Aujourd'hui, je déroge à la règle fondamentale de mon blog, qui est de relater exclusivement mon expérience en Chine. Mais je connais une histoire si belle, si romanesque, tellement emplie d'amour, et surtout, dont la conclusion est le plus beau message d'espoir pour ceux qui se sentent seuls... Que je ne résiste pas à l'envie de vous la raconter. Après tout, les règles, c'est comme les bonnes résolutions : elles ne tourmentent que si on les appliquent.
Cet été, Cai Li et moi sommes passés en France, pour un peu moins de trois semaines. C'était le premier voyage de la demoiselle hors de Chine, et elle n'avait jamais pris l'avion. Autant vous dire qu'elle a vécu l'aventure de sa vie. J'y reviendrais certainement dans un autre billet, tant il y a de choses à raconter dans la confrontation culturelle... Et qui devraient amuser.
Je me déplace normalement en France une fois par an, à l'occasion des fêtes de fin d'année, histoire d'en savourer la chaleur familiale. Cette année, j'ai aussi dérogé à cette règle (mais il ne faut pas croire que c'est une habitude), car mon meilleur ami, mon vieux poteau Edouard, que je connais depuis une bonne vingtaine d'années, se mariait. Au-delà du fait que j'étais témoin, il était impensable de ne pas partager le plus beau jour de sa vie.
Par ailleurs, son histoire avec Elodie, son épouse, est loin d'être banale, et reste l'aventure la plus romantique que je connaisse... Alors que celle-ci a commencé il y a treize ans maintenant.
En 1993, Edouard rencontre Elodie, alors que tous deux étaient étudiants. Ils tombent amoureux l'un de l'autre, et démarrent une relation passionnée. Ils avaient alors tous deux une vingtaine d'années. Après quelques mois seulement, ils décident de vivre ensemble.
Hélas, après presque trois ans, ils se séparent... En mauvais terme. L'amour était là... Et si leur relation n'a pas tenu à l'époque, c'est du fait d'une certaine jeunesse, et d'une innocence qui amène à croire qu'éprouver des sentiments intenses suffit à construire. Avec l'âge, et l'acquisition d'une certaine maturité, on réalise qu'aimer est un verbe qui doit, dès le départ, se conjuguer au futur, et jamais au présent.
Depuis leur séparation, j'ai vu Edouard changer, et batir, étape par étape, l'homme qu'il est devenu. A l'époque de leur rupture, celui-ci assurait son service militaire à la Croix Rouge, très efficacement... Mais n'était pas encore dans une période de construction. Son rêve, son aboutissement, depuis le sortir de ses études, c'était de monter sa propre entreprise.
Suite à la rupture, et à la fin de son service, il a voulu changer d'air. Il est parti tout d'abord sur Paris, où il a vécu différentes expériences professionnelles, qui l'ont rassuré dans l'idée que son objectif restait l'entreprenariat. Puis il est parti sur Lilles... Où, après une expérience en entreprise, il a décidé, finalement, il y a maintenant quatre ans, de sauter le pas, et de monter sa propre structure. Capensis était né. Vous pouvez visiter le site de la société à www.capensis.fr.
Les premières années ont été dures, comme pour n'importe quel entrepreneur qui n'a pas la chance de démarrer son activité dans un pays aussi économiquement euphorique que la Chine. Il a du se battre, à chaque instant, sans baisser les bras, pour assurer la pérénité de la société, la sécurité de son équipe, et la satisfaction de ses clients. Et des moments difficiles, il en a eu.
Durant ces années, qu'il soit à Tours, dont nous sommes originaires, à Paris, ou à Lilles, à chacune de nos retrouvailles, dès lors que nos soirées s'allongaient lascivement autour d'une bonne bouteille, Edouard évoquait Elodie, prouvant à quel point il avait mal vécu le manque d'aboutissement de leur relation. Simplement, elle était encore là, chaque jour, à chaque instant, à chacun de ses pas, derrière chacune de ses pensées.
L'intensité de ses souvenirs m'avait toujours d'autant plus frappé qu'Edouard et moi avions vécu des histoires similaires, au même moment. Lui et Elodie s'étaient séparés précisément le 21 juillet 1996, après trois ans de vie commune, et une semaine auparavant (un 14 juillet que j'aurais du mal à oublier), ma petite amie de l'époque, dont j'étais éperduement amoureux, et avec qui je vivais aussi depuis trois ans, rompait.
Au solde de ma rupture, je m'étais enfoncé dans une effroyable tristesse dont je ne me remettrais qu'un an après... En tournant la page petit à petit. Edouard, lui, n'a jamais cédé à la tristesse, et a su, dès la séparation, canaliser ce désespoir en une rage constante de s'en sortir, de se construire, et de se surpasser. J'ai trouvé mon salut dans la diversité des expériences, principalement les voyages et l'écriture. Edouard, lui, a transformé tout ce réservoir d'énergie négative en un propulseur fabuleux, qui l'a amené à tenir les rennes d'une PME.
Lors de nos retrouvailles durant toutes ces années, Edouard réussissait même, tant nos histoires avaient été liées, à me faire part de souvenirs concernant ma propre relation... Que j'avais moi-même oublié ! Même si Edouard s'est construit par rapport à celà, cette tenacité mémorielle prouve à quel point, même dix ans après, il ne l'avait pas acceptée. Tout simplement, c'était avec Elodie qu'il avait voulu construire son existence... Et ce sentiment là n'a jamais changé. On dit toujours que le temps cicatrise les blessures sentimentales... Edouard est l'exception.
Au début de l'an dernier, lors d'un de mes passages en France pour les fêtes, je suis passé à Lilles, histoire de revoir Edouard. Capensis commençait à se stabiliser, et il était toujours célibataire. Et lors d'un de nos dîners... Il est reparti à reparler d'Elodie. Pour ça, il était fantastique : depuis 1996, je n'ai jamais eu besoin de mettre le sujet à l'ordre du jour. Il l'évoquait dans tous les cas.
Mais ce qui avait changé, en janvier 2005, c'est que, par le biais d'un site internet recensant les copains de classe, il était tombé par hasard sur Elodie, et qu'il avait bien l'intention de la revoir. Quand Edouard m'en a parlé, c'était avec une certaine hésitation, me demandant si "ça ne me dérangeait pas". Moi, l'histoire que j'ai vécu en couple quand j'avais vingt ans était enterrée depuis bien longtemps. Mais celà prouve à quel point, pour lui, elle était restée vivace au coeur.
Je suis rentré en Chine, et Edouard a continué à m'informer, m'annonçant que quand Elodie l'a revu, elle a plaqué l'existence qu'elle menait, pourtant en cours d'aboutissement, et est venue directement s'installer à Lilles, avec Edouard. Et je crois me souvenir que c'est en mai de la même année, cinq mois plus tard donc, qu'il l'a demandé en mariage... Et qu'elle a accepté.
Cinq mois, celà peut paraitre bref. Mais ce n'est pas la bonne façon de compter. Leur histoire a commencé en 1993, s'est interrompue en 1996, et depuis, tous deux nourrissaient les mêmes besoins de retrouvailles. Pour Elodie, Edouard était le seul homme avec lequel elle avait jamais envisagé de passer son existence, et pour Edouard, vieillir aux cotés toute autre personne qu'Elodie n'avait aucun sens. Alors, bien au contraire, dix ans, je trouve que celà fait long !
Entretemps, l'un est l'autre s'étaient construis, individuellement, se retrouvant avec un capital d'innocence nul, mais avec un apport d'expérience et de maturité qui cimentera à jamais leur passion. Malgré les années, la distance, les expériences variées, la construction professionnelle... L'amour était resté intact.
Pouvez-vous imaginer celà, vous ? Attendre la même personne pendant dix ans ? Sachant particulièrement qu'entre vingt en trente ans, il s'agit d'une période de la vie où l'on construit le plus d'expériences nouvelles, où l'on détruit toute sa naïveté ? Et pouvez-vous imaginer celà, que la personne que vous attendez, durant toutes ces années, malgré sa propre construction, vive dans la même attente ?
Depuis qu'ils ont décidé de se marier, j'ai raconté plusieurs fois à Edouard, lors de nos correspondances par email, que leur histoire avait traversé l'Oural, l'Himalaya, et le Désert de Gobie, car dès lors que je rencontre des gens qui sont dans la solitude sentimentale, je leur raconte l'aventure romantique et véridique d'Edouard et Elodie, pour leur faire comprendre que la vie ne s'arrête pas, et que l'espoir est toujours permis, si il reste moteur d'une construction.
Ils se sont retrouvés, se sont mariés, et leur histoire est terminée. Terminée ? Et bien non, justement, et c'est en celà que c'est fantastique : elle ne fait que commencer.
Le romantisme à la française est une image d'Epinal qui s'exporte bien. Et quand Cai Li m'a entendu lui raconter l'histoire d'Edouard et Elodie, il était clair pour elle que, même si celle-ci reste fantastique, elle ne pouvait être que française. C'est tout simplement la plus belle histoire.
Je vous invite à voir les clichés des noces, en deux étapes : mariage civil et célébration entre intimes, et mariage religieux avec toutes les festivités d'usage.