec le ton mécanique d'un répondeur.
"- Vous parlez français ?" s'interloque Ke Lin.
"- Euh, oui, pourquoi ?" s'interloque l'ocre.
"- Moi pas vouloir documents. Moi vouloir rendez-vous." simplifie-t-il.
- Ah, d'accord. Je vois avec la personne. Ne raccrochez pas."... Raccrocha-t-elle !
 
Je rappelle dans la foulée, et tombe à nouveau sur la même petite chinoise, à qui je signifierais que dès lors qu'on a un tant soit peu d'éducation, on ne raccroche pas à la gueule des gens. Elle s'excusera sans avoir vraiment compris mes reproches, et me mettra en attente pour obtenir la communication avec le responsable. Cinq minutes passent, et elle reprend le combiné, pour me dire finalement que la personne en question est partie manger... Mais que si je le souhaite, je peux rester en ligne et patienter... Pendant une heure, donc, jusqu'au retour de l'intéressé. C'est fantastique, les employés dans l'administration.
 
Evidemment, je n'ai pas patienté au téléphone, et ai rappellé à quatorze heures.
 
A quatorze heures trente, je réussis à nouveau à avoir quelqu'un. Et figurez-vous que directement, on me passe la responsable des prises de rendez-vous pour les visas, à savoir une autre chinoise, qui elle aussi, avait bien appris sa leçon. Courteline en plein delirium tremens.
 
"- Je récapépète depuis le bédut : Bonjour, je suis Christophe Pavillon, français vivant à Suzhou, et je souhaiterais prendre rendez-vous pour un dépôt de demande de visa pour ma fiancée, chinoise." récapépèta Ke Lin, sur un ton bref et poli, mais quand même en ayant plein le cul.
"- Vous avez les documents ?" interrogea la jeune et jaune préposée.
"- Ouuuuiiiiiiii." jouit Ke Lin.
"- Quel type de visa ?" interrogea-t-elle à nouveau.
"- Touristique." précisa-t-il.
"- Aucun problème, vous devrez vous présenter le 22 juillet à 14 heures. Puis-je avoir les nom, prénom, et numéro de téléphone portable de votre fiancée." enchaina-t-elle.
"- Quoi ? 22 juillet ! Ce n'est pas possible, j'ai fais mes réservations pour un départ le 19 juillet ! Et votre site indique qu'il y a trois semaines de délai pour obtenir un visa, pas deux mois !" déchaina-t-il.
"- Oui, mais pour un visa touristique, c'est le 22 juillet." répéta-t-elle.
"- Vous n'avez pas compris : le 22 juillet, pour moi, c'est trop tard. J'ai des rendez-vous professionnels de prévu, et il va falloir trouver une autre solution."
"- Oui, mais c'est le 22 juillet." rerépéta-t-elle.
"- Attendez là, arrêtez de me répéter la même chose parce que ça m'agace. Je viens de vous expliquer que c'était impossible." confirma-t-il, excédé.
"- Oui, mais c'est le 22 juillet." rererépéta-t-elle.
"- Bon ça suffit, vous n'avez toujours pas compris. Passez le combiné à un français." tenta-t-il.
"- Oui, mais c'est le 22 juillet, et ça ne changera rien : c'est moi qui suis responsable des prises de rendez-vous. C'est le 22 juillet." rerererépéta-t-elle.
"- Je suis ressortissant français sur le territoire chinois, et je souhaite parler à un de mes compatriotes, et pas seulement à quelqu'un affublé des trois premières lettres." insista-t-il.
"- Ca ne changera rien, et c'est le 22 juillet." rererererépéta-t-elle.
"- Bon, je vais vous la faire plus simple : soit je pars le 19 juillet, soit je ne pars pas. Alors maintenant, c'est à vous de me dire quoi faire pour que, et d'une, je parte à la date souhaitée, et de deux, je ne passe pas au consulat armé d'un fusil de chasse."
"-..."
"- Alors, comment on fait ?"
"- Si vous demandez un visa pour visite amicale, je peux vous placer un rendez-vous pour le 22 juin." consentit-elle.
"- Et les documents à présenter sont les mêmes ?" demanda-t-il.
"- Et bien oui." confirma la bougresse, sans gêne.
"- Si les documents sont les mêmes, pourquoi vous pouvez me donner un rendez-vous pour un visa amical le 22 juin, et ne pouvez pas me donner un rendez-vous le même jour pour un visa touristique ?" s'amusa-t-il.
"- Parce que ça ne marche pas comme ça." conclut-elle, à la chinoise, c'est-à-dire en donnant une réponse qui ne renseigne pas.
"- Je dirais même que ça ne marche pas du tout. Va pour le 22 juin, et pour un visa amical. Vous me confirmez que les documents requis sont les mêmes ?" s'enquit-il.
"- Oui." confirma-t-elle de façon concise.
 
Le plus pouffant dans tout celà, c'est que j'ai vérifié sur internet, et les documents ne sont pas les mêmes. Je trouve ça fantastique. Ils sont incapables de renseigner correctement, ils ne sont pas joignables, et ils sont d'une goujaterie déroutante, indigne de la représentation d'un pays à l'étranger. Bref, ils sont nuls.
 
Vous vous en doutez, quand je vois ma situation, celà me fout dans une rogne inextinguible. Je suis français, vivant à l'étranger. Je n'ai pas de sécu. Je n'ai pas de retraite. Je n'ai pas d'Assedics, et ne bénéficie d'aucune forme d'aide pour le démarrage d'une activité qui aide à l'enrichissement d'entreprises françaises... Et je paye en France 33% d'impôts sur le revenu car j'ai un capital ridicule, tout ça pour entretenir des petits fonctionnaires qui se prennent très au sérieux avec leur pouvoir dérisoire. Sachant ce que celà me coûte par an en impôts, que c'est mon fric qui les rémunère, et sachant que je n'ai rien de la part de l'état français en retour, je trouve inadmissible d'être à la merci de petits fonctionnaires sans envergure qui croient que leur position est divine. Ce sont eux qui sont à mon service, et pas l'inverse. Comme d'habitude, j'ai écris au ministre. Comme d'habitude, je n'aurais pas de réponse. Un de vos politique n'a-t-il pas récemment amalgammé la France à "une république bananière" ? Dans tous les cas, l'administration français n'a rien à envier à celle d'une dictature communiste. Certes, dans une dictature communiste, on est obligé de corrompre les fonctionnaires. Mais au moins, on obtient en retour ce pour quoi ils sont payés.
 
Dans tous les cas, je réitère au Consulat de France à Shanghai tous mes compliments pour l'obtention de cet Ubu d'Or, avec les félicitation du jury, amplement méritées. Si il ne change rien à l'attitude de ses membres, il est évident qu'il le remportera deux années de suite.
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Published by Christophe Pavillon - dans Société contemporaine.
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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 08:08
Hier soir, Cai Li était connectée à Internet pour papoter avec ses copines, alors que je flemmardais sur le lit, à buller sans conviction devant une apparition peu dramatique d'extra-terrestres, par le truchement d'un film américain de science-fiction à l'intérêt tout aussi fictif que le thème.
 
Comme Cai Li ne sait pas s'occuper toute seule, et que ma présence physique ne lui suffit pas, elle a l'habitude enfantine de m'interrompre toutes les cinq minutes, quoi que je fasse. Elle avait commencé par me déranger car elle n'arrivait pas à atteindre un site internet. La fenêtre du navigateur affichait invariablement, en mandarin, une fin de non-recevoir, façon "impossible d'afficher la page demandée". Et Cai Li de me demander ce qu'il se passait. Il s'agissait d'Hotmail, site pour lequel, même si l'origine américaine le rend subversif par essence, le gouvernement chinois n'a pas fermé l'accès.
 
Je lui ai donc répondu que je ne comprenais pas, car en temps normal, les autorités chinoises autorisaient l'accès à Hotmail. Et c'est là qu'elle n'a pas bien compris. Comment ça "autoriser l'accès" ? Parce qu'on ne peut pas accéder à tout Internet ? J'en suis resté comme deux ronds de flanc : à l'instar, certainement, de la quasitotalité des chinois, elle ne sait pas que dans sa bienveillante ouverture d'esprit sélective, le Parti Communiste Chinois interdit l'accès à certains sites internet dont le contenu n'est pas en accord avec ses idées.
 
Et Cai Li de souffler avec défiance, me faisant comprendre par cette moue que le pauvre laowai que je suis devrait se détendre, plutôt que de conserver cette parano constante et ses théories conspirationnistes bigbrotheriennes. Bien évidemment, elle ne savait pas de quoi elle parlait, et ça m'a foutu en rogne immédiatement, de la voir ainsi se moquer de mon ouverture d'esprit sur ce qu'il se passe en Chine, avec pour seul arme l'innocence forcenée que les autorités lui ont inculqué depuis son plus jeune âge.
 
Alors j'ai laissé tomber mon film d'invasion extra-terrestre, avec l'objectif de faire revenir Cai Li sur Terre.
 
J'ai commencé par lui parler d'Amnesty International. Elle ne connaissait pas l'existence de cet organisme... Car le gouvernement la taît. Elle a plus ou moins compris, au solde de mes explications, le rôle d'Amesty International, et quand je lui ai montré, deux minutes plus tard, qu'il était impossible d'accéder au site officiel via son PC, elle s'est trouvée toute surprise. Alors elle m'a demandé pourquoi, et je lui ai expliqué qu'il n'était pas dans la politique du gouvernement chinois de laisser le libre accès à toute l'information. Pour conserver l'unité du pays, il fallait que le gouvernement soit le seul à la divulguer, en la triant, et en la manipulant de la façon qui l'intéresse, pour que le peuple continue d'avancer avec les mêmes croyances vis-à-vis du pouvoir en place.
 
Par ailleurs, les rares fois où j'ai pu accéder à des infos émanant d'Amnesty International, les brêves affichées donnent le carton rouge à la Chine concernant le respect des droits de l'Homme, tant y sont décrites les abominations du pouvoir en place.
 
Cai Li ne connaissait pas au préalable Amnesty International, et j'ai bien senti que, malgré mon insistance à lui faire admettre la réalité des choses, elle n'était que modérément convaincue. Dans son esprit, il devait encore s'agir d'une différence culturelle entre les chinois et les étrangers, et il ne fallait y voir là une vérité qui n'est que le fruit d'un clivage de nationalité. Grosso-modo, je n'étais pas chinois, donc je ne savais pas de quoi je parlais. Comme elle ne connaissait pas Amnesty International, à priori personne ne devait connaître.
 
 
Je n'ai pas voulu jeter l'éponge, et lui ai demandé ce qu'elle savait des évènements de Tian An Men à la fin des années quatre-vingts. Elle n'avait que neuf ans, certes, mais malgré tout, même en étant encore moi-même ado, je me souviens relativement bien de l'importance des manifestations, tant elles étaient relatées comme un providentiel bouleversement international du fait de l'ampleur qu'elles auraient pu prendre en Chine.
 
Il faut bien resituer dans son contexte historique : le dinosaure communiste était en cours d'extinction, le bloc de l'Est se segmentait dans l'effondrement du régime soviétique, le mur de Berlin succombait aux pressions populaires... Et l'un des derniers bastions du communisme (et pas l'un des moindres : un cinquième de la population mondiale) montrait une petite ébulition estudiantine et libertaire en sa capitale. Il s'agissait-là d'une grande première dans un pays qui, à l'époque, était complètement fermé.
 
Cai Li me répondra qu'elle n'a jamais vu d'images, photos ou vidéos, des évènements car... Il n'en existe pas. En témoin dans le temps de ces évènements, quand on parle de Tian An Men à n'importe quel occidental, la première image qui lui reviendra à l'esprit, tant elle a été diffusée, reste celle, emblématique, de cet étudiant restant debout pour empêcher le passage des chars. Inconscience ou idéal, là n'est pas la question : dans tous les cas, la démarche reste magnifique. Et Cai Li de me dire qu'elle n'avait pas entendu parler de celà. J'en suis resté comme deux ronds de flanc, et lui ai rétorqué "tu sais tout de même que quelques milliers d'étudiants ont été massacrés, et que bon nombre de survivants, pour éviter la balle dans la nuque, ont du fuir le pays pour l'Australie, les Etats-Unis, le Canada, ou la France ?". Ah ben non. Selon ses sources, les étudiants sont rentrés bien sagement chez eux, et ceux qui ont été arrêtés étaient en fait à la solde de pays occidentaux qui les avaient manipulés.
 
Là, j'ai bondi.
 
J'ai pris sa place derrière le PC, et ai tenté de trouver des photos via les moteurs de recherche français, me doutant qu'en chinois ou en anglais, il serait "impossible d'afficher la page demandée". Sur Google.fr, j'ai pu immédiatement accéder aux vignettes de la photo précitée du jeune homme arrêtant les tanks. Et Cai Li écarquillera les yeux de voir qu'on avait envoyé les chars pour, à sa connaissance, les anecdotiques soubresauts de quelques illuminés responsables d'une piètre manif étudiante à classer dans la rubrique des chiens écrasés. Et puis d'autres photos défilaient, plus sanglantes. Cai Li n'en croyait pas ses yeux. Moi, je n'en revenais pas non plus... De la voir découvrir cette vérité sur son pays. J'ai pu trouver quelques textes, en français, racontant les évènements rapportés par des étudiants diaristes, et ai tenté de lui traduire. Expliquer tout celà à Cai Li, avec la virulence démocratique qui m'habite, c'était démontrer au Pape, preuves à l'appui, que Dieu n'existe pas.
 
 
 
Et je ne me suis pas arrêté en si bon chemin. Je lui ai demandé si elle savait ce qui s'était passé au Tibet dans les années cinquante.
 
Cai Li, comme la plupart des chinois, me lance de temps en temps qu'elle a plus ou moins haussé le ton face à un autre local, mieux informé, qui a subversivement claironné en société des phrases du type "les taïwanais ne sont pas chinois", ou bien "le Tibet n'est pas une partie de la Chine". A chaque fois que Cai Li l'évoquait, je laissais courir dans un soupire souriant, ne souhaitant pas m'esbaudir à rentrer dans une polémique politique dont la communication serait difficile tant du fait de son niveau d'anglais que du fait de mon niveau de chinois, et aurait pour conséquence un énervement conjugual, fruit d'une incompréhension mutuelle.
 
Mais là, l'occasion était trop belle.
 
Cai Li découvrait tout celà, m'y paraissait réceptive du fait de sa méconnaissance préalable de la situation, et j'avais internet pour outil. Alors j'ai saisi mon plus beau clavier, ai commencé par me connecter à des moteurs de recherche en anglais, et lui ai fais remarquer que les mots "free Tibet", ou bien même "Tibet 1950" se concluaient invariablement par "impossible d'afficher la page demandée". Il n'y a que par le biais des sites français que nous avons pu accéder à quelques sites racontant, d'un autre point de vue que chinois, les évènements, l'invasion de l'armée populaire au Tibet, et les exactions qui en ont découlées : les massacres, les pillages, et les bombardements.
 
Cai Li n'en revenait pas... Et souhaita, après que je lui ai fais part de mes (maigres) connaissances historiques en la matière, se connecter à des sites d'Histoire en chinois, pour pouvoir y lire ce qui y était expliqué. Elle m'en a fait la traduction partielle, et les textes n'étaient ni factuels, ni analytiques, mais complètement propagandistes : aux dires des "historiens" chinois, le Tibet appartenait à la Chine depuis je ne sais quelle dynastie (et il n'y ai aucunement fait état de sa souveraineté au préalable de l'invasion chinoise), et si l'armée a été envoyée (sans parler des exactions, ni des bombardements), c'était dans une "mission de paix", pour aider les tibétains; et le rédacteur de se féliciter de l'apport économique de la présence pacificatrice de l'armée chinoise, et des remerciements émus de la population tibétaine. Je lui ai bien évidemment dis que tout celà était complètement faux. Depuis quand
 
Les chinois ont une dent sérieuse contre les japonais. Les chinois sont un peu comme les américains, de grands gosses : pour eux, il y a les bons et les méchants. Ils ne supportent pas le révisionnisme nippon, et il est vrai qu'il n'est aucunement cautionnable. Les japonais se sont toujours pris pour la race supérieure en Extrême Orient, et encore actuellement, ils ne cessent de le prouver. Les allemands ont reconnu les faits, ont fait, et font encore amende honorable concernant le nazisme. Les japonais, non. Ils n'ont jamais reconnu ce qui s'est passé, continuent à le nier, enseignent des choses complètement fausses aux jeunes générations, et se comportent actuellement en Chine populaire comme des colonisateurs ayant pris possession du territoire. Bref, pour les chinois, les japonais sont les bad guys. Les chinois, par contre, par méconnaissance des exactions commises par leur gouvernement, sont les good guys.
 
Moi-même, à l'époque où j'étais chroniqueur pour les Nouvelles du Nord de Tanger, j'avais rédigé une pige sur l'horreur des massacres de Nanjing, perpétrée par une armée japonaise qui n'avait rien à envier aux nazis. En retour, tous les chinois qui avaient eu vent de l'article m'avaient remercié avec une sincérité digne et émue, du fait de mon soutien dans la dénonciation d'évènements abominables et méconnus, dont les civils chinois avaient terriblement soufferts.
 
Il n'y a pas d'échelle de valeur dans l'ignominie. C'est à la limite plus dans l'évaluation du repenti, et des efforts engagés, que l'on peut, peut-être, reconnaître la valeur. Pour Cai Li, comme pour la quasitotalité des chinois, la Chine est un paradis qui devrait être pris pour exemple par tous les pays du monde.
 
 
Je me souviens d'une toute petite anecdote, à mon retour en Chine en janvier. Au su de la conversation que j'ai eu avec Cai Li hier soir, cette anecdote prend une toute autre ampleur.
 
L'an dernier en France, on a assisté aux émeutes des banlieues, et j'ai toujours insisté sur les problèmes d'insécurité en France auprès des chinois, tant leur image d'Epinal de la patrie du bon vin et du parfum est superbement idéaliste. Et bien, j'avais justement un peu trop insisté, car, à mon arrivée à l'aéroport de Shanghai en janvier, j'avais passé immédiatement un coup de fil à Cai Li, pour lui dire que je sortais de l'avion, et que je prenais le car pour Suzhou. Ce qu'elle m'a dit au téléphone à ce moment-là m'avait surpris : "Ca y est ? Tu es en Chine ? Aaaah... Maintenant tu es en sécurité." Je n'avais pas tenté de comprendre plus en avant cette remarque, qui sentait, pour Cai Li, l'évacuation d'un souci majeur. Je m'étais dis que celà venait certainement des gorges chaudes faites concernant la situation revendicatrice de fin d'année en France, et dont CCTV nous avait rabattu les oreilles. Ce à quoi il faut ajouter que je restais concentré sur le poste de télé dès lors qu'on en parlait aux infos. En fait, je réalise qu'il n'y avait pas que ça. Il y avait aussi le fruit d'une politique de communication orwellienne, à faire croire aux chinois qu'ils vivaient dans le meilleur des mondes.
 
Hier soir, Cai Li me racontait que, depuis sa plus tendre enfance, à l'école, on ne cessait de lui enseigner les bienfaits de Mao, de la révolution, du système en place par rapport à tout autre, et donc, m'expliquait là que l'enseignement était endoctrineur, et pas laïque. Il faut mettre un léger bémol à celà : en France aussi, même si on ne prône pas les bienfaits d'un parti politique à l'école, on y démontre toutefois la supériorité d'un système démocratique par rapport à tout autre. Il ne faut pas me faire dire ce que je n'ai pas écris par rapport à une démarche potentiellement antidémocratique. L'objet n'est pas de prendre position, mais de tenter un recul analytique, et donc complétement dépassionné.
 
Hier soir, pour conclure la conversation, Cai Li a été abasourdi d'entendre que si les pays étrangers faisaient actuellement des courbettes à la Chine, c'était du fait de la situation économique internationale, qui rendait le pays incontournable, alors que, pour tout le monde en Occident, la Chine reste un pays sans liberté d'expression, où les droits de l'Homme les plus primaires sont très largement bafoués. Et je l'ai senti mal à l'aise. Tout ce qu'on lui avait enseigné s'effondrait, et ce mal être, j'en ai le sentiment, ne provenait pas du fait qu'on avait orienté sa pensée depuis sa jeunesse, mais plutôt du fait qu'en patriote chinoise, on ne reconnaisse pas l'indubitable supériorité de son pays. Tout simplement estomaquant.
 
 
 
Et Cai Li m'a alors posé très directement la question, comme on la pose à un prof : "penses-tu, toi-même, que le système en Chine soit le pire que l'on puisse avoir ?". Et là, je l'avoue, mes sentiments sont partagés. Pourquoi ? Parce qu'il y a l'idéal, le conceptuel... Mais il y a aussi la réalité des choses. J'ai vécu trente ans dans une démocratie, et trois ans dans une dictature. Ce qui me permet d'avoir un avis, par rapport à n'importe quel occidental qui n'a pas vécu ailleurs, ou par rapport à Cai Li qui n'a connu que la Chine, c'est que j'ai goûté les deux. On ne peut pas en vouloir à Cai Li, ou à n'importe quel chinois : ils n'ont connu que ça. Leur référence s'arrête à leur propre système, par ignorance du reste. Et de la même façon, on ne peut pas en vouloir aux occidentaux, qui n'ont que l'expérience de la démocratie comme référenciel.
 
J'ai répondu à Cai Li en tentant de peser le pour et le contre. La Chine, c'est près d'un milliard et demi d'individus. La Chine, c'est une trentaine de provinces. La Chine, c'est une cinquantaine d'ethnies (ici, on appelle ça des "nationalités"), avec des cultures disparates, des situations économiques et sociales qui vont du moderne high-tech pour le Sud-Est, au Moyen Age pour l'Ouest du pays. La Chine, ce sont des dizaines de milliers de dialectes vivants et actifs, fédérés uniquement par l'obligation d'apprendre le dialecte de Pékin à l'école (car le mandarin est le dialecte de la capitale). Mais il faut bien voir qu'il y a encore beaucoup de gens qui ne le connaissent pas, du fait d'un manque d'éducation inquiétant. Pour vous donner un exemple, j'entends souvent Cai Li recevoir des coups de fil, et après quelques secondes de conversation avec son interlocuteur, crier dans le combiné "parlez-moi en mandarin !", car l'interlocuteur en question lui parlait dans le dialecte de Suzhou, dont elle ne connaît pas un traitre mot... Son lieu de naissance étant à deux heures de route de Suzhou.
 
En résumé, l'unité chinoise tient à peu de choses : un langage imposé officiellement, et une fédération d'ethnies qui ne sont pas obligatoirement en adéquation avec les territoires sur lesquels elles sont localisées, avec des variations importantes dans les traditions et les cultures, que le gouvernement tente de lisser. Que se passerait-il si, en Chine, le système actuel était renversé, au profit d'un régime démocratique ? On assisterait, potentiellement, à une guerre civile inter-ethnies, inter-provinces, où certaines minorités voudraient revendiquer leur différence et leur souveraineté. A l'échelle de vingt pour cent de la population du globe, on ne pourrait plus parler de guerre civile, mais de guerre mondiale.
 
Réussir à conserver une cohésion totale dans une telle disparité anthropologique est une gageure que le gouvernement de Pékin arrive à maintenir. Cette disparité, elle est réelle et palpable. En Occident, on a une idée stéréotypée de la population chinoise, qui n'est pas le reflet de la réalité. Moi-même, je ne pense pas avoir de caractéristiques morphologiques qui me font ressembler à un asiatique, et il arrive pourtant, parfois, qu'on me prenne pour un chinois (dès lors que je parle peu mandarin, et que les quelques banalités que je crache à l'oral sonnent justes). On ne me prend pas pour un Han, l'ethnie principale, dont Cai Li fait partie, mais pour un homme du Xinjiang, une province occidentale de Chine. Celà vous donne une idée des différences physiques qu'il peut y avoir entre les nationalités.
 
Alors, en bon occidental, crier au loup pour l'établissement d'une démocratie en Chine, je n'y arrive pas. Ce n'est pas que je sois contre. C'est tout simplement que je n'arrive pas à prendre position... Et à savoir si celà sera un véritable bénéfice pour le pays... Et pour le monde (encore une fois, on parle de la Chine, et pas d'un pays de la taille du Luxembourg).
 
Par contre, ce que j'ai du mal à tolérer, et qui est pourtant le principe de base du gouvernement chinois, c'est le contrôle de l'information. Ici, tous les médias, quels qu'ils soient, sont controlés par l'administration. On ne peut donc pas parler d'information, mais de propagande. Ne vous leurrez pas : le contrôle de l'information, et son orientation, existent en Occident aussi... Mais dans une moindre mesure. Car en Occident, on peut dénoncer les scandales politiques, et tenter de faire changer les choses, en poussant des gouvernants à la sortie sous la pression populaire. En Chine, c'est bien évidemment impossible, et au contraire, les médias ne revendiquent que des coups d'éclats, souvent fabriqués de toutes pièces par l'administration.
 
 
En Chine, il existe quelques quotidiens nationaux en langue anglaise. La première année, je les achetais de temps en temps. Finalement, j'ai complètement arrêté. Au tout début, ne connaissant le fonctionnement du pays que superficiellement, je trouvais tout celà amusant, en me disant que, peut-être, l'information avait été un peu arrangée. Maintenant que j'en connais les rouages beaucoup plus en profondeur, je me rends compte à quel point tout ce qui y est relaté n'est qu'un tissu de mensonges qu'on sert en pature aux occidentaux de passage.
 
La deuxième chose qui est le pendant, pas vraiment désiré par le gouvernement, du régime en Chine, c'est la corruption, totale et constante. Dès lors que le gouvernement ne peut pas être changé, que rien de ce qui est fait dans les administrations ne peut être dénoncé, que tous les petits scandales, plus ou moins reconnus, sont étouffés... Celà veut dire que les citoyens n'ont pas la possibilité de se soustraire au système corruptif. En France, si vous allez au commissariat, et que les flics ne vous aident pas, vous avez des possibilités de recours : la hierarchie, d'autres autorités administratives, voire la justice ou encore la presse. En Chine, non. Si un flic ne veut pas vous aider (et en général, il ne veut pas, car vous le dérangez), vous devrez vous démerder tout seul. Si vous le critiquez, contactez les médias, où je ne sais quoi, vous risquez d'avoir des problèmes, ou de voir les portes se refermer... Et le seul recours, ce sont les relations que vous avez.
 
Je commence à prendre la mesure de tout celà du fait de l'établissement de l'activité avec Wang Ke Rong, mon associé dans la société que nous avons monté. La semaine dernière, il m'a demandé de l'accompagner pour signer le bail de l'usine qu'il va louer à partir d'avril. Je lui avais proposé, étant partenaire pour une autre activité, et ma face blanche encravatée ayant un effet rassurant pour les représentants de l'administration (ici, on considère tous les occidentaux comme des experts).
 
Nous rendions visite à une autorité locale, à savoir le bureau en charge de la locations des terrains en zones industrielles, ou des usines inoccupées. Moi, en bon businessman, j'avais mis mon plus bel uniforme de commercial, avec la cravate sérieuse, les chaussures cirées, le costume ni trop sobre, ni trop dynamique, arborant ma tête d'honnête homme. En fait les autorités qui nous recevaient étaient deux pouilleux sans éducation, promus au rang des décideurs rois du domaine, du fait de relations administratives et de cartes du Parti adéquates. Car ici, pour être fonctionnaire, il faut obligatoirement avoir sa carte du Parti.
 
Au bout de cinq minutes, j'ai compris que les deux pépères aussi cérébrés que des mollusques n'étaient là que pour une seule chose : nous faire signer le contrat de bail le plus dispendieux qui soit, sans agir comme "conseiller auprès des entreprises". Bien évidemment, ça m'a énervé rapidement : ces types-là ne connaissent rien aux affaires, et se trouvent pourtant en position de se mêler des nôtres, dont ils ne connaissent même pas en rêve la teneur de l'activité. Ils y allaient de conseils ridicules du genre : "vous devriez plutôt louer dans ce quartier, car il y a des entreprises allemandes et américaines !". Et puis il y a cette habitude chinoise, amadouante et lourdaude, particulièremet agaçante, de se taper dans le dos, de se cracher des compliments à deux centimètres du visage, à vous offrir des clopes à tour de bras alors que vous venez d'en écraser une, à coups de clins d'oeil grotesques, histoire de vous faire signer sans trop réfléchir. J'ai immédiatement pris mes distances, ai coupé court à la conversation, pour n'échanger qu'avec Wang Ke Rong sur nos réels besoins en la matière, tentant de concerter ceux-ci avec ma politique du moindre coût. Le résultat des courses, c'est qu'on y a passé certes plus de temps (d'une heure d'entretien prévue, nous sommes passés à quatre), mais que nous avons économisé, sur trois ans, un demi-million de yuans. Pour Wang Ke Rong, qui est chinois avec sa folie des grandeurs, c'est bien. Pour moi, c'est colossal, et avoir eu la démarche inverse relèverait plus de l'inquiétude que du manque de souci d'économie.
 
Et Wang Ke Rong, après les discussions, a ratrappé le bébé, me disant qu'on était en Chine, et que nous avions deux façons de traiter le relationnel : soit nous nous battions contre l'administration (à savoir, considérer les deux clampins pour ce qu'ils sont : deux petits fonctionnaires sans envergure, mais qui se prennent pour les seigneurs du chateau avec leur bien piètre petit pouvoir), soit nous jouions l'amitié sans limite, comme de vieux poteaux de régiment, afin d'échanger des faveurs. Je n'ai personnellement jamais été sous les drapeaux, ne suis féru d'armement qu'à réception des courriers du fisc, et j'ai donc laissé mon associé travailler cette option à ma place. Et c'était donc partie pour cette grande amitié de routiers qui se soulent de consors, afin d'obtenir des faveurs. Le résultat, c'est qu'il a fait encore baissé un peu le loyer, en suggérant qu'une partie de la différence serait un soutien personnel offert aux deux cons.
 
Les deux fonctionnaires ont répondu que l'argent ne devrait pas être un problème, et ont fait venir un de leur "ami" banquier dans le quart d'heure qui suit : à savoir, un employé de banque qui, quelle que soit la teneur rassurante ou alarmiste du bilan financier que nous soumettrons, nous obtiendra un prêt, dont nous n'aurons qu'à déterminer le montant à notre guise, sachant que le sus-dit employé de banque en déterminera en conséquence sa commission en dessous de table.
 
Pour clôturer cette transaction, on est allé dîner et se soûler la gueule tous ensemble. Comme en Chine, une des façons d'être reconnu et respecté, c'est de réussir à tenir l'alcool (à croire qu'il est impossible de faire des affaires sans celà, et même si j'ironise, je ne plaisante pas), Wang Ke Rong m'a laissé gérer cette partie de la transaction. Et même si je suis rentré en zigzaguant, j'ai obtenu l'agrément des fonctionnaires, qui semble-t-il, vont nous ouvrir toutes les portes.
 
Est-ce que c'est légal ? Bien évidemment, non. Et pourtant, le fonctionnement du pays, et la pérénité du régime, reposent en partie là-dessus. Alors, malgré ce que dit le gouvernement, montrant des coups d'éclat dans la lutte contre la corruption, c'est toléré; au même titre que la prostitution, galopante, et pourtant officiellement interdite; au même titre que la vente de CD et DVD pirates, est complètement interdite, alors que tous les magasins ont pignon sur rue. Et pourquoi celà ne peut pas changer ? Tout simplement parce que nous sommes dans une dictature, que le gouvernement, par souci de cohésion sociale, musèle la presse qui pourrait dénoncer, et donc mettre en péril cette cohésion. Bref, ce n'est pas près de changer.
 
 
 
Pour en revenir à l'objet, à savoir la discussion d'hier soir avec Cai Li, j'ai tenté de lui faire comprendre que chaque régime avait ses inconvénients. La dictature empêche la liberté d'expression, l'accès à l'information (pour autant, un chinois se sent on ne peut plus libre : ce sont des moutons patriotes), oblige toute personne à ne compter sur elle-même car le système étant indénonçable, on ne peut demander le secours des institutions que si celà leur rapporte au niveau personnel, et pas dans le cadre de l'application d'un devoir.
 
Par contre, la démocratie en Chine génèrerait une instabilité constante, poussant les gouvernants de passage à ne prendre que les mesures populaires et pas obligatoirement nécessaires. Vous vous doutez bien qu'en France, si un gouvernement en place prenait toutes les décisions qui s'imposent concernant la sécu, la retraite, le chômage, ou le temps de travail, il serait sanctionné immédiatement par les urnes. Celà ne veut pas dire pour autant que ce gouvernement ne sait pas comment régler le problème. Mais il ne coure qu'après une seule chose : un second mandat. Dans les pays à parti unique, le problème ne se pose pas. C'est Coluche qui avait dit "la dictature, c'est ferme ta gueule, et la démocratie, c'est cause toujours".
 
Dans tout celà, et j'en suis bienheureux, ce que j'ai surtout voulu faire comprendre à Cai Li, c'est que j'avais bien de la chance d'être né dans un pays où l'information, même si elle n'est pas entièrement transparente, permet une réflexion, une comparaison, avec la possibilité de conclure sur ses propres analyses. Et ce que je souhaitais, c'est qu'elle oublie de prendre pour argent comptant ce qu'on lui inculque, mais qu'elle tente de s'informer autrement, pour avoir un maximum d'éléments en main lui permettant de se forger un avis propre.
 
Et, au solde de cette soirée, j'ai demandé à Cai Li de ne pas évoquer autour d'elle ce dont nous nous étions entretenus. Ici, officiellement, même si je n'ai rien vu qui le prouvait, il est interdit de critiquer le gouvernement, sous peine d'être questionné par la police. Dans presque tous les cas, les chinois s'en contrefoutent, et si quelqu'un nous avait dénoncé, il est à peu près clair que les flics se seraient plutôt senti embarassés par la surcharge de travail qu'aurait constitué une sortie nocturne.
 
Je vous laisse sur ce billet inhabituel, qui vous dévoile un peu de l'envers du décor, vous donnant aussi une idée de la dureté du pays.
 
Note : les photos présentées montrent volontairement un autre aspect de la Chine. Réduire ce pays à sa situation politique, en oubliant sa fantastique richesse culturelle, serait une erreure insensée.
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22 février 2006 3 22 /02 /février /2006 07:16
J'avais un rendez-vous dans une usine samedi matin, à Hangzhou, dans la province du Zhejiang, et nous avons profité de l'opportunité, Cai Li et moi-même, pour y passer le week-end.
 
Il faut dire que, au-delà du fait que Hangzhou est au coeur du bassin industriel du Sud-Est de la Chine, la ville n'en reste pas moins un important centre culturel et touristique, particulièrement du fait d'un imposant lac, Xi Hu, ou "lac de l'Ouest", dont les berges regorgent de batisses historiques, médiévales, et traditionnelles.
 
En Chine, on a un proverbe qui dit "au ciel, il y a le paradis, et sur Terre, il y a Suzhou et Hangzhou". Cai Li trépignait bien évidemment à l'idée d'aller y faire un tour, tant Hangzhou est renommé en Chine.

Quand Cai Li et moi avons ouvert les rideaux vers sept heures et demie, quelle n'a pas été notre surprise de voir qu'il négeait très abondamment sur Suzhou. Et la couche blanche sur les toits et les trottoirs prouvait que celà avait commencé durant la nuit. Cai Li me confiait que celà faisait des années qu'il n'avait pas autant neigé dans la province.
 

Nous avons mis deux heures en car pour rejoindre Hangzhou... Où il négeait au moins tout autant. Etonnement, comme il n'y avait pas de vent, on ne ressentait pas le froid. Mais, je dois bien le confesser, alors que je me refusais depuis trois ans à cet achat, j'ai fais l'acquisition de la panoplie complète Damart, pantalon et tee-shirt, si épaisse et décalée qu'on dirait un uniforme de Star Trek, ou des sous-vêtements de western. Même si ce n'est pas très grâcieux, croyez-moi, quand il gèle à pierre fendre, c'est très confortable. Cai Li, dans sa doudoune épaisse qui lui tombe jusqu'aux chevilles, on la croirait prête à embarquer dans un fusée Soiyouz.

A l'arrivée, dans le tumulte de la cohue de la gare de l'est de Hangzhou, l'assistante du directeur de l'usine nous attendait. Je lui avais demandé de faire une réservation d'hotel pour moi et Cai Li, et nous sommes allés récupérer les clés de la chambre, avant de faire la visite de l'usine. Ensuite, le patron nous a invité à déjeuner, puis nous avons commencé à faire un peu de tourisme.

Très gentimment, le patron de l'usine nous a déposé sur les berges du lac de l'ouest, à l'autre bout de la ville, lac que je n'imaginais pas aussi grand. Au préalable, comme j'ai une petite amie intelligente, elle n'avait pas manqué de demander au même patron, un local, quels étaient les endroits les plus intéressants à visiter, et ceux à éviter.

 

Dans la voiture, gentimment et commercialement, le DG de l'usine n'a pas manqué de passer de la musique française, et j'ai du me fader le CD "Hélène, je m'appelle Hélène" sur tout le trajet. C'est fou, mais c'est la seule chanson française connue ici, et l'écouter confère, pour les chinois, à la "cool attitude". C'est bien simple, cette chanson, je dois l'entendre dix fois par semaine, dans les magasins, ou les restaurants.

A partir de là, nous avons sacrément marché. Les chinois sont des gosses, et Cai Li ne déroge pas à la règle. Elle a même un côté enfantin, pour ne pas dire infantile, qui me dépasse parfois. Je ne sais pas combien de boules de neige elle m'a envoyé, et elle s'arrêtait devant chaque bonhomme de neige avec la frustration de ne pas l'avoir fais elle-même. Finalement, elle s'est décidée, et il a fallu, dès lors qu'elle a commencé avec assiduité et concentration, la construction de son propre bonhomme de neige, que je la mitraille de photos et de vidéo aux côtés de sa création. Dans tous les cas, elle a vécu cette journée enneigée avec la même excitation qu'un enfant. Et ça faisait plaisir à voir.

Le lac de l'ouest, qui a conservé son côté naturel et forestier, n'en reste pas moins un enchaînement de pagodes éternelles, demeures ancestrales, ponts élégants en dos d'ânes sereins, et temples sur les berges. Par ailleurs, toutes les infrastructures ont été mises en place pour les visiteurs, avec des routes et des chemins en parfait état, ainsi que des panneaux d'orientation aux points stratégiques. Et puis, ce qui reste très joli, c'est que, étant préservé à l'écart du centre-ville, le lac est bordé de montagnes, qui donnent au paysage un côté peinture chinoise traditionnelle du plus bel effet.

 
Cai Li n'a pas manqué de me raconter la légende concernant la création du lac de l'ouest, réputé comme étant le plus beau lac de Chine. On raconte que pendant les temps anciens, un dragon et un phénix ont ramassé, sur une île, un jade blanc. Le dragon frotta la pierre avec ses pattes et le phénix le picota avec son bec. A la longue, la pierre se transforma en une perle luisante. Ayant appris cette nouvelle, la Reine du Royaume Céleste descendit sur la terre et arracha la perle au dragon et au phénix. Ceux-ci la poursuivirent jusqu'au Palais Céleste afin de récupérer la perle. Le dragon enlaça la Reine et le phénix l'attaqua à coups de bec. Ainsi la Reine lâcha la perle qui tomba du ciel jusqu'à terre, devenant le lac de l'Ouest, un endroit extrêmement beau.

Ce qui était le plus agréable, ce samedi, c'était la neige. La neige change tout de l'atmosphère, et c'est encore plus vrai en Chine. Pourquoi ? Parce que la neige assourdie, et quand on vit dans un pays aussi bruyant, retrouver un peu de silence dans un paysage si serein fait un bien fou. Tant le climat que les paysages conféraient à l'idée que l'on peut se faire d'un décor chinois.

 

 

 
Vers dix-huit heures, alors que la plupart des édifices visitables fermaient leurs portes, nous sommes rentrés à notre hôtel, où, bien crevés, après un rapide dîner, nous nous sommes endormis sans problème.

 
 
Le lendemain matin, Cai Li avait plein d'idées en tête : elle voulait visiter Leifengta, une pagode emblématique de Xihu, ainsi que le "pont brisé" (en chinois Duanqiao), car ces hauts-lieux seraient ceux où se sont déroulés les faits d'une légende très connue en Chine, nommée la légende du serpent blanc. Cai Li me l'a raconté comme elle a pu, et j'ai réussi à la compléter, pour vous la livrer, grâce à internet.

La légende du Serpent blanc est l'histoire d'amour tragique entre un homme, Xu Xian, et un serpent, Serpent Blanc, qui a pris forme humaine sous les traits d'une très belle jeune femme. Le jour de la fête Qingming, Xu Xian, commis dans une pharmacie, se promène au bord du Lac de l'Ouest à Hangzhou. Surpris par une averse, il s'apprête à rentrer chez lui en bateau quand une jeune veuve vêtue de blanc et sa suivante vêtue de bleu lui demandent de monter à bord. C'est le coup de foudre. A la descente du bateau, Xu Xian prête son parapluie aux deux jeunes femmes et a ainsi un prétexte pour les revoir.

 

 

 

Quelque temps plus tard Xu Xian et Serpent Blanc se marient.

Le jour de la fête des bateaux Dragons, Xu Xian rencontre Fahai, un moine taoïste qui lui révèle que sa femme est un serpent et lui donne une drogue à lui faire boire, pour découvrir sa véritable nature. Après avoir bu, Serpent Blanc se transforme en serpent. La voyant ainsi Xu Xian meurt d'effroi. Serpent blanc décide de s'envoler pour les îles des Trois Immortels et d'y voler des herbes magiques qui sauveront Xu Xian. Dans l'île elle doit combattre les gardiens. Ému par la jeune femme, l'Étoile de la Longévité intervient et lui donne l'herbe qui ramènera Xu Xian à la vie.
 
Fahai ne s'avoue pas vaincu et enlève Xu Xian qu'il retient prisonnier au temple du Mont d'Or. Serpent Blanc implore Fahai de relâcher Xu Xian. Comme il refuse, avec l'aide de Serpent bleu, des Dragons rois des quatre mers et leur armée aquatique, Serpent Blanc monte à l'assaut du temple. En un clin d'?il, une immense masse d'eau monte jusqu'à la porte du temple. Fahai dresse un barrage qui contient l'eau. Serpent Blanc, affaiblie car enceinte, ne peut résister, abandonne le combat et retourne dans les eaux du Lac de l'Ouest.

Xu Xian parvient à s'enfuir du temple de Jinshan et se rend à Hangzhou. En souvenir de sa première rencontre avec Serpent Blanc, il se rend au bord du Lac de l'Ouest, à côté du Pont brisé. Tout à coup il aperçoit sa femme, mais Serpent Bleu menace de le tuer car elle l'accuse d'avoir trahi Serpent Blanc. Cette dernière s'interpose. Finalement tous les trois se retrouvent. Le temps passe et à la Fête des boulettes de riz glutineux, Serpent Blanc met au monde un bébé.

 


Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Un mois plus tard, Fahai, déguisé en colporteur vend à Xu Xian un diadème qu'il offre à sa femme. Dès qu'elle le pose sur sa tête, Serpent Blanc perd connaissance. Fahai pénètre dans la maison et l'emprisonne dans un bol magique. Puis il construit la pagode Lei Feng devant le temple de Jingzi sur la montagne Nanping, pour y enfermer le bol. Mais un jour, la pagode s'écroulera et Serpent Blanc sera libérée...

 

 

 

Nous avons quitté l'hotel, et avons pris le premier taxi pour les berges. Ce dimanche matin, la neige avait presqu'entièrement fondu, et même si le froid persistait, la ballade sur le lac embrumé était bien agréable. Et puis nous avions tout le temps devant nous, notre car pour Suzhou ne partant qu'à dix neuf heures.
Nous avons commencé nos visites par Leifengta, pagode où le bol magique en question est supposé reposer. En fait, la visite s'avèrera surprenante. Leifengta est une haute pagode perchée sur une colline, et pour y accéder, il y a des escalators ! Cai Li m'expliquera que la pagode originale a été complètement détruite, et qu'elle a été entièrement reconstruite selon les gravures historiques (mais les escalators ne devaient pas exister il y a mille ans). Le gouvernement chinois avait commencé par procéder à des fouilles au sol afin de retrouver les fondations, et a terminé la reconstruction en 2003. Le batiment ne manque pas d'originalité : de l'extérieur, on dirait vraiment une pagode historique et pluricentenaire (hormis les escalators, donc), et à l'intérieur, il y a des ascenceurs ultraperfectionnés aux parois de verre, ainsi qu'un musée tout ce qu'il y a de plus moderne qui raconte sous la forme de panneaux ciselés de bois, la légende du serpent blanc. Anachronismes qui cohabitent. Dans tous les cas, la vue panoramique que l'on a sur le lac du haut de l'édifice vaut le coup d'oeil.
 Après Leifengta, nous avons négocié dur avec un passeur, et avons emprunté un petit bateau traditionnel pour faire un tour sur le lac, accompagné d'un couple de chinois. Celà donne un autre point de vue sur l'endroit, et permet de se rapprocher des quelques îles qui parsèment la surface de l'eau.
 
Nous avons commencé par rejoindre l'île de Xiaoyingzhou, d'où nous avons pu voir les Santanyinyue, ou "trois lanternes où se reflètent la lune". Ces trois lanternes alignées dans l'eau comportent chacune cinq orifices, où l'on place des bougies scintillantes à l'occasion de la fête de la Lune ou fête de la mi-automne, deuxième célébration importante du calendrier chinois, après le nouvel an.
 
Nous sommes ensuite passés sous un petit pont traditionnel, avant de rejoindre la berge menant au "pont brisé". Il était étonnant de croiser de nombreux couples en habits de mariage, accompagnés de photographes, pour profiter de l'endroit afin d'immortaliser l'instant. En Chine, les photos de mariage se prennent avant la cérémonie, et les époux sélectionnent, chez un photographe professionnel, les vêtements et les endroits qu'ils souhaitent voir dans leur "book". Les photos sont retraitées sous les logiciels adaptés, et il est toujours amusant de voir le manque de naturel consternant et le côté "gravure de mode" des photos de mariage. Il n'est pas rare aussi, de voir chez les gens, un énorme cadre enluminé de dorures, recouvrir tout un pan de mur avec une gigantesque photo de mariage. Ces photos sont tellement retravaillées et flatteuses... Qu'on a parfois beaucoup de mal à reconnaître les époux... Tant ils y paraissent beaux et irréels.
L'autre élément sympa, c'est la possibilité de louer des vélos... Par contre, la très grosse contrainte, c'est qu'il faut les ramener au même endroit, et c'est la raison pour laquelle nous n'en avons pas pris. Mais il est vrai que celà doit rendre la visite bien agréable, enfin, particulièrement en été.
 
Vers dix-huit heures, nous avons repris un taxi pour la gare routière, et sommes rentrés en car à Suzhou. Cai Li était exténuée, et a dormi pendant une bonne heure, la tête posée sur mes cuisses, les mains lovées autour de mes genoux, comme font toutes les chinoises. A son sourire d'ange endormi, j'ai bien vu qu'elle avait savouré le week-end... Et c'était là bien l'objectif.
 
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Published by Christophe Pavillon - dans Traditions millénaires.
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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 06:39
Je vais me fiancer cette année avec une petite chinoise qui répond au doux prénom de Cai Li. Au-delà d'être la plus fantastique petite amie de disponible sur le marché, Cai Li s'enorgueillit d'un atavisme exceptionnel de cordon bleu, son papa étant restaurateur.
 
Ensemble, nous avons souhaité produire, filmer, monter, et distribuer (de manière tout à fait amicale et gratuite) un court-métrage en vidéo numérique, où, en plus de démontrer ses capacités culinaires, elle communique son savoir-faire à des amateurs francophones de gastronomie chinoise (le film étant sous-titré en français) .
 
Oubliez la cuisine que vous proposent les restaurants chinois en France : elle est complètement aseptisée, industrialisée, formatée aux saveurs occidentales, et on n'y retrouve en rien les parfums, les couleurs, et les goûts de l'authentique cuisine chinoise, gastronomique et familiale. Un véritable repas chinois ne commence pas par un apéritif parfumé aux lichees, et ne s'achève pas sur un café et un saké (qui n'est pas du tout chinois, mais japonais) offert par la maison, bu dans une minuscule coupelle dont le fond recelle le cliché antédiluvien d'une asiatique éfeuillée et visible à travers une lentille grossissante.
 
Ce petit film, qui dure un quart d'heure, est à destination des voyageurs en pensées ou en actes, des curieux, des rêveurs, des amateurs d'authenticité, de ceux qui souhaitent découvrir, mais aussi faire découvrir, et cuisiner un véritable repas chinois familial.
 
Que ces avides d'exotisme là se rassurent :
 
- Les plats sélectionnés, bien que complètement chinois, ont été choisis, d'une part, pour leur simplicité de réalisation, et d'autre part, pour la facilité que les expérimenteurs auront à en acheter les ingrédients dans n'importe quelle grande surface en Occident.
 
- Le film liste tous les ingrédients et ustensiles utilisés, et détaille le processus pour chacun des quatre plats proposés. Suivez les instructions, vous verrez, c'est bête comme chou.
 
- Que les volontaires se rassurent, le film est traité sur un ton léger, ni académique, ni barbant. Bref, idéal, tant pour les amateurs de chimie amusante, que les aficionados d'exotisme un peu flemmards.
 
- Le film est scindé en trois parties, plus rapides à télécharger qu'un fichier unique, et par ailleurs de meilleure qualité.
 
Avis aux amateurs... Et bon appétît !
 
Première partie :
 
 
Entr'acte, et deuxième partie :
 
 
Interlude, puis troisième et dernière partie :
 
 
 
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Published by Christophe Pavillon - dans Vidéo.
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