Par l'intermédiaire du blog de l'expat, j'ai reçu en février la candidature d'un français de vingt trois ans qui terminait quatre ans d'études en commerce international en Oklahoma. Au-delà de son diplôme, en adéquation avec les besoins de Onesource, et de son expérience aux Etats Unis, David Pomies est un athlète de haut niveau. Il m'annonçait sans mentir que si il n'avait pas eu à se concentrer sur son devenir professionnel, il aurait participé aux Jeux Olympiques de Pékin. J'ai été d'autant plus impressionné que ma participation à l'évènement se limitera à un avachissement sur mon canapé, à regarder la cérémonie d'ouverture avec une bière à la main.
Mon premier instinct me dictait de renvoyer une réponse polie façon "merci de votre intérêt, on vous écrira". J'y ai toutefois réfléchi plus en avant, réalisant que multiplier par deux le staff de Onesource (jusque là, je travaillais seul) pourrait apporter une bien meilleure dynamique à l'activité. Et humainement, c'est toujours plus agréable de travailler à deux que d'avoir à se dépétrer tout seul des problèmes quotidiens.
J'en avais fais part à Cai Li, qui reste ma confidente professionnelle, et qui s'avère toujours de bon conseil. Elle sait que j'ai intégralement consacré ces deux dernières années à Onesource pour m'assurer que nous mangions à notre faim, et elle s'est dit qu'avoir quelqu'un à bord, si il était un peu malin, pourrait allèger mon labeur. Et puis la motivation est d'autant plus importante dès lors qu'on entretient une émulation avec quelqu'un qui veut s'accomplir dans le travail.
J'ai donc finalement invité David à me rejoindre.
Quand j'ai commencé à travailler, j'avais l'âge de David, et mon patron avait mon âge. C'est à ce patron, au côté du quel j'ai travaillé pendant huit ans, que je dois en grande partie l'expérience qui m'a permis de développer Onesource. Partant de ce constat, recruter était un passage de relai naturel, communiquant le savoir qu'on m'avait communiqué au même âge.
Le 16 août, j'ai pris le train pour Shanghai, puis le métro et le maglev, pour atteindre l'aéroport et récupérer ce nouveau membre de Onesource.
David s'est immédiatement plu, dès son arrivée à Suzhou : l'exotisme chinois dépassait son imagination. Lui-même me confiait que la quantité de nouvelles sensations à chaque instant lui procurait un vertige toujours ennivrant, mais jamais saoulant. Son logement, bien qu'humble en comparaison d'un appartement occidental, l'a séduit dès qu'il en a franchi l'entrée. Son quartier traditionnel, avec ses ruelles pavées, ses habitations typiques, et son flot constant de vélos, l'a conquis.
Sachant que la société allait augmenter son personnel de cent pour cent, j'ai loué un bureau à un sous-traitant. C'est une situation transitoire, et au solde de sa période d'essai de trois mois (dont l'aboutissement, et je peux dès à présent l'admettre sans risque, devrait s'avérer positif), nous déménagerons dans un bureau propre. A priori, le duo de choc que nous formons, composé d'un sportif et d'un créatif, devrait réussir.
Je ne reste pas plus longtemps derrière le clavier, car David et moi-même avons beaucoup de travail si nous voulons atteindre notre objectif : prendre notre retraite dans dix ans. Les entrepreneurs restent de grands rêveurs.
David, c'est le bellâtre à droite. Ah oui, si l'agence de sourcing ne se développe pas, on pourra toujours en monter une de mannequinat.