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Chroniques d'un français en Chine.

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Confrontation culturelle et conjugale au quotidien.

Je ne cesse de le répéter : Cai Li, ma petite amie, est la petite amie la plus merveilleuse de disponible sur le marché. Malgré tout, et je m'en amuse plus qu'autre chose, elle conserve quelques habitudes cent pour cent chinoises qui me rappellent à quel point nous sommes différents. Elle, bien évidemment, ne s'en rend pas compte : elle est née comme ça, a été éduquée ainsi, et réalise que, partout à travers le monde, nous ne sommes pas culturellement formatés pareil, uniquement dès lors que je n'applique pas les mêmes règles qu'elle. Et il y en a quelques unes qui valent le détour.
 
1 - Le crachat du matin :
 
Cai Li, c'est un régal à l'âme. La première chose qu'elle fait, quand elle ouvre les yeux le matin, c'est s'étirer avec un sourire large jusqu'aux oreilles, preuve que c'est une nouvelle et belle journée qui s'annonce.
 
Par contre, la deuxième chose qu'elle fait, alors que je suis encore tout vaporeux et atablé à mon premier café, c'est de s'enfermer dans les toilettes pour balancer les premières glaires matinales au fond de l'émail. Et là, par contre, ça brise le charme. Il ne s'agit pas d'un petit bruit de crachat-crachin, comme une balle propulsée avec un pistolet à silencieux. Non. Il s'agit d'un amas de molards éjecté au canon de campagne, dans un raclement de gorge tellement terrible que le doux ange doit à chaque fois frôler le décollement de glotte.
 
Il ne s'agit pas d'une exception. C'est tout simplement culturel. Vous n'imaginez pas le nombre de chinois que j'entends faire ce rafut dégoutant dans la rue, sans la moindre gêne, avant de cracher sur le trottoir. C'en est arrivé à un point que, à la différence de ma première année en Chine, où j'en souriais, maintenant, celà me donne presque la nausée, et constitue dans tous les cas une forme d'agression sociale. Quand j'entends Wang Ke Rong faire celà, prétextant qu'il a un sale goût dans la bouche car il a fumé une cigarette, alors qu'il est non-fumeur, j'ai le sentiment qu'il y a souvent, chez les chinois, un besoin d'une gestuelle les rendant intéressants.
 
2 - Le pécu dans la corbeille :
 
Il y a deux jours, alors que j'étais concentré derrière le PC, Cai Li arrive vers moi, le regard pincé, comme prête à me houspiller froidement. "Ke Lin, viens donc voir par là" me dit-elle, sur le ton glacé du reproche. Moi, je me demandais bien ce que j'avais encore fais, et accessoirement, avais d'autres chats à fouetter.
 
Elle m'amène alors, main dans la main, jusqu'aux toilettes, et me fait deviser en plongée la profondeur abyssale de la cuvette. Et là, j'y vois flotter, en pitoyable radeau de la méduse sanitaire, un morceau de papier toilette, dont je m'étais servi. Désignant le trou avec virulence, elle me demande "c'est quoi ça ?", ce à quoi, n'y allant pas par quatre chemins, je lui réponds en substance ce que je viens de vous écrire, à savoir "un morceau de papier toilette dont je me suis servi". Jusque là, je n'y voyais rien d'anormal... Et pourtant, je savais pertinnement où elle voulait en venir.
 
Cai Li désigne alors une corbeille, entre le lavabo et la cuvette. Cette corbeille déborde de pécu... Usagé. C'est une habitude, typiquement chinoise, que j'avais déjà remarqué : quand les chinois vont aux toilettes, ils mettent le papier qu'ils ont utilisé dans une corbeille, plutôt que de le faire disparaitre dans le tumulte cyclonique de la chasse d'eau. Moi, je n'ai jamais réussi à m'y soumettre. Je trouve ça peu hygiénique, pas foncièrement bon pour l'environnement sanitaire, et surtout, foncièrement dégueulasse. Et j'ai toujours fermé les yeux avec une moue de dégoût quand il fallait changer le sac de la dite poubelle. En plus, ces sacs ont l'innovation délicate, avec leur transparence totale, permettant tant aux voisins qu'aux éboueurs de connaître l'état de nos difficultés digestives. Et je n'oserais même pas évoquer l'état de la corbeille, en plein été, avec la chaleur et l'humidité environnante.
 
Evidemment, ma réponse a été directe et sans concession : il reste hors de question que je mette mon pécu plein de merde dans la corbeille. Il ira au fond du trou, comme nous tous un jour. Cai Li ne comprend pas l'intérêt hygiénique de la chose, prend celà pour de la pudeur snobinarde, et y voit plutôt une lubie anti-pragmatique et anti-plombière, qui pourrait générer l'encombrement de la tuyauterie. Pour moi, il n'y a que les porcs qui se complaisent dans leurs déjections.
 
Mais là où Cai Li m'a bien eu, c'est en me demandant si, en Europe, les filles mettaient leurs tampons et serviettes usagés dans les toilettes. Et j'ai bien été obligé de lui répondre que non, elles les mettaient à la corbeille. Bref, même si la droiture de mes propos concernant l'hygiène liée au stockage du pécu merdeux lui paraissait justifiée, elle a trouvé que nous autres, les occidentaux, n'allions pas au bout de notre démarche, et faisions preuve d'un indubitable manque de cohérence.
 
3 - Les légumes au sol :
 
Cai Li, il faut la voir s'activer derrière les fourneaux, avec la vélocité bourdonnante d'une abeille, dès lors qu'il s'agit de préparer le repas du soir.
 
Par contre, elle a une habitude qui me dépasse. Elle range les légumes par terre. Non, non, je ne plaisante pas. Plutôt que de profiter de l'espace frais du réfrigérateur, elle préfère laisser traîner tous ces beaux légumes, achetés sur le marché exotique du coin, sur le carrelage froid et dégoutant de la cuisine. Nous logeons dans un vieil appartement chinois période fin Mao Zi Dong, début Deng Xiao Ping, dont l'isolation est à mourir de rire (ils s'agit de carreaux de verres rivetés à des tasseaux métaliques tellement rouillés que j'ai peur de choper le tétanos rien qu'à les regarder, et dès lors que j'ouvre une fenêtre, le "joint" se fragmente et s'écrase six étages plus bas, dur comme le roc), avec une poussière constante, même avec un nettoyage plurihebdomadaire. Le sol donne l'impression de n'être jamais propre, tant y sont imprimées des traces de terre emportées par nos chaussures, mêlées d'eau, d'huile et de graisses ayant servi à la confection brutale de petits plats chinois. Même les joints entre les carreaux au sol sont irrécupérables, tant ils sont chargés de graisse depuis des lustres. Et c'est dans cet espace que Cai Li laisse traîner les légumes.
 
Je lui ai fais la remarque, lui faisant comprendre que, même si elle les nettoyait avant de les cuire, non seulement nous avions de la place dans le frigo, mais aussi et surtout, ce n'était peut-être pas très bon pour la santé. En réponse typiquement féminine, elle a chaque fois acquiescé du chef... Et n'y a rien fait. Dans un sens, elle a bien raison, et je trouve qu'elle devrait aller jusqu'au bout de la démarche, en mettant tous les aliments par terre. Nous gagnerions du temps à lapper le sol, et celà nous éviterait la lassante étape du nettoyage de la vaisselle. Je trouve même qu'elle devrait cuisiner par terre. Celà nous permettrait de gagner de l'espace, en nous débarassant d'un mobilier bien inutile, que nous n'aurions par ailleurs plus besoin d'éponger après avoir cuisiné. Non, force est de reconnaître le coté pratique de la démarche. Et puis, cet été, quand nous aurons à nouveau des cafards, celà permettra de ne pas avoir à rajouter des noix et des croutons dans la salade.
 
4 - Le nettoyage des pieds :
 
Dans la série des incompréhensions culturelles, il y a une autre petite anecdote liée à l'hygiène qui vaut son pesant de riz. Tout d'abord, Cai Li prend rarement une douche le matin, privilégiant le soir. Et quand Cai Li a la flemme de prendre sa douche le soir, elle se lave les pieds.
 
Ainsi le soir, je la vois rentrer dans la chambre avec sa bassine d'eau tiède, s'asseoir face à la télé, le bas du falsard relevé, à faire tremper ses pieds pendant dix minutes. Et d'une, je trouve que la démarche n'est pas des plus charmantes, et de deux, je me fais engueuler car moi, je n'arrive pas à me résigner à le faire. Il ne faut pas m'en vouloir : je n'ai jamais eu pour habitude, en trente-quatre ans, de me laver les pieds avant de me coucher.
 
5 - L'aérophagie :
 
A l'instar de ses compatriotes, Cai Li ne manque pas d'air. Et, elle n'a de cesse de me prouver cette spécificité culturelle en éructant dès que le besoin s'en fait sentir. C'est une femme conservant le rôt discret, ce qui n'est pas toujours le cas des autres chinois. Elle reste souvent la bouche ouverte, et dès lors qu'on s'entretient très sérieusement avec elle, si un rôt se présente, elle le laisse s'échapper, sans battre un cil, avec une concentration idoine envers son interlocuteur. Ca, c'est amusant. Ce qui l'est moins, c'est quand elle a son visage à moins de cinq centimètres du mien, et qu'elle me rôte à la face, comme si c'était quelque chose de normal.
 
Comme pour la totalité des expatriés que j'ai rencontré, la Chine m'a gratifié des difficultés digestives que mon stomatologue a vulgarisé à mon esprit béotien en l'intitulant "de l'air dans le ventre". Cai Li, depuis qu'elle me connaît, connaît aussi mes problèmes chroniques. Depuis que je lui ai fais part du verdict médical, elle a décidé qu'elle aussi, avait des trop-pleins d'air... Ce qui lui fournit depuis l'excuse idéal pour rôter. Très sincèrement, je m'en fous, pour peu qu'elle s'abstienne de le faire à bout portant.
 
6 - L'attachement aux prérogatives ménagères :
 
Cai Li, elle vrombit. Tout d'abord, je la sens très à l'aise dans les activités ménagères, même si, célibat endurci oblige, je suis maniaque pour pas mal de choses, et que je trouve qu'elle a une facilité naturelle à croire que la couche de crasse fait partie de la couleur d'origine du mobilier. Pendant les vacances du nouvel an chinois, alors qu'elle s'était absentée chez ses parents, j'avais nettoyé l'appartement. Quand elle est rentrée, elle a remarqué le récurage, mais n'a osé le mentionner, par peur de passer pour une mauvaise femme d'intérieur.
 
Cai Li prend très au sérieux ses prérogatives ménagères. Comme moi-même, prendre en charge ce genre de tâches ne me dérange pas, lorsqu'elle voit que j'ai fais un peu de rangement, elle s'empresse d'emboîter le pas, et de nettoyer autre chose, afin de montrer que celà lui incombe. Quand je rentre de voyage, elle veut gérer le vidage de mes valoches. Il faut à chaque fois lui faire comprendre que c'est à moi de le faire. De même, elle s'en veut quand elle n'a pas préparé à dîner, alors que, si mon banquier approuvait, nous irions au restaurant tous les jours.
 
7 - La cuisine occidentale :
 
J'aimerais bien pouvoir cuisiner de temps en temps, par plaisir tout d'abord (tant de passer un peu de temps derrière les fourneaux, que de manger occidental), et aussi pour que Cai Li n'ait pas à le faire constamment. Mais voilà, Cai Li a un problème viscéral avec la nourriture occidentale. Tout d'abord, elle fait un amalgamme complet : que ce soit français, italien, ou mexicain, elle a décrèté qu'elle ne trouvait pas ça très bon. Elle fait à peine l'effort de goûter, trie les aliments dans son assiette avec la moue capricieuse d'un gosse qui n'aime rien, renifle les plats avant de les tester, et se fie à la forme des ingrédients pour savoir si elle peut les ingérer.
 
Même les pâtes, ça passe modérément bien. Par exemple, les spaghettis, ça passe mal, alors que les macaronis ou les coudes, ça lui va. La première fois que j'ai fais des spaghettis carbonara, elle n'a mangé que le bacon, prenant soin au préalable d'en essuyer chaque morceau pour ne pas avoir à avaler de crême. Par contre, Cai Li, quand j'ai envie de lui faire plaisir, je lui achète des tripes frites au piment rouge et gingembre.
 
8 - Le goût critique et artistique :
 
Cai Li a fait une école de design. Dès lors, on peut imaginer qu'elle dispose d'un esprit critique quant à l'améagement de son intérieur, jusque dans les moindres détails décoratifs. Et bien pas du tout. C'est bien simple, je n'ai pas l'impression de vivre dans l'appartement d'un jeune couple, mais plutôt dans une chambre d'étudiants. Je compare très souvent les chinois à des enfants.
 
- Le goût décoratif :
 
Lorsque Cai Li et moi sortons dans tous ces endroits huppés de Suzhou dont nous sommes les VIP, elle a toujours le ton juste à décrire les éléments du décor, leur originalité, leur forme, leur éclairage, avec un bon goût et un oeil acertif que je trouve exceptionnel. Elle y va de ses petites remarques, en professionnelle de la décoration, et en général, je suis impressionné par ses idées, qui me paraissent originales et bien songées.
 
Mais dès lors qu'il s'agit de notre appartement, c'est la cata. Et il y a là un paradoxe dont je n'arrive à saisir l'origine. Il y a deux jours, Cai Li rentre à l'appartement avec des papiers-journeaux repliés en origami. Je n'y ai pas fais gaffe, classant les objets directement au rang de son attitude enfantine, de mise chez la plupart des extrêmes orientales. Elle en a déplié deux, en forme de petits paniers carrés, les a posé sur la table, me précisant admirativement que nous disposions dorénavant de poubelles de table à peu de frais.
 
Non seulement, il y a une corbeille sous la table (différente de celle qui lui sert à jeter le papier toilette), et par ailleurs, je trouve que ça pourrait constituer la fierté d'un enfant de quatre ans qui, ayant confectionné les paniers en papier lui-même, souhaiterait susciter l'admiration de ses géniteurs. Mais dans notre cas, nous n'en avons pas besoin, et avons légèrement plus de quatre ans.
 
De même, sur le mur adjacent au PC, pour une raison qui m'échappe, elle a placardé des photos, avec un scotch visible et bricolé, de chanteuses chinoises, qui, au demeurant magnifiques, n'en font pas moins penser que nous nous trouvons dans une chambre d'ado, plutôt que chez un couple d'adultes. Quand j'avais quinze ans, moi-même, j'avais tapissé les murs de ma chambre d'affiches de film... Mais voilà, je n'ai plus quinze ans.
 
Cai Li a étudié le design, et peint à l'huile ou à l'aquarelle avec un certain talent. Elle a ramené de chez ses parents quelques aquarelles qu'elle a faite, et il y en a que je trouve particulièrement à mon goût, représentant des canaux et des batisses traditionnelles du Jiangsu. Je lui ai proposé d'en faire une sélection, que nous garnirions d'un joli cadre et d'une passe-partout sobre. Et bien non. L'intérêt d'accrocher celà au mur lui échappe. La possession est importante chez les chinois, mais pas la création. Si il avait s'agit d'aquarelles que nous avions acheté, si possible chères, mais moches, je suis convaincu qu'elle aurait souhaité les exhiber.
 
- Le goût artistique :
 
Ceux qui me me connaissent suffisament vous diront que je suis businessman par expérience, localisation géographique et situation économique, plus que par affinité. Si je devais faire quelque chose qui me corresponde pleinement, il est clair que ce serait créatif, mais dans le sens artistique du terme, car il ne faut pas être mercantiliste : l'entreprenariat exprime aussi une grande part de créativité, mais dénuée d'art, et toujours avec une démarche économique. Je pensais que Cai Li, du fait de son background, tant estudiantin que professionnel, partageait potentiellement les mêmes rêves, et les mêmes centres d'intérêt. Et bien non. Deux exemples, concernant des arts populaires, à savoir la musique et le cinéma.
 
Quand, les pieds en dedans, elle vient me demander si elle peut aller faire la fête avec ses copines, je lui réponds que, pour peu qu'elle ne rentre pas à cinq heures du matin complètement soule au bras d'un autre, elle peut bien faire ce qui lui chante. Le cliché vous paraît peut-être antédiluvien, mais il faut bien voir qu'en Chine, "une fille bien" ne fait pas n'importe quoi, et qu'ici, les hommes sont particulièrement avides de pouvoir, préfèrant envisager le mariage avec une fille soumise plutôt qu'une beauté.
 
En l'espace de six mois de vie commune, je ne me suis bien évidemment jamais permis d'interdire quoi que ce soit à Cai Li. Ses lubies de paniers en papier, ses photos scotchées au mur de je ne sais qu'elle star à la mode-moi-le-noeud, du moment que ça lui fait plaisir, le prétexte me paraît bien suffisant. Il n'y a qu'une seule chose pour laquelle j'ai mis mon véto. Mais là, c'était viscéral. Elle est rentrée un soir, en me demandant si elle ne pouvait pas écouter "un truc qui bouge". Bien sûr, ma chérie, tout ce que tu veux. Et là, j'ai eu droit à cette assourdissante techno qui transforme les ados en trisomiques sourdingues. Je n'ai pas tenu. J'ai immédiatement arrêté le CD, tant c'était atroce pour les oreilles. La musique adoucit les moeurs, mais là, on ne peut décemment pas parler de musique, et c'était tellement assourdissant que celà m'aurait rendu agressif.
 
J'ai tenté, innocemment, d'éveiller Cai Li à autre chose, musicalement, tentant de lui faire comprendre que derrière la musique, il pouvait y avoir une histoire, de l'atmosphère, et de l'émotion... Dont la techno est complètement exempte. Et j'ai l'impression qu'elle n'apprécie guère la musique que j'écoute, qu'elle soit cubaine, américaine, ou française. Par contre, elle me fiche une paix royale avec ça. Pourquoi ? Parce que, comme bon nombres de chinois, elle écoute la musique chez elle comme elle l'entend au supermarché. Celà fait partie d'un fond dont on ne se préoccupe pas. Dès lors, la teneur émotive de la musique n'a guère d'importance. A tel point que, quand elle souhaite entendre de la musique, elle lit le CD qui est dans la platine, sans se poser la question de ce dont il s'agit, et si je ne le changeais pas de temps en temps, nous écouterions longtemps le même disque.
 
Au niveau cinématographique, c'est par contre très amusant. Ce n'est pas de la méchanceté. Si je tentais de lui expliquer, elle ne comprendrait pas, et risquerait de l'interprêter comme étant de la moquerie. Au début, quand nous allions acheter des films, elle faisait le pied de grue, et, sachant maintenant que je passe en moyenne une demie-heure dans ces magasins, et que je lui répète qu'elle peut choisir les films ou les CD qu'elle souhaite, elle y passe parfois plus de temps que moi. Et d'avance, en sortant du magasin, je connais les films qu'elle regardera sans moi.
 
Internationalement, les films sont classés par genre : comédies, polars, etc... Cai Li, elle, a rajouté un genre qui m'était inconnu, et que, semble-t-il, elle affectionne. Il s'agit, je cite, des "films de pingouins". Tout a commencé connement. Un jour, alors que je complètais avidemment ma collection de Truffaut dans un magasin de DVD, elle se pointe vers moi, avec "la marche de l'empereur", me demandant si je l'ai dans ma filmothèque (je dois avoir deux mille films, et ma douce et tendre préfère me demander avant d'acheter potentiellement des doublons). Ne l'ayant pas, je lui réponds que si ça la tente, elle n'a qu'à le prendre.
 
Nous l'avons regardé ensemble, et personnellement, au même titre que Microcosmos (Maxiemmerdos), j'ai trouvé celà chiant comme la pluie. Le film est très intéressant, complètement unique, mais voilà, je n'accroche pas. Cai Li l'a trouvé aussi "un petit peu ennuyeux"... Mais elle a trouvé les pingouins très mignons. Depuis, quand elle survole les bacs des échoppes de DVD, elle demande très directement au vendeur "vous avez quoi comme films de pingouins ?". Autant vous dire que le vendeur se trouve un peu dubitatif, lui qui est censé être incollable en culture cinématographique. En petit ami aux petits soins, je lui ai dégotté un pauv' téléfilm allemand où un teuton part à la recherche d'un trésor en Antarctique, accompagné d'un pingouin en images de synthèse, qui lui sert tant de mascotte que de carte au trésor. Même si le film, à destination principalement des têtes blondes (aux yeux bleus, donc), n'est pas mal fait, ce n'est pas non plus Citizen Kane. Mais le film s'appelait "le pingouin", et rien que la jaquette a obtenu tous les suffrages de Cai Li. Pour la petite histoire, le film était en allemand, avec des sous-titres en chinois. Autant vous dire que je me suis délecté.
 
De même, Cai Li m'a poussé pendant longtemps à regarder un film en images de synthèse mettant en scène Barbie. Je n'ai personnellement jamais joué à la poupée, et l'intérêt de ce type de production me parait nébuleux. Mais Cai Li, comme tous les chinois, n'arrive pas à faire de distinctions. Les chinois sont des gosses. Par contre, Cai Li achète assez souvent des films chinois, et elle m'a fait découvrir quelques métrages d'action qui, à défaut d'avoir des scénarios très originaux, étaient graphiquement superbes. J'écris tout celà, mais je pense que, sans jamais l'avoir formalisé, Cai Li a le même ressentiment à mon égard concernant mes choix cinématographiques, ne comprenant pas mon appêtit trépignant à acheter le director's cut de "massacre à la tronçonneuse".
 
De même, quand nous regardons un film sérieux, ou bien trop empreint de culture occidentale pour qu'elle ne se l'approprie, elle me pose des questions toutes les minutes. Nous avons acheté récemment Brokeback Mountain. En Chine, nous ne sommes pas confrontés à l'homosexualité. Le film est très innovant, très bien interprété, la réalisation est superbe, les images sublimes, et la musique très belle... Mais Cai Li a eu du mal. Tout d'abord, malgré le fait que tous les personnages portent des chapeaux de cow-boys, elle n'a pas compris que ça se passait aux Etats Unis, n'a rien perçu de l'époque, car les cow-boys étaient à cheval, alors qu'on voyait passer des voitures, et s'est posé pléthore de questions dont elle m'a bombardé pendant toute la projection. Et je me suis rendu compte qu'elle n'avait rien compris... Dès lors qu'elle a commencé à confondre les acteurs, alors que l'un d'eux porte une moustache et pas l'autre ! Dans ces circonstances, regarder un film avec Cai Li revient à le regarder avec un enfant. Le plus amusant, c'est que le film a été réalisé aux Etats Unis... Par un immigré chinois !
 
Cai Li reste un paradoxe constant, qui me fait me perdre en conjectures. Elle est quelque chose, et son contraire, passant de l'un à l'autre avec un naturel incohérent. Je reste convaincu que c'est d'ailleurs ceci qui m'a fait craquer pour elle. Cai Li, en la découvrant, on a le sentiment de faire face à une enfant.
 
Et pourtant, Cai Li lit dans mon esprit à tel point que, à un moment, je me suis demandé si elle n'était pas télépathe ! Une moue, une remarque, un regard absent de ma part, et elle comprend immédiatement ce que j'ai à l'esprit, ou ce que je ressens. Je reste toujours estomaqué quand, au travers de mon silence, et malgré son anglais à-peu-prètiste, elle formalise en quelques mots l'exacte teneur de mes pensées. C'est d'autant plus incroyable que la différence culturelle, ainsi que des ressentiments liés uniquement au fait que je sois expatrié, devraient rendre la compréhension très ardue, pour ne pas dire impossible.
 
J'ai longtemps cru qu'une relation entre deux individus issus de cultures complètement différentes risquait d'apporter, à terme, plus de difficultés que d'enrichissement. Et je me trompais complètement. La réussite d'une relation n'est pas liée à la culture, mais à la personnalité et à l'ouverture d'esprit des concubins. Cai Li et moi-même allons dans le même sens. Je lui ai dis récemment, et en parfaite honnêteté dépassionnée, que je n'avais jamais eu dans ma vie une fille comme elle, que ce soit en France ou en Chine. Tout celà me confirme que j'ai fais le bon choix.
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F
Ang Lee, un immigré Chinois? Diantre! Il est Taïwannais! Quelle honteuse méprise! :PC'est amusant ces différences culturelles, vraiment. Ma copine Taïwanaise a une culture beaucoup plus proche de l'occident que les Chinois et j'ai moins de différences profondes à souligner, d'autant plus qu'elle a toujours été porté sur les voyages dans le monde entier. Et puis après tout, n'importe quel couple franco français est déja capable de dresser une liste longue comme ma crinière de différence d'éducation et de comportement dans la vie de tous les jours. Néanmoins, il est vrai qu'il y a une chose qu'elle n'arrivera certainement jamais à comprendre, tout comme toute sa famille ou ses amis, et il s'agit de l'humour français. comme toi, j'aligne les bides, les flops, les vents avec une facilité déconcertante. L'ironie est pris pour de la moquerie (ce qu'elle est parfois, certes), le cynisme est pris pour de la méchanceté pur, le décalage est pris pour de la stupidité. Combien de regards désaprobateurs je peux me prendre lors de soirées avec mes amis français!  Etant très fier de mes blagues pourries, de mes jeux de mots foireux, de mes virevoltantes répliques, je ne perd jamais une occasion d'utiliser cette compétence française qu'est notre humour franchouillard. Ben ça passe pas, même après 5 ans de relation. Les blagues à la télé où on montre nos fesses? Pas drôle. Nos séries humoristiques? Pas drôles. Nos films humoristiques? Pas drôles. Nos pubs, nos comiques, nos animateurs? Pas drôles. Pourtant, les choses changent un petit peu, à force de l'exposer en permanence à mon humour "débridé", elle finit par changer. J'ai même été particulièrement surpris de la voir rire pleinement devant "Bienvenue chez les Ch'tits", un film qui cartonne en France à l'heure actuelle et dont le principe repose sur les jeux de mots et l'incomprehension d'un gars du Sud face à un Cht'imi.  ...Dingue...Enfin c'est vrai que concernant le cinéma, on a vraiment des approches différentes qui révèlent plutôt bien nos modes de pensée différents. Faudra que je fasse un article la dessus un de ces jours, tiens. Notamment sur la vision du romantisme dans le cinéma.... :)
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C
<br /> <br /> Salut Feantir,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je reconnais bien là la réaction taïwanaise en évoquant Ang Lee ! Ici, quand un chinois dit à un taïwanais qu'il est chinois, le<br /> taïwanais remet gentimment le chinois à sa place en lui répondant que non, il n'est pas chinois, mais taïwanais... Crois-moi, d'un point de vue purement continental, Ang Lee est tout ce qu'il y a<br /> de plus chinois ! Je me demande, Feantir, si à force de vivre à Taïwan, tu n'as pas pris les habitudes chauvinistes locales... C'est bon signe : tu t'intégres !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour ce qui est de la différence dans nos vies de couple respectives, tes remarques sont très intéressantes, et tu pourrais d'ailleurs les<br /> développer en un post fascinant pour ton blog. J'ai le sentiment (mais ce n'est qu'une impression, car je n'ai fréquenté des taïwanais que dans un cadre professionnel) que le stade de<br /> développement de l'île comparativement au continent atténue quelque peu le gouffre culturel. Personnellement, quand j'ai connu Cai Li, ma fiancée, elle n'avait jamais fréquenté d'occidentaux,<br /> n'était jamais sorti de Chine, et n'avait jamais pris l'avion. Elle est issue d'une famille humble de la campagne chinoise, qui est d'une richesse extrême (personnellement s'entend), qui s'ouvre<br /> naturellement à mon contact, dans un amour familial total... Mais leurs références, et c'est complètement normal, restent limitées à l'Empire du Milieu. Cai Li, quand je l'ai connu, bredouillait<br /> l'anglais, alors qu'elle est maintenant quasiment bilingue : elle est partie de loin, mais s'est ouverte... Et j'espère qu'elle a le même sentiment à mon égard quant à l'appropriation de sa<br /> culture.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il y aurait un post très amusant à rédiger concernant la perception de l'humour en Chine. J'y pense depuis longtemps, mais n'ai jamais pris la<br /> plume pour m'y consacrer. J'ai vécu, particulièrement la première année, des moments de solitude d'une frustration intense en pensant sortir des remarques d'un comique magnifique, et qui sont<br /> tombées bien plates. Le pire reste quant on pense être très drôle, mais que l'ironie est prise au premier degré, et qu'on se retrouve regardé de travers par les locaux, comme si on était le pire<br /> des instables. L'humour en Chine reste à mon goût assez infantile, même si il est parfois très mignon.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour ce qui est du cinéma, c'est la même chose : Cai Li se délecte de films romantiques aux issues généralement tragiques, et elle y va de ses<br /> grosses larmes, alors que j'hurle au secours en attendant la fin en baillant. Au même titre que les films romantiques, regarder un film fantastique avec un chinois vaut le détour. Je ne sais pas<br /> si tu as fais le test à Taïwan, mais il y a de quoi se marrer : les chinois sont terrifiés, et se cachent à la moindre apparition d'une créature fantastique, même si il s'agit uniquement d'un<br /> fantome incarné par un acteur avec un drap sur la tête !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Dernière chose, et pour laquelle je souhaitais te remercier tout particulièrement : je jettais un bref coup d'oeil sur les statistiques de mon<br /> blog hier soir, et depuis que tu as publié le post concernant celui-ci, j'ai pas mal de lecteurs qui viennent directement de ton blog pour me visiter. Encore tous mes remerciements, et j'espère<br /> que tu auras des résultats équivalents depuis que j'ai rajouté un lien concernant ton blog dans la liste ci-contre.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je te laisse. A bientôt.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Christophe.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Salut Sputter,<br /> Merci de ton message. Comme à l'accoutumée, celà fait du bien d'avoir de tes nouvelles, même tardives... Particulièrement quand elles constituent, au-delà de l'amitié, un appel à la vie et aux fantastiques découvertes qu'elle charrie. <br /> Tu le sais pour l'avoir expérimenté toi-même en Angleterre, l'expatriation n'est pas une chose aisée : elle génère une remise en cause constante de ses choix, et nécessite une relativisation des difficultés au quotidien, qui sont sans commune mesure avec celles aux quelles nous étions confrontés en France.<br /> L'écriture, c'est aussi une bonne façon d'exorciser toutes ces difficultés quotidiennes, en les tournant en dérision, et en se disant qu'après tout, celà fait partie des choix que l'on doit assumer. Et puis, il n'y a pas mort d'homme, et l'essentiel reste de se construire en accord avec ses choix, même si ils s'avèrent plus périlleux qu'estimés, et que le parcours sort des sentiers battus. Mais tout a un prix.<br /> Ce qui me rassure, c'est qu'à priori, tu ressens mes écrits comme la formulation d'un bien-être et d'un amour de la vie. Il y a des jours où je ne peux tellement plus voir ce pays en peinture, que j'en diabolise les chinois. J'avais un peu peur, à travers mes articles, qu'on ne sente en moi une sinophobie, voire une volonté de colonialisme, dont bien évidemment, je suis exempt. Simplement, dans un contexte culturel aussi différent, on a parfois besoin de souffler pour se réapproprier sa propre logique.<br /> Quand est-ce qu'on t'accueille ?<br /> On t'embrasse encore plus fort.
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C
Salut Papy ! Il est 2h35 du mat\\\', je suis au taf et j\\\'avais besoin, pour continuer cette magnifique semaine, du plaisir solitaire et jouissif de te re-lire ! Et je te remercie ! Sachant que j\\\'ai réunion de boulot dans 5h et que l\\\'interêt que j\\\'y porte pourrait te donner une idée de l\\\'infini de l\\\'infini, je pourrai laisser vagabonder ce qui me restera de cervelle à défaut d\\\'esprit dans tes moments de vie, tes clichés du bonheur, et faire résonner tel la charge des Walkiries de Wagner que tu aimes tant, ton phrasé inimitable qui peut convaincre n\\\'importe quels pré-ados suicidaires gavés de Nirvana et de Beaudelaire que la vie est une fête !!!<br /> Je vous embrasse<br /> Sputter ( mon nom anglais du moment ) 
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C
Bonjour Bilitis,<br /> Merci de ton message, et de tes commentaires stimulants pour continuer à faire vivre ce blog. L'humour en Chine mériterait sans aucun doute un article.<br /> Les chinois n'ont pour ainsi dire aucun sens de l'ironie ou de l'absurde, alors que l'essentiel de l'humour occidental repose sur ces principes. Les chinois ne sont pas pour autant des pinces-sans-rire : c'est au contraire un peuple très joyeux et rieur.<br /> Mais il ont une tendance bornée à prendre les plaisanteries au premier degré, avec une innocence parfois déconcertante. Je te cite un exemple, qui m'ait arrivé il y a quelques semaines lors d'une visite d'usine avec un ami chinois.<br /> Comme durant la négo, les commerciaux de l'usine se sont rendus compte que mon ami chinois et moi-même avions une certains complicité, l'un d'entre eux m'a demandé "Vous avez l'air très proches. Vous vous connaissez depuis longtemps ?". Avec un naturel total, j'ai répondu : "Non, on s'est rencontré il y a quelques soirs dans un bar homosexuel." J'ai eu droit en retour avec des moues stupéfaites, et quand j'ai rajouté "je plaisantais !", tous sont retournés à leur conversation sans un sourire.<br /> Bref, tu n'imagines pas le nombre de fois que je me prends des flops monumentaux. De même, les chinois ne plaisantent pas sur des sujets qui, ici, socialement, sont tabous, comme le sexe et la mort. Ici, si je plaisante sur le sexe, c'est que je suis un pervers, et si je plaisante sur la mort, celà veut dire que je vais attirer le mauvais oeil.<br /> J'espère avoir éclairé ta lanterne !<br /> A très bientôt. Amicalement.<br /> Christophe.
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B
Cher Christophe - Ke Lin,<br /> J'ai parcouru ton blog avec beaucoup de plaisir.. et de fous-rire! En particulier le passage sur les légumes.<br /> (Pour les mêmes raisons que ta fiancée, ma mère fait un usage très peu hygiénique de la corbeille aux toilettes et pour les mêmes raisons que toi, je ne peux pas m'y résoudre.)<br /> Merci de partager ton vécu, c'est vraiment passionant.<br /> Il me reste tout de même une question, tu as un humour assez décapant et très vrai.. A quoi ressemble l'humour chinois?<br /> Cordialement,<br /> Bilitis
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